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Full text of "Manuel de l'amateur d'estampes"

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From the 



Fine Arts Library 

Fogg Art Muséum 
Harvard University 




MANUEL 



DE 



L'AMATEUR D'ESTAMPES 



TOME I 

(PBEMIÂRB PAHTIB) 



IL A ÉTÉ TIRÉ CENT EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS 

SUR PAPIER DE HOLLANDE 

Accomp.igoés de deux séries de planches sur pipier vergé et papier de Chine. 



Paria. — Typ. l'illet et Dumoulin, 5, rue des Grands-Angustiiis. 



MANUEL 



DE 



L'AMATEUR D'ESTAMPES 



PAR 



M. EUGÈNE DUTUIT 



OUVRAGE CONTENANT 

lo Un aperçu sur les plus anciennes gravures, sur les estampes en manière criblée, 
Sur les livres xylographiques, sur les estampes coloriées, 
Sur les cartes à jouer, sur quelques livres à figures du quinzième siècle, sur les danses des morts, sur les livres d'heures; 
Un nouveau catalogue de livres de broderie et un essai sur les nielles ou gravures d'orfèvres; 
2* Les Écoles italienne, allemande, flamande et hollandaise, française et anglaise. 

ET ENRICHI 

DR FAC-SIMILES DBS BSTÂMPKS LES PLUS RARB8 RBPRODUITES PAR L*HBLIO GR A VURB. 



INTRODUCTION GENERALE 



(PREMIÈRE PARTIE) 



PARIS 

A. LKVY, LIBRAIRE -ÉDITEUR 

RCE LA FAYETTE, 13, PRÈS L'OPÉRA 



LONDRES 

DULAU ET G^'S LIBRAIRES 

SOHO SQ. W. 



1884 

Tous droits réservés 



PA $T;i'^.^of 



•" 



HARVARD 

UNlVtRSITY 

LIBRARY 



PRÉFACE 



Au début d'un ouvrage qui, du moins pur lUtendue, sera d'une certaine 
importance, on doit s'attendre à en connaître le plan et le but que l'auteur se 
propose d'atteindre, on réclame encore quelques détails sur les auteurs qui ont 
déjà traité le mime sujet et sur ceux qui avaient ouvert la carriire. 

Il faut citer d'abord les deux catalogues de Fabbé de Marolles. Le premier 
(1666] donne une courte notice sur une collection qui contenait plus de cent 
vingt mille estampes ; on sait que cette collection fut achetée par le roi et qu'elle 
forme aujourd'^hui le premier fonds du Cabinet des estampes de la Bibliothique 
nationale. 

Le second catalogue (1672) offre une particularité remarquable, qui consiste 
en une série de plus de cent soixante monogrammes gravés pour la première 
fois, et qui, sOUs ce rapport^ quoique la collection fût bien moins importante, le 
rendent plus précieux que le premier. Ces deux catalogues constituent les plus 
anciens inventaires, mais trh insuffisants, de ce qu'on connaissait alors en fait 
d'estampes. 

Il faut descendre ensuite jusqu'en 1744 pour rencontrer une publication 
analogue, mais faite avec plus de soin : c'est le catalogue de la collection 
de Quentin de Lorangire , rédigé par Gersaint. Le précieux dictionnaire de 
Mariette ne fut imprimé en partie que de nos jours sous le titre cI'Abecedario. 
De remarquables monographies iconographiques sont ensuite consacrées à 
quelques artistes plus OU moins célibres : tels sont les catalogues de Rembrandt 
par Gersaint, Helle, Glomy et Yver (1751, 1756), de Poilly et Rubens par 
Hecquet (1752), ce dernier catalogue réédité et amélioré par Basan (1767); de 
Cochin fils, d'Etienne de La Belle et de Sébastien Leclerc, par Jombert (1770, 
1771, 1774), etc. Il en sera plus complhement question quand nous parlerons 
des maîtres qu'ils concernent. 

Le premier ouvrage général sur la matiire, mais dans un cadre trh restreint, 



IF PRÉFACE 

est le volume d'un iconophile saxon, le baron d'Heinecken, publié en français 
en 1771, sous ce titre : L'Idée générale d'une collection d'estampes, ou- 
vrage précieux encore aujourd'hui sous beaucoup de rapports. 

Cependant il manquait toujours un manuel plus pratique pour guider les 
curieux et les amateurs d'estampes dont le nombre augmentait sans cesse. Cette 
tâche, assurément trh lourde, fut entreprise par Adam Bartsch, qui s'était déjà 
fait connaître avantageusement par les catalogues des œuvres gravés de Guido 
Reni (1795), de Rembrandt (1797) et de Lucas de Leyde (1798). Bartsch était 
lui--même graveur et premier garde de la Bibliothique impériale de Vienne, Son 
grand ouvrage : Le Peintre-Graveur forme vingt et un vo/umes (i8o3- 182 1), 
et il est regrettable qu'il n'ait pu l'achever. L'approbation universelle qu'a reçut 
ce travail nous dispense d: tout éloge. 

C'est le propre des ouvrages de ce genre de donner naissance à une foule de 
découvertes et de nécessiter des suppléments. Nous mentionnerons d'abord celui 
de Rodolphe Weigel (1848) et de J, Heller (1844), et ensuite le Peintre- 
Graveur de Passavant, directeur de la galerie de Stxdel à Francfort {1860- 
1864, 6 1^0/.]. La part de la critique est plus considérable dans ce dernier que 
dans le travail de Bartsch, mais il s'arrête avec le XVh silcle, et, malgré la 
science et les vastes connaissances de l'auteur, ce n'est pas un guide qui offre 
toujours une complhe sûreté. 

Le grand ouvrage de Nagler et le Dictionnaire des monogrammes de 
BrulUot ont comblé de nombreuses lacunes et jouissent de toute l'estime des 
savants et des curieux. 

Nous devons mentionner encore le Manuel de l'Amateur d'estampes de 
Ch. Le Blanc, où l'on peut trouver beaucoup d'utiles renseignements, mais qui 
malheureusement s'arrête au milieu de la lettre P, Enfin, nous citerons le 
Peintre-Graveur français de Ro6cr(-Dum«m7 (i 835- i85o, 8 vo/.), ouvrage 
qui a obtenu de nombreux éloges qu'il mérite sous beaucoup de rapports et 
auxquels nous nous empressons de souscrire. Il a été continué par M. P. de 
Baudicour, et ensuite par M. G. Duplessis, mais, comme celui de ses devanciers, 
il aurait encore besoin d'un supplément. 

Un travail analogue, faisant suite à Bartsch et consacré aux peintres^graveurs 
allemands depuis le dernier tiers du XVI^ sihle jusqu'à la fin du XVIII^, a été 
publié par A. Andresen et Rod, Weigel (1864- 1878, 5 vol.), et le premier de 
ces auteurs a fait sur les peintres-graveurs allemands un ouvrage semblable^ 
continué par M . Wessely (1866-1877, 5 vol.). 

Il a été publié en outre un grand nombre de monographies trh estimables 
dont nous parlerons aux écoles respectives. 

Les documents iconographiques s'étant amoncelés de toutes parts, à l'heure 



PRÉFACE m 

qu'il est l'embarras de tous ceux qui désirent être renseignés s*est singuliirement 
accru par la multiplicité des recherches, et souvent par l'impossibilité de les faire.. 
Nous avons donc pensé que le moment était venu de faire une synthhe de tous 
ces renseignements épars, sous forme d^un véritable Manuel, commode à co/i-' 
sulter. Nous n'avons cru devoir nous occuper que des graveurs dont les œuvres 
ont depuis nombre d'années joui de la faveur publique. Visant à la facilité des 
recherches, nous avons divisé notre travail par écoles, en suivant dans chacune 
l'ordre alphabétique des noms des artistes. Non seulement nous avons cherché à 
réunir pour chaque estampe tous les renseignements connus, mais nous avons pu 
bien des fois y ajouter soit des remarques nouvelles, soit des piices qui n^avaient 
pas encore été décrites. Nous y avons, de plus, introduit un élément nouveau, 
en enregistrant le prix des estampes atteint dans les ventes, ce qui rendra de 
réels services aux amateurs et ne sera pas moins intéressant pour rhistoire ré~ 
trospective de Viconophilie, 

Notre ouvrage poursuit encore un autre but : c'est de rendre ces sortes de 
travaux de plus en plus attrayants par de nombreux détails amusants ou in- 
structifs et de faire en sorte, dans les limites du possible, qu'un catalogue sorte 
de la classe d'un dictionnaire et qu'il puisse mime devenir un livre. 

Nous aurions bien d'autres développements à ajouter, mais nous désirons 
nous borner à ce peu de mots. En voici la raison : quoique notre manuscrit soit 
prêt, le champ que nous avons à parcourir est si vaste y les exigences des ama- 
teurs peuvent être telles que nous ayons à modifier telles ou telles parties de notre 
plan. En envisager aujourd'hui les grandes lignes et l'ensemble lorsqu'il reste 
encore plus de la moitié à publier ne pourrait que nuire à iouvrage; il vaut 
mieux réserver ces développements pour les écoles qui restent à paraître et même 
pour chacun des volumes qui les composeront. 

Dans l'histoire de la gravure, on ne saurait séparer les estampes isolées ou les 
recueils d'images des livres à gravures, où le texte joue un rôle égal ou prépon^ 
dérant. Certaines manifestations de cet art ne se trouvent d'ailleurs que là^ 
comme, par exemple, F imagerie religieuse des livres d'heures. Une collection 
d'estampes sérieuse doit donc obligatoirement comprendre des livres illustrés 
typiques en tout genre, de manïhre à présenter un ensemble harmonieux et 
instructif. Passavant Fa bien compris, mais il n'a pas suffisamment développé 
cette partie, de sorte que le lecteur ne peut en tirer assez de profit. 

Notre tome /"* n'est donc qu'une introduction où, dans la plus grande partie, 
l'imprimerie et la gravure sont mêlées : il est autant bibliographique qu'iconolo- 
gique. Les estampes, et encore seulement celles dites d'orfivre (nielles)^ n'arrivent 
qu'à la fin. 

En raison de la longueur des études qu'il a fallu entreprendre pour offrir au 



IV- PRÉFACE 

Itcteur sur ces questions complexes un travail de premilre main, et non une corn-- 
pilation stérile, ce fascicule n'a pu voir le jour plus tôt. 

Dans notre premier chapitre consacré aux origines de la gravure, nous ne 
nous sommes attaché qù^à des estampes qui ont ou paraissent avoir une date 
certaine; elles sont peu nombreuses avant 1 460 '. 

Si nous avons compris dans cette nomenclature une estampe célibre non datée, 
c'est que, par suite de circonstances particuliireSj on la rattache à Vannée 1452. 
Cette gravure, attribuée à Maso Finiguerra et découverte par l'abbé Zani, n'a 
jamais été acceptée sans contestation; des doutes ont été émis sur la question de 
savoir si la fameuse Paix de Florence était l'ceuvre du grand orfivre, et si elle 
avait donné naissance en Italie à la gravure en taille^douce. Ces doutes sont 
aussi les nôtres, et nous les avons accentués d'une maniire plus précise qu'on ne 
l'avait fait jusqu'à présent. Nous croyons avoir apporté des arguments nouveaux 
pour la solution de cette question controversée, et nous avons mis sous les yeux 
de nos lecteurs non seulement les textes, mais aussi les reproductions fidiles de 
la plaque niellée et de l'encadrement qui l'entoure, ainsi que des citations du 
registre sur lequel on prétend s^appuyer. Nous pensons qu'aprh notre expose 
on ne pourra se dispenser de soumettre cette affaire à une enquête sérieuse qui 
fasse éclater la vérité. Faute de cet examen, nous maintiendrons résolument le 
bien fondé de ce que *nous avançons. Nous ne demanderions pas mieux d'ail- 
leurs que de reconnaître que nous avons pu nous tromper '• 

les estampes en manilre criblée devaient appeler notre attention, mais d'une 
màniire plus succincte. Ce procédé est, en effet, loin d'avoir produit des chefs^ 
d'auvre, et l'on n'en trouve un assez heureux emploi que dans les fonds des 
estampes des livres d'heures. 

La découverte de M. le vicomte Delaborde, qui croit pouvoir attribuer à deux 
gravures de ce genre la date de 1 406, lui donne un intérêt particulier pour l'his- 
toire générale de la gravure^. Le genre criblé a été cultivé assez longtemps, et ce 
n'est que bien tard dans le XVh siicle qu'il fut abandonné. On trouve encore 
des traces de son emploi, en 1 600, dans les œuvres de Bluet d'Arblres. 

I . Les sept gravures allemandes de la Patthn ayant appar(«iu à Renonvier, et dont l'une port j la 
date de 1446, ont été acquises par le Cabinet des estampes du Musée de BerKn. 

a. Le savant historien d*art, M. Gaëtano Milanesi, en vertu de considérations d'ordre purement 
esthétique, a aussi émis l'opinion qu'on ne saurait attribuer à Maso Finiguerra la Paix représentant le 
Couronnement de la Vierge. Voir ses deux articles dans le journal l'Art (188S, t. I*', p. sti-saS, et 
1884, t. P', p. 66-73), sur lesquels nous reviendrons dans notre chapitre consacré aux nielles. 

3. Le savant M. Lehrs, conservateur du Cabinet d'estampes de Dresde, nous signale que ces deux 
gravures, avec dix-huit autres d'une même série et d'une même main, figurent dans un volume avec 
texte allemand imprimé en caractères mobiles (Dibdin l'a cru à tort xylographique}, par Pfister, à 
Bamberg, vers 1 460. La bibliothèque royale de Munich possède le seul exemplaire connu de ce livre 
précieux qui a été décrit par Falkenstein sous le titre de Passion de Jésus-Christ {Die Ltidensgeschichte 
Jesu). Un fac-similé s*en trouve dans le Bibliograpkicalt Tour de Dibdin» t. III» p. a 80. 



PRÉFACE V 

Nous avons cru devoir nous étendre sur Us livres xylographiques, d'abord en 
raison de leur intérêt iconographique et de leur rareté^ ensuite parce qu'ils se 
rattachent intimement aux origines de l'imprimerie. Le travail d'ensemble le plus 
ancien sur cette matiire se trouve dans l'ouvrage d'Heinecken (1771), tris re- 
marquable pour son époque, mais de beaucoup surpassé aujourd'hui, tout en 
conservant une grande valeur rétrospective. Les ouvrages d'Ottley, de Sotheby, 
de T. O. Weigel^ de Renouviery de Guichard^ de Berjeau, etc., ont élucidé sur 
beaucoup de points ce sujet hérissé de difficultés; mais, d'un côté, ils sont peu 
accessibles à un public plus considérable, et, de l'autre, aucun d'eux n'a présenté 
la synthhe des connaissances acquises sur ce sujet. Il y avait donc lieu de l'en- 
treprendre dans l'intérêt général, d'autant plus que des renseignements de date 
récente et une plus grande facilité qu'aux temps de nos devanciers d'étudier les 
monuments xylographiques, grâce aux procédés perfectionnés de reproduction, 
permettaient de mieux approfondir cette matiire et d'approcher plus pris de la 
vérité. Nous croyons donc pouvoir affirmer que sous ce rapport notre travail 
offre une étude originale. Nous nous sommes attaché plus spécialement aux 
grands ouvrages xylographiques, qui ont été et qui sont encore l'objet d'une 
vive controverse. 

I'Ars moriendi, dont Vimportance est extrême, a été l'objet d'un sérieux 
examen, et nos recherches nous ont convaincu qu'Heinecken avait bien vu dans 
cette circonstance. Nous avons distingué trois groupes : celui des Pays-Bas, au- 
quel se rattachent les deux premières éditions mentionnées par le savant icono- 
graphe allemand. Nous avons ensuite signalé le groupe de Cologne et celui 
d'Ulm. Nous avons principalement appelé l'attention sur l'exemplaire de 
M. Didot, probablement identique avec la première édition d'Heinecken ; on 
sait qu'il provenait de la collection Yemenitz et qu'il a été acquis à la vente de 
1879, pour notre Bibliothique nationale, au prix de 18,000 francs. Le fameux 
exemplaire de M. Weigel, acheté 3o,ooo francs par le British Muséum, n'est 
pas, selon nous, le type primitif, mais il appartient au groupe de Cologne, et, 
pour la beauté du texte et des gravures, se place en première ligne. Une décou- 
verte qui nous appartient en propre est d'avoir constaté que l'exemplaire jusqu'à 
présent unique » de M. de WazierSy TArt au morier, est composé des mimes 
gravures que celui de Weigel avec un texte xylographique en français, et qu'à 
cause de cette derniire particularité il est, à notre jugement, le plus précieux de 
tous les Ars moriendi. // a aussi été imprimé à Colo2ne. L'exemplaire gâté de 
la Bibliothique nationale, malgré quelques léglres divergences, appartient aussi 
au mime groupe. Les exemplaires de Vécole d'Ulm, issus du groupe précédent, 

t. La Bibliothèque nationale en possède quatre feuillets (deux pages de figures et deux pages de 
texte), provenant Cun don fait par M. Roman (187s}, 



VI PRÉFACE 

sont moins beaux, mais encore trh recommandables. Nous apons cherché à 
donner, sur tout rensemble des éditions xylographiques et typographiques de ce 
livre, la bibliographie la plus complète ' . 

// était bien difficile de suivre pour la Bible des pauvres le plan d'Heinecken, 
qui n'avait pas pu étudier un assez grand nombre d'exemplaires de ce livre. Les 
renseignements fournis par Sotheby et d'autres devaient être pris en sérieuse con* 
sidération. Si nous ne pouvons nous flatter d'avoir résolu les difficultés inhérentes 
à cette xylographie, nous avons du moins exposé clairement l'état actuel de la 
question. 

" Il eût été beaucoup plus hardi encore de soutenir pour /'Apocalypse l'ordre 
établi par Heinecken. Cet iconographe, qui ne veut voir partout que des impres^ 
sions allemandes, était parti de l'idée que le type le plus barbare était le type 
primitif. Comme on trouve des textes manuscrits allemands sur ses deux pre^ 
miires éditions, il avait été encore plus confirmé dans son opinion. 

Cependant ce qui peut être vrai en général ne l'est pas pour les livres xylo- 
graphiques, où presque toujours le type le plus élégant représente la premïire 
conception de l'œuvre. Nous avons divisé les éditions de /'Apocalypse en deux 
groupes : celui des Pays-Bas et le groupe allemand, ce dernier n'étant qu'une 
imitation grossière et plus ou moins libre des premières éditions du groupe précé- 
dent, comme nous en fournirons la preuve. D'ailleurs nous étions confirmé dan^ 



I. Dans le CLl* ottalogue de la librairie Albert Cohn à Beriin (i 883) est décrite (n<» 89) une édition 
tjrpographique de ce livre, présentée comme « inconnue i tous les bibliographes » . C*est un in-quarto 
gothique de quatorze feuillets, avec autant de gravures. Nous croyons que c'est le même que notre 
édition E (voir page 53), dont un exemplaire, incomplètement décrit par le P. Laire, te trouvait dans 
la collection de Loménie-Brienne. En voici le titre : Ar$ moriendi ex varijs \ teripturarû ientTcijs collecta 
eu figura ad \ resatedu in mortis agont dyabolice »uge$ti | oni valens Cnilibet { sic ) christifideU vtHh 
ac I multum necessaria. M. Cohn demande de son exemplaire 53o fr. — Dans le même catalogue est 
décrite (n* 90) une autre édition typographique, imprimée en gros caractères gothiques du genre de ceux dont 
on s*es( servi généralement pour Timpression des missels, la première ligne en gros caractères de forme. 
C'est sans doute notre édition G (voir page $4), décrite d'après Hain, n* 18)4. En voici le titre : Ars 
moriedi ex va | ry$ teripturarû sententys collecta \ cû flguris ad resistendû in mortit \ agone dyabolict 
sugestione (?) valh | cuilibet christifideU ptilis, ac mul \ tum necessaria. M. Cohn ajoute qu'elle est exécutée 
avec les mêmes caractères que son numéro précédent, ci-dessus. 11 en demande S 00 fr. 

Il est fort possible que notre édition H (voir page 54), présentée comme indépendante sur ta foi de 
Weigel, qui n'en donne pas le titre (son exemplaire en était incomplet), fasse double emploi avec notre 
édition F , de même que l'édition I pourrait être la même que notre édition G, le titre de l'exemplaire 
Weigel n^ 243 paraissant identique avec celui de l'exemplaire de M. Cohn a9 90. Mais là-dessus nous 
n'avons aucune certitude. 

Dans le catalogue des livres appartenant à M. H. Tross, ancien libraire, 188a, n® XXI, est décrite 
(n* éo36) une édition typographique (cotée 600 francs) petit in-quarto, de quatorze feuillets, à trente et une et 
trente-deux lignes, avec quatorze gravures. En voici le titre : Ars moriedi ex va \ rijs scripturarû sentendis 
collecta I cù flguris ad resistendû in mortis | agone dyabolice suggestioni valès | cvilibet christifideU vtilis, 
ac mul-- I tum necessaria. La note nous informe que la cinquième (?) page finit par le mot consideret, et 
M. Tross attribue cette édition à l'imprimeur Kacheloven, à Leipzig, vers 1487. Si le titre en a été 
exactement transcrit, cette édition ne correspond à aucune de celles que nous avons décrites, tout en se 
rapprochant de nos éditions F et I, à moins qu'elle ne soit la même que notre édition J, dont nous n« 
connaissons pas le titre et qui a été signalée par Weigel comtne se trouvant à la bibliothèque de l'Uni- 
versité de Leipzig. 



PRÉFACE Vif 

cette opinion par la savante dissertation de M. Didot sur la même matihe. 
Propriétaire du manuscrit de /'Apocalypse de Van Hulthem, il put constater h 
ressemblance des éditions du groupe néerlandais avec ce manuscrit, qui leur 
était de beaucoup antérieur, et dont s'éloignent celles du groupe allemand. 

On trouvera dans notre livre une étude complète sur cette xylographie, et 
grâce à nos indications, lorsqu*on rencontrera même des feuilles isolées de /'Apo- 
calypse, on pourra savoir tout de suite à quelle édition elles appartiennent. 

Depuis longtemps, le Cantique des cantiques est regardé comme une des 
meilleures productions de la Néerlande. On n'en est plus à discuter les qualités 
exceptionnelles des gravures de ce livre, mais nous avons démontré qu'il n'en 
existe pas seulement trois éditions, mais quatre : deux avec le mot vino et deux 
avec la faute viro. Nous n'avons pu voiry avec Sotheby, dans certains emblimes 
qu'on y trouve, des allusions cachées au concile de Bâle, ni aux différends qui 
partageaient l'Église à cette époque, mais simplement une tentative d'explication 
graphique du sens mystique attribué à l'œuvre deSalomon par saint Bonaventure. 

Nous avons bien établi l'existence des trois éditions de TExercitium super 
Pater noster, à peine connue. La premiire édition, sans texte imprimé^ est une 
des premières productions de la gravure sur bois; on ne se trompe pas beaucoup 
en la faisant remonter à l'année 1420. La deuxième édition, contemporaine de 
l'année 1440, a beaucoup de rapport ai^ec/eSpiRiTUALE Pomerium, comme l'a 
très bien démontré M. Alvin. Il suffit de mentionner la troisiime^ dont on ne 
connaît que l'exemplaire de Mons, incomplet de deux feuillets. 

Nous renvoyons à notre livre pour le Defensorium beat^ Maria semper 
viRCiNis, dont nous avons décrit les éditions tant xylographiques que typogra- 
phiqueSy et nous nous hâtons d'arriver au Miroir du salut humain. 

Ce livre, malgré son extrême importance, ne touche que trh peu à la xylo^ 
graphie et encore par une seule édition où l'on rencontre seulement vingt tables 
de bois. Mais c'est à son occasion que se pose la question de Vorigine du véritable 
inventeur de l'imprimerie. Quoique nous penchions un peu du côté de Mayence, 
nous ne pouvons cependant méconnaître qu'à travers des fables dont il faut faire 
justice une tradition constante et ancienne n'existe en faveur de Harlem. Nombre 
de bons esprits ont soutenu cette derniire thhe, et, s'ils n'ont pas fait la preuve, 
ils ont empêché du moins que l'affirmation contraire n'ait prévalu. Nous avons pré^ 
sente avec le plus grand soin les arguments pour et contre, et nous sommes obligé 
de convenir que nous n'avons pu arriver à rien de bien positif. ToutefoiSy nous 
croyons être le premier à prendre dans cette affaire la seule attitude possible 
aujourd'hui. Nous espérons avoir jeté assez d'intérêt sur cette question pour que 
de nouveaux efforts soient tentés. Il ne nous paraît pas impossible que, sur une 



VIII PRÉFACE 

grande découverte ne datant que d'un peu plus de quatre siicles^ des recherches 
ultérieures ne finissent par arracher la vérité. 

Pour compléter le sujet qui nous occupe, nous avons encore parlé de tous les 
autres livres xylographiques, mais d'une manïire plus succincte, attendu que 
jusqu^icî ils n'ont soulevé aucune controverse bien sérieuse. 

Dans le but de faire connaître à nos lecteurs les différents types des principales 
xylographies et de les mettre en mesure de contrôler le bien fondé de notre 
démonstration, nous avons joint à ce volume un album de reproductions dues 
à M. Pilinski. On connaît son exactitude et son habileté; c'est presque la per- 
fection. Sous tous les rapports, Féloge de M. Pilinski n'est plus à faire. 

Les chapitres de ce volume sont accompagnés de tables tris étendues. Elles 
permettront ainsi de consulter facilement tel ou tel passage, en évitant de longues 
et pénibles recherches; ce sera comme un abrégé de notre livre. 

Le plan que nous nous sommes tracé est tellement vaste qu'on doit naturel- 
lement penser que nous n'étions pas assez préparé pour les matiires ardues qui 
sont traitées dans ce premier fascicule. Nous avons été assez heureux pour obte- 
niry dans plusieurs parties dont nous n'étions pas satisfait, les conseils et l'aide 
de M. Gustave Pawlowski, lauréat de Plnstitut de France. De nombreux tra- 
vaux justement appréciés, la science qu'il a déployée dans les catalogues de la 
céllbre bibliothèque de mon excellent ami, M. Ambroise Firmin-Didot nous 
l'indiquaient en première ligne. Son examen scrupuleux, ses investigations ont 
notablement amélioré notre travail. Nous nous empressons de lui en exprimer 
notre reconnaissance. Nous sommes heureux de remercier aussi M. Thierry 
Poux, directeur du département des imprimés de la Bibliothique nationale^ 
qui met avec tant d^ empressement ses hautes connaissances au service des tra- 
vailleurs. 



.-a ij 



ÉPOQUES PRIMITIVES 



LES PLUS 



ANCIENNES GRAVURES CONNUES 



AVEC DATE 



Autant qu'on peut le conjecturer aujourd'hui, en Tabsence de do- 
cuments assez positifs, l'impression des estampes et celle des livres 
paraissent se rattacher à une commune origine. Malgré toutes les 
recherches, cette origine reste encore très obscure. 

En 1465, au moment où la publication du Traité des offices de 
Cicéron venait de montrer que la typographie allait prendre le premier 
rang parmi les inventions les plus utiles et les plus usuelles de l'esprit 
humain, les estampes commencèrent à paraître en grand nombre. La 
perfection relative de ces œuvres force cependant à reconnaître que 
ce ne sont pas là les premiers essais d'un art tout à fait dans l'enfance, 
mais bien les produits d'un art déjà assez mûri pour que les artistes qui 
illustrèrent cette époque lui aient confié la reproduction de leurs inspi- 
rations. Trop longtemps on a regardé le maître E. S., dit de 1466, ou 
même Martin Schongauer*, comme inventeurs de la gravure, mais au- 
jourd'hui personne ne peut douter qu'ils n'aient été précédés dans 
cette voie par de nombreux devanciers. Il ne paraît pas, au reste, que 
ce point de vue historique ait préoccupé les érudits avant le dernier 
quart du dix-huitième siècle. Les deux catalogues de MaroUes, de 
1666 et 1672, et même celui de Mariette, plus jeune de cent trois ans 

1. Schungawer, dit Schôn. 



2 LES PLUS ANCIEiNNES GRAVURES 

sont restés muets sur cette grave question. Il faut aller jusqu'aux tra- 
vaux d'Heinecken pour rencontrer la mention du maître de 1466, que 
cet auteur regarde comme l'inventeur de la gravure, en laissant , tou- 
tefois entrevoir que l'époque de cette découverte pourrait bien être 
plus reculée. Il résultait cependant des manuscrits qui existent en 
Allemagne et même en France, notamment à la bibliothèque de Laon, 
que, dès le douzième siècle, on se servait d'estampilles pour produire 
les initiales des chapitres. Ces initiales se ressemblent jusque dans 
leurs plus petits détails, et souvent se trouvent hors de proportion 
avec le corps de récriture. On eût dû apporter plus d'attention à ces 
indications précieuses. 

Depuis le commencement de ce siècle surtout, de nombreuses es- 
tampes du style le plus primitif ont été découvertes : une certaine 
partie était entrée dans la célèbre collection de M. Weigel. Il les a 
décrites dans un savant ouvrage enrichi de figures. Tout en rendant 
justice à ce travail et au catalogue de la vente faite en 1872, catalogue 
rédigé par le propriétaire, nous trouvons que M. Weigel s'est livré à 
un classement qui peut paraître quelque peu hasardé. Ainsi, parmi ses 
gravures sur métal , il en attribue treize à différentes dates comprises 
entre Tan 1100 et l'an 1440, et douze à la période comprise entre cette 
dernière date et 1450. De ses gravures sur bois, six, d'après lui, de- 
vraient se placer de 1380 à 1430. 

La première sur métal, dont M. Weigel plaçait l'exécution entre 1100 
et 1150 et que Passavant a décrite, a atteint, en vente publique, le prix 
de 4,000 francs. Mais M. Tross, libraire très instruit, mort en 1875, 
qui assistait à la vente Weigel, a tenu en mains cette prétendue estampe 
et a déclaré à l'auteur de ce livre qu'il ne fallait y voir autre chose 
qu'une sorte de gaufrure. Le dessin semblait avoir été tracé sur un 
morceau de parchemin ; puis avec une pointe de fer chaud on avait suivi 
les lignes, qui étaient restées dessinées en creux dans le vélin. Si cette 
appréciation est exacte, il faudrait renoncer à faire remonter la gravure 
au douzième siècle. 

Il paraîtra plus sage à tout le monde de s'en tenir aux dates incon 
testables que l'on rencontre sur quelques estampes antérieures à l'an- 
née 1466, et elles sont peu nombreuses. 

Comme nous le verrons ultérieurement, à l'article de la Manière 
criblée^ M. le vicomte Delaborde s'est efforcé de démontrer que deux 



JfoJiù^/ /A' /a/'UHit/j^ t^/tjùi/i^^K- ^ar^JitÇiVjePbfii/f.^'r/e 



■■■LAGKLLATION 



CONNUES AVEC DATE 3 

gravures insérées dans un livre d'heures qui se trouve à la Biblio 
thèque nationale sont de Tannée 1406. Cependant, un doute est encore 
permis après la dissertation du savant conservateur. 

11 existe au musée de Bruxelles une très belle estampe, gravée sur 
bois, de Técole de Van Eyck : la Vierge entourée de saintes. On y voit 
sur une barrière la date de 1418 (ainsi figurée : M^GCCC°^X'*Vin) qui 
paraît généralement admise; mais Passavant la conteste et prétend 
que le signe qui précède le chiffre X a été mis à la place de la lettre L 
qu'on a grattée, de sorte que la véritable date serait 1468. Nous devons 
dire tout de suite que le savant Renouvier et les honorables conserva- 
teurs du Cabinet des estampes de Paris sont en désaccord complet 
avec Passavant. 

Une date qui, jusqu'à présent, n'a pas rencontré de contradicteurs, 
est celle de 1423 que l'on trouve au bas du Saint Christophe^ estampe 
allemande sur bois, d'un travail très archaïque, qui fait partie du cabinet 
de lord Spencer. 

On possède encore, à la bibliothèque impériale de Vienne, un Saint 
Sébastien avec le millésime de 1437. 

Les dates qui se voient sur des gravures en creux ne sont pas plus 
nombreuses. 

Il y a une vingtaine d'années, Renouvier, de Montpellier, eut la 
bonne fortune d'acquérir sept gravures au burin d'une suite de la 
Passion; l'une d'elles, la Flagellation^ porte le mDlésime de mcgggxlvi 
(1446). Il en a donné, dans le XXV* volume des Mémoi7^es de la Société 
archéologique de Montpellier, une description qui a été ensuite tirée 
à part et accompagnée de la photographie de la Flagellation dont 
nous venons de parler. 

On découvrait aussi en Allemagne un autre maître dont la marque 
est un 2p^. Une de ses estampes, représentant la Vierge immaculée^ 
avait, outre l'içitiale du maître, la date de 1451. Cette gravure faisait 
partie de la collection Weigel ; elle est, par le style de la composition 
et de l'exécution, bien supérieure à l'estampe marquée de l'année 1446. 
L'écriture gothique des inscriptions est belle, fine et régulière; l'im- 
pression est d'une bonne encre noire: aussi cette estampe a-t-elle 
atteint le haut prix de 16,000 francs. Quoique nous n'ayons pas vu l'ori- 
ginal, si nous en jugeons uniquement par la reproduction qui se trouve 
dans le catalogue de M. Weigel, nous devons faire quelques réserves 



i LES PLUS ANCIENNES GRAVURES 

sur la date de 1451. Cette gravure nous paraît d'une époque plus 
récente: mais nous nous garderons d'aller plus loin, n'exprimant ici 
qu'un doute et non une opinion définitive. 

Nous citerons ensuite le Saint Ber7iardin de 1454, en manière 
criblée. 

On voit en outre au British Muséum une suite de vingt-sept gra- 
vures représentant différents sujets de la Passion. La Cène porte cette 
inscription : LVII jor; on croit y voir la date de 1457. Le faire artistique 
de ces pièces rappelle celui de Técole de Cologne au commencement 
du quinzième siècle. L'exécution en est très sobre, ne consistant à peu 
près qu'en simples contours imprimés avec une encre pâle. 

Passavant cite encore une estampe allemande au burin, de forme 
ronde, avec la date de 1458. Elle représente la Décollation de sainte 
Catherine. 

Sur une gravure du maître dit aux banderoles, on lit 1464. Cette 
date se voit sur la lettre A d'un alphabet tracé par ce maître. On a 
trouvé la date de 1461 manuscrite sur une de ses estampes, la Sibylle, 
qui est à Brunswick. Nous parlerons plus longuement de ce maître 
lorsque nous décrirons son œuvre. 

On avait cru jusqu'à nos jours que la découverte de l'impression de 
la gravure en creux remontait, sans pouvoir être contestée, au moins 
à l'année 1451. L'honneur en était décerné à Maso Finiguerra, orfèvre 
florentin. En 1797, l'abbé Zani avait trouvé au Cabinet des estampes de 
Paris, parmi les œuvres de l'école italienne, une gravure provenant 
d'un nielle, connu sous le nom de V Assomption ou le Couronnement de 
la Vierge. Cette découverte avait été acceptée avec enthousiasme et 
d'emblée par le monde savant et artistique. Si quelques voix s'étaient 
élevées timidement pour discuter cette affirmation nouvelle, elles 
avaient été immédiatement étouff'ées : elles étaient tombées sans écho. 
Nous-même, nous avions admis ce fait avec la plus grande facihté. 
Le récit animé de Duchesne, la joie extraordinaire de l'abbé Zani, si 
bien décrite par le savant conservateur, nous avaient complètement 
séduit. Cependant, à force d'examiner cette matière, un doute s'empara 
de notre esprit. Nous fûmes involontairement frappé de ce que Mariette, 
qui avait cherché partout des estampes de Maso Finiguerra ; lui qui, 
membre de l'Académie de Florence, avait vu dans cette ville V Assomp- 
tion de la Vierge; qui s'était fait envoyer, en 1730, par Gaburri, un 



COiNNUES AVEC DATE 5 

dessin de cette célèbre Paix\ écrivait Tannée suivante à ce même 
Gaburri : 

« J'ai une pleine connaissance de la riche collection d'estampes du 
prince Eugène, puisque je Tai mise en ordre, et que j'en ai fait un cata- 
logue très ample ; il n'y a certainement rien de Maso Finiguerra ni dans 
celle du roi, qui est très belle, surtout dans la classe des estampes gra- 
vées par les vieux maîtres. » 

Ce dessin resta dans la collection de Mariette jusqu'à sa mort, et 
plus tard, nous le trouverons chez Alibert, marchand d'eslampes. D'un 
autre côté, en 1831 , Robert-Dumesnil, auteur du Peintre-graveur 
français^ avait découvert, disait-on, une seconde épreuve de V As- 
somption à la bibliothèque de l'Arsenal. L'authenticité de cette pièce 
n'était pas plus mise en doute que celle de l'autre; Duchesne l'avait 
hautement reconnu dans l'article consacré à la gravure, au tome V du 
Moyen Age et Renaissance. Passavant était aussi du même avis*. 

Plus tard, par suite d'échanges, cette seconde gravure passait au 
Cabinet des estampes, et l'on reconnaissait avec surprise que ce n'était 
qu'une copie bien éloignée de la pièce primitive. C'était un avertisse- 
ment qui engageait à ne rien admettre sur cette matière sans un exa- 
men approfondi. J'eus instantanément la pensée que le nielle exposé 
au musée de Florence pouvait bien différer de la gravure trouvée par 
l'abbé Zani. J'écrivis à mon frère, qui réside habituellement à Rome, de 
faire faire une photographie de la plaque en question. Comme il est 
peintre, et qu'il a été admis à plusieurs salons, il était compétent pour 
surveiller une pareille opération. 

Il s'adressa au chevalier Pini, conservateur des planches au musée 
des Offices, et celui-ci, avec la plus grande obligeance, exécuta la pho- 
tographie. Il en livra quatre épreuves de tous points satisfaisantes, qui 
permirent de faire une comparaison régulière. Au premier abord, on 
put constater que l'estampe découverte par l'abbé Zani manquait de 
beaucoup de travaux, et qu'en même temps elle en offrait en plus 
quelques-uns qui ne se trouvaient pas dans la plaque originale. Nous 
déposâmes une de ces épreuves au Cabinet des estampes ; elle lut 
signée par mon frère et par moi. 

1. Ce nom vient des mots Pax tecum que prononce l'acolyte qui, dans les fêtes solennelles^ après 
VAgnus Dei, porte à baieer aux principales personnes du cbœur la plaque que lui a remise le célé- 
brant, après l'avoir baisée lui-même. 

2. Voir \e Peintre-graveur j tome l", page 196. 

t. r 



6 LES PLUS ANCIENNES GRAVURES 

C'était déjà un premier point de constater ces différences que nous 
ferons connaître plus tard en détail, mais elles ne prouvaient rien, ou 
peu de chose, quant à l'authenticité de la gravure du Cabinet des 
estampes. On ne pouvait rien en conclure ni à l'égard de la date de 1451 
ni en ce qui concerne l'attribution de la pièce à Maso Finiguerra. 

Nous résolûmes de vérifier enfin le nom de Tauteur et la fameuse 
date qui était la clef de voûte de tout l'édifice. En effets la seule ques- 
tion, ou du moins la question capitale est de savoir si, en 1451, Maso 
Finiguerra a imprimé l'estampe sur une planche en creux, si l'honneur 
de l'invention de ce genre de gravure peut lui être attribué, ou si même 
il est l'auteur de la plaque qui a pour sujet Y Assomption ou le Couron- 
nement de la Vierge. 

Deux auteurs anciens, nous ne dirons pas contemporains, mais 
vivant à une époque relativement peu éloignée, ont parlé du nielleur 
florentin : Vasari etBenvenuto Cellini. Le premier, né à Arezzo en 1512, 
mourut en 1574 ; le second, né à Florence en 1500, termina ses jours 
dans la même ville en 1570. 

Comme il est probable que Maso Finiguerra, né vers 1410 (Passa- 
vant dit 1426, d'après Gaye), mourut dans les années qui s'écoulèrent 
de 146Ô à 1477*, nos deux artistes, surtout Benvenuto Cellini, ont pu 
rencontrer, dans leur jeunesse, des vieillards qui avaient connu Fini- 
guerra^. 

Vasari a parlé, à plusieurs reprises, de Mazo Finiguerra. Dans la 
Vie d'Antoine et de Pierre Pollajuolo (t. P"'), il s'exprime ainsi : 

(( Il y avait aussi, dans le même temps, un autre orfèvre, appelé 
Maso Finiguerra, qui avait une réputation extraordinaire et méritée. 11 
n'avait pas son pareil dans le maniement du burin et dans l'exécution 
des nielles, pour faire, dans un petit ou grand espace, un aussi grand 
nombre de figures, comme le montrent encore certaines Paix exé- 
cutées par lui qui se trouvent à Saint-Jean, à Florence, et représentent, 
en très petit» des scènes de la Passion. » 

On trouve dans la Vie de Marc-Antoine (t. Il) le passage suivant : 

« L'invention de graver les estampes vient de Maso Finiguerra, 
Florentin, vers l'an 1460 deN.-S. Il grava sur argent toutes ses pièces. 

1. La Biographie générale y publiée par Firmia-Didoti dit vers 1473. 

2. Voir au chapitre des Nielles : De lArt de nieller et de la manière de faire le nielle, par 
Bcayenuto Cellini. 



CONNUES AVEC DATE 7 

Avant de les remplir de nielle, il en faisait une empreinte avec de la 
terre, sur laquelle il coulait du soufre fondu, qui restait empreint et 
couvert des traces du noir de fumée ; ensuite, y passant une couche 
d'huile, il lui donnait la teinte de l'argent; il fit encore cela avec du 
papier humide et avec la même teinte, appuyant ensuite dessus avec un 
cylindre bien uni, qui non seulement faisait paraître la planche impri- 
mée, mais donnait à l'épreuve l'apparence d'un dessin à la plume. » 

Dans tout ceci, comme on le remarque, il n'est pas question de V As- 
somption de la Vierge^ mais seulement de petites scènes de la Passion. 
La date de l'invention de la gravure n'est pas 1451; Vasari dit vers 
1460. 

Puisqu'on citait Vasari, on n'aurait pas mal fait de relater ce que 
l'on trouve dans la vie de PoUajuolo. On y lit que ce dernier a fait en 
concurrence avec Maso Finiguerra quelques sujets {alcune istoine) où 
il égala celui-ci par la promptitude, et où il le surpassa dans le dessin 
{et superollo nel disegno). 

Lorsque Duchesne traduisait, dans son Essai sur les Nielles, publié 
en 1826, le chapitre de Benvenuto Cellini décrivant les procédés de la 
niellure, il ne connaissait pas encore le texte suivant qui émane de 
Benvenuto Cellini lui-même. On le trouve dans l'ouvrage intitulé : 
Racconti del Cellini y puhhlicati nel 1828 dal erudito sig. Bartholomeo 
Gamba, estratti dal Trattato deW orificeria del Cellini che serbasi 
y/ianoscritto nella Marciana in Venezia, récits réimprimés dans la 
Vita ai Benvenuto Cellini^ publiée par Tassi; Firenze, 1829, tome III, 
Ricordi e documenti, pages 273 et 274. 

Voici comment s'exprime Cellini : « Martin ( c'est de Martin Schon- 
gauer qu'il parle ) fut orfèvre ; il était né au delà de l'Italie, dans une 
ville allemande ; ce fut un homme d'un grand mérite tant comme dessi- 
nateur que comme graveur, dans la manière de ce pays. En même 
temps, s'était répandue dans le monde la renommée de Maso Fini- 
guerra qui a si admirablement exécuté des nielles. On voit de sa main 
une Paix représentant le Christ en croix entre les deux larrons, avec 
beaucoup d'ornements de chevaux et d'autres choses. Elle fut gravée 
et niellée de la main de notre Finiguerra, d'après le dessin d'Antoine 
PoUajuolo dont nous avons parlé plus haut. Elle est d'argent; et on la 
voit dans notre belle église de Saint-Jean, à Florence. » 

En 1831, le comte Cicognara, qui connaissait ce passage de Cellini, 



8 LES PLUS ANCIENNES GRAVURES 

publiait une brochure intitulée : Deir Origine^ composizione, decom-- 
posizione ed esercitazione delParte dei nielli. Parte prima. 

On y lit ce qui suit (p, 51) : « Il est douloureux d'avoir à se con- 
vaincre bien des fois de la perte de tant de choses précieuses. On ne 
peut douter que cette Paix citée par Cellini, connaisseur hors ligne, ne 
soit Tœuvre de Maso Finiguerra. Nous Tavons vainement cherchée à 
Florence. Elle fut peut-être perdue en 1527, quand les pièces d'argen- 
terie de l'église Saint-Jean furent remises à la République, pour battre 
monnaie pendant le siège de la ville, comme le dit Gori. Nous croyons 
qu'elle a pu avoir le sort de tant d'autres ouvrages précieux qui furent 
brisés et fondus. » 

A l'occasion de ce Crucifiement^ Cicognara écrivit au cavalier 
Antonio Ramirez de Montalvo, alors directeur de la galerie de Florence. 
Il semble résulter de sa réponse que Gori n'ayant pas parlé d'une 
manière particulière du Christ en croix de Finiguerra, il était probable 
que cette Paix n'existait plus de son temps, puisqu'il avait fait une 
mention spéciale de tous les objets précieux qui appartenaient à la 
basilique ; qu'il ne pense pas que ce monument soit resté caché, et que 
probablement il n'existe plus à Florence. 

H est donc certain que ce directeur ne regardait pas comme appar- 
tenant à Maso Finiguerra une Paix qui fait partie de la galerie de Flo- 
rence et qui est attribuée à Matteo Dei. (Voir Duchesne, n^9Q, ) 

Nous aurons plus tard l'occasion de parler de cette plaque d'argent. 

La lettre du directeur Ramirez de Montalvo nous amène naturelle- 
ment à nous occuper de Gori. C'est sur son opinion que repose l'attri- 
bution à Maso Finiguerra de la Paix nommée Assomption de la Vierge, 
et de l'invention de la gravure en creux. Antoine-François Gori, archéo- 
logue, naquit à Florence le 9 décembre 1691, au moins deux cent 
quinze ou deux cent vingt ans après la mort de Maso Finiguerra ; il 
termina sa carrière dans la même ville le 20 janvier 1757. 

Millin, qui a rédigé la vie de ce savant dans la Biographie univer- 
selle, tout en lui prodiguant beaucoup d'éloges, ajoute comme cor- 
rectif : « On ne peut se dissimuler que Gori a souvent manqué de cri- 
tique. » La Biographie générale publiée par MM. Didot dit également : 
« Un reproche plus grave qu'on peut lui faire, c'est qu'il n'a pas tou- 
jours examiné avec assez de critique les monuments qu'il recueillait. » 

Maintenant voici comment s'exprime Gori, au sujet des nielles qui 



CONNUES AVEC DATE 9 

nous occupent, dans son Thésaurus veterum dipiychorum; Florentin, 
1759, in-folio, tome III (extrait de Duchesne) : 

a Auprès de ces précieux monuments, sont exposées deux plaques 
d'argent dont on fait usage "pour donner et recevoir le baiser de paix ; 
leur poids est d'environ 20 livres. (Duchesne dit : « La livre de Florence 
« est de moins de 12 onces : c'est donc un poids d'environ H livres 
« de France). » Elles sont ornées, continue Gori, de figures de vermeil 
du plus beau travail, et, par derrière, il y a des poignées d'argent : 
l'une, gravée et peinte en monochrome avec du nielle, fut faite avec un 
soin et un travail incroyables par le célèbre Thomas'', fils de Fini- 
guerra, et puisque l'occasion s'en présente, je vais m'étendre un peu 
sur ce sujet. 

« Cette Paix est d'autant plus remarquable qu'elle a donné nais- 
sance à l'art admirable de graver au burin sur des planches de cuivre. 

« L'habile orfèvre grava, sur une plaque d'argent, des figures repré- 
sentant le Triomphe et le Couronnement de la bienheureuse Vierge 
Marie, enlevée au ciel et entourée d'anges, ainsi que d'un grand 
nombre de saints placés sur le devant de la composition. Son ouvrage 
n'étant pas terminé et avant qu'il fût chargé de la couverte noire, dite 
nielle, il lui arriva, par hasard, de vouloir en prendre une empreinte en 
employant le plâtre et le soufre, ce dont j'ai un exemple dans un vieux 
tabernacle de ce temps, et se servant d'une teinte obtenue par la fumée 
grasse d'une chandelle. Il voulut essayer aussi ce que produiraient les 
figures gravées, en appuyant dessus un papier humide. Lors donc 
qu'il eut vu que le papier appliqué sur la planche rendait fidèlement le 
sujet qui y était tracé, il arriva, par ce procédé, le premier de tous, à 
l'art de graver sur cuivre, et à celui d'en tirer des épreuves sur papier, 
au moyen d'une couleur quelconque mêlée avec de Fhuile. » 

Gorifeitensuite.de Finiguerra le maître d'Alexandre Botticelli et 
d'Antoine PoUajuolo*; il attribue à ce dernier les vignettes du Dante 
de 1481, ce qui est une erreur. 

Il ajoute plus loin : « Je dis et j'affirme que la première invention et 
la plus grande gloire doivent en être attribuées à Thomas le Florentin. 

1. En italien Maso, dimioulif de Tommoso, 

2. C*e8t à tort que Gori dit qu'Antoine PoUajnolo fut élève de Finiguerra. Vasari lui donne pour 
maître Bartoluccio Ghiberti, dans Part de l'orfèvrerie, maestro, ajoute-t-il, atVora niolto eccellente 
in taie esercixio. Il travailla ensuite sous Laurent Gbiberti, auteur des fameuses portes du baptistère 
Ce dernier, né en 1378, mourut en 4455. 



10 LES PLUS ANCIENNES GRAVURES ^ 

Son ouvrage étant achevé en 1452, le même Thomas, fils de Finiguerra, 
orfèvre florentin, reçut des syndics du corps de commerce, pour son 
travail et pour la valeur de l'argent, en florins d'or, 6G florins 1 livre 
6 deniers, ainsi qu'on en trouve la preuve dans le grand registre coté 
AA, de la même année ; il est conservé dans les archives de ce syn- 
dicat, où je Vai vu. » 

Il termine en disant qu'il a voulu faire dessiner et graver cette 
superbe Paix chrétienne^ mais qu'un ouvrage aussi difficile, rempli 
d'un aussi grand nombre de figures, couvert d'un émail noir, et surtout 
dans un tel état de vétusté, aurait nécessité des dépenses au-dessus 
de ses moyens. 

Sur ce dernier point, il nous suffit de dire que cette Paix, malgré 
son émail noir et sa prétendue vétusté, a permis, cent vingt ans au 
moins après l'époque à laquelle écrivait Gori, de se procurer des pho- 
tographies très satisfaisantes et qui reproduisent tous les détails de 
l'ouvrage. 

Gori, en qualité d'ecclésiastique et de prieur du baptistère de Saint- 
Jean, a eu toute facilité pour bien étudier les Paix dont il parle. 

Il résulterait de l'examen fait par Gori des deux Paix, qu'elles sont 
ornées de figures de vermeil du plus beau travail, que par derrière il y 
a des poignées d'argent, que leur poids est d'environ 20 livres, et 
qu'enfin Gori a vu le registre coté AA de 1452. 

Sur le premier point, faisons remarquer tout de suite que Gori sup- 
pose, évidemment, que les montures qui entourent les deux Paix étant 
du plus beau travail, celle de V Assomption^ naturellement, doit être 
aussi l'œuvre de Maso Finiguerra, tandis que la simple inspection 
démontre que les montures des deux pièces exposées au musée de 
Florence sont de la fin du seizième siècle ou du commencement du dix- 
septième. Ces deux montures sont presque absolument semblables, 
et la plaque qui représente un Crucifiement est des plus médiocres ; 
elle ne peut être que l'œuvre d'un artiste très inférieur et non celle 
livrée en 1455. 

Quant au poids de 10 livres environ pour chacune, nous allons être 
bien loin de compte. Nous avons fait peser, avec le plus grand soin, 
la Paix attribuée à Maso Finiguerra; elle pèse : l*" la plaque niellée, 
107 grammes ; Z"" la monture en vermeil qui l'entoure, 1 kilog. 73 gr.; en 
tout 1 kilog. 180 gr., qui, réduits en onces florentines, donnent un total de 










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CONNUES AVEC DATE H 

41 onces 16 deniers 23 grains et quelque fraction. Si Ton suivait Téva- 
luation de Gori, cette Paix devrait peser de 117 à 118 onces. C'est une 
erreur assez grosse, mais passons. S'il avait bien lu le fameux registre 
AA qu'il affirme avoir vu, il aurait constaté que le poids livré par Maso 
Finiguerra était de 55 onces 11 deniers, c'est-à-dire plus de moitié 
moins de celui qu'il assigne à cette Paix, et, d'un autre côté, si la Paix 
des Offices est la même que celle qui était à Saint- Jean, c'est près de 
quatorze en moins. Ces différences valaient cependant bien la peine 
d'être examinées. 

Il aurait dû également citer le texte entier du registre, mais cela lui 
eût été sans doute fort difficile, attendu qu'il y a tout lieu de croire 
que, lorsque Gori écrivait, ce prétendu registre était perdu depuis 
longtemps. En attendant, nous allons donner la traduction du texte 
relaté dans l'ouvrage de Gaye [CmHeggio medito; Firenze, 1839-40; 
t. P', p. 112) : 

« Pour que tous les doutes cessent sur ce point que cette Paix était 
déjà commencée en 1450, il me suffit de rapporter le passage suivant 
d'un DÉPOUILLEMENT ( spoglio ) du grand livre de l'art des marchands 
( delV arte de mei^catanti) portant la date de 1450 z : une Paix d'argent 
dorée, émaillée {smaltata ) et niellée, du poids de o. 55 d. 11 (55 onces 
11 deniers) qui fut faite pour Téglise de Saint-Jean par Thomas Fini- 
guerra. Elle fut payée à raison de fior 1 largo loncia; elle coûta en 
tout 66 florins. 

« En 1455, on donna à faire à Matteo, fils de Jean Dei (Matteo di 
Giovanni Dei), orfèvre, une autre Paix pour l'église de Saint-Jean; on 
lui paya 28 florins pour la gravure, la niellure, la dorure, l'émaillerie ; 
elle coûta en tout, avec l'argent, 68 florins 6 deniers 12 gros. » 

Malgré les premières lignes de la citation ci-dessus qui appartien- 
nent à Gaye, toujours sous l'impression de Gori et de Zani, il nous 
semble que la question est résolue par ces textes. Que disent-ils ? C'est 
qu'en 1450 (plutôt 1452) Maso Finiguerra a fait une Paix^ et Matteo 
Dei une Paix en 1455. Où se trouve la désignation du sujet? Quelque 
(îhose dans ces textes peut-il autoriser à conclure que la première est 
V Assomption et la seconde le Crucifiement? Mais nous avons voulu 
aller plus loin, pour qu'on ne prétende pas que Gori a vu d'autres 
registres que ceux cités par Gaye. 

Mon frère a fait d'aclives recherches à Florence pour trouver 



12 LES PLUS ANCIENNES GRAVURES 

les registres de cette époque, mais inutilement. Voilà ce que lui a dit le 
chevalier Pini, conservateur des planches au musée des Offices : 
Le sénateur Strozzi, qui vivait dans les premières années du dix- 
septième siècle, a fait un dépouillement desdits registres. À la suite 
de ce travail, ils ont été égarés et ne se retrouvent plus. Il n'est pas 
vrai, a-t-il ajouté, que Gori qui vivait un siècle après Strozzi, ait pu 
examiner les livres originaux des consuls de Calimala ou des mar- 
chands, parce que dans son temps ces livres étaient déjà perdus. Il 
n'a donc pu voir que les notes et le dépouillement faits par le 
susdit sénateur Strozzi. 

Le conservateur actuel des archives centrales de TÉtat, où sont dé- 
posés les manuscrits de Strozzi, a assuré à mon frère qu'on avait fait 
faire de nombreuses recherches là où l'on croyait pouvoir découvrir 
ces livres des marchands : qu'on en avait retrouvé quelques-uns, mais 
aucun ayant rapport à la question actuelle. 

Gori dit en outre : « Une autre Paix, enrichie de damasquinure, 
représente au milieu le Crucifiement de Jésus-Christ, avec un grand • 
nombre de figures gravées sur une petite plaque d'argent, couverte 
ensuite d'une peinture noire, dite nielle. Elle fut faite par Mathieu, fils 
de Jean Dei, citoyen et très habile orfèvre de Florence. Celui-ci ajouta 
aussi beaucoup d'ornements très beaux, pour lesquels, son ouvrage 
achevé et livré en 1455, il reçut 68 florins d'or, en comidération de la 
dépense. » 

On voit avec quelle amplification Gori a cité le texte de Strozzi qu'il 
avait sous les yeux, mais ce qu'il a encore oublié de dire, quoiqu'il le 
sût parfaitement, c'est que : « En 1529, Florence devant soutenir une 
guerre très périlleuse pour conserver sa liberté, des emprunts forcés 
furent à plusieurs reprises exigés de ceux que des commissaires 
nommés à cet eff'et désignaient comme les cinquante, les cent, les 
deux cents plus riches citoyens de la République. Toute l'argenterie des 
églises, aussi bien que celle des particuliers, fut portée à la Monnaie; 
toutes les pierres précieuses qui ornaient les reliques furent mises en 
gage ; le tiers des possessions ecclésiastiques fut vendu en même temps 
que les immeubles des corporations d'arts et métiers et les biens des 
rebelles. » (Simonde de Sismondi, Histoire des Républiques italiennes 
du moyen âge; Paris, 1840; t. X, ch. m). 

Ce fait est d'ailleurs confirmé par Vasari. Dans la vie de PoUaguolo, 



CONNUES AVEC DATE 13 

après avoir parlé des scènes de la Passion de Maso Finiguerra et 
d'une foule d'autres ouvrages de PoUajuolo, cet écrivain ajoute : Ma 
di quesûe et di quelle di PoUajuolo moite, per i bisogni délia città nel 
tempo délia guerra, sono state dal fuoeo distrutte, et guaste. 

Le premier mot queste signifie évidemment que non seulement les 
ouvrages de PoUajuolo, mais ceux de Maso Finiguerra, ont été détruits 
dans les temps calamiteux dont parle Vasari. En effet, ces petites 
scènes de la Passion ne se retrouvent plus aujourd'hui. Maintenant 
persistera-t-on à soutenir que les deux Paix qui sont au musée de 
Florence sont bien les Paix originales dues à Finiguerra et à Matteo 
Dei? Est-il si difficile de croii^e qu'elles ont péri avec tant d'autres 
chefs-d'œuvre?. 

Si l'on veut toujours qu'elles soient les originales, Gori cer- 
tainement n^a pu en voir d'autres que celles-là ; alors comment expli- 
quer le poids de 10 livres donné par Gori à VAssompiioyi de la Vierge, 
ou même les 55 onces M deniers portés sur le registre, puisque la Paix 
actuelle ne pèse que 41 onces 16 deniers 23 grains et quelque fraction? 

Comment expliquer en outre que le Orucifiement, inférieur comme 
art et peut-être comme poids, ait été payé plus cher que V Assomption? 
Cette difficulté a occupé Gori, qui s'en est tiré en insérant ce membre de 
phrase qui n'est pas dans le registre : en considération de la dépense. 

Duchesne aussi a été frappé de cette circonstance, et il l'a expli- 
quée à peu près de la même manière. Il dit dans une note, page 107 de 
son livre : « Quoique cette pièce ait été payée plus cher que celle du 
Couronneinent de la Vierge, il n'en faut pas conclure qu'on ait pensé à 
cette époque que le talent de Mathieu Dei dût être payé plus que celui 
de Thomas Finiguerra ; mais il faut seulement réfléchir que dans le 
prix se trouve compris le poids du métal, et que celle du Crucifiement 
pesait probablement plus que l'autre. » 

Malgré tous ces raisonnements, ce qu'il y a de certain c'est que cette 
dernière Paix exposée au musée des Offices, celle-là même qu'a vue 
Gori, ne peut en aucune manière être regardée comme Toriginal de 
1455. Le travail est trop médiocre pour être attribué à Matteo Dei, et 
la monture est postérieure de plus d'un siècle. 

Quant à rAssoniplion, on voudra peut-être soutenir que l'on a sauvé 
la plaque et que l'on n'a livré seulement que la monture, mais cette 
assertion ne pourra être appuyée d'aucune preuve. 






M LES PLUS AxNCIENNES GRAVURES 

On supposera peut-être encore que le travail original de Matteo 
Dei est un Crucifiement que Ton voit au musée de Florence et qui n'a 
d'autre bordure qu'un cadre de bois, celui-là même que Duchesne, 
dans son livre, attribue à Matteo Dei. Nous allons en donner le poids 
pour que les curieux puissent bien apprécier ce point. 

Cette plaque du Cnicifiement pèse seulement 77 grammes, tandis que 
celle de VAssoraplmi en pèse 107, un peu plus de 3 onces de Florence. 

Maintenant, une dernière réflexion : le poids de 55 onces 11 deniers 
étant indiscutable pour VAssomption de la Vierge^ on est obligé 
f d'admettre que la monture originaire devait peser 52 onces, ou 

1 kilog. 665 gr. 

Quant à l'autre Paix qui ne pèse que 77 grammes, outre 30 grammes 
en plus, il faudrait, pour que le poids fût en rapport avec le prix qu'on 
a payé, le porter pour cette dernière à 59 ou 60 onces. La monture ori- 
ginaire aurait dû peser 1 kilog. 865 gr. 

Dans un temps de suprême élégance, où toutes les proportions 
talent si exactement observées, aurait-on fait des montures d'un 
poids semblable pour des plaques de cette àxmensionl U Assomption de 
la Vierge a 129 millimètres de hauteur sur 86 de largeur ; le Cruci- 
fiemetit a 124 millimètres de hauteur sur une largeur de 79. C'est là 
une simple observation que nous livrons à l'appréciation des lecteurs. 

Dans tous les cas, il résulte de notre exameyi qu'aucun document 
sêHeiix n'attHbue à Maso Finiguerra VAssomption de la Vierge et que 
rien ne prouve qu'en 1452 Maso Finiguerra ait remis ce nielle au 
corps des marchands. Il est probable que le nom de Finiguerra, cité 
par Vasari et Benvenuto Cellini, a seul surnagé dans la suite des 
temps, et qu'on lui aura facilement attribué la plus belle des deux Paix. 
C'est quelque récit de sacristie auquel Gori a ajouté confiance sans 
l'avoir sévèrement contrôlé ; on sait que son défaut de critique lui a 
été justement reproché, et qu'il n'y a pas de dissentiment sur ce point. 

Passons maintenant à l'examen matériel de la plaque exposée au 
musée des Offices et de l'estampe de la Bibliothèque nationale. Nous 
ne reparlerons pas ici du dessin que Gaburri avait envoyé à Mariette ; 
nous aurons l'occasion d'y revenir. 

Outre la plaque de Florence, on connaît de l'Assomption de la 
Vierge deux soufres et Testampe qui fait l'objet de la discussion. Un 
des deux soufres n'est qu'une ébauche assez légère, où les fonds ne 



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CONNUES AVEC DATE io 

sont couverts de tailles croisées que dans la partie du haut seulement. 
L'autre soufre offre la totalité du travail qui est sur la planche en 
argent. La première empreinte est sortie du cabinet Durazzo pour 
entrer dans celui de M. de Rothschild ; la seconde, après avoir appar- 
tenu au marquis Seratti et au duc de Buckingham, est aujourd'hui au 
British Muséum. L'estampe semblerait au contraire provenir d'un 
tirage intermédiaire. 

Elle présente, en la comparant à la plaque du musée des Offices, 
de nombreuses différences ; les unes ne sont qu'apparentes, les autres 
sont réelles. L'estampe manque de beaucoup de travaux, mais elle en 
a quelques-uns en plus. Il faut cependant la considérer avec beaucoup 
de soin et ne pas s'arrêter, sans un examen approfondi^ aux diffé- 
rences que l'on remarque. La comparaison n'en est pas facile : l'es- 
tampe est perdue dans un cadre lourd, peu commode à manier ; le 
verre qui la couvre occasionne aussi un miroitage trompeur. 

L'aspect général de l'estampe est celui d'une vignette argentine et' 
légère ; les traits sont grêles et comme épingles; elle forme un con- 
traste avec la photographie dont les contours et les travaux sont 
beaucoup plus mâles et plus accentués. Ce que l'on explique en 
disant que l'une est une ébauche plus ou moins avancée, et l'autre, 
une planche complètement terminée. 

La première différence qui frappe est celle-ci : dans l'inscription de 
la plaque et des deux soufres, on lit à rebours : GAVDET EXERCITUS. 
Dans l'estampe, il y a, selon Bartsch, AVI ; selon Duchesne, AVE au 
lieu de GAVDET. La gravure de Pauquet faite pour le livre de l'abbé 
Zani dit AVI, celle de Girardet qu'on voit dans V Essai sur les nielles 
porte AVE. Ce point a une telle importance qu'il semble que Zani, 
Bartsch et Duchesne eussent dû tout de suite s'y arrêter ; ils n'y ont 
même pas songé. Nous avons, le premier, soupçonné qu'à la place 
d'AVI ou d'AVE, il pourrait bien y avoir GAVDET. Quoique nous 
n'ayons pu rétablir ce mot, à force d'employer la loupe, nous avons cru 
apercevoir d'abord les traces d'un G, après les trois lettres visibles AVE. 
les traces d'une N, et enfin, un petit T qui touche l'E d'EXERCITVS. 
Ensuite, en regardant l'estampe très attentivement, on n'aperçoit 
pas la double croix sur la couronne de la Vierge, ni le fleuron qui 
est sur le front du Christ. Ces ornements imperceptibles deviennent 
visibles à Taide d'une ou deux loupes. On ne voit pas non plus de 



It) LES PLUS ANCIENNES GRAVURES 

croix dans le milieu de la volute de la crosse que tient saint Augus- 
tin ; au moyen d'une loupe, on finit par apercevoir cette croix. Der- 
rière saint Jean, il y a un saint qui paraît avoir beaucoup de cheveux ; 
en se servant de la loupe, on s'assure qu'il est presque chauve. 
Saint Jean semble avoir le front partagé par une grosse mèche de 
cheveux seulement ; la loupe permet de reconnaître que, vers la droite, 
il a encore des cheveux qui couvrent son front. Pauquet et Girardet 
n'ont pas vu tout cela. Ceci montre avec quelle circonspection il 
faut procéder. Un peu plus haut que saint Jean, contre le bord de 
la planche, un saint porte une grosse croix sur la poitrine. On la voit 
en totalité dans l'estampe ; elle est couverte en grande partie par le 
vêtement, dans la plaque du musée des Offices. La plaque off're beau- 
coup plus de travaux dans les plis des vêtements et dans toutes les 
parties que dans l'estampe. Par contre, on voit dans Testampe, le long 
l _ du bord du vêtement du Christ, en partant de l'épaule, deux barres qui 

j descendent vers le ventre et au milieu desquelles il y a une série de 

5 points ; cet ornement n'est pas dans la plaque. Il y a en outre, sur la 

jambe gauche de saint Jean-Baptiste, deux traits horizontaux, près des 
bords de son vêtement, qui paraissent indiquer une espèce de panta- 
J Ion ; la plaque de Florence n'a rien en cet endroit. Ce sont les seules 

? difi*érences que nous puissions établir, par suite de la difficulté de 

] pouvoir faire une comparaison plus sérieuse et plus approfondie, 

j Dans toute autre circonstance, nous serions amené naturelle- 

l ' ment à discuter la question de savoir si l'estampe de la Bibliothèque 

nationale a été tirée sur une planche gravée ou sur un soufre. Il 

semble résulter des termes employés par Vasari que c'était sur un 

} soufre que Maso Finiguerra tirait ses estampes. Pour ôter ce sens 

j aux expressions de Vasari, on est obligé de mettre un point là où il y a 

un point et une^irgulo, et de changer une petite lettre en majuscule. 
Baldinucci, savant écrivain, né à Florence vers 1624, dit positive- 
ment dans son ouvrage : Notizie de' Professori di disegnOj tome IV, 
pages 3 et 4 : « Lorsque Finiguerra avait gravé un sujet quelconque sur 
argent pour le couvrir de nielle, il avait l'habitude d'en tirer un moule 
en terre, sur lequel il coulait du soufre fondu : il obtenait ainsi une 
empreinte de son travail ; remplissant alors le creux de cette empreinte 
avec une certaine teinte mêlée d'huile, il appliquait dessus un papier 
mouillé, et, par la pression d'un rouleau de bois, il se procurait unj 



I 



CONNUES AVEC DATE 17 

épreuve semblable à celle qu'eût donné la planche cVargent, et ses 
épreuves sur papier avaient l'apparence d'un dessin à la plume. » 

Bartsch, en prêtant à Maso Finiguerra l'usage de ce même procédé, 
a pensé qu'il ne l'avait employé que dans le but de nettoyer un soufre, 
et qu'il avait ainsi dû sa découverte à un pur eflfet du hasard. 

Si cette discussion n'était pas oiseuse en ce moment, nous exami- 
nerions si le noir do fumée mêlé avec de l'huile, ou simplement avec de 
l'eau, est cause des défectuosités et des lacunes qui sont dans l'estampe 
de la Bibliothèque ; ensuite pourquoi Ton ne rencontre qu'une épreuve 
de V Assomption^ et postérieurement un second soufre, ouvrage difficile 
et long, tandis que le graveur pouvait tirer sur papier autant d'épreuves 
qu il le voulait. En outre, Duchesne soutient, page 128 de V Essai sur les 
Nielles^ qu'on ne peut obtenir des estampes d'un soufre, substance trop 
fragile pour supporter la pression d'un rouleau, mais M. Schuchardt, de 
Weimar, dans Kunsblatt de 1846, pages 49-99, et encore plus ample- 
ment dans les Archives de Naumann, affirme avoir fait des essais qui 
lui ont réussi, et cela dans le but de prouver la possibilité d'imprimer 
des estampes sur un soufre. Enfin, Passavant reconnaît dans l'épreuve 
du Cabinet de Paris des traces des bords de la planche. A quoi servirait 
de se prononcer sur ces opinions diverses? Il faudrait toujours ramener 
la question à son point de départ : Maso Finiguerra a-t-il ou non remis 
r Assomption de la Vierge au corps des marchands, en 1452? 

Outre les textes et les documents que nous avons déjà cités, nous 
devons faire connaître certaines opinions qui ont contribué à détruire 
en Italie la créance qu'on avait d'abord apportée à la découverte de 
l'abbé Zani. Dans l'ouvrage de Cicognara que nous avons cité plus haut : 
Deir Origine y composizione ^ decomposizione ed esercitazione dei 
nielli, on trouve le passage suivant : « On a soigneusement gardé la 
mémoire de la fameuse Paix de Finiguerra. Elle a donné lieu à de 
longues discussions et dissertations. La galerie royale de Florence 
conserve la plaque niellée et originale ; deux soufres tirés sur cette 
Paix existent encore : Tun dans la collection du marquis Durazzo à 
Gènes , l'autre dans celle du duc de Buckingham à Londres. 
Cette dernière pièce avait appartenu au marquis Serati\ dont 
Duchesne a rapporté la dissertation, après Tavoir traduite. Finale- 
ment, de ce très rare nielle, on allègue qu'il existe une épreuve sur 

1. Et vraisemblablemeDt à Gori. 

I. 2* 



18 



LES PLUS ANCIENNES GRAVURES 



papier dans la Bibliothèque royale de Paris, et qu'elle y fut trouvée 
par Tabbé Zani. Contre cette découverte, il y a une dissertation 
encore inédite qui sera prochainement publiée par le professeur 
Vitali de Parme, lequel espère, avec d'excellents arguments, don- 
ner la preuve de Terreur dans laquelle sont tombés aussi bien le con- 
naisseur italien que les conservateurs du Cabinet des estampes de 
France. » 

Ce passage prouverait déjà que Cicognara était assez incrédule à 
cet endroit, • 

A ceci doit se joindre la lettre de Vitali au bibliothécaire Angelo 
Pizzana. C'est ainsi que s'exprime Vitali : « J'ai en ma possession le 
fameux dessin de la Paix de Maso Finiguerra qui a été possédé par 
Mariette, sur lequel celui-ci a écrit quelque chose de sa main. Ce des- 
sin est précieux pour moi : il sert à prouver merveilleusement que 
l'estampe de Paris dont Zani a donné un fac-similé n'est pas vraie 
{non è verace) et ne peut venir de la Paix originale, comme je l'ai dé- 
montré dans la troisième partie de mes Raisonnements encore inédits. » 
— <( Il faut ajouter, dit Cicognara, que Vitali a acheté ce dessin des 
héritiers de Zani, lequel, d'après Vitali lui-même, avait eu, avant de 
mourir, beaucoup de doutes sur sa propre découverte... » Ces lignes 
sont extraites du livre de Cicognara mentionné plus haut. 

Pour terminer il ne nous reste rien de plus concluant que de citer 
le texte exact du registre des marchands : 

Lïbro Grande delV Arte de Mercatanti. S^. A A. 1452. 
Face d'Ariento dorata smaltata e nielata di peso dî o. 55 d. 11 
si fàp la Chiesa di S. Gio. p Tom". di Finiguerra Orafo e se gli paga 
à ragione dif.i. largo delV 07icia 200 costô in tutto /"• 66. 71 .5 — d: 6. 
Le chiffre 200 est le numéro de la page de l'ancien registre : cette 
explication a été donnée par M. le cav. Guasti, conservateur des 
manuscrits. 

Libro Grande delV Arte de Mercatanti S.^ B. 1455. 
Face si dà à fare p la Chiesa di S. Gio. à Mathio di Gio. Dei 
Orafo è se gli paga f. 2Sp. intaglio niello doratura e smalto, e costô 
in tutto con l'Argento f. 68.6.1.2 213. 

Ce dernier numéro est celui de la page de l'ancien registre. 
Qu'on rapproche aujourd'hui tous ces documents de la précipitation 
avec laquelle cette affaire a été enlevée à Paris, la conclusion ne sera 



CONNUES AVEC DATE 19 

pas douteuse. Zani a fait connaître sa découverte après avoir vu le 
dessin envoyé en 1730 à Mariette, mais il ne Ta communiqué ni à 
M. de Joly, conservateur du Cabinet des estampes, ni à M. Denon. 
Ceux-ci non plus ne Tont pas réclamé. Zani s'est bien gardé de le 
montrer, surtout s'il y avait une note de Mariette qui pouvait contre- 
dire son opinion, et enfin si, comme le prétend Vitali, acquéreur du 
dessin après la mort de Zani, cette pièce était de nature à prouver que 
l'estampe n'avait pu être tirée sur la plaque du musée des Offices, nous 
nous expliquons très bien que l'abbé Zani, qui, pour illustrer son livre, 
devait désirer une grande découverte, se soit hâté d'acheter le dessin 
qui était chez Alibert. Peut-être alors, croyant que sa patrie avait le 
mérite de l'invention de la gravure en taille-douce, a-t-il cédé à un 
enthousiasme de bonne foi, en n'y regardant pas de trop près, mais 
plus tard, la réflexion étant parvenue à le calmer, il n'est pas impos- 
sible qu'il ait eu des doutes avant sa mort. 

En présence des textes si nets de Vasari et de Benvenuto Cellini, 
en présence surtout des assertions erronées et si peu justifiées de 
l'abbé Gori, nous ne devrions pas hésiter à formuler une déclaration 
contraire et positive; mais, par condescendance pour une opinion 
depuis longtemps accréditée, nous demandons que la découverte 
réelle ou prétendue de l'abbé Zani, qui attribue à Maso Finiguerra 
l'invention de la gravure en creux, en s'appuyant sur l'Assomption 
du Cabinet des estampes de Paris, soit sérieusement examinée en elle- 
même et dans les documents qui s'y rapportent. Nous insistons pour 
qu'une investigation approfondie, et qui ne puisse plus laisser de 
doutes, fasse éclater la vérité dans une affaire qui, nous le répétons, 
a été jugée, nous ne voulons pas dire avec une grande légèreté, 
mais du moins avec une trop grande précipitation*. 

» 

Estampe de notre collection. , 

L'Annonciation, deuxième quart du quinzième siècle. 1425-1435; 
estampe anonyme que nous avons acquise à la vente Weigel. 

A gauche, Marie devant un pupitre; à droite, l'ange Gabriel; il est 
courbé, ses ailes sont en l'air. Dans le milieu, un vase avec deux 

1. C'est après avoir communiqué à M. le chevalier Pini, conservateur des estampes au musée des 
Offices, tout le passage relatif à Maso Finiguerra, que nous le publions et avec son approbation; il a 
bien voulu nous autoriser à consigner ici cette déclaration. 



T- ^^ 



20 



LES PLUS ANCIENNES GRAVURES 



tiges de lis, au-dessus desquels on voit une colombe. Le caractère et 
le travail indiquent une origine allemande, et dénotent l'école d'Ulm. 
La pose et le costume des figures rappellent le deuxième quart du 
quinzième siècle. 
Cuivre. 

Dimensions prisoi^ les deux traits en dedans; haut.^ 189 millim.; larg., 2S4. Weigel, n» 23. 

Très belle épreuve avec une grande marge. Cette estampe parait ofirir le m^me 
faire que celui de la Vierge avec V enfant Jésus placée dans une niche, estampe que l'on 
voit au Cabinet des estampes de Paris, et dont un fac-similé se trouve dans le Moyen 
Age et la Renaissance^ tome V. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



Vasari. Vita (T Antonio etPietro PoUajuoU, tome I". 

Era in questo tempo medesimo unaltroorefice chiamato Maso Finiguerra,ilquale 
ebbe nome straordinario, e meritamente; cbe pcr lavorare di bulino, e fare di niello, 
non si era \eduto mai, chi in piccoli o grandi spazj facesse tanto numéro di figure, 
quante ne faceva egli ; siccome lo dimostrano ancora certe Paci, lavorate da lui in san 
Giovanni di Fioren/.a con istorie minutissime délia passione di Cristo. 

Vasari. Vita di Marco Antonio^ tome II. 

n principio dunque deir intagliarele stampe venue da MasoFiniguerraFiorentino, 
circa gli anni di nostra salute 1460, percbe costuitutte le cose che intagliô in argento, 
per empierle di niello, le improntô con terra, e gittatovi sopra solfo liquefatto, vennero 
improntate e ripiene di fumo; onde a olio mostravano il medesimo, che Fargento' ; e 
ciô fece ancora con carta umida, e con la medesima tinta, aggravandovi sopra con un 
rullo tondo, ma piano per tutto, il che non solo le faceva apparire stampate, ma veni* 
vano come discgnate di penna, 

B. Cellini, Racconti, dans la Vita di B. Cellini, publiée par Tassî ; 
Firenze, 1829, tome III, pages 273 et 274. 

Martino fu orefice et fu oltramontano di quelle Citta Tedesche : questo fu un gran 
ualent' uomo, si di disegno et dintaglio di quella lor maniera, et per ché gia é si era 
sparso la fama per il Mondo di quel nostro Maso Finiguerra, ché tanto mirabirmenté 
intagliauadi niello, e si uedé di sua mano una pacé con un Crocifisso dentroui insiemé 
con i duo Ladroni, e con molli oruamcnli di cauagli e di altré cose, fatta soUo il 
disegno di Antonio dcl pollaiuolo, gia nomiuato di sopra, e dé intagliata e nieliata di 
mano del detto Maso qucsta é d'Argento in cl nostro bel san giouanni di Firenze . 



1 . M. Duchesne dit qu'il devrait se trouver ici un point et un E capital 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 2i 

CiGOGNARA, DelV Origine^ composizione, decomposizione ed esercita- 
zione delV arte dei nielli; Venise, 1831, page 51. 

E fatale il dover convincersi s^pesse voltc dello sraarrimentodi tanle preziosità ; poi- 
chè non è da dubitare che questa Pace citata dal Cellini, sommo conosciiore, apparte- 
nere posse mai ad altro intagliatore che al Finiguerra : ma questa celossi aile nostre 
ricerche in Firenze ; poichè forse dispersa nel 1327, qaando furono consegnate moite 
argenterie del S. Giovanni alla Republica per batter moneta, in occasione dell'assedio 
di Firenze, comme accennd il Gori, e credemmo aver corso la sorte infelice di tanti 
preziosi laTori fusi e coniati. 

Réponse du chevalier Antonio Ramirez da Montalvo, directeur de la 
galerie de Florence, au comte Cicognara. 

Fa maraviglia che dal Gori, il quale scartabellô i registri di spese del magîstrato 
deir Arte di Calimala, ove trovô gli appunti del costo délie due Paci ancora esistenti, 
oltre quella notissima di Matteo Dei, non si trovasse notata anche, questa altra Pace 
délia Crocifissione del Finiguerra, non cssendo da supporsi che, per non esistere più a 
suo tempo, egli non avesse a farne menzione particolare, come fece di tante altre pre- 
ziosità attenenti a quella basilica ch' egli illustrava; e che più non erano quand'egli 
scrisse^È certo che questo monumenlo o non existe, o trovasi nascosto in parte remota, 
e indubitamente più non si vede in Firenze. 

CiGOGNARA, DelV Origine, etc. (voir plus haut ); p. 42-43. 

Da ognuno si è scritto, e la memoria si è diligentemente conservata délia famosa 
pace del Finiguerra, la quale ha dato luogo a lunghe discussioni e dissertazioni. Di 
essa la reale galleria di Firenze conserva la piastra niellata ed originale ; due zolfl 
ricavah in antico stanno deposti Tuno nella coUezione del mai chese Durazzo a Genova ; 
Taltro in quella del duca di Buckingham a Londra ; e quest* ultimo è appunto lo zolfo 
che apparleneva al marchese Seratti (di cui vien recala nelle note del Duchesne una 
dissertazione illustrativa da luitradotta); e flnalmente di questo rarissimo Niellosiallega 
esistere una prova in carta nella bibliotheca reale di Francia, per una scoperta che 
dice si fatta dal AbateZaniinParigi, contra la quale è ancora inedita una dissertazione^ 
che sarà fra più molto pubblicata dal professore Vitali da Parma, il quale spera pro- 
durre con buoni argomenti le prove di uno sbaglio od inganno, da cui sono stati 
sospresi tanto il conoscitore italiano, quanto gli esperti custodi del gabinetto francese. 

Extrait de la lettre de Vitali. 

Tengo il famoso disegno délia pace di Maso Finiguerra, che fu posseduto dal 
Mariette ; sul quale ha egli scritto alcuna cosa di propria mano. Prezioso mi ë questo 
riescito, poichè serve mirabilmente a comprovare che la stampa di Parigi pubblicata 
da lo Zani non è verace, ne puô provenire dall' originale Pace, come ho dimostrato 
nel terzo de*miei ragionamenti inediti. — (Si aggiunge che il Sig. Vitali ha acquisto 
questo disegno dair erede dello Zani, al quale, secondo le osservazioni dello stesso 
Vitali, prima di morire, erano cntrati molti dubbj suUa propria scoperta.) 



MANIÈRE CRIBLÉE 



La manière criblée est une des formes primitives de la gravure. 
Elle paraît avoir pris naissance en Allemagne, et elle y a été exercée 
jusque vers la fin du quinzième siècle. 

« Comme la gravure sur bois, dit Passavant, celle-ci est exécutée 
sur des planches d'un métal doux (probablement du laiton) ou sur du 
cuivre , de manière à ce que le fond reste en relief pour être im- 
primé en noir, mais cependant varié d'un pointillé ou d^un travail à 
guise de tapisserie. De la même façon les draperies sont souvent 
ornées de points de différentes grosseurs imitant les broderies en 
perles et en soie des tentures d'église, ou d'étoiles, de grains 
oblongs, etc., poinçonnés sur des hachures très fines ou sur le fond 
noir. Les parties claires sont dégradées vers les ombres en enlevant 
le métal. Il en résulte un jeu particuher d'ornements, de lumière et 
d'ombre qui ne manque pas d'un certain charme, quoique ce genre de 
travail ne puisse avoir la prétention d'occuper une place distinguée 
comme objet d'art. » 

Il faut encore remarquer à ce sujet que les plus anciens échan- 
tillons de ce genre oflfipent la reproduction la plus exacte des ornements 
en perles et de la broderie en soie, et que cette exactitude arrive peu 
à peu jusqu'à dégénérer, vers la fin du quinzième siècle, en un travaD 
grossier imitant le nielle. 

Généralement les gravures en manière criblée appartiennent à 
une classe d'artistes d'un genre secondaire et sont quelquefois assez 
barbares. C'est à cause de cette particularité qu'on a voulu aussi 
leur attribuer une très grande antiquité, quand il est de fait qu'elles 
appartiennent à une époque relativement récente. Pour les rendre plus 
acceptables, on les coloriait souvent d'une manière très négligée, 
au moyen de patrons découpés, en laque rouge, en brun-jaune, en 
vert-de-gris et couleur de chair. 

Le Cabinet des estampes de Paris est possesseur de deux pièces 
dont M. Delaborde fait remonter la date précise à l'année 1406*. Elles 

1. Notice sur deux estampes de 1406 et les commencements de la gravure en criblé (Gazette 
des Beaux-Arts, 1869, t. !•', p. 238 et Buiv.). 



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MANIÈRE CRIBLÉE 23 

sont d'autant plus curieuses qu'elles font partie intégrante d'un 
manuscrit du quinzième siècle. Elles avaient précédé le travail du 
copiste, c'est ce que prouvent, avec la dernière évidence, les lignes 
écrites sur le recto autour des gravures et d'autres lignes espacées de 
manière à charger aussi peu que possible, sur le verso, le champ de 
l'impression. La date du manuscrit était difficile à fixer. On y trouvait 
bien dans le calendrier une date de 1413, mais qui, par la manière 
dont le chiffre 1 est formé, pouvait très bien indiquer l'année 1473. 

M. Delaborde, par l'examen du calendrier comprenant dix-neuf 
années à partir de 1394, s'est efforcé de prouver que les calculs sur 
les phases lunaires, suivis d'un tableau des années, des heures et des 
minutes auxquelles ces phénomènes doivent s'accomplir, ne peuvent 
s'accorder avec l'année 1473; qu'il faut donc voir là un lapsus calami. 

Ensuite, comme le copiste indique qu'un certain nombre d'années 
ne se sont pas écoulées, M. Delaborde a pensé qu'il y avait des rai- 
sons sérieuses pour reporter à 1406 la date du manuscrit. 

D'ailleurs, l'aspect tout à fait primitif et même barbare des deux 
estampés ne permet de leur assigner qu'une date assez reculée. 

Si celle de 1406 est admise, elle est la plus ancienne connue 
jusqu'à présent; mais, quoi qu'il en soit, nous en citerons une qui, du 
moins, a une date authentique et incontestable : c'est le Saint Ber- 
nardin de 1454. 

11 est debout, les bras élevés, tenant de la main droite le mono- 
gramme entouré de rayons h-f- | '^^ et de la gauche un livre avec 
l'inscription : Viae lege^ etc. En bas, une autre inscription de cinq 
lignes se termine, après Vamen^ par la date 145i. Le tout est cir- 
conscrit par un ornement de nuages dans le style de l'époque, et les 
symboles des évangélistes se trouvent dans les quatre coins. 

Passavant dit que c'est la gravure la plus ancienne en manière 
criblée qui porte une date. Elle fut trouvée en 1800, à Mayence, par 
le commissaire français Maugerard. Duchesne, dans le Voyage 
dCun Iconophilej attribue cette gravure, ainsi que plusieurs autres 
d'un travail très varié en manière criblée, qui sont au Cabinet des 
estampes de Paris, à un certain Bernard Milnet, dont il croyait avoir 
trouvé le nom sur une estampe représentant la sainte Vierge et 
l'enfant Jésus, en manière criblée, et qu'il pensait être un maître 
français, graveur sur métal. D'après Tinscription que Léon de La- 



2( 



LES PLUS ANCIENNES GRAVURES 



borde a reproduite en fac-similé^ ce nom s'écrirait jB^rn/wfrrfmi*,? 
Milnit. Il serait difficile de dire quelque chose de satisfaisant sur ce 
dernier mot; mais il est évident, dit Passavant, par la manière dont le 
premier nom est écrit avec une h^ et la terminaison nit du second, 
que cette gravure est plutôt d'origine allemande que française. 

La gravure en manière criblée ne paraît pas avoir parcouru une 
longue carrière : elle appartient presque tout entière au quinzième 
siècle. On a même prétendu que la plupart de celles qui ont survécu 
sont antérieures à 1450. Nous pensons que cette assertion n'est pas 
exacte. L'opinion de M. Weigel nous semble approcher davantage de 
la vérité. Ce savant collectionneur avait une très nombreuse réunion 
d'estampes de ce genre. Elles figurent dans son catalogue sous les nu- 
méros 302 à 400, comprenant une centaine de gravures; aucune 
d'elles n'étant datée, M. Weigel n'a pu leur assigner une époque 
précise. 

Il en place une seule, le numéro 322, dans les années 1425 à 1440; 
une autre, le numéro 323, de 1425 à 1450. Toutes les autres sont ren- 
voyées au troisième et même au dernier quart du quinzième siècle 
jusqu'à 1500*. 

Ces dates, comme cela est très facile à comprendre, sont conjec- 
turales; mais c'est déjà une appréciation très plausible que celle de 
M. Weigel, et même presque une certitude que ce genre de gravure 
était encore pratiqué vers le commencement du seizième siècle. 

En France on a aussi employé le criblé^ mais on ne paraît pas 
l'avoir appliqué à des gravures de grande dimension. La lourdeur des 
figures et l'effet peu gracieux des compositions exécutées par ce pro- 
cédé peuvent n'avoir pas engagé les artistes à s'en servir sous l'unique 
forme où il nous apparaît en Allemagne. On l'a assez souvent adopté 
pour les fonds des encadrements qui décorent les pages des livres 
d'heures. Ce mode de gravure produit dans cette circonstance un effet 
très piquant. Nous avons remarqué beaucoup de ces petites vignettes 
où les personnages, les détails d'architecture, les fleurs, les arabesques 
et autres accessoires, s'enlevaient de la manière la plus heureuse 

1. Huit des numéros de Weigel se rapportent aux années 1450-1470; six sont placés de 1450 à 
1460; à quinze, on assigne la date vers 1460; dix-sept sont présumés être voisins de 1470; dix ^nt 
entre les aimées 1470 et 1480; un de 1475 à li90; deux vers 1480; deux autres de 148C à 1490; un de 
1490 à 1500 ; enfin le numéro 400 est placé vers 1500. Ces pièces étaient, pour la pbis grande partie, 
coloriépp. 



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I 



MANIÈRE CRIBLÉE 25 

sur un fond rempli des petits trous du criblé. Il n'est pas rare non 
plus de trouver les fonds des grandes planches exécutés de la même 
manière * . 



ANONYMES 



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GRAVEURS ALLEMANDS APPARTENANT A L EPOQUE LA PLUS ANCIENNE 

Estampes de notre collection. 

Calvaire, 1423-1430. 

Le Christ en croix entre les deux larrons. A gauche , la Vierge 
évanouie , soutenue par saint Jean et une sainte femme coiffée d'un 
turban. Au pied de la croix, Madeleine agenouillée lève les bras ; à 
droite, une autre sainte femme assise, vue de dos. Les draperies 
sont parsemées d'une infinité de petits points blancs, et le fond est 
orné de rosettes. Le terrain offre un tapis de verdure. Au bas, sous 
la figure de la Madeleine, on voit un petit écusson avec deux glands 
croisés. 

Haut., 191 millim.; larg., 119. 

Passavant a décrit la même pièce, mais il n'a pas fait mention du 
petit écusson. Il est probable que l'épreuve du cabinet de Berlin qu'il 
a eue sous les yeux n'est pas dans son intégrité. 

Très belle épreuve, bien conservée, àTexceplion de quelques petits trous de vers. 
On voit dans certaines places les restes d'un ancien coloris. L^épreuve a une marge de 
i 1 millim. Collection Alféroff de Bonn. 

Adoration des Rois, La sainte Vierge, la tête entourée d'une gloire, 
est assise dans le milieu, sous un toit ; elle est tournée vers la droite, 
et tient l'enfant Jésus dans ses bras. A droite, on voit un roi à genoux 
et un autre debout. Le roi nègre est à gauche. Les deux rois debout 
portent des souliers à la poulaine ; ils tiennent des présents. Le roi à 
genoux apporte une boîte; celui de derrière, une espèce de vidrecome 
en forme- de corne; le roi nègre, un ostensoir. Saint Joseph est à 
genoux, à gauche, vers le fond; dans le haut, une étoile. A gauche. 
Dieu le père tient une banderole où est écrit: REGES ARABVM SABA; 

i. Cet usage s'est conservé assez long^temps dans le seizième siècle; nous Pavons rencontré do 
nouveau dans les douze Sibylles que l'on voit à la fin du Vieil Testament par personnages, reueu et 
corrige, oultre la précède te impression nouellement imprime a Par -s par Jehan Real, l'an mil 
cinq cens quarante et deux, et même plus tard. 



26 LES PLUS ANCIENNES GRAVURES 

un ange, de l'autre côté, a une banderole sur laquelle on lit : VELT 
STELLAM GLARAM. Le terrain est couvert de plantes. Le travail du 
graveur imite la broderie. 

Haut., 241 millim.; l&rg., 180. 

Pièce très rare qui nous parait appartenir à la première moitié du quinzième 
siècle. Nous ne croyons pas qu'elle ait été décrite. 



TABLE 



LES PLUS ANCIENNES GRAVURES CONNUES AVEC DATE 



Pages. 

Origines de rimprimerie et de rimpression 

des estampes 1 

Catalogues de MaroUes ^ 

Opinions d'Heinecken et de Bartsch .... 2 

Estampilles de la bibliothèque de Laon. . . 2 

Catalogue Weigel, 1872 2 

Les plus anciennes estampes connues aTec 

date 2 

Vierge entourée de saintes , 1418 3 

Opinions différentes de Passayant et de Re- 

nouYier sur cette date 3 

Saint Christophe, 1423 3 

Saint Sébastien, 1437 3 

Flagella tion, 1446^ découverte par Renouyier. 3 

Vierge immaculée, 1451, maître P . . . . 3 

Saint Bernardin, 1454 4 

Vingt-sept gravures, différents sujets de la 

Passion, LVII jor, date présumée 1457 . 4 

Estampe allemande, 1458 4 

Maître aux banderoles, 1464 4 

Maso Finîguerra, l'abbé Zani 4 

Opinion de Mariette, dessin de l'Assomption^ 

nos doutes 4 

Seconde épreuve de l'Assomption, découverte 
par M. Robert-Dumesnil, acceptée comme 
pièce originale, reconnue depuis pour une 

copie 5 

Photographies de la plaque du musée des Of- 
fices exécutées par le chevalier Pini, con- 
servateur du Musée des estampes . • . . 5 

Vasari et Benvenuto Celliui 5 

Vies d'Antoine et de Pierre Pollajuolo . . 6 



Pt^i. 

Vie de Marc-Antoine 6 

Racconti del Cellini 7 

Cicognara, Deir Origine... dei nielH ... 8 
Lettre de Ramirez de Montalvo, conservateur 

du musée de Florence 8 

Gori, date de sa naissance, son manque de 

critique. Thésaurus veterum diptychorum. 8 
Époque à laquelle ont été fabriqués les enca- 
drements des planches 10 

Poids de la plaque attribuée à Maso Finî- 
guerra, poids de Tencadrement 10 

Livre des Syndics du corps de commerce . . 11 

Registre cété AA 11 

Différence entre le poids trouvé par Gori et 

celui porté au livre des Syndics 11 

Ce que sont devenus les registres AA et Z, 

le sénateur Strozzi 11 

Paix attribuée à Matteo, fils de Jean Dei. . 12 
Différence du prix payé pour les deux Paix. 12 

Opinions de Gori et de Duchesne 12 

Siège de Florence, 1529, spoliation du trésor 

des églises 12 

Vasari, Vie de Pollajuolo, môme sujet. . . 13 
Cruci/Î^men^ attribué par Duchesne h Matteo, 

fils de Jean Dei 14 

Examen matériel de la plaque du musée des 
Offices et de l'estampe du Cabinet de Paris, 

deux souffres 14 

Différences de la plaque avec l'estampe, réelles 

ou seulement apparentes 15 

Faut-il lire dans l'inscription AVE, AVI ou 
GAVDET? 15 



TABLE 



27 



L'épreuve du Cabinet de Paris a-t-elle été tirée 
sur un soufre? Baldinucci^ Bartsch. . . 16 

Extrait de Cicognara; lettre de Vitali, biblio- 
thécaire de Parme, sur la découverte de 
rabbéZani *. 18 

Dessin de la Paix de Florence envoyé à Ma- 
riette, acheté chez Alibert par Tabbé Zani . 18 



P»ge«, 

Texte italien du registre des marchands . . 18 

Demande d'un examen plus approfondi ... 19 

iln/ioncia/ton, 1425-1435 19 

Notre estampe vient de la collection Weigel, 

n- 23 19 

Pièces justificatives 20 



MANIÈRE CRIBLÉE 



PajM. 

Quelques considérations sur ce genre de gra- 
vure 22 

Cabinet de Paris; pour plusieurs pièces, date 

présumée 1406 22 

Opinion de M. Delaborde 23 

Saint Bernardin, 1454 ; Maugerard, commis- 
saire français, à Mayence 23 

Duchesne, Voyage d'un iconophile .... 23 

Bernard Mil net, ou plutôt Bernhardinus Milnit. 24 



Pages. 

Quelques détails sur les estampes en manière 
criblée de la collection Weigel 24 

Un Calvaire ou le Christ en croix entre les 
deux larrons, 1423-1430. Collection Alfé- 
roff de Bonn 25 

Adoration des rois. Pièce vraisemblablement 
non décrite, qui parait remonter à la pre- 
mière moitié du quinzième siècle. — Des- 
cription de notre estampe 29 



LES PREMIERS LIVRES 



GRAVÉS EN TABLES DE BOIS 



DITS 



LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



La xylographie est l'art de découper dans une planche de bois un 
dessin tracé à sa surface. Chaque trait que le couteau, le canif ou la 
pointe du graveur met en évidence, se reproduit sur le papier lorsque 
la superficie du bois ainsi entaillée a été enduite d'encre d'imprimerie. 
Au commencement, l'empreinte était obtenue au moyen d'une pression 
que l'on exerçait à l'aide d'une brosse ou frotton. Ce procédé était na- 
turellement long et imparfait. 

On ne s'était pas seulement contenté de tirer des estampes de cette 
manière, mais, vers la fin du quatorzième siècle» on paraît avoir eu, en 
Hollande, la pensée de tracer ainsi des caractères d'écriture et d'im- 
primer les pages d'un livre. C'est ce mode d'impression qui caracté- 
rise le livre dit xylographique. Ce procédé a-t-il pris naissance le jour 
où l'on grava pour la première fois une légende sur une gravure en 
bois? De quelques mots arriva-t-on à quelques lignes, une page fut- 
elle ainsi composée pour parvenir enfin à former un volume? L'origine 
de l'impression tabellaire est encore enveloppée de la plus grande 
obscurité ; seulement on peut affirmer avec certitude qu'elle a précédé 
l'impression en caractères mobiles: elle s'est même continuée assez 
longtemps après. 

Tout en faisant mention d'un assez grand nombre d'ouvrages qui 
appartiennent à cette classe, nous n'avons pas l'intention de les 
décrire tous avec de longs détails. Nous nous attacherons princi- 



ARS MORlbNDl 29 

paiement à quelques-uns qui soulèvent des questions non résolues, 
et donnent lieu à des controverses qui sont encore loin d'être éclair- 
cies. 



ARS MORIENDI 

VArt de mourir est un livre de piété qui a obtenu une grande vogue 
pendant les deux tiers du quatorzième et dans les premières années du 
quinzième siècle. 

Une des estampes représente un mourant exposé à de certaines 
tentations que nous ferons connaître tout à l'heure. Le démon cherche 
à le faire tomber en faute. Dans l'estampe correspondante, tantôt Dieu, 
Jésus-Christ, la sainte Vierge, tantôt les saints du paradis, et toiyours 
le bon ange, l'aident à triompher de la tentation. La dernière planche 
représente la défaite du démon et la victoire définitive du mourant. 

Le livre commence par une préface et chaque estampe est accom- 
pagnée d'un texle> le tout imprimé au moyen de planches de bois. Nous 
allons donner une description générale qui pourra, nous l'espérons, 
s'appliquer à toutes les éditions ; bien qu'elles présentent entre elles 
de nombreuses différences, les sujets sont, on peut le dire, iden- 
tiques. 

Première figure. 

Un mourant est dans sonjit; près de lui, des diables tenant en main 
des écriteaux, sur l'un desquels on lit : Fac sicut pagani, et à l'extré- 
mité du lit, un roi et une reine sont à genoux devant une colonne, au 
haut de laquelle est une idole. Sur la page en regard, se trouve l'expli- 
cation, au-dessous du titre : Temptacio dyaboli de fide. 

A l'occasion des textes, nous ferons remarquer que le nombre des 
lignes n'est pas le même dans les diverses éditions. 

Deuxième figure. 

Le mourant est couché. Un ange le console en lui adressant ces 
paroles gravées sur une banderole : Sis firm' in fide. Dieu, la Vierge 
et les saints viennent à son secours ; les démons s'enfuient. 

En regard, est le texte : Bona inspiracio angeli de fide. 



30 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Tf'oisième figure. 

Le mourant est dans son lit. Les démons l'obsèdent en lui mettant 
ses péchés sous les yeux. On lit sur une banderole : Ecce peccata tua; 
sur une autre : Occidisti; sur une troisième : Periurus es. 

En regard, le texte : Temptacio dyaboli de desperatione. 

Quatrième figure. 

Sainte Madeleine et saint Pierre sont près du mourant. Au pied du 
lit, le bon larron sur la croix, et dans le bas, saint Paul tombe de son 
cheval. Un ange tient un rouleau avec ces paroles : Nequaquam des- 
pères. 

En regard, le texte : Bona inspiracio angeli contra desperationem. 

Cinquième figure. 

Le mourant a un accès de désespoir et donne un coup de pied à sa 
servante. Une table est renversée, et dans un coin, près du lit, un 
démon a près de sa bouche une banderole avec ces mots : Qiuim bene 
decepi eum. 

Au haut du texte placé en face : Temptacio dyaboli de impa- 
ciencia. 

Siooième figure. 

Ses patrons, saint Etienne, sainte Barbe, saint Sébastien, sainte 
Catherine, sont autour de son lit et viennent l'assister. Près d'un diable 
renversé, un écriteau avec ces mots : Labores amisi. 

En regard, le texte : Bona inspiracio angeli de pa^iencia. 

Septième figure. 

Cinq diables sont autour du Ut du mourant. Us lui offrent des cou- 
ronnes. Celui-ci en prend une. Au-dessus d'un diable, est un rouleau 
sur lequel on lit: Gloriare. Sur un autre rouleau : Coronam meruistù 

Le texte en regard porte : Temptacio dyaboli de vana gloria. 

Huitième figure. 

l)ieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ayant près d'eux la Vierge 
et saint Antoine ainsi que trois anges, assistent le mourant. Sur un 
rouleau, au-dessus de la tête du lit : Sis humilis. Vers le bas, la bouche 
de l'enfer qui engloutit les pécheurs. Au-dessus, cette légende; 
Sv/perbos punio. 



ARS MORIENDl 31 

Le titre du texte en regard est Bona inspiracio angeli contra 

vanam gloriam. 

Neuvième figure. 

Au bas du lit du mourant, on voit des maisons; dans le coin du bas 
à gauche, il a une cave où sont des tonneaux. A côté, vers le milieu, 
un homme entre par une porte vers laquelle il conduit un cheval. Vis- 
à-vis du malade se trouvent des amis et des parents. Un diable les lui 
montre. Derrière lui, sur un rideau : Prouideas amicis. Au-dessus du 
toit de la petite maison, un autre diable lui montre un rouleau ; on y lit : 
Intende thesauro. 

Le texte, en regard, commence par : Temptacio dy aboli de avaritia. 

Dixième figure. 

Le mourant regarde le Christ sur la croix. Le bon pasteur, suivi de 
quelques moutons, et les trois Maries l'assistent. Près d'un ange qui le 
regarde, un rouleau avec ces mots : Non sis avarus. Un diable, assis 
à terre, tient une banderole sur laquelle on lit : Quid faciam. 

En tête du texte en regard : Bona inspiracio angeli contra ava- 
ritiam. 

Onzième figure. 

Un moine, revêtu de son froc, met le cierge bénit entre les mains 
du malade qui expire. Les anges emportent son âme sous la forme 
d'un jeune enfant. Des diables hideux exhalent leur rage. Sur des 
rouleaux, près d'eux : Spes nobis nulla — heu visanio — furore con- 
siimor. 

Le texte en regard commence ainsi : Si agonisans loqui et usum 
vocis. . . . 

Dans la plus grande partie des exemplaires xylographiques, les 
gravures et le texte ne sont imprimés que d'un seul côté du papier. 

L'extrême importance de ce livre nous engage à donner la liste de 
toutes les éditions que nous avons pu connaître. C'est après y avoir 
sérieusement réfléchi, que nous nous décidons à maintenir l'ordre 
adopté par Heinecken, sauf quelques améliorations de détail. 

Nous croyons qu'on pourrait d'abord former trois groupes. 

Le premier, composé des éditions A et B, auquel nous joindrons 
l'exemplaire de M. Didot, semble montrer l'enfantement et les progrès 



32 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

de ridée primitive. On peut en attribuer l'exécution aux Pays-Bas. Le 
deuxième comprendrait l'édition dite princeps de M. Weigel, Texem- 
plaire gâté et incomplet qui se trouve à la bibliothèque de la rue de 
Richelieu et l'édition C décrite par Heinecken. On verrait là l'idée 
première ayant adopté son type le plus beau. On pourrait attribuer ce 
groupe à l'école de Cologne. Le troisième serait formé par les éditions 
D jusqu'à G. On y retrouve toujours le type définitif de Cologne avec 
quelques modifications, mais les gravures sont loin d'être aussi belles 
que celles du deuxième groupe. On y joindrait les trois éditions alle- 
mandes A, B, C. Peut-être ce groupe pourrait-il être attribué à 
l'école d'Ulm. Nous mentionnerons ensuite l'exemplaire vendu par le 
libraire Tross, celui du prince Galitzin et Tédition française VArt au 
morier^ sans chercher, sauf cette dernière, aies rattacher à aucun des 
groupes cités plus haut. 

On paraît généralement regarder VArs moriendi^ du moins dans 
son idée primitive, comme un produit de l'art dans les Pays-Bas. 

M. Weigel déclare dans son catalogue que son exemplaire, dit 
princeps^ est imprimé à Cologne. La deuxième édition, en allemand, 
porte à la fin : Ltidwig ze Ulm . Cette édition a les plus grands rapports 
avec celle qui est inscrite sous la lettre G; cette dernière est égale- 
ment attribuée à Ludwig. La quatrième offre une particularité qui doit 
la faire rattacher à ce groupe : c'est que, dans la planche de VAvajHcey 
s'il y a quatre tonneaux dans la cave, le valet qui tire du Uquide de l'un 
d'eux ne s'y trouve plus. Ce valet se voit dans les planches que nous 
classons dans le groupe de Cologne. Toutefois, il est de notre impar- 
tialité de faire remarquer que cette quatrième édition a la même dimen- 
sion que la troisième et qu'elle est entourée d'une triple bordure ombrée 
de la même manière. Il n'y a que deux traits de bordure sans aucune 
ombre dans la septième édition que nous décrivons plus bas. Nous ne 
jugeons cette quatrième que parle fac-similé d'Heinecken. 

Avant d'entrer dans l'examen des différentes éditions, nous de- 
vons dire qu'au mois de mai 1872, un exemplaire d'une grande beauté 
appartenant à M. Weigel a été vendu 28,000 francs. H était annoncé 
comme étant le seul original que l'on connaissait. Cette opinion est con- 
firmée par Passavant, tome lor, page 116. Il résulterait de cette asser- 
tion, si elle est vraie, que les éditions A et B d'Heinecken doivent être 
reléguées au second ou au troisième rang, ou plutôt qu'on ne saurait 



] 



ARS MORIENOl 33 

quelle place leur assigner^ à moins d'en faire résolument des copies de 
l'édition pnnceps de Weigel, comme n*hésitait pas à le dire le libraire 
Tross *. 

ÉDITIONS LATINES 

PREMIER GROUPE 
ÉDITION A D'hEINEGKEN ET d'EBERT 

Petit in-folio, de vingt-quatre feuillets, imprimés au frotton, d'un 
seul côté du papier et avec de l'encre grise ; sans signatures ; lettres 
initiales gravées au trait, sans ornements ni fleurons. Chaque page 
offre deux filets d'encadrement. 

La première page porte : Ars mo^Hendi^ selon Heinecken, ce qui 
n'est pas certain, car il n'a vu qu'un feuillet manuscrit qui la remp^a* 
ç2dt\ Idiseconde commence ^2iT dientia secundo. . . . 

On n'en connaît que quatre exemplaires ou fragments : 

V Bibliothèque de Wolfenbuttel : exemplaire décrit par Heinecken. 
Il est incomplet du premier et du dernier feuillet, qui sont remplacés 
par deux feuillets manuscrits ; 

2" Bibliothèque de Memmingen, où il y n'a que ces six feuillets: 1, 
2, 7, 9, 21 et 23; 

y Bibliothèque nationale, où se trouvent les feuillets 19 et 20; 

4"* Bibliothèque de Munich : exemplaire incomplet du premier et du 
dernier feuillet, remplacés par deux feuillets manuscrits. Guichard • 
ajoute que le papier a quatre filigranes différents : un écureuil, une 
ancre, une crosse d'évêque et une cloche. Heinecken • n'ayant pas 
parlé de cet exemplaire de Munich, il se peut que celui-ci soit le même 
que celui de Wolfenbuttel, incomplet des mêmes feuillets. . 

Il ne nous est pas possible de décrire cette édition d'une manière 
satisfaisante, mais Heinecken dit que la figure VII : Tentation du diable 
touchant la vaille gloire, offre deux diables, homme et femme, dont le 
dessin est indécent, ce qui ne se trouve plus dans aucune autre 
édition. 

La figure IX (dont Heinecken a donné une copie) offre aussi de 

1. M. TroAS; daDS une de ses lettres que j'ai bous les yeux^ déclare ne connaiire l'édition B^ trouTé 
par Maiielle, que par le fac-similé d*Heinecken. 

2. Builelin du Bibliophile, 18*0, p. 293-306, et 1841, p. 7C9-7I2. 

3. Idée générale u'une collection d'estampes, p. 399-42?. 

1. 3 



34 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

notables particularités*: la maison du mourant est en pierre, et toutes 
les assises en sont marquées; il y a sept tonneaux côte à côte dans 
la cave, et un homme incliné tire de l'un d'eux. Une grande porte 
cintrée, presque de face, se trouve à côté d^ celle où est entièrement 
entré l'homme qui conduit le cheval. Cet homme est coiffé d'une 
toque. La petite maison a trois fenêtres dont le fond est noir. L'homme, 
dans le haut à gauche, a une espèce de toque à bords relevés ; dans 
les autres éditions, il a un chapeau. 

Haut, des planches^ 207 à 228 millim.; larg., 160 à 168. 



EXEMPLAIEE DE «. DIDOT 



Ce doit être, très probablement, la même édition que la première 
d'Heinecken. Elle compte vingt-quatre feuillets : treize pour le texte 
et onze pour les figures. Il y a deux traits autour des pages. Elle est 
imprimée au frotton ; l'encre en est très noire. 

La particularité la plus significative est que la première page ne 
commence pas par : Ars moriendi. 

Préface. L QVAUIS secundu philosophû. . . IL dientia secundo 
uti> » . 

Voici quelques remarques par rapport aux figures des éditions 
suivantes. 

Première figure. 

La tête du lit du mourant est plus ornée. A gauche, les deux 
légendes sont en l'air. Derrière le roi, il n'y a que deux hommes. 
La légende du bas touche au trait carré. La colonne est beaucoup 
plus grande. Le moribond est à droite. 

Texte : Temptacio dyaboli de fide. Même nombre de lignes 
(vingt-six) que celui indiqué par Heinecken. 

Deuxième figure. 

Le couronnement du lit est très orné : c'est une espèce de dais 
gothique. Sur le lit : Sis firmus in fide. Fugiamus est en haut à gauche. 
Victi sumiis est placé horizontalement. L'ange est au pied du lit. 

Texte : Bona inspiracio angeli de fide. Trente et une lignes, en 

1. Dans rexemplaire de Wolfenbuttel les figures IX et X sont transposées après la figure IV^ 
et Heinecken a suivi œt ordre, qu*il faut rectifier* 



AHS MORIENDI 3o 

comptant le titre ; Heinecken dit trente. Cette diflférence peut n'être 
qu'apparente, comme plusieurs autres que nous allons signaler. 

Troisième figure. 

Le mourant est à gauche; il a la tête très chauve. La femme porte 
une espèce de grand hennin. L^homme est coiffé d'un chaperon. 
Les diables ne sont pas pareils à ceux des éditions suivantes. Au-des- 
sus du lit, horizontalement : Fornicatus es. 

Texte : Temptacio dyaholi de desperatione. Vingt-huit lignes, y 
compris ce titre ; Heinecken dit vingt-sept. 

Quatrième figure. 

Le mourant est à gauche ; saint Paul a un grand chapeau sur la 
tête. 

Texte : Bona inspiracio angeli contra desperationem. Trente 
lignes, y compris ce titre; Heinecken dit vingt-neuf. 

^ Cinquième figure. 

Le mourant est à gauche. Un diable est à la tête du lit. On voit deux 
hommes et une femme, au lieu d^un homme et d'une femme seulement. 
La servante est de très petite taille ; elle est coiffée d'un linge relevé. 

Texte : vingt-six lignes, avec Temptacio dyaboli de impaciencia; 
Heinecken dit de même. 

Sixième figure. 

Le mourant est à droite. Sainte Catherine, à gauche, contre le trait 
carré, est couronnée. 

Texte : Bona inspiracio angeli de pacienca. Trente-cinq lignes 
après ce titre, comme dans Heinecken. 

Septième figure. 

La tête du lit est plus ornée. A gauche, il n'y a que quatre têtes, au 
lieu de cinq, conmie dans l'édition suivante. Les diables sont différents. 
Un diable et une diablesse laissent voir leur sexe. 

Texte : Temptacio dyaboli de vana gloria. Vingt-cinq lignes après 
ce titre. 

Huitième figure. 

Tête de lit différente. Trois personnages sont derrière le lit, ce qui 
n'existe pas dans les éditions suivantes. Le tau au lieu d'être droit est 



36 LIVRES XYLOGRAPHIQUËS 

tenu obliquement. Sis humilis est à gauche, et, dans le bas, au coin, à 
gauche : Victtts sum. 

Texte : Bona inspiracio angeli contra vanam gloriam. Vingt-neuf 
lignes; Heinecken dit vingt-huit, non compris le titre. 

Neuvième figure. 

Même estampe que celle de l'édition A dont un fac-similé figure 
dans l'ouvrage d'Heinecken. Nous rappelons qu'il y a sept tonneaux 
dans la cave, et qu'un homme tire de Tun d'eux ; nous ne retrouve- 
rons plus cette particularité dans les autres éditions. 

Texte : Temptacio dydboli de avaricia. Vingt-trois lignes après 
ce titre ; Heinecken indique le même nombre. 

Dixième figure. 

La légende Intendxis s'étend sur la bordure à gauche. Les 

deux premières femmes, derrière le bon pasteur, ont des coiflFures ; les 
deux autres sont en cheveux. Â droite, le diable a une gueule d^ cro- 
codile. 

Texte : Bona vispiracio angeli contra avariciam. Trente-deux 
lignes, y compris ce titre ; Heinecken dit trente et une. 

Onzième figure. 

Le mourant est à droite. Les diables diffèrent de ceux de Féditioii 
suivante. 

Texte : Si agonisans loqui. . . . sans titre. Trente-deux lignes ; 
Heinecken n'indique rien à ce sujet. 

Haut, de rexempUire, qui a toute sa marge : 290 miUim.; larg.^ 200 millim. 

N'ayant pas vu les exemplaires de l'édition A, d'après lesquels 
Heinecken a fait sa description, nous ne pouvons nous prononcer 
définitivement sur celui de M. Didot. Le lourd coloriage des estampes 
ne permet presque pas d'apprécier les travaux. Les costumes sont 
ceux des Pays-Bas. 

L'exemplaire de M. Didot a été acheté 9,550 francs à la vente 
Yemeniz, en 1867, où il a paru en premier lieu. Il est indiqué dans 
le catalogue comme étant de la première édition, ce qui paraît pro- 
bable, en raison de l'absence de tout titre. 



ARS MORIENDl 37 



ÉDITION B D'HEINECKRN 



Petit in-quarto, de vingt-quatre feuillets, sans chiffres, réclames ni 
signatures, imprimés au frotton, d'un seul côté du papier, avec de l'encre 
grise; treize pages de texte, onze pages de figures. Le cadre des 
planches n'a qu'un seul fllet. La première et la dernière page sont 
blanches. 

Le premier feuillet commence par : Ars moriendi; le deuxième, 
par : scdPm cacellariû. ... 

On en connaît quatre exemplaires (dont deux sont incomplets) : 

l"" Â la Bibliothèque nationale ; il a appartenu à Mariette, à La 
Vallière, à la vente duquel il a été payé 1,610 livres, et ensuite à 
Camus de Limare. Mariette avait découvert, en 1738, ce précieux 
volume dans la boutique d'un libraire, quai des Augustins, parmi des 
papiers de rebut destinés à faire des enveloppes. Il fit orner ce livre 
d'une belle reUure, il y inséra un portrait de Laurent Coster et un titre 
latin imprimé, dans lequel il lui attribuait l'impression, environ vers 
Tan 1440. Les figures ne sont pas coloriées ; 

2* A la bibliothèque de lord Spencer ; il est incomplet des deux 
feuillets de la préface. Les figures sont coloriées ; 

y A la bibliothèque de Munich ; exemplaire provenant du couvent 
de Tegernsee ; 

4" Au Musée Britannique ; exemplaire acheté en 1845, à la vente 
de Benj. Heywood Bright (30 L. 10 sh.), incomplet de la dernière 
page de texte. 

Cette édition étant complète à la Bibliothèque nationale, nous pou- 
vons faire quelques remarques sur les gravures. 

Première figure. 

La légende est au-dessus de la (tête du mourant, au lieu d'être sur le 
lit; le diable, à gauche, a la légende au-dessous de ses mains. La 
coiffure des trois hommes est différente. 

DeuaÂème figure. 

Le Saint-Esprit est placé en haut du lit, sur lequel se voit une 
légende en travers. Les démons sont différents. 



38 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Troisième figure. 
La légende se trouve en haut de la tête du lit qui est différente. Le 
diable qui tient occidisti est représenté sous les traits d'une femme 
vue d'une manière obscène. L'homme, à gauche, a un chapeau de forme 
élevée • 

Quatrième figure. 
Saint Paul, renversé de son cheval, est coiffé d'un chapeau pointu. 
La tête du diable diffère beaucoup. Saint Pierre n'a pas le même aspect, 
et il ne tient pas de livre. 

Cinquième figure. 
A gauche, le deuxième personnage est un homme, tandis qu'on y 
\roit une femme dans l'édition précédente. Un diable est au-dessus du 
lit, dans le fond. Derrière la servante, coiffée d'un mouchoir, on aperçoit 
un plat renversé. 

Siocième figure. 
Le gril de saint Laurent manque. Saint Etienne a la légende sur 
son vêtement; dans d'autres éditions, elle part du pied du lit. 
A gauche, Tune des saintes porte une couronne sur la tête; l'autre, 
une coiffure; dans d'autres éditions, elles sont en cheveux. 

Septième figure. 

La tête du lit est beaucoup plus ornée : on y voit une espèce de 
crête gothique. La couronne que porte le diable placé à gauche est 
plus grande- La légende est entre le Christ et la sainte Vierge. Le 
diable femelle qui, dans le bas, à gauche, tient une couronne, a une 
coiffure élevée, à la mode de Bourgogne. Sa poitrine n'est point mou- 
chetée ; sa gorge est pendante. Un diable, de l'autre côté, tient aussi 
cette couronne. 

Huitième figure. 

Le lit est surmonté, à la tête, d'un grand couronnement en forme 
de dais. 

Neuvième figure. 

Trois tonneaux sont superposés dans la cave, où il n'y a personne. 
L'homme qui conduit le cheval a un bonnet de forme élevée ; il n'a 
qu'un pied dans la maison. La petite maison n'a qu'une fenêtre, mais 



ARS MORIENDl 39 

elle est vitrée. L'homme, dans le haut, porte le chapeau de même forme 
que dans d'autres éditions. 

Diadème figure. 

La légende fait un demi-cercle sur la tête de l'ange. A gauche, 
l'oreiller a des glands et ne laisse pas voir le bord du lit. Les femmes 
sont coiffées en cheveux, sans tresses sur la tête. Au bas de la page 
imprimée en regard, on voit un ornement de forme allongée. 

Onzième figure. 

L'estampe est dans le sens opposé ; le malade est à gauche. Sous le 
bas de la croix, contre le bord de la planche, deux figures seulement ; 
il y en a trois et un chapeau en plus dans l'édition précédente. Les 
saintes femmes ne sont pas pareilles à celles des autres éditions. 
L'ange qui emporte l'âme du défunt ressemble à un enfant. 

Haateiir des plancheB^ 137 millim.; larg.^ 100 millim. 

Guichard a cru devoir intervertir l'ordre des numéros d'Heinecken : 
de l'A il a fait le B, et vice versa (et M. Berjeau * est aussi de cet 
avis). La raison qu'il en donne est loin d'être concluante. Il prétend 
que le numéro B est plus beau que le numéro A ; c'est sur ce motif 
qu'il base son opinion. Si cet argument devait être admis, il faudrait 
tout de suite en tirer une conclusion directe en faveur de l'exemplaire 
de M. Weigel qui, sans contestation, est le plus beau de tous. 

Brunet, dans le Manuel du Libraire, se borne à dire que l'on 
croit généralement que l'édition B d'Heinecken est la première. 

Guichard nous paraît avoir été entraîné involontairement par 
cette raison qu'un exemplaire complet est à la Bibliothèque natio- 
nale, et peut-être aussi par la note de Mariette. Ce motif ne nous 
paraît pas suffisant pour intervertir l'ordre des numéros. 

Des connaisseurs objectent encore que l'édition B ne peut pas être la 
première, parce que son format est un petit in-quarto. Ils affirment que 
tous les livres xylogi*aphiques publiés en différents formats ont d'abord 
commencé par le plus grand, et ont ensuite été reproduits dans un 
plus petit. C'est ce fait qui a décidé Heinecken à regarder cette édition 
comme la deuxième. Je dois dire, en même temps, que Guichard 
repousse cet argument auquel il n'accorde aucune valeur. 

i . Catalogue Ultutré des livres xylographiques; Londres. 1865 ; io-8 . 



40 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

En tout cas la composition des planches diffère sensiblement de 
celles de Tédition A. 

Sotheby * a donné en fac-similé la première page du texte et les 
figures I et IX, d'après l'exemplaire du Musée Britannique. 

Ces éditions, qui offirent de si notables différences avec toutes les 
suivantes, nous semblent en même temps avoir un aspect tout à fait 
primitif, et portent tous les caractères de l'école néerlandaise *. Nous 
croyons que c'est avec raison que Mariette a fixé cette date : 1440 
circiter, pour le numéro B '. 

DECXIËME GROUPE 
ÉDITIONS G. 

CXEMPLAIBB WBIGBU 

Maintenant où peut-on placer l'exemplaire de M. Weigel qualifié de 
princeps, et dont il a publié une reproduction photographique (1869)? 
Les différences si grandes que nous venons de signaler, et la lettre C> 
entourée de quatre traits qui figure au coin du bas, à droite, dans J\ 
la planche représentant la Bonne Inspiration de T Ange touchant la 
patience, constituent à nos yeux, sinon une preuve, du moins une très 
grave présomption que la première place ne lui appartient pas. 

Le tjrpe en est plus élégant que celui de la septième édition 

d'Heinecken que nous décrirons plus bas (édition G), qui en est la 

copie, sauf quelques légères différences, dont voici les principales : 
1* Le saint qui est près du Christ dans la Bonne Inspiration de 

VAnge touchxmt la patience a sur la tête des rayons et une auréole, 

au lieu d'un nimbe crucifère ; 

2* La neuvième figure a quati*e tonneaux dans la cave, comme 
dans la septième édition, mais il y a un valet qui tire de l'un d'eux ; de 
même que dans l'édition A, il est incliné et non debout. 

Les légendes ont conservé de longs enroulements à la fin, et le 
nombre de points qui les terminent est différent. Toutes les figures 
indécentes ont disparu. Le malade est à droite dans les dix premières 
planches, et à gauche dans la dernière seulement. Les éditions sui- 

1. Printipia typographica ; Londoo, 1858 j 3 vol. gr. in- 4; t. If, pp. 10-13. 

2. Cependant Sotheby et Renouyier classent rédilion B à Técole allemande. 

3. L'exemplaire de Mariette a pour filigrane une roue dentelée et les lettres P et Y (Philippe le 
Bon, duc de Bourgogne^ et sa femme Isabelle)^ papier qui ne saurait être antérieur à 1429. 



ARS MORIENDl 41 

vantes offrent la même disposition. Celle-ci commence également par 
Ars moriendi. Le premier feuillet se termine par unitate et obediencia; 
le second a pour premiers mots : Secundo ut recognoscat, . . 

Hauteur des planches^ 220 millim.; larg., 158 à 166 millim. 

Les planches ont une grande parenté avec celles de l'édition B, 
mais le type primitif y est amélioré et ennobli. Toutes les coiffures 
bourguignonnes ont disparu, ainsi que le haut chapeau de saint Paul. 

Toutes les éditions xylographiques postérieures semblent dériver 
de celle-ci, et elle est presque identique pour les planches avec la pre- 
mière édition typographique imprimée à Cologne. 

Nous la plaçons donc en tête de ce groupe et nous la regardons 
comme un produit de Técole de Cologne. Sous ce dernier rapport, nous 
ne faisons que reproduire l'opinion de M. Weigel lui-même. En outre, 
dans son exemplaire, se trouve ajoutée une feuille contenant un texte 
du quinzième siècle qui traite de la mort ; il est écrit dans le dialecte de 
Cologne. 

Cette c'assiflcation nous paraît de nature à tout concilier. Si, au 
contraire, on persistait à voir dans l'exemplaire de M. Weigel l'édition 
prototype de toutes les autres, nous répétons qu'on ne saurait où pla- 
cer les éditions A et B d'Heinecken, 

Ce livre est, par sa grande beauté, digne du haut prix qu'il a été 
payé parle Musée Britannique. Jusqu'à présent, il est unique. 

EXBMPLAIRB DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 

Nous nous décidons à placer à la suite l'exemplaire gâté et incom- 
plet qui est à la bibliothèque de la rue de Richelieu. Le type des figures 
est aussi beau ; le texte nous paraît supérieur comme netteté d'impres- 
sion. Il n'offre d'autres différences que quelques points à la fin des 
légendes, et dans le nombre de lignes qui n'est pas le même. Peut- 
être l'eussions-nous placé avant l'exemplaire de M. Weigel, si l'on ne 
rencontrait des signatures à toutes les pages, soit du texte, soit des 
figures, et s'il n'était pas admis de reléguer ces sortes d'exemplaires 
après ceux qui n'offrent pas ces signes ou qui les ont en moins grand 
nombre. Manquent les feuillets 1 à 7, ainsi que les cinq derniers 
(20 à 25). 



42 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Description du livrée. 

Feuillet 8. Tentation du diable touchant le désespoir : vingt- neuf lignes de texte, 
signature Jï. Exemplaire Weigel, trente lignes. 

Figure IV, signature illisible. 

Feuillet 10, trente lignes de texte, signature &. Exemplaire Weigel, vingt-huit 
lignes. 

Figure V, signature I). 

Feuillet 12, vingt-six lignes, signature £• Exemplaire Weigel, vingt-huit lignes 
avec un grand ornement dans le bas. 

Figure VI, signature ^. 

Feuillet 14, trente-deux lignes, signature (!£>• ExemplaireWcigel, trente-six lignes. 

Figure VII, signature k. 

Feuillet ^6, vingt-trois lignes, signature JÇ. ExemplaireWcigel, vingt-sept lignes. 

Figure VIII, signature ^. 

Feuillet 18, trente et une lignes, signature ^. ExemplaireWcigel, trente lignes. 

Figure IX, signature f. 

C'est à tort que Guichard a regardé la planche IX comme n'ayant 
point de valet dans la cave. Il est facile, à l'aide d'une loupe, de 
reconnaître les traces d'un valet qui tire d'un des tonneaux. Si Gui- 
chard s'en était aperçu, il n'aurait certainement pas placé cet exem- 
plaire au sixième rang, c'est-à-dire à sa lettre F. D'ailleurs les yeux des 
deux diables sont pareils à ceux de rédition de M. Weigel. Celui du 
milieu offre les mêmes grands yeux avec un point noir dans le centre . 
Dans la troisième édition d'Heinecken, les yeux de ces diables sont 
tout différents (voir p. 410, son fac-similé de cette planche). 

ÉDITION G D'HEINECKEN 

Ars moriendi. Petit in-folio , de vingt-quatre feuillets; lettres ini- 
tiales au trait, sans ornements ni fleurons. Le livre est imprimé au 
frotton, d'un seul côté du papier et avec de l'encre grise. 

On en a signalé trois exemplaires, tous incomplets : 

!• A l'hôtel de ville de Harlem, feuUlets 2, 4-11, 16-18, 21, 22 
et 24; 

2** A la bibliothèque de Francfort-sur-le-Mein, feuillets 16, 18 et 19 ; 

3* L'exemplaire de lord Pembroke, qui est le moins incomplet : 
il n'y manque que les six derniers feuillets. 

La première page de la préface, feuillet 1, verso ^ finit par ces 
mots : unitate et obediencia. Le deuxième feuillet commence ainsi : 
Secundo ut recognoscat. Le cadre, comme dans les deux éditions pré- 



ARS MORIENDI 43 

cédentes, est formé de trois filets. Guichard reconnaît, ce qui est 
vrai, que les figures sont dessinées avec goût et qu'on remarque dans 
la pose des vêtements des personnages une certaine élégance qu'on 
chercherait vainement dans les éditions précédentes (il ne connaissait 
pas alors celle représentée par l'exemplaire Weigel). On y voit, 
comme dans ce dernier et dans le suivant, quatre tonneaux seule- 
ment dans la cave, mais, d'après le fac-similé donné par Heinecken 
sur le feuillet de Francfort, le valet est debout, un grand pot à la main. 
Les yeux des deux diables sont diflférents. Une lettre de l'alphabet 
gravée au bas de quelques planches et servant de signature indique 
l'ordre des feuillets. Le feuillet 18 porte la lettre i. Le feuillet 16 porte 
la lettre JR dans l'exemplaire de Harlem, et la lettre J$ dans celui de 
Francfort. Malgré cette différence, Heinecken regarde ces deux exem- 
plaires comme appartenant à une même édition, ce qui n'est pas 
certain. Ces lettres, selon Koning *, peuvent avoir été ajoutées après 
coup. L'exemplaire de lordPembroke ne porte pas de signatures, et il a 
été tiré par feuilles isolées. Sotheby, qui a fait reproduire la deuxième 
figure et le texte correspondant d'après l'exemplaire de Harlem (hau- 
teur, 213 millim.; larg., 167 millim.; filigrane du papier : une Licorne), 
considère cette édition comme la première de toutes, et l'attribue à 
l'école néerlandaise (t. P"", pp. 69-76); cependant ses fac-similés per- 
mettent de constater que les planches de cette édition ne sont que 
des copies, presque fidèles, de celles de l'exemplaire Weigel. Elle 
pourrait bien être la même que celle ci-dessus, dont les signatures 
semblent concorder. 

Nous croyons néanmoins devoir faire des réserves à l'égard de 
cette édition que nous ne connaissons pas assez. Cependant nous 
ne pouvons la rattacher au groupe suivant où l'on ne voit plus de 
valet dans la cave. Ce seul point servira à montrer toutes les diffi- 
cultés d'un classement irréprochable. 

TROISIÈME GROUPE 
ÉDITIONS D A G 

D. — Ars nioriendi. Petit in-folio, de vingt-quatre feuillets, imprimés 
au frotton, d'un seul côté du papier, sans signatures, avec lettres initiales 

\ . Dissertation sur Vorigine de rimprimerie, p. 47. 



4» LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

gravées au trait, sans ornements ni fleurons. Trois filets d'encadre- 
ment entourent chaque planche. Le premier feuillet se termine par : 
primo ut credat ( il est probable que Heinecken a omis : sicut bonus ). 
Le second commence ainsi : xpian^ credere débet letus. Les planches 
de cette édition sont des copies de celles du groupe précédent, mais 
la cave du mourant, tout en ayant quatre tonneaux, est sans pot ni valet. 

Heinecken n'en a signalé que deux exemplaires : 

1*" A la bibliothèque de Tabbaye de Gottwic, complet ; 

2* A la bibliothèque de Munich, incomplet du premier feuillet. 

A cette édition appartiendrait aussi l'exemplaire de Renouard 
transporté en Angleterre, et dont Sotheby a donné en fac-similé les 
planches II (avec le texte correspondant) et IX. Il est imprimé à la 
presse, à l'encre noire. (Haut, des planches, 216 millim.; larg., 166.) 

Sotheby déclare que l'exemplaire du Musée Britannique, composé 
de douze feuillets imprimés des deux côtés, et contenant vingt-trois 
pages gravées (la dernière page de texte étant omise), appartient à une 
édition tirée sur les mêmes planches que celles de l'édition Renouard. 
Il en a reproduit en fac-simQé la figure IX. 

E. — Arsmoriendi. Petit in-folio, de vingt-quatre feuillets, imprimés 
au frotton, avec de l'encre noire , d'un seul côté du papier ; lettres ini- 
tiales fleuronnées. Au bas de la page qui commence par Temptacio 
dy aboli defidese voit la lettre b. La planche est encadrée de trois 
traits. Un certain nombre de planches ont des signatures. Un cadre, 
formé tantôt de deux traits, tantôt de trois, entoure chaque page. La 
cave du mourant contient quatre tonneaux, sans pot ni valet. 

C'est probablement une copie de la précédente. Le seul exemplaire 
connu se trouve à la bibliothèque de Hanovre ; il est incomplet des 
deux premiers feuillets. Il a pour filigrane un Agnus Dei. 

F. — Ars moriendi. Petit in-folio. Les deux premiers feuillets sont 
comme dans l'édition D ; mais il y a des inscriptions en allemand sur 
les rouleaux des images, bien que Timpression du texte soit en latin. 
Les cadres des figures sont de deux traits et marqués d'une des lettres 
de l'alphabet, commençant à b et finissant à m. 

Tel est l'exemplaire qui se trouve dans la bibliothèque de Wolfen- 
buttel. Guichard(p. 740) le croit formé de deux éditions différentes: 
l'une latine pour le texte, l'autre allemande pour les figures. 



AHS MORIRNDI 45 

« Le dessin des images est différent, dit Heinecken, et d'un autre 
maître, qui a cependant gardé la même idée. » 

G. — Ars moriendi. Petit in-folio, sans signatures ; les lettres ini- 
tiales sont fleuronnées. La première page de la préface finit par : P'mo 
ut credat sicui hon^ ; la page suivante commence par : xpian^ cre- 
dere débet letus. . . La cave du mourant (flg. IX) contient quatre 
tonneaux, sans pot ni valet. A la cinquième page de texte {Temptacô 
dy aboli de desperacône)^ le mot ww, omis à la ligne 12, a été ajouté 
en petites lettres au-dessus de ingredi. A la douzième page de texte 
{Bona ispiraco angîi qtra Auaricià\ le mot me/, omis à la ligne 18, a 
été ajouté en petites lettres au-dessus du mot pris. Les figures sont 
plus courtes et moins fines que celles des éditions que nous attri- 
buons à récole de Cologne. 

Guichard déclare qu'il y a deux sortes d'exemplaires de cette 
édition, tirés sur les mêmes planches. Les premiers se composeraient 
de vingt-quatre feuillets imprimés d'un seul côté du papier ; les seconds 
n'ont que quatorze feuillets imprimés des deux côtés. 

Cependant les exemplaires en vingt-quatre feuillets paraissent 
identiques avec ceux de la quatrième édition d'Heinecken (D); c'est ce 
qui a porté des conservateurs de la Bibliothèque nationale à ranger 
leur exemplaire dans cette classe. D'aiUeurs dans ceux-ci les plan- 
ches sont entourées de trois filets d'encadrement, et une barre arrête 
le texte de la Tentation touchant Vhnpatience^ tandis que les exem- 
plaires en quatorze feuillets n'ont qu'un encadrement de deux filets, et 
la barre dont nous venons de parler ne s'y trouve pas. Sotheby croit 
que l'édition opistographique * en quatorze feuillets a été tirée sur les 
planches de l'édition D, après suppression du troisième trait d'encadre- 
ment. Deux nouvelles planches y ont été ajoutées. 

Guichard mentionne d'abord l'exemplaire de Paris, imprimé à la 
presse et avec une encre noire ; ensuite un autre appartenant à 
M. Schmid, d'Augsbourg, imprimé au frotton et avec de l'encre grise ; 
enfin, à Munich, trois, dont un incomplet du premier feuillet, mais 
précédé des deux premiers feuillets d'une édition allemande xylo- 
graphique de VArs moriendi. Guichard ne sait pas si l'exemplaire de 

1 . C'e«t-à-dire imprimée au te^to et au verM des feuillets. 



46 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

M. Schmid n'est pas entré plus tard dans la bibliothèque de Munich. 

C'est à tort que Brunet cite un exemplaire en vingt-quatre feuillets 
chez M. Weigel ; il en possédait deux, mais de quatorze feuillets seule- 
ment chacun. 

Nous avons acquis à sa vente l'exemplaire numéro 235. Nous 
traduisons la notice du catalogue. 

« Heinecken, page 419, décrit cette édition comme la septième. Elle 
est probablement du même Ludwig zu Ulm dont le nom se trouve dans 
les documents de 1449 à 1484 et qui a gravé les figures de la quatrième 
et de la sixième édition. La date de cette septième peut bien être 1480, 
puisqu'elle est imprimée à la presse opistographiquement et qu'elle 
est évidemment la dernière édition de Ludwig. La comparaison de 
l'édition A * avec celles d'Ulm montre évidemment que ces dernières 
sont des copies et que l'autre est l'original. On voit, à la page 26, 
Jésus-Christ offrant à son Père les instruments de la Passion. A la 
page 27, se trouve la Création d'Eve, et, au bas, la Chute de nos pre- 
miers parents. La page 28 est blanche. » 

Exemplaire bien conservé, légèrement colorié et parfaitement complet. U offre la 
même transposition des deux: textes de la Tentation et de la Bonne inspiration touchant 
Vavarice que Ton remai*que dans l'exemplaire de la Bibliothèque de Paris. 

W parait être identique avec celui de lord Spencer (d'après lequel Sotheby, t. Il, a 
donné un fac-similé de la dernière gravure). Celui de Munich et Tun des deux de la 
BibUothèque nationale sont semblables au nôtre. Dans celui de Dresde, les deux dei^ 
nières gravures sont transposées. Hauteur des planches, 207 à 211 miUim.; largeur, 
152 à 158. 

Il existe des exemplaires de cette même édition où les deux figures 
ajoutées sont différentes; celle du feuillet 13 représente un ange 
tenant une balance dans la main droite et un glaive dans la main 
gauche ; dans Tun des plateaux, est une âme, et dans Tautre, les biens 
terrestres. Les démons cherchent à peser sur ce dernier plateau. La 
seconde figure, recto du feuillet 14, offre divers sujets : Un mariage à 
la porte d'une église, des voleurs qui pillent un trésor, un cadavre 
dévoré par des serpents, etc. Tel est le second exemplaire de la Bi- 
bliothèque nationale de Paris, ceux de Wolfenbuttel et de Zwickau, et 
celui de Weigel (n^ 236), vendu 4,669 francs. Contentons-nous de 
dire que celui de Bamberg n'a que les feuillets 1-9, 11 et 12. 

1« Il 8*agii ici de l'exemplaire que M* Weigel qualifie de princeps, n* 223 de son caUlogue» 



ARS MORIENDI 47 

M. Tross, libraire, dont nous avons déjà parlé, annonçait, dans un 
catalogue publié en 1869, à Paris, une édition xylographique non citée. 

L'exemplaire était composé de vingt-quatre feuillets, imprimés d'un 
seul côté : treize feuillets de texte, onze de gravures. Les pages du 
texte et celles des gravures étaient entourées d'un triple et quelquefois 
d'un double fllet. Les deux premiers feuillets contiennent la préface. 
Dans la bordure : Ars moHendi; au verso du premier feuillet com- 
mence la préface. 

I. Quamois secundû philosophû iercio ethicorum 

II. Xpian^ credere débet Letus. ... 
HT. TerUacô dyaboli de fdé. 

rv. Bofiia inspiracô angeli de fide. 

V. Temptacô dyaboli de speracde. 

VI. Bona inspiracô angeli côtra despei^acôz. 

VII. Tentacô dyaboli de impjciencia. 

VIII. Bona inspiracG angeli de paciencia, 

IX. Temptacio dyaboli de vana gloria, 

X. Bona inspiracô angeli côtra vanà gUmam, 

XI. Temptaoio dyaboli de auarida. 

XII. Bona inspiracô angli côtra aiuiriciâ. 

XIII. Si agonisas loq' et usum 

Le8 gravures, sans les filets, ont : haut., 200 à 203 millim.; larg., 145. 

Le texte du premier feuillet se termine par : P'mo ut credat sicut 
bon\ L'édition est sans signatures. M. Tross n'a pas indiqué à quel 
rang on pouvait placer ce livre ; ne l'ayant pas vu d'ailleurs nous- 
même, nous nous bornons à le mentionner, 

ÉDITIONS ALLEMANDES 

Nous décrirons d'abord trois éditions allemandes xylographiques : 
A. — Die Kunst zu sterben. Hans Sporer, lilS. Petitin-folio, de vingt- 
quatre feuillets, imprimés au frotton et d'un seul côté du papier, avec 
signatures. Les figures, gravées au simple trait, n'offrent ni ornements 
ni hachures. La préface contient deux feuillets et commence (feuillet 1, 
verso): Dieweilnach derLere des natùrlichen Maister, etc. Suivent les 
images, et, en regard, les explications, en vingt-deux planches, dans 
le même ordre que dans l'édition latine A. La dernière page recto se 
termine par : amen; au-dessous, on lit : 

Hans sporeri hat disz. puch 

i. 4.7.3. pruff=moler 



48 LIVRES XYLOGHAPHIQUES 

[Jean Sporer, peintre de cartes, a (imprimé) ce livre en 1473] ; le 
mot « imprimé » est omis *. 

Ce Jean Sporer, selon Guichard, est sans doute le même per- 
sonnage que Jean Sporer l'imprimeur d'Erfurth. Passavant le dit de 

Bamberg. 

Un exemplaire de cette édition rarissime se trouve dans la biblio- 
thèque de Zwickau. 

Le fac-similé d'Heinecken montre qu'un changement a été fait à la 
première planche. Jusque-là, Dieu le Père et Jésus-Christ avaient 
autour de la tête des rayons entourés d'un cercle ; dans cette édition, 
ils portent le nimbe crucifère. Cette particularité se retrouve dans 
l'édition suivante. 

B. — jHe Kwistzu sterben. Ludtoîg zu Ulm, Petit in-folio, de vingt- 
quatre feuillets, imprimés d'un seul côté du papier, à la presse et avec 
de Tencre noire ; lettres initiales fleuronnées ; signatures A-M. Chaque 
page est encadrée de trois filets ; les textes et les figures sont disposés 
comme dans les éditions latines. Au feuillet 2, recto, deuxième page de 
la préface, le mot wirt, omis à la ligne 22, a été ajouté en très 
petits caractères au-dessus de gelutert. Au feuillet 14, 7-ecto {Bonne 
Inspiration de Vange touchant la patience ), le mot nity qu'on avait 
oublié à la ligne 36, a été placé en marge entre les filets d'encadre- 
ment. Les figures ressemblent beaucoup à celles de l'édition latine G. 

Au bas de la figure XI (feuillet 23, verso), entre les filets d'encadre- 
ment, on lit le nom du graveur : Liidwig ze ulm^ que l'on croit commu- 
nément être le même individu que Ludwig Hohenwang d'Elchingen, 
imprimeur à Ulm vers 1477. 

On en connaît trois exemplaires : 

l'^ A la Bibliothèque nationale; 

2*» A la Bibliothèque Brera à Milan (ex. du comte Pertusati; 

'à"" A la Bibliothèque de Munich. ' 

C— ZK^ Kunstzu sterben. Petit in-folio ; le rectodu premier feuillet 
et le verso du dernier sont blancs. Les feuillets 2 à 12 sont imprimés 
des deux côtés du papier. Dans le volume, en tout, treize feuillets. Au 

1. HeineckcQ fait remarquer qu'on s'est ser^i, pour imprimer ce livre, de la main-d œuvre en usage 
pour* les caries à jouer. On a employé de l'encre à Thuile, ce qui fait que l'impression est très informe 
et très sale. 



ARS MORIENDI 49 

feuillet 2, recto (deuxième page de la préface), le mot wirtj omis à la 
ligne 22, a été ajouté en très petites lettres au-dessus de gelutert. Au 
feuillet 8, recto [Bonne Inspiration de range touchant la patience) j le 
mot nit, oublié à la ligne 36, a été ajouté en marge entre les filets 
d'encadrement. On ne voit aucune indication de ville, d'année ni 
d'imprimeur. La préface commence ainsi : W^« wol nach derlere : . . . 
A la bibliothèque de Munich, se trouve un exemplaire de cette 
édition qui reproduit exactement le numéro B ci-dessus, sauf que le 
nom de l'éditeur a été supprimé et que les feuillets sont opistogra- 
phiques. 

Guichard mentionne encore une autre édition allemande dont la 
bibliothèque de Munich possède un exemplaire incomplet, contenant 
douze feuillets imprimés d'un seul côté du papier; mais la des- 
cription n'en est pas assez précise pour que nous en parlions plus 
longuement. 

On connaît enfin une autre édition xylographique allemande, 
dont un exemplaire était en 1858 en la possession du prince Michel 
Galitzine. Le format en est très petit ; le Bulletin du Bibliophile (1858), 
où cet exemplaire est décrit, dit : hauteur, 135 millimètres; lar- 
geur, 90. Il est probable qu'il veut parler de l'exemplaire avec ses 
marges; en réalité les dimensions prises entre le trait carré des 
planches sont : hauteur, 98 millimètres; largeur, 80. On y compte 
treize feuillets opistographiques ; quinze pages sont remplies par le 
texte, onze par les figures. Le texte est au recto^ les figures au verso. 
Les deux derniers feuillets ne contiennent que le texte, n n'a d'autre 
ponctuation qu'une virgule à la fin de la huitième ligne du neuvième 
feuillet et deux points à la fin du dernier, après le mot amen. Chaque 
page du texte, moins les trois dernières, commence par une lettre 
initiale, sans ornements ni fleurons. Un seul filet très irrégulier encadre 
les pages du livre. Le volume n'a pas de titre ; U est sans chiffires, 
signatures ni réclames. On n'y trouve aucune indication d'année , de 
ville , ni d'imprimeur. Les figures sont gravées au trait , sans ha- 
chures, et coloriées. Elles sont plus simples, le nombre des person- 
nages secondaires y est moindre que dans les précédentes éditions, 

ce qui est motivé par la petitesse du format. On ne voit pas de rou- 
" î. 4 



50 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

leaux avec des légendes. La préface commence ainsi : Syd. dem mal 
gang dess todes uss diesê^, . . . 

Un exemplaire semblable, dont nous avons une reproduction 
moderne sous les yeux, se trouve dans la bibliothèque du prince 
de Furstenberg à Donaueschingen. D ne paraît pas avoir été colorié. 

M. Weigel décrit aussi (n* 238) un fragment de la même édition 
xylographique que celle du prince Galitzine, fragment partiellement 
colorié j dit-il. Hauteur, Ô8 millimètres ; largeur, 77. 

Il possédait encore (n^ 240), d'un autre A rs moriendiy le feuillet 
avec la gravure : Temptacio diabolide fide. 

ÉDITION FRANÇAISE 

UArt au morier. Petit in-folio, de vingt-quatre feuillets imprimés 
d'un seul côté du papier, avec de l'encre grise. Les onze pages de fi- 
gures et les treize pages de texte sont disposées conmie dans les éditions 
latines et allemandes. Brunet, qui le premier a fait connaître cette 
édition, ne mentionne ni signatures, ni lettres initales, ni filets d'en- 
cadrements. 

Le texte de la préface conmience à la première page par le titre : 
lart au morier (sic), et par ces mots : Ja soit que selon le philo- 
sophe. ... ; il finit à la page suivante par : considère deligentem^nt. 
Ces deux pages, titre compris, ont ensemble 59 lignes. 

Les pages de texte qui suivent portent pour titres : Temptacion du 
dyable de la foy , Bone Inspiracion p làgele de la /by, etc. 

La dernière page de texte commence ainsi : Bien vtile cochmon de 
ceste salutaire doc f ne si le morilur labourant en agonye et extrémité 
peult parler. 

Les trois dernières lignes du volume sont composées d'un sizain. 

L'exemplaire décrit par Brunet est probablement unique ; en 1820, 
il appartenait à M. Van der Cruisse de Waziers, de Lille. Actuellement, 

1. Nou8 a^ons eu roccasioo de Yolr les f&c-Bimilés de neaf planches non décrites d*an Ars moriendu 
Elles sont sans légendes, bordées d'un trait carré seulement. Haut.^ 95 millim.; larg., 80. 

Fig. II. Le malade est à droite. — Fig. UI. Le malade est à gauche. — Fig. IV. Le malade est 
à droite. — Fig. V. Le malade est à gauche. — Fig. VI. Le malade est à gauche. — Fig. VII. Le 
malade est à droite. — Fig. VIIL Le malade est à gauche ; il y a un grand écriteau à la tète du lit 
— Fig. IX. Le malade est à gauche ; dans la cave trois tonneaux. — ]Fig. X. Le malade est k gauche. 

Nous croyons que ces estampes peuvent bien être les mêmes que celles de Texemplaire du prince 
Galitzine. 



ARS MORIENDI 51 

il fait partie de la collection de M. le comte Louis de Waziers. Il a 
figuré en 1874 à l'exposition faite au profit des Alsaciens-Lorrains; 
il a reparu à l'exposition rétrospective du palais du Trocadéro en i 878, 
et, grâce à cette circonstance, j'ai pu Fétudier, ce qui m'a permis de 
compléter la description que feu Brunet en a donnée, et, déplus, j'ai 
eu la bonne fortune de faire à cet égard une découverte qui n'est pas 
sans importance. 

Brunet a remarqué que les planches de ce volume paraissaient 
appartenir à une édition latine, car les légendes des rouleaux sont en 
latin. En cela, il avait parfaitement raison ; mais où il s'est trompé, 
par suite d'une inadvertance, c'est lorsqu'il a avancé que ces planches 
étaient les mêmes que celles de la seconde édition latine (B) décrite 
par Heinecken, la cave du mourant ayant, dit-il, quatre tonneaux dans 
l'une et dans l'autre. Or, l'édition B d'Heinecken n'offre que trois 
tonneaux, tandis que VArt aumorier en contient bien quatre, avec un 
valet incliné qui tire de l'un d'eux, ce qui n'a lieu, comme on a pu le 
constater plus haut, que dans l'exemplaire réputé unique et qui avait 
appartenu à Weigel (voir ci-dessus, p. 40). Cette coïncidence m'avait 
fait soupçonner dès le début que les gravures de l'édition française 
pourraient plutôt être les mêmes que celles de l'exemplaire latin de 
Weigel : la comparaison minutieuse que j'ai faite du beau livre de M. de 
Waziers avec la reproduction photographique de l'exemplaire Weigel 
a pleinement confirmé mes prévisions. 

Ces gravures sont, en effet, absolument les mêmes, sans aucune 
différence. Elles sont entourées de trois filets, et leurs dimensions 
sont strictement identiques. Les pages de texte offrent plusieurs 
particularités que Brunet n'a pas signalées. Ainsi, à la page 4 {Temp- 
tacion du dyahle de la foy), on voit au bas, à droite, la signa- 
ture 1$ ; à la page 6 {Bône Inspiracion p làgele de la foy ), la signa- 
ture C; à la page 20 ( Temptacion du dyahle dauarice), la signature M ; 
à la page 22 {Bone Inspiracion de lage contre dauarice), au bas, sur 
le deuxième trait d'encadrement, on aperçoit une lettre qui est pro- 
bablement £ ; enfin, à la dernière page, se trouve, au bas à gauche, la 
lettre û. Les lettres du texte sont de deux dimensions différentes, 
comme dans l'édition dite princeps, de Weigel ; on trouve aussi, dans 
l'une comme dans l'autre, ce signe = au bout d'un grand nombre de 
lignes, et le seul signe de ponctuation paraît être le point. 



1 



5> LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Nous avons dit plus haut, et cela d'accord avec M. Weigel, que son 
édition dite princeps est un produit de l'école de Cologne ; tout nous 
porte aussi à croire que VArt au marier pourrait bien avoir été 
imprimé dans cette ville. Ce titre si étrange, l'expression : si le niori- 
tur (moriturus) labourant en agonye, etc., ne font guère songer à la 
France. N'oublions pas, d'ailleurs, que c'est à Cologne que fut imprimé, 
selon toute apparence par Ulrich Zell, avant 1467, sous les auspices 
de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, le premier livre français 
EXÉCUTÉ EN CARACTÈRES MOBILES : le Recueil des histoires de Troyes, 
par Raoul le Fevre. Il n'y aurait donc rien d'étonnant qu'elle eût 
donné aussi le jour au premier livre français xylographique, qui est 
rArtaumorierK 



ÉDITIONS TYPOGRAPHIQUES 

éditions imprimées en ALLEMAGNE 

(avec teste latin oa allemand) 

A. — Ars moriendi. || (Q) Vamuis scdm philosophu tertio ethicoru... 
A la fin, folio 11 verso : Et tm de arte nioriedi që ars arliunu Sans 
lieu ni date. In-folio, gothique, à longues lignes, sans chiffres, réclames 
ni signatures ; douze feuillets, avec onze gravures sur bois. Comme dans 
la troisième édition xylographique, il y a quatre tonneaux dans la cave 
et un homme incliné qui tire de l'un d'eux. Les banderoles portant des 
légendes se terminent par de longs enroulements. L'encadrement des 
planches est composé de trois traits, les deux premiers ombrés en 
haut et à droite, comme dans les éditions C et D. Les figures sont 
des copies plus ou moins réussies de celles de l'édition dite princeps 
de M. Weigel ; on y reconnaît la main de deux artistes. Quelques points 
varient à la fin des légendes, notamment dans les sixième, septième 
et onzième figures. Sur plusieurs on remarque différentes lettres ; à la 
première estampe un b, à la deuxième une jf, à la troisième un ï, à 
la sixième et à la huitième, t, 1. 

1. H existe aossi une traduction française de VArs moriendi, imprimée à Bruges, par Colard 
MansioQ, en 1474. Selon Gulchard, cette traduction diffère de celle de VArt au marier. Le livre 
de Colard Mansion est un petit in-folio xylographique, sans chiffras, réclames, signatures ni initiaks ; 
il contient vingt-deux feuillets, mais sans aucune gravure. On en connaît quatre exemplaires : 1« à 
la Bibliothèque nationale; 2* à Bruges; 3* aux archives de Lille; le quatrième appartenait À Van PraëU 



HH 



ARS MORIENDI 53 

Cette édition ancienne et très précieuse n'est citée ni dans le ré- 
pertoire de Hain, ni dans le Manuel de Brunet. 

Elle oflFre encore le type parfait des xylographies. D'après le 
catalogue de Tross, il existe des épreuves de ces mêmes planches avec 
un texte xylographique au musée de Berlin, à l'hôtel de ville de Har- 
lem, et dans la bibliothèque de lordPembroke (édition C d'Heinecken. 
M. Weigel possédait un exemplaire semblable (n® 241, vendu 376 fr.); 
mais il lui manquait un feuillet contenant la préface et le texte de la 
première estampe. Sotzmann {Serapeum, 1842) en fait connaître un 
exemplaire appartenant au baron von Liphart, à Dorpat, et un autre 
dans la bibliothèque du pasteur Donker Curtius, à Arnheim. Il y en a 
un au Musée britannique et un autre (incomplet) chez lord Pembroke. 
Cette édition paraît être la première qui ait été imprimée en caractères 
mobiles. Sotheby la croit sortie des presses de Guldenschaflf, de 
Cologne. M. Weigel a constaté qu'elle est due à Nicolas Gotz de 
Schlettstadt, imprimeur à Cologne de 1474 à 1478; les caractères 
en sont identiques avec ceux du Fasciculm temporum de Rolewinck, 
imprimé par le même Gotz à Cologne en 1478. 

Je possède de cette édition un exemplaire parfaitement complet et bien conservé. 
Les planches ont été, à Tépoque, légèrement coloriées. 

Haut, des planche», 213 à 223 mililm.; larg.^ 1S3 à 163. 

B. — Ars moriendiWQiùamuis secundum philosophv/m. . . A la fin : 
Ettantum de arte moriendi. . . Sans lieu ni date. In-quarto, gothique, 
à deux colonnes, sans chiflFres, réclames ni signatures; douze feuillets, 
avec onze figures sur bois. On attribue cette édition, citée par Hain 
(n® 1831 ), aux presses de Henri Quentell, de Cologne. 

C. — Ars moriendi. Édition sans date, imprimée à longues lignes, 
peut-être vers l'année 1480. Elle consiste en quatorze feuillets, dont 
treize pages contiennent le texte, et douze, les figures. Ce petit in- 
quarto paraît être la reproduction de l'édition xylographique B, mais 
il y manque les figures 2 et 11. La 1" figure est répétée deux fois, 
et la figure 10, trois fois. Mariette, qui en avait un exemplaire, l'a fait 
décorer d'une reliure analogue à celle de l'édition B. Il a été vendu 
240 fr. chezLaVallière, et il est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. 

D. — Ars moriendi. Édition sans date, imprimée à longues lignes. 
Brunet l'attribue aux presses lyonnaises, vers la fin du quinzième siècle, 
et dit qu'elle offre beaucoup de conformité avec la précédente. C'est 



54 LIVRES XYLOGRAPHÏQUES 

un petit in-quarto, gothique, composé aussi de quatorze feuillets, sans 
chiffres, réclames ni signatures, avec douze planches gravées sur bois. 
Le dernier feuillet est blanc au verso. Un exemplaire de cette édition 
se trouvait dans la bibliothèque de M. Coste, de Lyon. C'est sans doute 
la même que celle décrite par Hain au numéro 1832. 

E. — On connaît une autre édition de VArs moriendi imprimée aussi 
vers 1480 et ornée de quatorze figures. Dans Y Index lïbrorum du 
P. Laire (n® 231), elle est annoncée sous ce titre : Ars moriendi ex variis 
scripturarum sententiis collecta cum figwris ad resistendum in mortis 
agone diabolicœ suggestioni^ ce qui, selon Brunet, paraît se rapporter 
à l'article 2 du numéro 1252 d'Ebert, si toutefois le texte a trente lignes. 
Elle est in-quarto et compte quatorze feuillets. 

F. — Ars moriedi ex vcl^rijs scripturaru sentêUis collecta\cû 
figuris... In-quarto, sans lieu ni date, en quatorze feuillets, avec le 
même nombre de gravures. Les pages du texte ont de trente et une à 
trente-deux lignes en caractères gothiques (Hain, n® 1833). Imprimée 
avec les mêmes caractères que celle décrite par Hain sous le 
numéro 1832 (notre édition D ci-dessus). 

G. — Une autre édition imprimée avec les mêmes figures, mais en 
plus gros caractères; elle se distingue de la précédente par cette 
remarque qu'à la dernière ligne du troisième feuillet, le mot consideret 
est imprimé côsideret. Ebert dit à tort que les caractères de cette 
édition sont les mêmes que ceux de la précédente, et Brunet l'a répété, 
sans avoir consulté la description détaillée donnée par Hain (n** 1834). 

H. — M. Weigel cite (n** 242) une édition typographique inconnue de 
VArs moHendij sans lieu ni date (à Leipzig, chez Conrad Kachelofen). 
Elle a quatorze feuillets ; dans l'exemplaire Weigel, manquaient les 
feuillets 1, 8, 9, 10, 13 et 14. 

I. — Au numéro 243 du même catalogue, est décrite une autre 
édition inconnue du même ouvrage, exécutée par le même imprimeur 
que la précédente, mais moins ancienne. Elle consiste en quatorze 
feuillets; il y a quatorze figures et treize pages de texte petit in-quarto. 
A. la page 1, le titre : Ars moriedi ex va\\rijs scripturaru sententiis 
collecta II cûfiguris adresistendû in mortis^ agone dyabolice sugestioni 
vales\^ cuilibet cJiristi fideli. vtilis ac mul-\\tum necessaria. Les figures 
sont les mêmes que celles de l'édition précédente et s'accordent pour 
le reste en partie avec l'édition A pHnceps de Weigel, en partie avec 



ARS MORIENDI 35 

celles de la septième édition xylographique. La gravure en est un peu 
dure, mais elle accuse une certaine originalité. La première figure 
représente un pénitent qui se confesse à un religieux, et que deux 
anges accompagnent; à gauche, un démon suivi de six personnages, 
La seconde image nous montre la communion du mourant, et Ton n'y 
voit aucun diable. Les onze pièces suivantes offrent les sujets déjà 
connus, avec cette différence que le mourant est à gauche dans les 
dix premières planches, et à droite dans la onzième. Il y a dans 
la cave quatre tonneaux, sans pot ni valet. La figure qui est au verso 
du dernier feuillet en rappelle une qui fait partie de certains exem- 
plaires de la septième édition : elle représente un ange pesant les 
âmes (voir plus haut, p. 46). 

Je possède de cette édition de Leipzig Texemplaîre même de Weigel (388 fr.); il est 
relié en maroquin yei*t. Le même livre se trouve aussi à la Bibliothèque nationale. 

J. — Les figures de l'édition précédente, ainsi que le titre et les 
caractères, reparaissent dans une édition typographique du même 
ouvrage conservée à la bibliothèque de Tuniversité de Leipzig, édi- 
tion que l'on attribue à Conrad Kachelofen qui imprimait dans cette 
dernière ville de 1489 à 1495. 

K. — Weigel possédait aussi (n* 244, vendu 356 fr. ) une édition 
typographique allemande, imprimée à Leipzig en 1494 : Ein lohlich 
vnd nutzhar^lich huchelein von dez sterhen. . . A la fin : . . . gedrucht 
tzu leip^tzigkNach christi gehurth Im xciiii. lar. In-quarto, de seize 
feuillets, sans chiffres ni réclames, mais avec quelques signatures. 
Le texte est une traduction en dialecte saxon de celui de l'édition A 
de Weigel. Les figures sont les mêmes que celles des éditions de 
Leipzig ci-dessus; il en de même pour les caractères et le papier. 

L. — M. Berjeau décrit, dans son Bibliophile illicstrêj 1863, page 21, 
une autre édition typographique, avec texte allemand, imprimée à 
Leipzig, en 1496, et dont un exemplaire est conservé au Musée britan- 
nique. C'est sans doute la même que celle citée par Grasse, sans aucun 
détail. En voici le titre : Einloblich vnd nutzbarlich buchlein von\\dem 

sterben Au recto du f . Ciij : Rie endet sich das bucheleyn genannt 

dos II bucheleyn des sterbens gedrucht tzu Leyp - 1| czigh Nach ^ 
christi geburt Im -Kcn. lar. In-quarto, avec les mêmes gravures que 
la précédente. 



56 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

M. — Une autre édition typographique allemande a été imprimée par 
Melchior Lotter, à Leipzig, en 1507, sous ce titre : Eyn loblich vnnd | 
nutzharlich buchlein vb dem ster^ben. . . A la fin : . . . gedrucht 
tzu Leyptzk Nach^christi geburth M.cgcgg.vij. Jar. durch Mel-^ 
chior Lotter. Petit in-quarto, de quinze feuillets, sans chiffres ni 
réclames, mais avec signatures. Même texte que celui de l'édition 
précédente. Planches avec légendes en latin, identiques avec celles 
des éditions de Kachelofen. Dans la collection Weigel s'en trouvait 
un exemplaire complet (n** 245, vendu 278 fr.). 

On connaît trois éditions latines imprimées à Nuremberg et Lands- 
hut, par Jean Weyssenburger, et deux éditions allemandes : 

N. — La plus ancienne est intitulée : Ars moriendi ex \ Varijs sen- 
tentijs collecta cum Figuris ad resistenduryi\\in mortis agone diabolice 
suggestioni. . .A la fin (recto du f. 13) : Impressum Nûrmberge p 
Yen. dnm Jo. W. Presbrm. Petit in-quarto, de quatorze feuillets, 
sans chiffres ni réclames, mais avec signatures. Texte identique jus- 
qu'aux fautes avec celui des éditions de Leipzig. Les figures, d'un 
travail grossier, diffèrent dans les détails. Elles se rapprochent de 
celles de l'édition xylographique de Weigel dite princeps. Heinecken 
pense que cette édition a paru vers 1504. Weigel en possédait un 
exemplaire complet (n** 246, vendu 248 fr. ). 

0. — La deuxième édition latine imprimée dans la même ville par 
Weyssenburger, en 1512, porte le même titre que la précédente, sauf 
que le mot diabolice est écrit dyabolice. A la fin, on lit : Impressum 
Normberge oppido Impe-^riali : in of/lcina dhi Joannis Weys^sen- 
burger. Anno salutis. 1512. Petit in-quarto, de quatorze feuillets. 
Quelques différences dans les gravures avec l'édition précédente. 
Exemplaire complet chez Weigel (n* 247, vendu 266 fr.). 

P. — Dans l'édition imprimée par Weyssenburger à Landshut, 
en 1514, le titre est le même que dans celle de 1512 ci-dessus, mais 
autrement disposé. On lit à la fin : Impressum in ciuitate Landesutens\ 
Du\\cali : in officina dhi Joànis Wer/ssen-^burger. Anno salutisAbli. 
Petit in-quarto, de quatorze feuillets. Exemplaire complet chez Wei- 
gel (n« 248, vendu 315 fr. ). 

J*ai acquis à la vente Tufton Tédition suivante qu*Heinecken, Brunet et Weigel ne 
mentionnent pas; elle est en allemand. 



ARS MORIENDI 57 

Q. — Titre : Eyn lohlich vnd || nutzbarlich puchelein von dem 
sterlpenlwie ein ytzlich christen mensch recht in waren chHsten H 
glauben sterben sol/vnd der anfechtung des bô\sen geystes wider- 
stehen. . . Au verso du f. 15, au-dessous d'une prière à saint Michel : 
Gedrûckt zu Nurmberg durch Eer Hansen Weyssenburgen Am 
erichtagnach Letare Im newntén Jar (1509). La page en regard 
contient une marque composée d'un globe surmonté d'une croix ter- 
minée d'un côté en forme de la moitié d'un fer de flèche, et accompa- 
gnée des lettres JE^^ et ^0^ ' chiffre de l'imprimeur, le tout 
en blanc sur fond noir. Petit in-quarto, gothique, de seize pages, con- 
tenant treize figures sur bois. La première représente le malade dans 
son lit, recevant la communion; il y a des légendes sur des rouleaux. 
A la fin. Fange tenant les balances dont nous avons déjà parlé. Les onze 
autres figures n'ont pas de rouleaux; le mourant y est tantôt à gauche, 
tantôt à droite, mais elles offrent cette particularité qu'elles sont 
entourées d'arabesques assez médiocres. On y voit des fleurs, des 
fruits, des mascarons, etc., et répétée plusieurs fois la fable de Pyrame 
et de Thisbé. Ces figures, inspirées par celles des éditions de Leipzig, 
sont de composition différente. 

R. — Une autre édition allemande imprimée par Jean Weyssenburger 
à Landshut, en 1520, porte ce titre : Von dem sterben ein || nutzbarlich 
bûchlein toie ein yder chri-^ten mensch recht jn warem christen 

glaube sterbe || sol On lit à la fin : Gedrucht zu Landszhût an dem 

vierdê tag des^ApHlensU. ccccc. vndxx. Jar I)urch\Johann Weys- 
seubwrger [sic). Au-dessous, la marque de l'imprimeur. Petit in-quarto, 
de quatorze feuillets. Même figure au titre que dans l'édition de 
Weyssenburger de 1504. Exemplaire complet chez Weigel (n*250). 

Nous mentionnerons encore une édition latine du Spéculum artis 
bene moriendi. Mie n'a pas de date. Le catalogue Weigel (n* 249) la 
place entre les années 1480 et 1490. On lit sur le titre : Speculu artis 
bene moriedi\\de temptatonibus-penis infemalibics interrogatoibus 
ago^isantium-et variis oratbnibtis pro illorum salute faciendis. 
Petit in-quarto, de seize feuillets. A la suite du titre, une gravure sur 
bois. Le texte est un développement de celui de VArs moriendi. 

Grasse cite aussi une édition allemande in-quarto, sans lieu d'im- 
pression, mais avec la date 1497. 



58 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Nous signalerons enfin une édition allemande : Kunst wol zu 
sterben. . . , ouvrage rédigé par Adam Walasser ; DUingen^ J. Mayer^ 
1572, in-8*, avec figures sur bois imitées de celles de VArs moriendL 
La dédicace du volume est datée de 1569. H a été réimprimé dans la 
même ville en 1579, 1585, 1603, et à Sulzbach en 1688. 

Le texte latin de toutes ces éditions typographiques est identique 
avec celui des éditions xylographiques. Il diffère complètement de 
celui d'un traité de VArs moriendi qui lui est antérieur et qui a été 
rédigé au commencement du quinzième siècle par Mathieu de Erokov, 
cardinal allemand (voir plus loin, kV Appendice). 

Les bibliographes qui se sont spécialement occupés de cette question 
n'ont pas parlé d'un troisième texte de VArs moriendi j composé par 
Jacques de Clusa, moine de la chartreuse d'Erfurt, mort en 1465. Il est 
intitulé : Tractattùs Doctoris lacoM ordinis carthtmensis De arte bene 
moriendi. Hain en signale deux éditions (n** 9339,9340), dont Tune de 
Leipzig, sans date, et l'autre imprimée dans la même ville en 1495, 
par Arnold de Cologne. Cette dernière a été indiquée dans le catalogue 
Chedeau (1865) comme étant ornée de figures sur bois, et on lui a attri- 
bué ce titre : Ars moriendi ex variis scripturartmi sententiis collecta 
cum figuriSj qui est celui de plusieurs éditions décrites ci-dessus. 
Apparemment ces deux ouvrages se trouvaient réunis sous la même 
couverture, et le rédacteur du catalogue a copié le titre de l'un et le 
colophon de l'autre. 

ÉDITIONS IMPRIMÉES EN HOLLANDE 

On cite trois éditions de VArs moriendi avec texte hoUandais 
{DatSterfboeck). La plus ancienne est celle de Delft, 1488, in-4*,goth., 
de 168 ff. à 28 lignes par page ; la seconde a été imprimée à ZwoUe, 
par Pierre van Os, aussi en 1488, in-fol., goth., de 97 ff. à 2 col.; 
la troisième est sortie des mêmes presses en 1491, pet. in-fol., goth., 
de 84 ff. à 2 col. Weigel, qui possédait de celle-ci un exemplaire 
incomplet de deux derniers feuillets, dit que les figures sont des 
copies très fidèles et très réussies de celles de son édition dite 
princepsj mais que la gravure en laisse à désirer. Le texte est une 
imitation développée de celui des éditions xylographiques. 



ÂRS MORIENDI 59 



ÉDITIONS IMPRIMÉES EN FRANCE 

Nous placerons en tête une édition connue depuis peu de temps 
et qui probablement a été imprimée en France, Elle a d'abord 
figuré à la vente Libri à Londres, en 1862 ; un autre exemplaire 
(peut-être le même) en a reparu à celle de Randin et Rostain, de 
Lyon, faite par les soins de M. Claudin, savant libraire-expert 
(1876), et il fut acquis par le Cabinet des estampes de Paris au 
prix de 400 francs. 

C'est un petit in-quarto, gothique, sans lieu ni date, de vingt 
feuillets, avec onze planches xylographiques, signées toutes des 
initiales : L D. L'intitulé du livre, en deux lignes, porte : 

TRAGTATUS BRBUIS AG VALDB VTILIS DE ARTB ET SCIENTIA 

BENE MORIENDI 

Voici l'indication des planches : 

1. Temtatio dyaboK de fide. Au milieu du bas: .1.0. 

2. Bona inspiratio angeli de fide. Dans le milieu du haut : I.D. 

3. Temtatio dy aboli de desperatione . Dans le coin du bas, à droite: *VL*. 

4. Bona inspiratio angeli contra desperationem. Au milieu du haut: .I.D. 
o. Temptatio dyàboli deimpaciencia. Sur le haut du lit : *rD*. 

6. Bona inspiratio angeli de paciencia. Dans le milieu du bas: .I.D. 

7. Temptatio dyaboli devana gloria. Vers le milieu du bas : .I.D. 

8. Bona inspiratio angeli contra vanâ gîoriam. Au milieu du haut: .I.D. 

9. Temtado dyàboli de auaricia. Dans la cave, quatre tonneaux ; un Yalet tenant un 
pot tire de l'un d*eux, un autre sort* Dans le milieu du bas : .I.D. 

10. Bona inspirafio angeli contra auariciam. Dans le milieu du bas : .I.D. 

11. Le malade est à droite, il regarde le crucifix qui est à gauche. Dans le milieu 
du bas: .I.D. 

Dans les dix premières planches le malade est à gauche. 

Viennent ensuite quinze feuillets de texte ; une douzième planche 
est au verso du dernier feuillet. Elle ne consiste qu'en un titre placé 
au haut, à gauche des entrelacs : ARS MORIENDI en grands caractères 
gothiques gravés sur bois et tirés sur fond noir, au milieu d'un semis 
de fleurs. Dans le miUeu du bas : I D. Au-dessous, dans la marge, 
en caractères mobiles : Cum orationibvs pvlcherrimis dicendis circa 
agonizantem. 



60 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Ces planches reproduisent les types primitifs, plus ou moins 
altérés. M. Claudin a avancé Thypothèse que les initiales I. D. 
pourraient bien désigner Jean Duvet, orfèvre langrois et le premier 
maître français qui ait gravé au burin, hypothèse qui ne saurait être 
admise, d'abord parce que Duvet n'a jamais gravé sur bois, ensuite 
parce que ces xylographies n'ont rien de commun avec la manière 
de ce maître, et, en dernier lieu, parce que Duvet, né vers 1485, 
n'aurait pu les exécuter que vers 1510 ou 1515, tandis que leur 
caractère est plus archaïque. Plus admissible est la seconde hypothèse 
de M. Claudin, en vertu de laquelle le volume aurait été tiré avec les 
caractères employés en partie en 1491 par P. Metlinger, premier 
imprimeur de Dijon, caractères qui auraient passé dans d'autres 
mains. En tout cas, le filigrane du papier de cette édition se compose 
de la lettre B et de la Roice dentée qu'on rencontre généralement 
dans les papiers employés à Lyon au quinzième siècle. Elle a été 
mentionnée par Hain, sous le numéro 4390. 

D'après M. Claudin, la bibliothèque de la ville de Metz pos- 
séderait un exemplaire de ce volume, et celle de Grenoble, un 
autre*. 

Le type des figures de VArs moriendi se trouve reproduit dans 
plusieurs éditions d'un livre intitulé : VArt de bien vivre et de bien 
mourir^ dont le texte est une traduction libre, faite par Guillaume 
Tardif, de celui des éditions xylographiques. L'ouvrage complet 
se compose de trois parties distinctes. Voici la bibliographie, aussi 
complète que possible, de diverses éditions : 

A. — (Le liure intitule lart de bien viure et de bien mourir.) 
La première partie contenant VArt de bien vivre se compose de 
72 ff., pet. in-folio, goth., à 2 col., à 33 lignes par page, avec 
des gravures sur bois remarquables. Au bas de la dernière page, 
on lit : Cy finist le liure de bien viure Imprime a paris le xv 
iour de decebre mil. CCCC. nonâte & dettx (1492), pour Anthoine 
verard libraire demeurant sur le pont nostre dame a lymage sainct 
iehan leuangeliste^ou au palais au premier pillier deuàt la 

1. PatfaTaot^ t. I, p. 166, mentionne deax graYurea de cet Àrs moriendi dans la collection du 
prince OetUngen-Wallerstein, avec la marque 7/ )TD * Haut., 151 à 158 millim.; Targ., 119. 



ARS MORIËNDI 61 

chapelle ou on chante la messe des mess"^ le présides. — La 
seconde partie a pour titre : Le Hure intitvUe lart de bien mourir : 
c'est celle qui nous intéresse : elle se compose de plusieurs traités, 
formant en tout 71 ff., avec cette souscription au verso du dernier : 
Cy finist le traicte des paines denfer et de purgatoire. Imprime 
a paris par Gillet Cousteau et lehan menard^ lan de grâce mil 
quattre cens nonante et deux (1492) le dixhuitiesme iour du moys 
de iuillet pour Anthoine verard marchât libraire demeurant a 
parisj etc. Cette partie est ornée de douze gravures sur bois : 
l'une représente l'auteur, et les onze autres, entourées d'encadre- 
ments historiés, reproduisent librement le type primitif des éditions 
xylographiques de VArs moriendi. Elles sont de la main de l'artiste 
qui a dessiné les célèbres gravures de la Danse macabre pour 
Guyot Marchand. La cave du mourant contient trois tonneaux; 
un homme tire de l'un d'eux. La Bibliothèque nationale possède 
de cette partie un exemplaire sur vélin, avec figures peintes. — 
La troisième partie, formée également de plusieurs traités dont le 
premier a pour sujet Laduenement De antechristy se compose de 
58 ff. , et a été imprimée le 28 octobre 1492. Au dernier feuillet, la 
grande marque de Vérard. Il est à remarquer que la première partie 
est celle qui a vu le jour la dernière. 

B. — L'Art de bien mourir. Pet. in-folio, de 24 ff., avec cette 
souscription : Finist le Hure ititule lart de biè mourir iprime P. 
pierre le rouge imprime^ du roy po' Anthoine verard. Sans date, 
mais elle doit être aussi de 1492. Mêmes gravures que ci-dessus. 
Il doit exister de cette édition des exemplaires sans souscription, 
avec la marque seule de Pierre le Rouge, que Vérard a quelquefois 
fait couvrir, dans des exemplaires sur vélin, par sa propre marque 
peinte. 

C. — Édition imprimée à Paris le 12 février 1493 (1494, nouveau 
style), avec les mêmes figures sur bois. On ne la connaît que par une 
rapide mention de Brunet. 

D. — Édition de Vérard en trois parties in-folio, goth., de 192 ff. 
à 2 col. de 33 lignes par page. La première partie porte cette souscrip- 
tion : Cy finist le Hure de bien viure Imprime a Paris le xx iour de 
iuing mill CCCC. quatre vingz & X7/(1496) pour Anthoine verard 
libraire^ etc. UArt de bien mourir occupe 24 ff. et reproduit les figures 



62 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

et encadrements de l'édition de 1492. La souscription de cette partie 
ne porte pas de date, et à la fin de l'ouvrage se trouve seule la grande 
marque de Vérard. La Bibliothèque nationale en possède un exem- 
plaire sur vélin, avec toutes les figures peintes en or et en couleur. 

E. — Édition de Vérard composée de même que la précédente, 
sans nom d'imprimeur et datée du oov iour de octobre mille CCCC. 
quatre vingtz et xviij (1498). UA7^t de bien mouHr y est orné des 
mêmes figures sur bois, mais sans encadrements. 

F. — Ars moriendi. Tractatus succinctus ac\ valde vtilis de arte 
et scientia perfe\\cte vitiendi beneqs mori\\endi : vaîHjs histoHjsj^ac 
orationibtts\\illu$trattis. {An recto du f. Eiiy : ) Finis. ^Impressum 
Lugduni a Petro Mareschal. S. d. ( fin du xv' s. ). Pet. in-quarto, goth., 
de 20 S.j sign. A-Eiiij par 4, avec onze planches gravées sur bois. 
Cette édition a été décrite pour la première fois par M. Tross, dans son 
Catalogue n® IV, de 1874. Elle est extrêmement rare, et je n'ai pu la 
voir. 

G. — Sensuit le Liure intitule lart et science de bien uivre et de 
bien mourir. (A la fin : ) Cy fine ce présent liure. . . imprime a Paris 
par la veufue de feu lehan Trepperel et lehan lehanot. S. d. (après 
1502). In-quarto, goth., à2 coL, nombreuses figures sur bois. 

H. — Le liure nomm^ lart et sciece de biê viure et de biê mou- 
rir. . . ( Au bas de l'av.-dern. page : ) Cy finist lart & science de biê 
mure et biê mourir. Atiec les faintises du monde : reueu diligemm^ent^ 
et nouvellement imprime a Lyon cheulx Jacques Moderne dit gràd 
Jacques. S. d. In-quarto, goth., de 36 ff., à 31 lignes par page, sign. a-i. 
Cette édition a d'abord été décrite par M. Potier dans son nouveau 
Catalogue de 1860, n"* 198. Brunet lui assigne la date comprise entre 
les années 1530 et 1540, tandis que M. Monfalcon, dans son Manuel du 
bibliographe lyonnais^ dit que J. Moderne exerçait déjà en 1499. Le 
titre de ce volume ojBTre une bordure historiée ; au milieu, figure une 
petite vignette représentant un homme à genoux. Des initiales histo- 
nées sont placées entête des chapitres. L'Art de mourir est orné de 
onze gravures sur bois reproduisant d'une façon médiocre le tj'pe 
primitif. Ces gravures ressemblent à celles de la petite édition latine 
de 1480. Il y a cinq tonneaux (lans la cave du mourant. La gravure du 
dernier feuillet représente la Mort dans un globe : on y voit une table 
servie et du feu allumé ; à gauche est une fosse ouverte et contenant 



ARS MORIENDI 63 

une bêche. Au-dessus de la tête de la Mort, on lit à rebours cette 
légende : Circumdederunt me dolores mortis. 

I. — Le Hure intitule lart de bien viure : et de bien mourir. . , . 
(A la fin : ) Cy fine ce présent Hure intitule lart de bien viure et bien 
mourir : nouueïlement imprima a Paris pour Henry Pacquot libraire 
iure de luniversite. S. d. ( après 1535). In-quarto, goth. , à 2col. , sign. A -a? 
par 8, y de 4 flf. Ce volume, à peine cité par Brunet, a été décrit avec 
quelques détails dans le catalogue Yemeniz. A la suite du titre se trou- 
vent neuf vers. Le volume est orné de figures sur bois qui sont des 
copies de celles des éditions de Vérard. 

J. — Art et science de bien vivre et bien mourir ^ contenant trois 
parties. . . On les vend à Rouen, chez lehan Crevel, tenant sa boutique 
au portail des libraires. (A la fin :) Nouuellemsnt imprime a Rouen 
pour Jean Crevel. S. d. Pet. in-quarto, goth., de xxxvy ff. à2 coL, avec 
figures sur bois. Il a été vendu un exemplaire de cette édition à la vente 
Chedeau en 1865 (n* 162). 

Brunet cite aussi une édition de PariSj par le Petit Laurent pour 
francoy regnaulty s. d. (avant 1552), pet. in-quarto, goth., et une autre 
de Paris, Nicolas Bonfons^ s. d. (après 1575), in-quarto, goth., mais 
sans dire si elles contiennent des gravures. 

ÉDITIONS IMPRIMÉES EN riALIE 

A. — Questa Operetta Tracta Dellarte Del\\Ben morire Cioe In 
gratia di Dio. Petit in-quarto, gothique, de vingt-quatre feuillets non 
chiffrés, à 38 lignes par page, sign. Orf. Au-dessous du titre, est une 
gravure représentant un moine à genoux tenant son chapelet et offrant 
une couronne à la sainte Vierge assise sur un trône, avec l'En- 
fant Jésus dans ses bras. Plus bas est la marque de l'imprimeur : dans 
un carré renfermant un cercle surmonté d'une couronne, est figuré un 
chat tenant une souris dans la gueule ; le tout est accompagné des 
lettres I. B. S., initiales de Jean-Baptiste Sessa. 

Première page : Incomincia el prohemio dellarte del ben morire : 
Cioe in || gratia di dio. Composto per el Reuerendo padre Mon- 
s^]gnore Cardinale di Fermo. Anno dni M.CCCC.LII. Dominique 
Gapranica, cardinal et évêque de Fermo, désigné ici comme l'auteur 
de l'ouvrage, n'en a été que le traducteur. 



64 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Le livre est divisé en six parties : une préface forme la première ; 
la deuxième, qui donne une version du texte de VArs moriendiy finit au 
recto du f . 15 ; les quatre autres sont composées d*examens et de 
prières. La troisième porte ce titre : Incomincia la terza particella 
che contiene le domande o vero interrogatione che si debbano fare 
allo infermo : e prima per religiosi da poiper li mondani. La dernière 
gravure se rapporte à cette partie. 

A la dernière page : Impressum Venetijs Per lo. Baptistam Sessa. 

Les gravures sur bois, au nombre de onze, offrent, comme toujours, 
le type, plus ou moins modifié, des xylographes. Les qualités de Tart 
italien se révèlent déjà dans leur composition, mais le couteau du gra- 
veur est dur et sans charme. Toutes elles sont munies de rouleaux avec 
légendes. A la neuvième planche, on voit quatre tonneaux dans la 
cave ; un homme, un genou à terre, tire de l'un d'eux. Tous les enca- 
drements des planches ont des ornements différents. 

Hain place cette édition vers 1478. 

J'ai acquis un bel exemplaire de ce Uvre à la vente Durazzo. [1 a été relié en ma* 
roquin rouge par Trautz-Bauzonnet. 

B. — Qaesta opère tta tracta dellarte del || ben morire cioe in 
gratia di dio. ... (A la fin :) Stampado fo questa operetta. . . . c5 
li figure accomodati per lohanne clein e Piero Mmel^de Almania, 
Negli anni del signore M.cccc.lxxxx (1490). In-quarto, de vingt-six 
feuiUets, selon Brunet, et de vingt-huit, selon Hain (n® 4402), sign. o-c, 
avec douze gravures sur bois. 

Brunet dit que Qein a exercé la typographie à Lyon en 1478 et plus 
tard, mais il ne croit pas qu'il ait publié dans cette ville ce livre qui est 
curieux et rare. 

C. — Incomincia elprohemio délia arte del ben morire cioe î gra-^ 
tia dilHo compUato in composte per lo Reuerendo in chri^sto padt^e 
Monsignor Cardinale di fermo neglianni del no^stro Signore. 
M.cccclii. Petit in-quarto, de vingt-deux feuillets, sign. a-c. On lit à 
la fin : Fimto ellibro del ben morire tucto storiato Deo gratias. Cette 
édition sans date, en lettres rondes, a été exécutée à Florence vers la 
fin du quinzième siècle. Elle est ornée de douze grandes gravures sur 
bois et de vingt-deux petites. Onze figures en largeur rappellent, avec 
de grandes modifications, le type de l'ilrs moriendij mais elles diffè- 



ARS MORIENDl 65 

rent, pour la composition, de celles de Tédition de Venise ci-dessus (A) : 
le dessin et la gravure y sont bien supérieurs. Dans la cave du mourant, 
il y a six tonneaux avec des petits pots. 

D. —Autre édition qui reproduit la précédente, avec la date de 1513 
avant les mots : Finito ellibro^ mais aussi sans lieu d'impression. 

E. ^Del arte del ben morire cioein gratta di dio compUaioet. 
composta da Cardinale di Ferma ann. dam. 1452. S. 1. n. d. In-quarto, 
de 31 ff., sign. o-d^ flg. sur bois. Hain, qui décrit cette édition ( n® 4394), 
en attribue l'impression à Ant. Miscomini, de Florence. 

ÉDITION IMPRIMÉE EN ESPAGNE 

Art de bien morir (suivi d'un Brève canfesianario). S. 1. n. d. In- 
quau1;o, de quarante-huit feuillets, à longues lignes, sign. a-Çy figures 
sur bois. Cette édition, que je n'ai pu voir, a été décrite par Guichard 
{Bulletin du bibliophile, 1840, p. 303), d'après l'exemplaire de M. Ter- 
naux-Compans. C'est une traduction littérale de VArs moriendi de 
Mathieu de Cracovie ; il ne faut pas la confondre avec une autre traduc- 
tion espagnole, due à Rodrigo Fernandez de Santa-EUa, archidiacre de 
Reyna, traduction qui ne contient qu'une gravure sur bois, et dont je 
reparlerai dans l'Appendice. 

SUITES d'estampes SANS TEXTE. 

École du maître E. S. 
(Voir Passavant, t. II, p. 96.) 

ARS MORIENDL Douze feuilles. 

Haat., 90 millim.; larg., 68. 

Onze de ces pièces sont empruntées aux gravures néerlandaises ou 
du bas Rhin, que nous connaissons déjà. Une image de la Vierge sert 
de titre. Cette estampe est brochée dans l'exemplaire qui est à la biblio- 
thèque de Vienne avec un texte manuscrit. Un second exemplaire avec 
un texte manuscrit fait partie du cabinet WalraflF, à Cologne, mais la 
Vierge ne s'y trouve pas, de même que dans l'exemplaire conservé à 
la bibliothèque Bodléienne à Oxford. Aussi Passavant doute que cette 
gravure fasse partie de la suite. 

1. La Vierge. Assise sur un coussin orné, placé sur un terrain cou- 

1. o 



6«, LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

yert de plantes, elle donne le sein à l'enfant Jésus ; on voit derrière 
elle deux anges qui tiennent ouverts les pans de son manteau. 

2. Tentation dans la foi. Le mourant est couché : deux démons 
l'obsèdent, un troisième tire le drap de dessous l'oreiller. A gauche, 
trois hommes en conversation. Auprès du lit, un roi et une reine à 
genoux devant une idole. En avant, un jeune homme tenant un couteau 
sur sa gorge ; un autre armé d'un fouet. Dieu le Père, Jésus-Christ et 
la sainte Vierge derrière le lit. 

3. Encouragement dans là foi. Un ange parle au mourant. Deux 
démons s'éloignent. A côté du lit. Dieu le Père, le Christ, la Vierge et 
Moïse. 

4. La Tentation par le désespoir. Six démons tiennent devant le 
mourant les symboles de ses principaux péchés : une jeune fille 
séduite, un homme volé, un autre assassiné. 

5. Consolation contre le désespoir. Un ange, au pied du lit, montre 
au mourant les pécheurs auxquels Dieu a pardonné : saint Pierre, la 
Madeleine, le bon larron Deux démons s'enfuient. ♦ 

6. Tentation par Timpatience. Le malade repousse du pied une 
des gardes-malades ; une autre s'éloigne avec des aliments. Joie du 
d^mon. 

7. Encouragement à la patience. Le malade prie devant l'ange qui 
l'assiste ; autour de lui. Dieu le Père, le Christ, saint Etienne, saint 
Sébastien, sainte Catherine et sainte Barbe. Le démon, en s'enfuyant, 
tombe à la renverse. 

8. Tentation par la vaine gloire. Cinq démons autour du malade 
lui présentent des couronnes dont il tient une à la main. Dans le fond, 
Dieu le Père, le Christ et la Vierge expriment leur douleur. 

9. Encouragement à Vhumilité. Trois anges sont près du mori- 
bond: l'un d'eux lui montre la gueule de l'enfer. La Trinité, la Vierge 
et saint Antoine l'assistent. Deux démons s'enfuient. 

10. Tentation par V avarice. A côté du malade, sont des amis. Un 
d'eux lui montre toutes ses richesses. 

11. Encouragement contre V avarice. Un ange exhorte le malade. 
Le Christ apparaît sur la croix. Derrière le lit, la sainte Vierge en 
prières. A droite, le bon pasteur et les saintes femmes au nombre de 
cinq. Dans un coin, un démon accroupi. 

12. Trioyyiphe du mourant. Un moine lui met dans la main le cierge 



ÂRS MORIËNDI 67 

béni ; un des quatre anges présents reçoit son âme. Vis-à-vis est le 
Christ entouré de saints. Six démons réduits à l'impuissance sont près 
du lit. 

On a des copies de cette série, dans le même sens et de la même 
grandeur. Elles sont du commencement du seizième siècle, signées 
M. Z., monogramme employé par Mathieu Zasinger, et ensuite par 
Mathieu Zink, né en 1498, mort en 1586. Le travail est très inférieur; 
pn texte en haut allemand les accompagne. On connaît une édition 
postérieure composée de treize sujets, car on y a ajouté deux pièces 
mal gravées. Cette édition a paru à Munich en 1623, chez P. Konig, 
sous ce titre : Letzter ïwmpff des menscKè^ etc. In-12, avec 177 
pages de texte. Voir Passavant, tome II, pages 172 et suivantes. 

Nous trouvons encore dans le catalogue de la vente Didot (Dessins 
et Estampes), n** 105 : Tentation sur la foi. « Pièce inconnue des ico- 
nographes. La composition est presque identique avec celle de la pre- 
mière planche des xylographes de ÏArs moHendi. » 

Haut.> 93 miUim.; larg., 70. 

Vendue 980 francs. 

Une reproduction en a été donnée dans le catalogue illustré. 



APPENDICE. 

BIBLIOGRAPHIE DES ÉDITIONS DE L'ArS moHendi SANS LA SUITE DBS FIGURES SUR BOIS. 

Le nom de Fauteur de ce traité célèbre, complètement différent, comme nous 
Tavons dit, de celui des éditions ornées de figures sur bois, a été donné pour la pre- 
mière fois dans l'édition décrite ci-dessous, publiée sans nom de lieu et d'imprimeur 
et sans date, mais imprimée vers 1470 à Cologne, avec les caractères d'Ulrich Zell. Il 7 
est appelé MLaXheui de Cracoviaf qui serait Mathieu de Krokov, en Poméranie, cardinal 
allemand, mort évoque de Worms le 5 mars i4i0. 

1470 (vers). Cologne. — {Ars bene moriendi.) S. 1. n. d. (Cologne, Ulrich Zell, vers 
1470.) In-4, goth., de 17 ff. à longues lignes, sans ch., réel, ni sign. A la fin, on lit : 
Explicit liber vtilis de artemori \\ endi Myri Mathei de Cracovia. 

S. 1. n. d. — Matthei de Cracovia de arte moriendi teutsch, S. 1. n. d. In-8, goth. 
(Hain, 5802.) 

C'est la traduction allemande du précédent. 

U70 (vers). Strasbourg. — Tractatus bonus et uiilis de arte moriendù (A la fin :) 



68 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Finis huius tractatus de arte moriendi, S. l. n. d. (Strasbourg, Eggesteyn, vers 1470 eu 
1472). Pet. in-foL, goth., de 8 ff., sans ch., réel, ni sign. (Bain, 4386. — Brunet.) 

1470 (vers). Aucsbourg. — Pretiosissimus de arle moriendi. . . S. 1. n. d. (Àugsbourg, 
Gunter Zainer, vers 1470). In-foL, goth., de 21 if. (Brunet.) 

1470 (vers). Essungbn. — {Tnd'pit) TrojctaX* bonus et vtUis de arte moriendi,... (A la 
uni) Finis huius tractatus de arte moriendi. S. L n. d. (Esslingen, Conrad Fyner, vers 
1470.) In-foL, goth., 8ff. de41 lignes, sansch.^ réel, ni sign. (Hain, 4387.) 

1477. Florence. — Incomincia el vhemio del at^te del bene morire cioe : in gratta di 
dio : compHato e composta per lo reuerendopadremonsignore cardinale diFermoanno do^ 
mini. M.CCCC.LIL (A la fln:) Explicit tractatus de arte moriendi: quifvrtus [formatusH 
fuit apud sanctum lacobum de ripolis de fiorentia Anno domini. M.GCCC.LXXVIL Pet. 
in-4, caract. rom. (Hain, 4396.) — Réimprimé en 1479. (Hain, 4399.) 

Première édition italienne avec date. 

1477, Vérone. — Trattatoala creatura multo utile, et and necessario cioe de lascien- 
tia et arte de ben morire et ben finire lavOa sua, Verona, 1477. In-4. (Hain, 4397.) 

1478. Venise. — Tractatus breuis ac valdeutUis de arte et \\ scientia bene moriendi... 
(A la fin :) Impressum est hoc opuscuJum Venetijsper Ber \\ nardu pictorii et Erhardu rat- 
doldt de Augustauna \\ eu Petro loslein de langencen correclore ac socio. M.CGCC.LXXVIIL 
Pet. in4, car. ronds, de 20 flf., sign. a-b. (Hain, 4392.) 

Première édition latine avec date. 

1478. Venise. — Incomincia el tractato del arte di ben morire.... (A la fin:) Im- 
pressus Venetiis, 1478. In-4, goth., de 24 if., sign. A* G. Le titre est entouré d*une bor- 
dure en arabesques. (Gâtai, de la bibL Costabili, n® 464.) 

1480 (vers). Rome (?). — In nomine indiuidue trinitatis. Indpit Prohcmium de arte 
bene moriendi. (A la fin :) Explidt deo gras. S. 1. n d. (? Rome, Guldinbeck, vers 1480.) 
In-4y car. ronds, de 18 if., sans c h., réel, ni sign. (Hain, 4388.) 

1 48... Paris (?). — Artii bene moriendi perutilis \\ tractatus feUcUer incipit.S. I. n. d. 
(? Paris). In-4, goth., 24 ff. de 32 lignes, avec sign. (Hain, 4391.) 

1483. Paris. — Tractatus de arte bene Vivendi et moriendi. (A la fin:). . impressui 
pari'iius in magna domo campi gaiilardi rétro colkgium nauarre Anno dûi millesimo qua- 
dragêtesimo octuagesimo tertio. Die décima decembris. (Paris, Gui Marchand.) In-i. 
— Réimprimé par le môme en 1494, pet. in-8, et en 1497, pet. in-8, avec de petites 
gravures sur bois d'emprunt. 

1 483-1 505 . Paris. — Artis bene moriendi per utilis tractatus féliciter incipit. (A la fin :) 
Tractatus metricus beato Bemardo 'editus de mortis meditatione finit. Féliciter Ingeniosts- 
sime impressum per anthonium Cayllaut. S. d. In-4, goth., de 24 ff. 

Le titre ci-dessus entoure la marque de Timprimeur représentant deux anges 
soutenant Técu de France. Antoine Gaillaut exerçait à Paris de 1483 à 1505. 

1487. Florence. — Dell arte del ben morire.... (A la fin :) Stampato in Firenze per 
me Frarcescho di Dino di Jacopo fiorentino negli anni del signore mille quntro cento oc- 
tanta septe. Et adi octo del mese dagosto di decto anno. In-4. (Brunet.) 

1488 (nouv. st.). Florence — Questa operetta tracta dellaHe del ben morire cioe in 
gratia di Dio... (A la fin :) Firenze Ferme (sic) Francesco di Dino Diacopo Fiorentino negli 
ani del signore. MGGGG.LXXXVIL Et adi vii del mese di Febra (sic) di decto Anno. Jn-4, 
goth., de 32 ff. (Gâtai, de la bibl. Gostabili, n^* 532.) 



ARS MORIENDI 69 

1489 (nou?. st.). Florence. — Questa opereeta tracta dellarte del ben morire cioe in 
gratia di dio. (A la ûn:)Finito Alaude didio et delta Vergi || ne Maria per me FrOcieseho 
(sic) di II dino di îacopo fiorentino \\ negli àm del signore. \\ M.GCGG LXXXViii. E adi. F, 
de II mese diPebraio. Finis. Ia-4, car. ronds, sign. a-d. (Hain, 440 i.) 

1490. Londres [Westminster]. — Hère begynneth a lityll treatise shorte and abredged 
spe — Il kynge of the arte & crafte to knowe well to dye, (A la fin :) Thus endeth the trayttye 
abredged of the arte to leme well to dye translated oute of frenshe in to englysshe by 
Wilim Caxton the XV dayofJuyn the y ère of our lord a MnijClxxxx. In-4, goih., de 
13 ff., sign. A-B. 

M. Guichard assure que Tédition de Gaxton ci-dessus, de même que celles impri- 
mées par Rich. Pynson et Wynkyn de Worde, sont la traduction littérale de VArs ma- 
riendi de Mathieu de Gracovie, ce qui parait exact, bien que Gaxton déclare avoir fait 
cette traduction du français et non du latin. Il y a de cette édition un fac-similé dans 
la collection Didot. 

1492 (nouv. st.). Bologne. — Arte del bene morire Tractato utilissimo. (A la fin:) 
bnpresgo in Bologna per mi Plato di Benedicti ... anno Domini M.CCCC.LXXXXL 
dieXIL Jâartii. In-4. (Hain, 4i03.) 

1493 (vers). Londres. — Uere begynneth a lytell treatyse short and abrydged 
spekynge of the art and crafte to know well to dye S. 1. n. d. (Londres, Richard Pynson.) 
In4, goth., de 16 ff., sign. a-b. (Hain, 4405.) 

1496 (après). Londres [Westminster]. — Hère begynneth a lytell treatyse called Ars 
moriendi, (A la fin :) Emprynted at Westmynstre by wynkyn de worde. S. d. In-4, goth. 

1496. Paris. ^Tractatus de orte bene moriendi.... Parisiis, per Felicem BalegauU, 
1496. In-S. (Hain, 4393.) 

1503. Paris. — The crafte to lyve well and to dye well : translatyt at Paris thexiii 
dayMay, ofFranch in Englysh, oon thowsandv honireth and iii years : imprentyt in 
Paris XXX day of the mownelh of May. In-1 , goth. 

Édition attribuée à Vérard, et qui, selon Brunet, serait une traduction de l'édition 
française donnée par le même éditeur sous le titre de : l'Art de bien vivre et bien mou* 
rir (voir plus haut). Guichard signale, avec la même date, une édition publiée par 
Vérard, sous cet autre titre : The bookintitulyd the art ofgood lywyng and good deyng. 

1505. Londres. — The trafic to lyue well andto dye well, translated out offrensshe 
intoénglysshe.... the xxi daye of january the yere., . MGCCCGV. London, Wynkyn de 
Worde. Tn-fol. 

Réimprimé plusieurs fois. 

S. 1. n. d.^Arte debië morir. S. 1. n. d. In-4, de 32 ff. à longues lignes, sign. a-d. 

G'est la compilation faite par Rodrigo Fernandez de Santa-Ella, chanoine de Séville, 
mort en 1 509. La Bibliothècpie nationale en possède un exemplaire. Le titre est orné 
d'une gravure sur bois. 



HISTORIA VETERIS ET NOVI TESTAMENTI 



I 



BIBLE DES PAUVRES. 

Ce livre, auquel se joint l'Apocalypse de saint Jean, est ainsi l'un 
des plus importants ouvrages de l'impression xylographique. 

La première partie, pour employer une dénomination usuelle, 
s'appelle la Bible des Pauvres. 

On a longtemps disserté pour savoir si c'est en Allemagne ou dans 
les Pays-Bas que les planches de ce livre bnt été exécutées. 

Heinecken, Lessing*, Zani^ et Guichard' ont pensé que l'Alle- 
magne avait donné le jour à cet ouvrage. Meerman*, Ottley* et 
M. Paeile" affirment, au contraire, que c'est en Hollande que la 
Bible des Pauvres a été imprimée, et que les figures sont l'ouvrage 
des graveurs néerlandais. 

Le plus grand argument en faveur de l'origine allemande est 
l'opinion de Lessing. « Martin Grusius, dit-il, historien et savant philo- 
logue, décrit les peintures du couvent d'Hirschau [près de Galw, dans 
le Wurtemberg] et les quarante vitraux qui décoraient les fenêtres 
du cloître. Ceux-ci étaient identiquement les mêmes que les quarante 
estampes de la Bible des Pauvres, » 

Lessing, ayant continué ses recherches, trouva, dans la biblio- 
thèque de Wolfenbuttel, un manuscrit qui traite du couvent d'Hirschau 
et qui fut composé par Jean Parcimonius, abbé de ce monastère. 

1. Beytrage zur GaschicfUe uni Literatur; Braunschweig, 1873. Ia-8. T. I*'. 

3. Enciclopedia metodica cntico-ragùmata délie belle-arti; Parma^ 1819-28. 29 toI. gr. ia-8. 
Z. Notice sur le Spéculum Humanœ Salvationis ; Paris^ 1840. ln-8. 

4. Origines iypographicœ ; UagiB-Gomitum, 1765. ln-4. 

5. An Inquiry into the Origin and early History of Engraving ; Loadon, 1815. 1n-4. 

6. Essai historique et critique sur Vinvention de V imprimerie ; Lille, ISSg. In-8, p. 150. 



BIBLE DES PAUVRES 71 

Dans ce manuscrit, dit-il, les peintures des quarante fenêtres sont 
plutôt dessinées que décrites ; les textes, les personnages, leur dis- 
position et leur arrangement correspondent parfaitement aux qua- 
rante feuillets de la Bible des Pauvres. » Une ressemblance aussi 
complète semblerait indiquer que les peintures des fenêtres d'Hirschau 
et la Biblia Pauperum n'ont qu'une même origine, et Lessing en a 
conclu que c'étaient ces vitraux qui avaient servi de modèle à la Bible 
des Pauvres : « ouvrage, ajoute-t-il, qu'on devrait désigner désor- 
mais sous le titre de Peinture'des fenêtres d'Hirschau » . 

Malheureusement, ces verrières avaient déjà été détruites dès 1694, 
de sorte que Lessing n'a pu étayer son opinion de preuves plus posi- 
tives, résultant d'une étude comparée de ces deux œuvres d'art. Gui- 
chard s'est rangé à Topinion de Lessing, et les critiques d'art ayant 
établi que les j3gures de la Bible des Pauvres et celle du Sjieculum 
humanœ salvationis sont probablement l'œuvre des mêmes artistes, il 
a cru pouvoir assigner à ces deux ouvrages une origine allemande. 
Mais M. Paeile fait observer que les figures de ce livre sont d'une 
parfaite ressemblance avec celles de YHistoria bealœ Mariœ 
VirginiSj dont l'origine hollandaise ne peut être contestée. D'un autre 
côté, en adoptant les arguments de Lessing et de ses partisans, on ne 
saurait faire remonter rexécutioii de la Bible des Pauvres au delà de 
la fin du quinzième siècle, « puisqu'il est prouvé historiquement, 
dit M. Paeile, que ces verrières [de Hirschau] ont été faites en 1489, 
1503 et 1509, par ordre des abbés Blasius et Jean de Calvo, c'est-à-dire 
bien longtemps après la date la plus récente qui puisse être assignée à 
la publication de la Bible des Pauvres » . 

La thèse de Lessing croule donc complètement devant les témoi- 
gnages de l'histoire. Nous ajouterons que plusieurs iconographes 
qui font autorité, tels que Léon de Laborde* et Renouvier-, recon- 
naissent l'origine hollandaise de la Bible des Pauvres, et que Passa- 
vant lui-même passe condamnation sur ce point. M. Weigel est du 
même avis, et il place l'impression de cet ouvrage entre les 
années 1460 et 1475. 

Dans une savante monographie qui accompagne une reproduction 

i. Débuts de rimprimerie à Mayenceei à Bamberg; Paris, 18 io. In-4. 
2. Des Types et des manières des maitrcs graveufs,... {XV^ siècle); McDfpellier, 1853. In -4, 
pp. 11-16.— i/ûto/re de Vorigine et des progrès de la gravure..,; Bruxelli»?, 1860. In-8, pp.Gl-68. 



72 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

en fac-similé de ce xylographe*, M. Berjeau essaye de prouver que 
les dessins originaux de la Bible des Pauvres ont été faits par Jean van 
Eyck. L'artiste se serait inspiré des fresques de certains couvents de 
ritalie et, à en juger par les costumes et quelques autres indices, il 
aurait exécuté son œuvre entre 1410 et 1420. Selon M. Berjeau, la 
gravure de ces dessins serait due à Laurent Coster lui-même, qui 
aurait aussi donné la première édition de ce xylographe entre 1420 et 
1430. C'^st par la célébrité du nom du dessinateur de ces tableaux que 
M. Berjeau explique ce fait, d'ailleurs parfaitement établi, que les 
dessins de la Bible des Pauvres ont été copiés par de nombreux 
artistes, parmi lesquels se trouvent Orcagna, A, Diirer et Lucas de 
Leyde. 

M. Th. Grasse- a avancé, sans preuves à l'appui, que « les des- 
sins des planches appartiennent à Roger de Brugge (dont le nom 
exact est Roger van der Weyden), disciple de Jean van Eyck vers 
1450», 

Malgré tout ce qu'il y a de séduisant dans ces conjectures, il nous 
semble sage de nous borner à constater que la controverse à ce sujet 
est loin d'être épuisée, et qu'on ne saurait rien affirmer avec quelque 
certitude. Un seul fait est définitivement acquis, comme nous l'avons 
rapporté plus haut : c'est l'origine néerlandaise de cette œuvre. 

La Bible des Pauvres est un livre d'images, accompagné et entre- 
mêlé de textes que l'on trouve tantôt à côté des figures, tantôt au- 
dessous, et même sur des rouleaux. 

Les gravures sont disposées en cinq compartiments. Dans le haut, 
on voit deux prophètes en buste dans un encadrement; ils sont séparés 
par une petite colonne; au-dessous, est le nom des personnages. 
Des deux côtés se trouve le texte de la Bible d'où les sujets sont 
tirés. Plus bas est un texte sur des rouleaux, entre lesquels on a gravé 
une lettre de l'alphabet qui indique l'ordre du classement. 

Trois grands sujets sont au milieu; au centre est le principal, 
auquel se lient étroitement les deux autres. Un texte est placé 



1. Biblia pauperum, Reproduced in-facsimile, from one of the copias in the Bntish Muséum 
wi h an historical and hibliographical Introduction bt/ J, Ph. Berjeau; Londres, 1859. In-fol. 

2. Trésor des Livres rai'ts et précieux ; Dresde. In-4. T. lll (1862), p. 305. 



BIBLE DES PAUVRES 73 

au-dessous. Deux petits personnages sans nom, séparés par une colon- 
nette, et accompagnés de légendes de chaque côté, se trouvent dans 
le bas ; enfin au-dessus, figure Tindication du sujet principal. Les vers 
latins riment par le milieu et par la fin. Le texte est en caractères gothi- 
ques. Les planches sont imprimées sur un seul côté du papier; elles 
étaient disposées de façon que les côtés blancs pussent être collés 
dos à dos pour former un volume et offrir les figures en regard les 
unes des autres. 

On n'est pas d'accord sur le nombre d'éditions de la Bible des 
Pauvf'^es; Heinecken en a décrit cinq : les quatre premières composées 
de quarante planches, et la dernière, de cinquante. 

Sothebj^ en décrit un plus grand nombre qu'il classe dans un tout 
autre ordre. 

Avant d'entreprendre l'examen de ces classements, nous commen- 
cerons par une description des planches analogue à celle donnée par 
Heinecken, mais en rétablissant certains signes de ponctuation qu'il 
a négligés. 

Les vingt premières planches sont marquées depuis Y a jusqu'au p; 
les vingt suivantes portent les mêmes lettres, mais qui sont placées 
entre deux points. 





1. a 




Eve et le serpent. 


ANNONCIAirON. 


Gédéon et la toi non. 


Vipera vim perdit : 




Bore madetvellus; 


Sine vi pariente puclla 




permansit arida tellus 



Virgo saliUatur : innupta manens gravidatur * 

Heinecken a mal lu un mot du texte de cette première planche et 
personne ne l'a rectifié. Au lieu de permansit aWrfa ^<?Wii5, il indique 
PLUViAM siTiT aHda tellus. Si son indication était exacte, cette particu- 
larité permettrait de placer cette édition au premier rang, car dans 
toutes les autres on lit invariablement p^rwianszY. 

1. Nous donnons ici un exemple de la manière dont le texte est figuré dans la première édition 
d' Heinecken : 

Vipera vim vdit | : H Rore madel vellus 

Suie ariete puellu vmL«it arida tellus 

Virgo salutat* : inupta ma es grauidatu* 



7è LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

2. b 

Le Buisson ardent. Nativité de Notbe-Seignecr. La Verge d'Aaron. 
Lncet et ignescit : Hic contra morem : 

sed non rubus igné calescit producit yirgula florein 



Absque doloris paris Virgo Maria maris 

3. c 

Abner vient chez David Adoration ces rois. La Reine de Saba, 

à Hébron. 
Plebs notât hec gentes Hec typate gentem : 

Cristo jungi cupientes notât ad cristum venienlem 

Cristus adoratur aurum thiLS mirra locatur 

4. ïi 

La Présentation du premier-né Porification. La Mère de Samuel offre 

au Temple. son fils. 

Hic presentatur. Oblalum Cristum 

partus prior ut redimatur Samuel te dénotât istum 

Virgo libans Cristum Simeonis recipis istum 

5. e 

Bebecca envoie son fils Jacob Fuite en Egypte. Michol fait dtscendre David 

chez Laban. par la fenêtre. 

Liquit tecta patris Per niycol dauid 

Jacob formidine fratris. saul insidias sibi cauil 

Jlerodis diram Ciistus puer effugit iram 

6. f 

V Adoration du veau d'or. Séjour en Egypte Dagon tombant par terre. 

Per moysem sacrum et destruction des idoles ArcLa repentine 

teritur vituli simulacrum fit Dagô causa ruine 



Ydola présente Cristo cecidere repente 

7.0 

Saùl fait mourir Abimélech, Massacre des Innocents. Joas sauvé. 



Saul propter Dauid : Uno sublato 

Gristos domini uere slrauit Stirps est data regia furto 

ïsti pro Cristo mundo toUuntur ab isto 



BIBLE DES PAUVRES 75 

8. i) 

Damd consulte Dieu sur son Retour d'Égtpte. Jacob retourne dans sonpays. 

retour. 
Ad patriam dauid Formidat fratrem 

defiincto saul remeauit Jacob ardet visere patrem 

Ad loea sancta redit Ihesus egiptoque recedit 

9. t 

Fassage de la mer Bouge. BaptAmb de Notrb-Seignbur. Les Espions portent la grappe 

de raisins. 
Hostes mergantur ' Flumen transitur 

per maris iter gradiantar et patria mollis aditur 

Dum bapHsatur Cristus baptisma sacratur 

lÔ. k 

Ésaû vend son droit d'aînesse. Tentation au désert. Adam et Eve séduite par k 

Serpent. 
Lentis ob ardorem Serpens vicit Adam 

proprium maie perdit hono- vetitam sibi sumeret escam 

[rem 
Cristum temptauit Sathanas ut eum superaret 

11. i 

Le Corps mort du fis de la Lazare ressuscité. Êlie ressuscite le fils de la 

veuve devant Élie. veuve. 

Est vidue natus Per tua dona deus 

per Helyam viuificatus vitam dédit huic HeUseus 

Per te fit Criste redivivus Lazarus iste 

12. m 

Les Trois Anges chez Transfiguration. Les Trois Enfants dans la 

Abraham. fournaise. 

Très contemplatur Pauditur en isti 

abraham solus veneratur gentili gloria Gristi 

Ecce dei natum cemunt très glorificatum 

13. n 

Nathan envoyé à David. Madeleine essuie les pieds Marie sosur d*Aaron punie 

DU Seigneur. de la lèpre. 

Voce Natan tactus Hec lepre tacta : 

rex pravos corrigit actus pena fit munda re&cta 

Hanc a peccatis : absoluit fons bonitatis 



7e LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

14. 

Daoid avec la tête de Goliath. Entrés dans Jêbusalkm . Les Enfants des prophètes 

viennent à là rencontre d^Élie. 
Hostem qui strauit : Gloria nate dei 

laudatur carminé Dauid tibi conuenit hec bel jsei 

Carmen heoreorum te laudat : Criste bonorum 

15. 41 

D'irius commande à Esdras Le Gqbist coasse les ven« Judas Machahée ordonne 

de bâtir le temple. dedrs du temple. de purifier le temple, 

Tcmplum mundari El tua sancta deus 

iubet hic et festa vacari mundare studet macbabeus 

Cristus vendentes templo repellit ementes 

16. q 

Les Frères de Joseph lui Jud^s s'adresse aux pontifes. Absalon soulève le peuple 
envoient un messager. contre son père. 

Turba malignatur Nititur in fata 

fratrum puer noroinatur patris proies scelerata 

In mortem Cristi conspirant insimul isti 

17. r 

Joseph vendu aux Ismaélites, Judas reçoit l'argent Joseph vendu à PiUiphar, 
Te signât Gristum : de ?a trahison. Gonvenit hoc cristo 

nummis venundatur iste quidquid puero fit in isto 



Qui Crisium vendis judas ad tartara tendis 

18. 5 

Melchisédec à la rencontre La Sainte Gène. La Manne tombe du deL 

de David. 
Sacra notant cristi : Se tenet in manibus 

que melchisédec dédit isti se cibat ipse cibus 

Rex sedet in cena turba cinctus duodena 

19. t 

Achab demande l'avis du Le Gurist va au Jardin L'Écuyer du roi Joram écrasé 
prophète Micha. des Oliviers. sous la porte. 

Mycbeam cedunt : Premitur a populo : 

prophète qui maie creduut non credens hec helyseo 

Gethsemane transit Ihesus inde suis valedicit 



BIBLE DES PAUVRES 77 



20. ti 



Les Vierges folles qui n'ont PaiSE de Jésus ad Jârdijv La Chtde de Lucifer, 

point d'huile, dks Oliviers. 

Virginibus faluis Serpens aniiquus 

aufetur spes data gnaris cecidit de sede repuisus 

Sunt sic prostati cristum captare parati 

21 .a. 

Abner tué par Joab. Trahlson de Judas. Tryphon cherche à prendre 

Sa «NT Pierre coupe l'oreille Jonathan. 

Âiloquitur blande : a Malchus. Yerba gerens blanda 

ioab hune perimitque ne- parai arma Trjphonque ne- 

[phande [phanda 

Per pacem Crisie tradit hys te proditor iste 

22 .h. 

Jesahel cherche à tuer le Pilate se lave les mains. Les Babyloniens accusent 
prophète Élie. Daniel. 

Femina irux istum : gens hec crudelis : 

dampnat sic impia cristum facit in mortem Danielis 

Et fera plebs ausa dampnare Ihesum sine causa 

23 .c. 

Cham di'couvre son père. Couronnement d'épinks. Les enfants de Béthel 

se moquent du prophète Elie, 
Nuda verenda videt : Percutit ira deî : 

patris dum cham malc ridet derisores helysèi 

Pro nobis Criste : probum pateris pie triste 

24 .b. 

Jsaac poite le bois pour son Portement de croix. La Veuve de Sarepta qui porte 

sacrifice, deux morceaux de bois. 

Ligna ferens criste : Mistîca sunt signa : 

te presignat puer istc crucis hec vidue duo ligna 

Fert crucis hoc lignum : Cristus reputans sibi dignum 

25 .e. 

Sacrifice d'Abraham. Commencement du Crucifie- Le Serpent de bronze. 
Signatum cristum : ment en présence de la Icli curantur 

puenim pater immolât is- sainte Vierge. serpcntem dum speculantur 

[tum 

Bruit a tristi : baratro nospassio Cristi 



78 LIVRES XYLOGRÂPHIQUES 

26 .f. 

La Création d'Èoe. Jisus en croIz Moise ftappe le rocker, 

Femîna prima viri : et le soldat avec la lanck. Est sacramentum : 

de cosie cepit oriri crisii dans petra flucntem 

De Cristo munda : cum sanguine profluit vnda 

21 .0. 

Joseph jeté par ses frères Sépultube du Seigneur. Jonas jeté hors du vaisseau, 
dam la cUeme^ 
Hanc in cysternam ; Jonas giatitur 

detraditur iste veternam tamen illesus reperitur 

Mitra conditur : et ab hys Cristus sepelitur 

28 .Ij. 

David coupe la tête à Goliath» Le Christ aux uicbes. Samson étouffe le lion. 

Signans te Grîste : Ut vis sampsonis : 

golyam conterit iste destruxit ora leonis 

Fit Cristi morte, baratri destructio porte 

29 .t. 

Samson enlève les] portes Résurrection du Sauveur. Jonas rejeté par la baleine, 
de la ville, 
Obsessus tarbis : De tumulo criste : 

Sampson valuas tulit arbis Sargens te dénotât iste 

Quem saonim texit fi'angens tumulum Ihesus exU 

30 X 

Ruben cherche son frère dans L'Ange au sépulcre. La Fille de Sion cherche 

la citerne, son époux, 

Ruben soblatum : Hec pia vota gerit 

pueram tîmet esse necatum dum sponsum sedula querit 

Quod viuas Criste : certum docet angélus iste 

31 .1. 

Le Roi ordonne de tirer Daniel Le Christ apparaît a Marie- La Fille de Sûm trouve son 

de la fosse aux lions, Madeleine. époux. 

Rex jocundatur Sponso quesito 

bunc ut viuum speculatur fruitur jam sponsa cupita 

Te monstrans piam : solaris criste mariam 

32 .m. 

Joseph se fait connaître Le Seigneur apparaît L'Enfant prodigue prend 

à ses frères a ses disciples* congé de son père, 

Quos vezit pridem Flens amplexalur : 

blanditur fratribus idem natum pater recreatur 

Hys Viesus apparet : surgentis gloria claret 



BIBLE DES PAUVRES 79 

33. n 

L'Ange parle à Gédéon, I.NCRÉDnLiT& de saint La Lutte de Jacob aoec Vange. 

Angélus hortatur Thomas. Ihsrael est dictus 

ne quid gedeon vereatur luctaus iacob benedictus 

Te pateris Criste palpari se dot ut iste 

34. 

Enoch enlevé aux deux. Ascension. Élie monte aux deux. 

Enoch transiatus Gelitus effectus 

celesUhus est sociatus elia per aéra vectus 

Sanctus sanctorum Cristus petit astra polorum 

35 .p. 

Motse reçoit les tables de la loi. Descente du Saint Esprit. Le Sacrifice d^ Élie consumé 

par le feu du ciel. 
Est lex divina : Gelica flammavenit 

moysi data vertice sjna et plebis pectora lenit 

Pectora verorum replet àlmum pneuma virorum 

36 .i|. 

Salomon fait assoir sa mère Couronnement Assuérus présente le sceptre 

à côte de de la Sainte Vierge. à Esther. 

Ingressam matrem : Hester ut ingreditor : 

Salomon sibi coUocat istam et assuerum veneratur 

Assumendopiam : venerate criste mariam 

37 X 

Le Jugement de Salomon. Jugement DSRNniR. Ascûiel tué et couché par terre. 

Dlcat nunc juste Ob domini cristum 

dandus matri puer iste sic dauid iudicat istum 

Judico damnandos reproboque simul^tque nephandos 

38 

Coré, Dathan et Abiron Enker. Sodome brûlée par le feu 

engloutis. du ciel, 

Hi terre dantur : Ob crimen vite : 

quia cristo non famulantur truduntur sic Sodomite 

Sic affliguntur pénis quipraioa sequuntur 

39 .l. 

Le Festin des enfants de Job. La BéATrruDE, L'Échelle mystérieuse 

ou LE Sauveur porte les amss de Jacob. 

Job nati gaudent dans un drap. Angélus est visus 

quia sic féliciter audent Jacob in hoc valde gauisus 

/ pater in celis : me tecum pascere velis 



80 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

40 .t>. 

La Fille de Sion couronnée Récompbnsbs dss Él<js Un Ange qui parle à 

par son époux» vans l'autbe vib. saint Jetm, 

Laus anime vere : Sponsus amat sponsam 

sponsum bene sensit habere. cristus nimis et speciosam. 

Tune gaudent anime quando bonutn datur omne 

Haat.^ 260 miUim.; larg., 185. 

Les dix planches ajoutées postérieurement ont été intercalées dans 
de différents endroits et la série ainsi complétée de cinquante planches 
a été numérotée à nouveau. Voici la description de ces planches com- 
plémentaires et la concordance des autres : 

1. 3i 

Jessé; tm arbre sort de sa Nativité de la Sainte Vierge. Balaamct Vàne devant Vange, 
poitrine. 
Sic de radice Ex iacob isla 

processit virgula yesse processit stellula clara 

Sicut spina rosam : genuit munda Mariam 

2. B 

Fiançailles de Tobie et de Fiançailles de la Sainte FiançaiUes d*Isaac et de 
Sara. Vierge. Rébeoca, 

Fit tobie sara - Ut impleantur 

nutu dei copalata promissa sic copulantur 

Est desponsata Joseph hec virgo beata 

3. C 

Annonciation. 

C'est le numéro 1 des éditions en quarante planches. 

4. 9 

MoUe visité par Jéthro. Visitation d'Elisabeth. Le Lévite visite son beau-père. 

Hic consobrioum Hic ueptem yisitat 

letanter suscepit istum infans gaudendo résultat 

Hic gratulatur' dum a socero visitatur ' 

5. « 

Nativité de Notre-Seigneur. 

C'est le numéro 2 des éditions en quarante planches. 

1 . C'est une transposition : le texte devrait accompagner le Lévite, et celui du Lévite former 
le vers dans le bas. 



BIBLE DES PAUVRES 81 



6. S 



La Circoncision éPIsraêL GiacoNcisiON de l'Enfant La Circoncision éPUaac. 
Circumcisus abram Jésus. Hic precepto tuo 

figuram dénotai istam parai deus vulnere scisso 

Observando legem : Ikeius patitur lesionem 

Les planches 7. », 8. iÇ, 9. J, 10. il, 11. jf, 12. J», 13. H, 
14. <H>, 15. Jf, 16. (8^, 17. Il correspondent aux numéros 3 à 13 
des éditions en quarante planches. 

18. SS 

haie pleure sur Jérusalem, Le Sauveur ysbse des labmrs Pleurs de Jérémie. 
Hic mala futura sua Jérusalem. Flei ieremias 

déplorai maxima cura fundendo guttulas pias 

Cristus déplorât : hcum gemitibus orat 

Les planches 19. €, 20. *, 21. JT, 22. 1J, 23. J^, 24. |^,25. 
^, 26. a., 27. b. correspondent aux numéros 14 à 21 et 23 des pré- 
cédentes. 

28. c. 

Lameck enlre ses deux femmes Flagellation Job frappé par Satan 

qui le méprisent. de Notbb-Seigneur. en présence de sa femme. 

IIlusus iste Cristum Jadei 

te figurai Ihesum crisie Job ledunt crimine rei 

Pelle thum plaças : pro nobis sufferens istas 

29. ï. 

La Maîtresse été la couronne Couronnement d*£pine8. Siméi maudit David. 

au roi. 
Siulius est vers Spernit hic regem 

qui spem ponit in muliere verbis faclis sufferentem 

Fro corona : nobis celestia dona 

30. t. 31. f. 

Ces planches correspondent aux numéros 22 et 24 des précé- 
dentes. 

32. 0. 

Lamech, Tubelcaîn et un aide Le Christ aitaché a la Le Prophète Isaie scié 

forgent des cJous. croix. en deux. 

Isii nunc parant Serra divisus fuit 

quibus cristum cruciflgani hic in arbore clusus 

Keu sic confixus : iitpius et benedicius. 
I. 6 



82 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

33. i). 34. l 

Ces planches correspondent aux numéros 25 et 26 des édi- 
tions en quarante planches. 

35. k. 

JosTJiè fait descendre le corps J£sus descendu de la croix. Corps détaché de la croix 
du roi de Hai de la croix, accompagné de cinq autres. 

Josuéj ch. Vni. Livre des Rois li.C.2{. 

Rex cum existit Glauis confixi 

corpas deponere dixit figura est ihesu cristi 

Hic propter festum : optât deponere Cristum 

36. i. 

Adam et Eve pleurent la mort Le Corps de Jésds-Ghrist Noémi pleure la mort 

d'Abel, sur les genoux de sa mère. de ses fils. 

Déplorant multum Hec natos plorat 

extinctum puerum istom functos flebiliter orat 

Pasciculum mirre : puto dUectum redoïere 

Les planches 37. m., 38 n., 39. 0., 40 p., 41. ij., 42. t., 43. 0., 44. t., 
45. n., 46. r., 47 g., 483., 49 "^ ., 50 Jf. correspondent aux numéros 27 
à 40 des précédentes. 



ÉDITIONS XYLOGRAPHIQUES EXÉCUTÉES DANS LES PAYS-BAS 



a. CLASSIFICATION D^HEINECKBN. 



Nous avons dit qu'Heinecken a décrit quatre éditions en qua- 
rante planches de cet ouvrage, et voici les distinctions qu'il établit 
entre elles : 

A. — Dans cette édition, sur le feuillet chififré .a. ( 21' et non 22* plan- 
che), au-dessus des deux piliers qui divisent le sujet principal des 
deux latéraux, il y a un ornement en forme de triangle où, dans 
le milieu, est une petite étoile ayant cette forme : 



T 



BIBLE DES PAUVRES 83 

Dans les éditions suivantes^ cette figure est faite ainsi : 



^ 



Selon Heînecken, cette première édition diffère encore des autres 
en ce que les lettres n, a, r, 0, du deuxième alphabet, qui marquent les 
planches 33, 34, 37 et 38, ne sont pas placées entre deux points, 
comme cela a lieu dans les éditions suivantes. Schelhorn, Amœnitates 
literariœ^ tome IV (1731), a donné une reproduction de la première 
planche, et Heinecken (pi. 6), de la dernière. 

Heinecken cite de cette édition l'exemplaire de la bibliothèque du 
Sénat de Leipzig, et celui de la bibliothèque La Vallière, incomplet de 
dix-huit planches, Weigel possédait un exemplaire complet; il était 
colorié : vendu 8,750 francs. 

B. — La deuxième édition serait celle où l'ornement, sur la plan- 
che .k. (la 30", et non. I|., la 28% comme dit M. Berjeau), entre les deux 
voûtes en haut, est dessiné ainsi : 




et où, sur la planche .p. (la 35*), la tiare d'Aaron (et non de Moïse) est 
surmontée d'une espèce de croissant en cette forme : 




La planche chiffrée .q. (la 36°) a pour ornement en bas, sur le pilier 
qui sépare les bustes des prophètes, la figure suivante : 



Y 



Heinecken cite de cette édition l'exemplaire de la bibliothèque de 
Dresde, celui de la bibliothèque de l'évêché de Passau (incomplet), 



84 LIVRES XYLOGRAPHIQUËS 

celui de la bibliothèque de l'abbaye de Gottwic ou Kettveiû (Autriche), 
et celui de la bibliothèque de Hanovre (incomplet). 

Cette deuxième édition a été vendue : Verdusseui 250 florins; La 
Vallière, 780 francs ; Grevenna, 430 florins ; Mac Carthy, 750 francs. 

C. — La troisième édition se reconnaîtrait à la hache que Ton voit 
sur la planche chiffrée .i. (29"pl.) représentant la Résurrection de 
Notre-Seigneur : il n'y a qu'un seul point sur cette hache, tandis qu'il y 
en a trois, disposés en triangle (.-.), dans l'édition précédente. L'orne- 
ment de la planche .k. (30' pi.) est le même, mais la tiare d'Aaron 
pi. .p.) n'a qu'un bouton de cette façon : 



/^ 



et sur la planche .q., l'ornement est ainsi fait : 




Heinecken cite de cette édition deux exemplaires dans la collection 
Gaignat, lesquels, selon Sotheby, appartiennent à deux éditions diffé- 
rentes (voir plus loin ). 

D. — La quatrième édition serait celle qui n'a point de lettres pour 
marquer les planches. «Peut-être est-ce la plus ancienne, » dit Hei- 
necken qui en cite l'exemplaire de la bibUothèque de Vienne, incom- 
plet de la première planche . 

E. — La cinquième édition d'Heinecken est facile à distinguer : elle 
compte cinquante planches. Les quarante anciennes auraient subi des 
changements aux figures et au texte. Elles sont numérotées par deux 
sortes de lettres : grandes, vingt-cinq planches ; petites, suivies d'un 
point, vingt-cinq planches. Heinecken (pi. 7) a donné un fac-similé 
de la dernière. 

On le voit, les différences constatées par Heinecken pour les quatre 
premières éditions n'offrent pour ainsi dire aucune importance au point 
de vue iconographique, car elles ne portent ni sur le dessin ou la gra- 
vure de l'ensemble des planches ni même de quelques-unes d'entre 
elles^ mais seulement sur certaines particularités secondaires. 



BIBLE DES PAUVRES 85 



6. CLASSIFICATION DE SOTHEBT. 



Sotheby, qui a eu la bonne fortune de pouvoir étudier un plus grand 
nombre d*exemplaires (une quinzaine), s'est livré à un travail minutieux 
de comparaison, page par page, ligne par ligne, trait par trait *. Il a 
soigneusement noté les moindres cassures des planches xylographiques, 
le plus ou moins d'épaisseur des ombres portées, la disposition des 
traits indiquant le feuillage des arbres, etc., etc. Contrairement à Hei- 
necken qui attribue à l'art allemand toutes les éditions en quarante 
planches, Sotheby se prononce pour l'origine hollandaise de ce livre, 
mais il ajoute que l'une de ces éditions, et c'est précisément celle qui 
occupe le premier rang dans le classement d'Heinecken, porte visible- 
ment l'empreinte de l'art allemand, et, comme telle, doit être reléguée 
au dernier plan. Nous nous empressons d'ajouter que le jugement de 
Sotheby, sur cette dernière édition, ne nous semble pas pouvoir être 
admis comme étant sans appel. 

Il n'est pas aisé non plus de dégager, des descriptions données par 
Sotheby, un ensemble de traits caractéristiques qui permettent de dis- 
tinguer sûrement entre elles les différentes éditions de son classement ; 
le savant iconophile anglais s'est abstenu de nous offrir une synthèse 
de ses observations, et personne après lui n'a encore essayé de dé- 
brouiller complètement ce chaos : nous ne nous sentons pas non plus 
le courage de nous engager dans cette voie hérissée de difficultés, et 
nous cous bornerons à présenter un résumé rapide du classement en 
question. 

D'après Sotheby, les éditions en quarante planches de la Bible des 
Pauvres seraient au nombre de sept; les six premières appartien- 
draient à la Hollande ou aux contrées voisines ; la dernière, à l'Alle- 
magne. 

A. — Cette première édition, qui correspond à la seconde d'Heine- 
cken, se distinguerait non seulement par la supériorité du dessin et de 
la gravure, mais surtout par le caractère uniforme des planches et du 
tirage. Sotheby adonné des fac-similés de la première et de la dernière 
planche (t. I, pi. x et xii). Il a eu sous les yeux deux exemplaires de 

{. PHncipia typographica, t. I, pp. 43-68'; t. Il, pp. 51-62 ; t. UI, pp. 25 et 186-187. 



86 LIVRES XYLOGRAPHIOUES 

cette édition : celui d'Inglis, auparavant chez M. Horn et aujourd'hui en 
la possession de M. Holford (vente Inglis, 1826, 36 L. 15 s., acheté 
par lord Vernon, d'où il passa chez Holford), et celui de lord Pembroke. 
Notre Bibliothèque nationale en possède aussi un exemplaire, reconnu 
comme tel par Sotheby lui-même, mais qui néanmoins ne paraît pas 
pouvoir être identifié avec la seconde édition d'Heinecken. 

B. — Dans cette édition, qui n'a pas été décrite par Heinecken, vingt- 
quatre planches seraient à peu près les mêmes que dans celle ci-dessus, 
et seize autres tf offriraient que des copies des planches correspon- 
dantes de la première. Sotheby a donné des fac-similés de la première 
et de la dernière planche (t. I, pi. xi et xiii). A cette édition appartien- 
draient les exemplaires suivants : a, celui de lord Spencer (A) provenant 
de la collection sir Arthur Paget; 6, celui du Musée britannique, biblio- 
thèque royale, provenant de la collection Gaignat (n"" 113 de son cata- 
logue), imprimé aufrotton\ c, un autre du même Musée, ayant succes- 
sivement appartenu au comte Lucca(1826)etàM. Ker à la vente duquel 
(1848) il a été payé 89 L. 5 s. : il est imprimé à la presse et colorié; 
d, celui provenant de la collection Renouard, aujourd'hui chez M. Los- 
combe, de Clifton ; e, celui de Botfleld. 

C. — Cette édition se rapprocherait beaucoup de la seconde d'Hei- 
necken, et elle aurait été gravée par la même main que la troisième 
édition xylographique de l'Apocalypse décrite par Sotheby (voir plus 
loin). A cette édition appartiendraient les deux exemplaires suivants : 
a, celui du Musée britannique, ayant successivement fait partie des 
collections Gaignat (n® 112 de son catalogue), Mac Carthy et lord Gren- 
ville; il est imprimé aufrotton; &, celui du duc de Devonshire (acheté 
210 L. à la vente Edwards ). 

L'exemplaire que possède notre Bibliothèque nationale avait 
appartenu au pape Pie VI. Il a une reliure italienne assez élégante de 
style Louis XVI; dans un rond, on lit : AMOR L^TITIAQUE POPDLI; 
sur le second plat : PIUS SEXTUS ; dans l'intérieur, on voit un titre 
manuscrit : HISTORLE NOVI TESTAMENTI, avec les armes pontifi- 
cales. Suit une notice manuscrite sur ce livre, dans laquelle on en 
signale quatre éditions. 

D. — Cette édition correspond à la troisième d'Heinecken. Sotheby 
a examiné l'exemplaire de lord Spencer (B), et celui de la bibliothèque 
Bodléienne, à Oxford, qui provient de la collection Masterman Sykes et 



BIBLE DES PAUVRES 87 

ne contient que les vingt premières pages (vente Sykes, 1824, acheté 
par Thorpe 18 L. 17 s. 6 d., revendu 7 L. 7 s. à Rodd, qui Ta cédé à 
Douce, de chez qui il passa à Oxford). 

E. — Édition non décrite par Heinecken. Certaines planches seraient 
des copies de celles des première et troisième éditions ci-dessus. So- 
theby n'en a vu qu'un exemplaire, celui du Musée britannique, Cabinet 
des estampes [Print Room), ayant appartenu précédemment à Wood- 
burn, à Cunningham et à Smith ; il est imprimé à la presse. 

F. — Selon Sotheby, cette édition, non décrite par Heinecken, aurait 
été exécutée dans une autre localité que les cinq précédentes. Il n'en a 
vu que l'exemplaire conservé à la bibliothèque Bodléienne, à Oxford. 

G. — Cette édition, qui correspond à la première d'Heinecken, aurait 
été exécutée en Allemagne, et elle ne serait qu'une grossière copie de 
la précédente. Sotheby a donné des fac-similés de la première et de la 
dernière planche (t. II, pi. lxvi et lxvii), d'après l'exemplaire ayant 
alors appartenu à Lea Wilson, et qui depuis a passé chez lord Vernon. 
Il s'en trouve un autre exemplaire à la bibliothèque du Corpus Christi 
Collège, à Cambridge (signalé à tort par Heinecken comme étant à 
Oxford). Notre Bibliothèque nationale en possède un aussi. 

Sotheby n'a pas admis l'existence indépendante de l'édition désignée 
comme quatrième par Heinecken. Il a constaté en outre que, dans les 
exemplaires Inglis (1'® édit.), Spencer (A) et Lucca (2* édit.), Grenville 
(3* édit.), Sykes(4'édit.) , Musée brit. (B'' édit.), appartenant à des éditions 
différentes, les lettres n, 0, r, 0, du second alphabet, ne sont pas placées 
entre deux points, ce qui, selon Heinecken, n'aurait lieu que dans les 
exemplaires de l'édition qu'il désigne comme étant la première. 

Sotheby, à l'exemple de son devancier, fait aussi des réserves sur 
la sûreté de son propre classement, et il ajoute qu'il doit sans doute 
exister d'autres éditions que celles qu'il a décrites. 

H. — La cinquième édition d'Heinecken passe au rang du huitième 
d'après Sotheby, mais les deux iconographes sont d'accord qu'elle 
appartient à l'art allemand. 

Nous avons vu que le classement d'Heinecken ne s'appuyait que sur 
certaines particularités secondaires qui supposeraient seulement des 
retouches aux planches, mois non point leur changement, soit total, 
soit partiel ; Sotheby est allé plus loin, car il a cru reconnaître que les 



88 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

six éditions hollandaises qu*il décrit ont été tirées, tantôt en totalité, 
tantôt en partie, sur des planches toutes différentes. Il est à remarquer, 
toutefois, qu'il n'a reconnu qu'un type unique dans ces six éditions, 
dont la première offrirait l'original, et les suivantes, des copies plus ou 
moins parfaites. 



C. CLABSIPICATIOIf DE M. BBIUBAU. 

M. Berjeau, dans l'ouvrage cité plus haut, tranche la question dans 
un tout autre sens. Après avoir soigneusement examiné les exemplaires 
conservés au Musée britannique, ainsi que plusieurs autres, il combat 
la classification d'Heinecken et de Sotheby, et arrive à cette conclusion 
que les exemplaires, qui selon ces deux iconographes constituent 
quatre ou six éditions différentes^ ne représentent en réalité que des 
tirages différents d^une édition unique^ exécutée dans les Pays-Bas. 
M. Berjeau, s'appuyant d'ailleurs sur l'opinion de Chatto*, fait observer 
que les différences signalées, et qui consistent en partie dans la pré- 
sence ou l'absence d'un trait, d'un point, dans l'aspect plus ou moins 
doux des gravures, etc., peuvent suffisamment s'expliquer par les con- 
ditions différentes de papier, d'encre et de tirage, sans qu'on puisse 
se croire autorisé à y voir l'emploi de nouvelles planches. Il insiste 
surtout sur le tirage dont les effets varient sensiblement selon qu'il a 
été fait au frotton ou à la presse. En ce qui concerne certaines variantes 
dans les ornements d'architecture, dans le feuillage des arbres, etc., 
M. Berjeau les attribue à des substitutions de nouveauxmorceaua? de bois 
gravés, au moyen desquels on aurait remplacé, dans les planches origi- 
nales, les parties détériorées par les tirages précédents ou autrement, 
usage d'ailleurs confirmé par l'examen de quelques-unes des planches 
de certains monuments primitifs de xylographie qui se sont conservées 
jusqu'à nos jours. La Bible des Pauvres, ajoute le même savant, a été 
exécutée et pubUée peu de temps avant l'invention de l'imprimerie ; à 
partir de cette époque, la production des livres xylographiques s'arrêta 
presque complètement, et les anciennes planches furent sciées en mor- 
ceaux pour être employées à illustrer des ouvrages typographiques : si 
donc il avait réellement existé six éditions hollandaises différentes de la 

4. Treatise on Wood Engraving ; Loodon, 1839. Ia-8. 



BIBLE DES PAUVRES 89 

Bible des Pauvres, éditions qui auraient probablement été publiées par 
des éditeurs différents, on trouverait fréquemment, dans des ouvrages 
iQustrés des premiers imprimeurs hollandais, des gravures de cette 
provenance, et surtout des interprétations plies ou moins différentes 
d'un même sujet, tandis qu'avant M. Berjeau les bibliographes n'avaient 
encore découvert que deux de ces bois employés comme frontispice 
dans la traduction hollandaise du célèbre traité Bonwm universale, de 
Thomas de Gantimpré, intitulée : Der Bien Boeck, et publiée à ZwoUe, 
par Peter van Os, 1488, in-folio, découverte à laquelle M. Beijeau a 
ajouté celle qu'il a faite de la présence de soixante-dix-sept bois origi- 
naux de la Bible des Pauvres dans un autre ouvrage hollandais, publié 
en 1489 par le même imprimeur : Die Passye ende dat liden ons fier en 
Ihesu Cristi. M. Weigel a depuis signalé deux nouveaux bois sur le 
titre du volume : Dat Vaterboech (La Vie des Pères), trois bois dans le 
livre : Dit zijn die vier vntersten (Le Livre des dernières quatre choses ), 
et plusieurs bois dans un Kalendarium^ et, ce qui est à remarquer, 
ces trois volumes sont sortis, comme les deux précédents, des presses 
du même Peter van Os, imprimeur à ZwoUe, le premier en 1490, le 
second en 1491, le troisième en 1501. 

M. Berjeau n'a donc d'abord reconnu qu'une seule édition hollan- 
daise, dont il attribue les dessins à Jean van Eyck et la gravure à 
Laurent Coster, comme nous l'avons dit plus haut. 

Toutefois, déjà deux ans après *, il abandonna sa première opinion 
pour se rapprocher très sensiblement de celle de Sotheby. « Nous 
avions, reprend-il ailleurs, acquis la certitude qu'il existait, au con- 
traire, un assez grand nombre de copies de l'édition originale, et 
nous étions arrivé à cette certitude par l'inspection minutieuse d'un 
plus grand nombre d'exemplaires que ceux qui s'étaient trouvés à 
notre portée au moment de la publication de la reproduction de 
1859». » 

L'édition originale, dont les dessins et la gravure sortent, selon 
M. Berjeau, du même atelier que les planches de VArs moriendi, 
in-quarto, du Cantique des Cantiques et du Spéculum humanœ salva-- 
tionis, serait celle que Sotheby indique comme la cinquième (E) et dont 



1. Speeuium humanœ sahationù ; Londres, 1861. In-fol., p. xxviii^ note 2. 

2. Catalogue iihutré des livres xylographiques ; Londres^ 1865. In-S^ p. 24. 



90 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

il n'a connu que l'exemplaire du Cabinet des estampes du Musée bri- 
tannique, auquel M. Berjeau ajoute celui de la collection de Mgr le duc 
d'Aumale. Il appuie cette hypothèse sur ce que le travail de la gravure 
y est plus délicat, et aussi sur la particularité suivante : « Le triptyque 
central de la Bible des Pauvres^ dit-il, est divisé ou formé par quatre 
colonnes qui sont tantôt ombrées, tantôt sans ombres, suivant les 
éditions. Le plan de l'édition originale était sans doute d'ombrer les 
trois premières colonnes, et de laisser la quatrième blanche, car le 
plus grand nombre des feuillets de cette édition n'offre que trois 
colonnes ombrées. » 

C'est à ce point de vue que M. Berjeau a étudié dix exemplaires de 
ce xylographe ; en dehors du détail précité, il a noté le nombre des 
hachures qui servent à ombrer le dessous de l'architrave du dessin 
central, et il a indiqué si le rond central de la moulure de l'abacus de 
chacune des deux colonnes centrales est blanc ou ombré. Parmi ces 
dix exemplaires, M. Berjeau en a distingué trois parfaitement dissem- 
blables : 1** celui qu'il dit représenter l'édition originale, conservé au 
Cabinet des estampes du Musée britannique ; 2** celui du même Musée, 
provenant de lord Grenville (édition C de Sotheby) : « c'est une copie, 
dit-il, par un graveur beaucoup moins habile que celui de l'original; 
un certain nombre de colonnes sont ombrées par des lignes très 
obliques, tandis que dans toutes les autres éditions les lignes d'ombres 
sont horizontales ; » 3^ celui de la bibliothèque Bodléienne, à Oxford 
(édition F de Sotheby) : « copie plus grossière encore de l'original, a 
généralement les quatre colonnes blanches ; les moulures de l'abacus 
des deux colonnes centrales sont carrées, quand elles sont rondes 
ou triangulaires dans les autres éditions. » 

M. Berjeau n'établit point de classement méthodique pour les édi- 
tions de la Bible des Pauvres, mais se borne à signaler les différences 
qui permettent, selon lui, de distinguer les copies de l'original. Toute- 
fois, il a essayé de les classer par ordre de mérite, suivant l'habileté 
des copistes, et voici le résultat de son travail : 

1" édition [l'original] (édit. E de Sotheby); 

2* édition : exemplaire de la bibliothèque royale du Musée britan- 
nique, ancien Gaignat, n** 113 (édit. B de Sotheby); 

3"" édition : autre exemplaire de la même bibliothèque, ancien Lucca 
(édit. B de Sotheby, mais un autre exemplaire) ; 



BIBLE DES PAUVRES 91 

4* édition: un autre exemplaire de la même bibliothèque, ancien 
Grenville (édit. C. de Sotheby); 

5® édition : exemplaire de la bibliothèque Bodléienne , à Oxford, 
ancien Douce (édit. D de Sotheby) ; 

6" édition: autre exemplaire de la même bibliothèque (édit. F de 
Sotheby) ; 

7* édition : exemplaire Holford (édit. A de Sotheby) ; 

8* édition: exemplaire de la bibliothèque de Vienne (4* édition 
d'Heinecken, non admise par Sotheby) ; 

9* édition: en cinquante planches (5* édit. d'Heinecken ; 8* édit. de 
Sotheby) ; 

10® édition: exemplaire décrit par Marbach (dans le Aehrenlese auf 
deni Felde der Kunst; Leipzig, 1836, p. 87), où le premier alphabet 
des signatures serait suivi d'un point, et le second, de deux points, 
excepté les lettres n, 0, t, « ; où Moïse porterait deux cornes sans la 
tiare, et où toutes les moulures de Tabacus à gauche seraient uniformes 
et sans ombres. 

Enfin, M. Berjeau constate que les bois tirés d'une Bible des 
Pauvres et employés, en 1489, par Peter van Os, dans la Passye (voir 
plus haut), se rapportent à une édition xylographique spéciale, dont 
M. Six van Hilleghom, d'Amsterdam, possède un exemplaire complet, 
édition qui se rapprocherait de la première de Sotheby. 

Tel est en ce moment l'état de cette question embrouillée, au sujet 
de laquelle nous nous abstenons de formuler une opinion, n'ayant pas 
la possibilité de l'étudier sous toutes ses faces, d'autant plus que cette 
étude serait encore comphquée par ce fait, que dans tous les exem- 
plaires de la Bible des Pauvres il y a des pages appartenant à des 
éditions ou, si l'on veut, à des tirages différents, au point qu'on n'en 
trouverait peut-être pas deux qui fussent identiques. Il est vrai qu'on 
pourrait se guider à cet égard sur les flhgranes des papiers. 



ÉDITIONS XYLOGRAPHIQUES EXÉCUTÉES EN ALLEMAGNE 

Nous ne plaçons pas ici la première édition d'Heinecken, classée 
comme septième par Sotheby et considérée par lui comme étant le 



92 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

produit de l'art allemand, car cette attribution ne nous semble pas 
encore suffisamment démontrée. 

A. — La seule édition germanique, avec texte latin, est donc celle qui 
compte cinquante planches et qui occupe le cinquième rang dans 
le classement d'Heinecken, et le huitième dans celui de Sotbeby; 
M. Berjeau en attribue la gravure à un artiste nurembergeois , qui 
serait, dit-il, probablement Michel Wolgemuth, le maître de Durer, et 
\1 en place Texécution entre 1450 et 1460. On n'en connaît qu'un seul 
exemplaire, qui était autrefois à la bibliothèque de Wolfenbuttel et qui 
fait aujourd'hui partie de notre Bibliothèque nationale. 



On connaît encore deux éditions xylographiques avec inscriptions en 
allemand. Elles offrent cette particularité que le texte principal est placé 
tout au bas, en deux colonnes divisées par une ligne au-dessous de 
laquelle figure, mais seulement dans la première de ces éditions, la 
lettre de l'alphabet servante marquer l'ordre des planches. Les figures 
sont toujours disposées sur cinq compartiments, et les planches sont 
au nombre de quarante. 

B. — La première de ces éditions a eu trois tirages différents ^ faciles 
à reconnaître en ce que dans le premier^ à la dernière page, au bas du 
texte de la colonne de droite, on ne trouve que deux écussons * suivis 
de la date de 1470 (voir la reproduction en fac-similé dans Heinecken, 
p. 325), tandis que dans le second et le troisième on y a ajouté, au bas 
du texte de la colonne de gauche, une souscription ainsi conçue: 
Friderich Walthem maUler \\ zu Nordlingen vnd Hans [| Hûrning 
hdbentifiic) dis huch\\mitt ein ander gemacht (Frédéric Walthem, 
peintre à Nordlingue, et Jean Hurning ont exécuté ce livre en commun). 
L'égalité du dessin, et l'uniformité de la gravure dans toutes les plan- 
ches des trois tirages de cette édition, démontrent que l'exécution en 
est entièrement due aux deux artistes que nous venons de citer. 

Frédéric Walthern, originaire de Dûnkelsbûhl, a joui de la qualité 
de bourgeois de Nordlingue en 1460, et se rendit à Bâle en 1472; Hans 
Hûrning est très probablement le même artiste que Hans Hornung, 



1. Le premier de ces écnnont représeote un écureuil grimpant sur un arbre, sorte d'armes par- 
anteB da peintre Walthem (écureail; en allemand : Eichhorn ou WaMhom) ; le second figure deux 
couteaux de graveur en ioutoir. 



bible: des pauvres 93 

graveur^ originaire de Mutenau, qui a eu aussi la qualité de bourgeois 
de Nordlingue en 1460 *. 

Heinecken n'a connu que le premier de ces tirages, qui est aussi le 
plus rare. Il n'en cite que l'exemplaire complet de la bibliothèque ducale 
à Gotha, et celui de la bibliothèque de Wolfenbuttel, consistant en vingt- 
deux planches seulement ; ce dernier, à en juger par cette mention qu'il 
a été « imprimé par un autre imprimeur, apparemment plus moderne », 
est probablement du second tirage. Depuis Heinecken, on a reconnu 
l'existence de plusieurs autres exemplaires de ce premier tirage, dont 
trois se trouvent à la bibliothèque de Munich (l'un colorié, l'autre non 
colorié , et le troisième incomplet de dix-huit planches, et non colorié), 
et un à Wolfenbuttel, mais incomplet des planches 1, 8, 9 et 40. Celui 
que possédait M. Weigel était colorié, mais bien complet et d'une 
conservation magnifique : aussi s'est-il vendu 7,503 francs. Ce tirage a 
été fait au frotton, avec une encre brun pâle, sur vingt feuilles for- 
mant un seul cahier, imprimées d'un seul côté, les planches les unes 
en regard des autres. 

Les exemplaires connus des deux autres tirages sont tous tirés à la 
presse, avec une encre noire. Ceux du second tirage portent les mêmes 
signatures que ceux du premier (a-f^ 0^ t^ m^ », n^ h h h tf ^ *^ 
3i'f.)i et sont imprimés d'un seul côté de chaque feuillet, tandis 
que ceux du troisième sont tirés des deux côtés, et ne comptent par 
conséquent que vingt feuillets au lieu de quarante, et de plus, ils 
ont des signatures dans un ordre différent (a-b^ f->, (6-/^ j-^^ t-IH^ i-nii 
îi'C, p-q, r-f, û'tf m-ti^ n-r, ^ Wp V'3if K-C^ ^ -€, f-t, Î^S, ^-i*), ce 
qui autoriserait à penser que certaines de ces planches ont été gravées 
à nouveau pour ce tirage, dont on ne connaît qu'un seul exemplaire, 
conservé à la bibliothèque de Munich. Du tirage précédent, dont Sotheby 
a donné des fac-similés (!'• et dernière pi., t. II, pi. lxx et lxxi), on a 
vu passer en vente deux exemplaires : 1"* celui décrit par Sotheby, 
vendu en 1825, à Paris, 3,020 francs, revendu en 1829 à M. Wilks, et ac- 
quis, enl847,par un Américain, pour IIOL. sterl. environ ; S'ex.Libri, 
vendu 220 L. sterl. en 1859 (n* 2805 de son catalogue). De plus, il s'en 
trouve un exemplaire incomplet à la bibliothèque de Munich, et un 
exemplaire complet, dit-on, à la bibliothèque impériale de Vienne. 

1. heYschU^, Beitrœge tur Kurutgeschichte der Rgichstadt NœrdUngen ; NcerdliogeD^ 1798, 
in-S, V partie. 



^4 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

C. — La seconde édition avec le texte allemand n'est qu'une copie 
de la précédente, copie en général très fidèle, bien qu'elle oflfre aussi 
beaucoup de différences dans le travail de graveur. Les planches 
sont munies de signatures (a-f^ t^ ti) placées non plus au bas de 
chacune des planches, mais au centre du pli, entre chaque deux 
feuillets alternativement; cette copie est attribuée à Hans Sporer, 
qui l'aurait publiée en 1475 à Nuremberg. On en a reconnu trois 
tirages différents, exécutés à la presse et avec de l'encre noire. 
Dans le premier, composé de vingt feuilles en un cahier, im- 
primées d'un seul côté, et toujours au recto, on trouve, sur la 
dernière planche, au bas de la colonne de droite, un écusson 
contenant la figure d'un éperon, monogramme parlant attribué à Sporer 
(éperon, en allemand iSpom), ainsi que la date de 1475 en chiffres un 
peu bizarres pour nos yeux, et oiX Dibdin et Sotheby ont cru devoir 
lire 1471 . Heinecken n'a pas vu ce tirage, dont on connaît plusieurs 
exemplaires : un à la bibliothèque de Munich, un à celle d^ Meiningen, 
un à celle de Gotha (cité par Panzer, Annalen, p. 59), un au Musée 
britannique (incomplet). 

Dans le second tirage, composé de vingt feuilles, les planches sont 
imprimées de deux côtés et dépourvues de toute signature. Il s'en con- 
serve deux exemplaires à Munich, l'un à la bibliothèque royale, l'autre 
à celle de l'Université. Heinecken n'a pas vu non plus ce second tirage. 

Les exemplaires du troisième tirage se composent de vingt feuilles 
ou quarante feuillets, en un cahier, imprimés d'un seul côté, et aussi 
sans signatures. A la dernière, l'écusson précédent, suivi de la même 
date, est en outre précédé d'un second écusson, parti- èmanché, 
dont on n'a pas encore donné l'explication, mais qui est sans doute celui 
du dessinateur des planches. Heinecken a fait figurer en fac-similés 
(p. 327) les deux écussons ainsi que la date, d'après l'exemplaire de 
Wolfenbuttel. 

Ebert cite une troisième édition allemande avec la date de 1477, qui 
se trouverait sur un exemplaire de la bibliothèque de Meiningen, ce qui 
est une erreur, car cet exemplaire est du premier tirage de la seconde 
édition, comme on l'a vu ci-dessus. 

Nous devons ajouter que le texte allemand de ces éditions n'est pas 
une traduction de celui des éditions latines, comme Heinecken l'a cruj 
mais bien une version, souvent défectueuse, d'un manuscrit latin^ ce 



BIBLE DES PAUVRES 95 

qui a été démontré par le D' A. C. A. Zestermann, dans une excellente 
dissertation * sur les éditions xylographiques allemandes , à laquelle 
nous avons emprunté une grande partie des renseignements qui pré- 
cèdent. 

ÉDITION XYLOORAPHIQUE ITALIENNE 

L'imitation xylographique de la Bible des Pauvres est le seul livre 
qu'on connaisse de ce genre dans l'art italien. En voici le titre : Opéra 
noua contemplatiua p \\ ogni fidel christiano laquale trapta de le 
figure del testamento\\vecchio: le quale figure sonno veri\\ficate 
nel testamento \\ nuouo : con le \\ sue eooposilione : Et con el detto \\ de 
lipropheti sopra esse figure : || Sicome legendo trouer ete : Et\\ nota 
che ciaschuna figura del tes- \\ tamento nuouo trouareti dua dil te- \\ 
stamento vecchio : le quale sonno \\ affiguratte a queïla dil nuouo Et \\ 
sempre queïla dil nuouo sara posta \\ nel meggio di quelle dua dil 
ve II chio : Cosa belissima da îtedere \\ achi se dilectano de la sacra \\ 
scrittura: Nouamente \\ stampata. — Au verso du 62® feuillet : Opéra 
di Giouâniandrea \\ Uauassore ditto Uadagni\\no: Stampata notta- 
mete \\ nelta inclita citta di \\ Uinegia \\ Laus Léo, — Sans date, In-8, 
de 64 ff., dont le dernier est blanc, sign. A-H, par cahiers de 8 ff., texte 
en caractères gothiques. Le titre et la souscription ci-dessus ont été 
très inexactement rapportés par Brunet, qui n'a pas reconnu que c'est 
un xylographe, et aussi dans le catalogue Libri (1862). Dans ce dernier, 
on semble nier l'existence du feuillet blanc final , qui est cependant 
indispensable pour compléter ce dernier cahier, et qui se trouve d'ail- 
leurs aux deux exemplaires de ce xylographe conservés dans la 
bibliothèque de M. Didot. 

Le titre est entouré d'une jolie bordure, avec ornements en blanc 
sur un fond noir. Les planches sont au nombre de cent vingt , plus une 
image de la Madone assise sur un trône et couronnée par deux anges, 
image qui occupe le verso de l'avant-dernier feuillet. Le texte est placé 
tantôt au-dessus des gravures, tantôt au-dessous, et dans ce dernier 
cas il accompagne toujours les bustes de deux prophètes. Les signa- 
tures sont au bas des pages, sous le trait carré ; elles ne faisaient pas 

1. Die Vnabhœngigkeit der deutschen xylographischen Biblia Pauperum von der lateinischeti 
xylographischen Biblia Pauperum. Leipzig, 1866. lo-fol.^ atec le fao-similé de la dernière planche du 
premier tirage de la première édi^on xylographiqne allemande. Tiré À 250 ex. 



96 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

corps avec les planches gravées, mais ont été ajoutées après leur 
tirage, au moyen de petits blocs de bois isolés, car sur trois exemplaires 
que j'ai eu Toccasion d'examiner, aucune de ces signatures ne se trou- 
vait jamais à la même place, mais tantôt vers le milieu, tantôt à 
gauche, tantôt à droite. J'ai pu également constater que chacun de ces 
trois exemplaires appartenait à un tirage différent: dans le plus ancien, 
la planche de la Madone (la dernière) n'est bordée que par le trait carré; 
ce trait se trouvant ensuite brisé, on a sgouté, pour en tenir lieu, dans 
les deux autres tirages, deux petites bordures , placées verticalement 
sur les côtés de la planche ; ces bordures sont d'un dessin différent 
dans ces deux tirages. 

Dans le catalogue Libri cité ci-dessus^ on a constaté des différences 
encore plus saillantes pour marquer l'existence non pas de trois édi- 
tions, mais bien de trois tirages différents. Dans le premier, le texte 
est entièrement xylographique et en caractères gothiques ; dans le 
second, au cinquième feuillet recto du cahier H, la petite planche de 
rapport qui se trouve au bas et qui offre les bustes de deux prophètes a 
été gravée à nouveau, et le texte qui l'accompagne est en caractères 
ronds (ex. du Musée britann.) ; dans le troisième (ex. Libri, n^ 54), il en est 
de même de la partie analogue du cinquième feuillet recto du cahier E. 

Le titre indique suffisamment la distribution des sujets, dont les trois 
premiers sont les mêmes que ceux de la Bible des Pauvres: Gédéon à 
genoux y V Annonciation 9 Adam et Eve. 

La gravure de ces planches est de Giovanni Andréa Vavassore, dit 
Vadagnino, nom qui figure dans la souscription finale, et cet artiste 
est sans doute le même que Zoan Andréa, dont l'œuvre a été décrit par 
Bartsch (t. XIII, pp. 293-310). Leur exécution ne peut pas être antérieure 
à 1510 ou 1612, car l'une de ces planches, Jésm chassant les vendeurs 
du templCy est une copie exacte du même siget de la petite Passion de 
Jésus-Christ y d'Albert Durer, publiée en 1509. Cicognara, qui le 
premier a décrit ce volume rare {Catalogo^ 1. 1, n* 1992), Zani l'ayant 
seulement cité d'après deux exemplaires incomplets, fait observer que 
certaines planches semblent avoir été gravées d'après les dessins de 
Bellini, de Carpaccio, de Squarcione et de Montagna. 

L'exemplaire que je possède est couvert d'une élégante reliure en maroquin rouge 
par Lortic ; il est du second tirage, de même que celui du Musée britannique^ mais 
d'une conservation infiniment supérieure. 



BIBLE DES PAUVRES y? 



ÉDITIONS TYPOGRAPHIQUES. 



ÉDITIONS IMPRIMÉES EN ALLEMAGNE 
(avec texte latin ou allemand). 



Les plus anciennes éditions de la Bible des Pauvres avec 
texte en caractères mobiles sont antérieures aux éditions xylogra- 
phiques allemandes. Elles ne portent ni titre, ni date, ni indication de 
nom de lieu ou d'imprimerie , mais elles sont sorties des presses 
d'Albert Pflster, à Bamberg , car on y retrouve les caractères que cet 
habile typographe avait employés dans son édition des Fables alle- 
mandes de Boner, datée de 1461. 

L'une de ces éditions est avec texte latin, et on n'en connaît 
qu'un seul exemplaire, conservé dans la bibliothèque de lord Spencer ; 
deux autres sont accompagnées d'un texte allemand. 

« Ce livre très précieux, dit Brunet, se compose de dix-sept feuillets 
« imprimés des deux côtés, et chaque page représente une gravure en 
« bois en cinq compartiments, avec un texte en caractères mobiles, et 
« dont le premier mot est ysaias. » Il faut ajouter qu'il y a un 
dix-huitième feuillet resté en blanc. Il n'est pas non plus exact de 
dire , comme Brunet, que chaque page représente une gravure en 
bois en cinq compartiments : il y a bien cinq gravures , dont les 
trois supérieures sont indépendantes l'une de l'autre, et dont les deux 
inférieures, quoique séparées par un petit espace, sont gravées sur 
une même planche. 

La disposition de ces gravures est toute différente de celle des 
éditions xylographiques. La gravure du haut, placée au milieu de la 
page, représente une scène du Nouveau Testament ; elle est accom- 
pagnée de chaque côté des deux petits bustes des prophètes qui avaient 
prédit l'événement faisant l'objet du tableau précédent. Les deux gra- 
vures placées au-dessous représentent des faits historiques analogues, 
empruntés à l'Ancien Testament. Le reste de la page est occupé par 
le texte. 

Une bonne reproduction en fac-similé de la première page de Tédi- 



08 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

tion avec le texte allemand a été donnée par Sotheby, PHncipia typo- 
graphica, t. II, pL xcii (p. 185-186). Cet iconographe accuse à tort 
Heinecken d'avoir placé ce livre parmi les productions xylographiques ; 
il en a, au contraire, donné une indication exacte, quoique insuffisante 
(pp. 327-329), d'après l'exemplaire de Wolfenbuttel. 

Nous avons dit qu'il y avait deux éditions avec texte allemand. 
Une seule, composée de dix-huit feuillets, était jusqu'à présent connue 
des bibliographes; M. 0. Thierry-Poux, savant conservateur, sous- 
directeur du département des imprimés de notre Bibliothèque nationale, 
a eu l'honneur d'en découvrir une seconde dans ce riche établissement. 
Cette seconde édition allemande est plus complète que la première, car 
elle compte vingt-deux feuillets. Cinquante nouveUes gravures ont été 
intercalées au miUeu des anciennes. Le texte a été entièrement recom- 
posé, avec les mêmes caractères, mais aussi avec certaines modifi- 
cations, de sorte que les coupures des mots ne sont plus les mêmes. 

On n'est pas d'accord sur la date de ces éditions. On les place 
généralement à l'année 1462, bien que le témoignage d'un contempo- 
rain, Paul de Prague*, qui dit avoir vu à Bamberg, en 1459, un 
graveur sur bois tailler dans des planches de bois les figures d'une 
Bible des Pauvres en dix-sept feuillets, et V imprimer tout entière (in- 
tegram) en quatre semaines, ne soit pas sans valeur. On ignore aussi 
laquelle de ces éditions a été imprimée la première, mais il est plus 
probable que ce fut celle avec le texte latin. 

Les gravures sont d'un artiste d'un talent inférieur à celui des 
éditions xylographiques. 



EDITIONS IMPRIMEES EN FRANGE. 

Une imitation des figures des éditions xylographiques de la Bible 
des Pauvres a été publiée en France, avec l'addition d'un commentaire 
en français. Elle porte ce titre : Les Figures du vieil \\ Testament & du 
nouvel. On en connaît deux éditions. 

A. — Dans l'une, on lit à la fin : Cy finist ce présent Hure Intitule 
le II regard des deux testamens. ImpHm£ a \\ paris pour Anthoineve- 

1. Léon de L&borde^ Déimts de l'imprimerie à Mayence et à Bamberg, p. 26* 



BIBLE DES PAUVHES e» 

rard marchant || libraire demourant a paris près lostel \\ dieu deuant 
la rtie neuf ue nostre dame || a lenseigjie saint Jehan leuàgeliste j ou |[ 
aupalais au premier pilUer Deuant la |[ chappelle ou len chante la 
messe de messeigneurs les presidens. Suit la grande marque de Vérard. 

C'est un petit in-folio, en caractères gothiques, de 99 feuillets 
à deux colonnes, avec quarante figures sur bois. Il ne porte pas de date, 
mais il doit avoir paru vers 1503. Le Musée Britannique en possède un 
exemplaire sur vélin. 

Les planches sont bien inférieures à l'original. 

B. — Dans une autre édition, on lit à la fin : Cy finisl cestuy pré- 
sent Hure II Intitule des deux testaments || le regard qui j monstre que 
mure || Deuoit iesus jpuis par tomiens cruelz horribles et vefientens || 
Endurant comme vng aigeau Mourrait en croios par ferremens. 
imprime par Gillet couteau. 

Suit la marque de l'imprimeur, ci-dessous, mais en plus grand : 



Au bas ; imprime a Paris. 

Cette édition est du même format que la précédente et composée 
de même, avec les mêmes figures, sauf une seule. Elle n'est pas datée, 
mais elle doit remonter à l'année 1520, bien que sur l'exemplaire de la 
bibliothèque de la rue de Richelieu on Use sur le titre cette mention 
écrite : Le det^ier iour de septembre mil cinq cens trente sept. 



100 LIVRES XYLOGRAPHIOUES 



MANUSCRITS. 

Il ne sera pas hors de propos de mentionner qu'il existe plus de vingt 
manuscrits de la Bible des Pauvres^ avec ou sans dessins, dont les plus 
anciens remontent aux xii'-xiii' siècles, et dont l'un, duxiv* siècle, avec 
trente-huit dessins, est conservé à notre Bibliothèque nationale; c'est 
le même que celui qui était jadis à Wolfenbuttel et que Heinecken a 
décrit (pp. 329-333). Le manuscrit du xiv* siècle, qui se trouve à l'église 
Saint-Florian à Vienne, a été publié par A. Camesina et G. Heider ( Wien, 
1863; grand in- 8, avec 34 pL); celui de la bibliothèque du lycée de Cons- 
tance, écrit vers 1300, a été mis au jour par Laib et Schwarz (Zurich 
1867; petit in-folio, avec 18 grav. sur 9 pi.). Celui qui faisait partie de 
la collection de M. Weigel, composé de 24 feuilles de vélin, contenant 
quarante-huit tableaux et exécuté entre 1460 et 1490, a été vendu 
2,325 francs. 

Il est indubitable que c'est à cette source que s'inspirèrent les 
artistes auxquels nous devons les éditions xylographiques de ce livre. 

Les sujets isolés avaient aussi été peints antérieurement ou posté- 
rieurement, soit sur les murs des églises, soit dans des évangéliaires, 
mais ce qui est surtout digne d'attention, c'est que l'ensemble des 
sujets correspondant à peu près à ceux de la Bible des Pauvres sont 
représentés sur un devant d'autel en cuivre gravé et niellé d'émail, 
conservé dans une chapelle de l'église de Klosterneubourg, près 
Vienne, œuvre de Nicolas de Verdun, datée de 1181 *. Cette garni- 
ture d'autel semble avoir servi de modèle pendant tout le moyen âge. 

1. Voir la reproductioa en chromolithographie publiée par J. Arneth et Â. Camesina : Das NieUo- 
Antipendium zu Klosterneuburg (Wien, 1844; gr. in-fol.}. 



APOCALYPSE <01 



II 



HISTORIA SANCTI JOHANNIS EVANGELIST^, FJUSQUE VISIONES 

APOCALYPTIG^. 

Cet ouvrage passe pour être la plus ancienne production xylogra- 
phique, ce qui est loin d'être établi d'une manière irréfutable. Son 
origine est également controversée, et des discussions à cet égard 
peuvent durer à Tinfini, aucune des six éditions connues de ce livre ne 
portant nulle indication de dessinateur, de graveur ou d'imprimeur. 

L'ouvrage de Heinecken, qu'il faut toujours prendre pour point de 
départ, porte V Apocalypse à l'actif de l'école allemande, sans plus 
de précision et même sans appuyer cette opinion d'aucun considérant. 
Passavant se range à son avis, en disant que cette œuvre appartient 
« incontestablement » à la haute Allemagne. « On peut le prouver, 
dit-il, par le style artistique et par les proportions très courtes des 
figures qui ne ç'harmonisent nullement avec le style et la manière de 
Van Eyck et de son école qui régnaient exclusivement à cette époque 
dans tous les Pays-Bas, mais qui est exactement conforme au style 
artistique du temps dans la haute Allemagne, et bien plus encore par le 
coloris des plus anciennes éditions* de l'ouvrage, exécuté avec un cer- 
tain pourpre violet et vert clair, qui, ainsi que nous l'avons déjà fait 
remarquer, est une particularité distinctive des écoles de la haute 
Allemagne et qui n'a jamais été retrouvée dans celle des Pays-Bas. Il 
faut ajouter à cela un autre indice remarquable, c'est que le texte 
manuscrit qui accompagne plusieurs exemplaires de V Apocalypse est 
toujours dans le dialecte de la haute Allemagne, mais jamais dans 
celui des Pays-Bas. » 

En ce qui concerne ce dernier point, il est à noter que ces textes 
manuscrits n'ont été constatés que dans des exemplaires de la première 
et de la deuxième édition de Heinecken, dont l'antériorité sur les autres 
ne semble pas aujourd'hui pouvoir être admise. Au surplus, s'il fallait 

1. G'e«t-à'dire dç celles que Heinecken considère comme telles. 



102 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

adopter ropinion de Passavant tant au sujet de l'origine allemande de 
cette œuvre, qu*à l'égard de son ancienneté ( «il est également erroné, 
dit-il, de considérer le plus ancien livre reconnu de ces gravures sur 
bois, l'Apocalypse, comme d'origine hollandaise »), on serait obligé de 
conclure que c'est en Allemagne et non dans les Pays-Ras qu'a été 
inventée l'impression tabellaire, thèse qui n'a guère la chance de pou- 
voir être défendue victorieusement. 

Sotheby rejette complètement l'attribution de Passavant. Il boule- 
verse le classement adopté par Heinecken et ne regarde comme alle- 
mande que l'édition présentée comme première par cet iconophile, 
édition qu'il relègue au cinquième rang, tandis que toutes les autres lui 
paraissent avoir été exécutées dans les Pays-Bas ou dans les contrées 
voisines. 

Cette manière de voir est tout d'abord juste en principe. En effet, 
l'examen des six éditions de cette xylographie permet d'établir assez 
nettement deux types très différents : Tun plus élégant, plus expressif, 
qui paraît appartenir aux Pays-Bas ; l'autre plus lourd, avec des figures 
de proportions très courtes, qui accuse une œuvre allemande. Ce 
double type existe d'ailleurs, comme on l'a déjà vu, dans les xylogra- 
phies de VArs moriendi. 

Toutefois, cette coexistence des deuxtjrpes bien tranchés ne résoud 
nullement la question de priorité, de l'originalité de l'un d'eux. Heine- 
cken, dans son classement des six éditions de VApocalypse, ne s'est 
guidé par aucune idée conductrice et n'a appuyé son opinion de nulle 
argumentation positive; aussi, avoue-t-il carrément n'avoir eu aucun 
système préconçu, et il déclare avoir établi son ordre de classement 
d'après certaines marques qui semblent déterminer l'ancienneté res- 
pective de ces éditions, en ajoutant qu'il désirerait fort que quelqu'un 
pût découvrir, par des documents incontestables, l'auteur, l'année et 
l'endroit de l'impression de tous ces livres. Ce souhait, exprimé par le 
savant iconophile saxon, demeurera probablement à jamais à l'état de 
desideratum. 



On a cru jadis que les éditions les plus dépourvues d'art consti- 
tuaient les modèles primitifs, mais déjà Heinecken lui-même, à propos 
de la xylographie qui nous occupe, a déclaré que « la grossièreté de 



APOCALYPSE 403 

la taille, ni même celle des caractères, n'est rien moins qu'une preuve 
sûre de l'ancienneté ». Il faut donc chercher cette preuve ailleurs. 
Sotheby a mis au premier rang la plus parfaite des éditions AeV Apo- 
calypse^ par cette raison que son dessin lui paraissait offrir plus 
d'originalité et de finesse que celui de toutes les autres. Cette conclu- 
sion ne porte pas en elle-même a priori une démonstration suffisante, 
car il serait toujours permis de soutenir que le modèle primitif s'est 
successivement, avec le progrès de l'art, dépouillé de sa rudesse et de 
son informité, pour atteindre à son apogée entre les mains d'un véri- 
table artiste, au point de revêtir un réel cachet d'originalité, tout en 
n'étant au fond qu'une copie améliorée et ennoblie. 

Il est bon d'affirmer à cette occasion qu'on ne saurait ériger en 
règle immuable, comme onl'a fait, en faveur du droit de priorité d'une 
œuvre xylographique, l'argument tiré exclusivement de sa valeur 
artistique, soit dans un sens, soit dans l'autre, c'est-à-dire de 
déclarer la plus ancienne l'œuvre la plus informe, comme le veulent 
les uns, ou d'assigner la première place à l'œuvre la plus parfaite, 
selon le sentiment des autres . Ce qui pourrait être vrai à cet égard 
dans un cas ne le serait point dans un autre, une même contrée , 
à la même époque, ayant pu voir surgir plusieurs artistes, et par con- 
séquent plusieurs œuvres d'une valeur opposée. C'est de la comparaison 
attentive de plusieurs éditions d'un même produit xylographique 
que peut jaillir, et pas toujours encore, assez de lumière pour 
éclairer suffisanmient le berceau de l'œuvre. Le côté purement matériel 
y joue un rôle considérable : la qualité du papier, la nature de l'encre 
employée, le mode de tirage, le genre d'imposition des planches, la 
forme des lettres dans les inscriptions, fournissent en général des 
indices précieux pour fixer approximativement l'âge respectif de 
chaque édition ; souvent aussi une faute commise ou corrigée par le 
graveur, principalement dans les légendes, démontre péremptoire- 
ment l'antériorité ou la postériorité d'une édition; quelquefois, comme 
c'est ici le cas, vient s'ajouter à tout cela une heureuse circonstance 
permettant de débrouiller, avec plus ou moins de certitude, l'origine 
primordiale de l'œuvre, et d'établir ainsi un point de départ pour des 
déductions subséquentes. 

La nécessité étant ainsi posée de recourir, quand c'est possible, 



404 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

à la source même, au prototype d'une œuvre, la première question qui 
doit s'oflFrir à Tesprit, lorsqu'on a à déterminer les étapes d'une impres- 
sion tabellaire, est celle de savoir si cette xylographie représente une 
conception originale, dont telle édition ou telle autre révélerait la 
première pensée, ou bien si elle n'est elle-même qu'une reproduction, 
plus ou moins modifiée, d'un modèle antérieur, qu'il s'agirait alors de 
découvrir. 

On pourrait déjà affirmer, a priori^ qu'avant l'invention de l'impres- 
sion tabellaire et de la gravure en général, il a du exister, pour l'instruc- 
tion des clercs et l'édification des fidèles, des représentations figurées, 
des suites de sujets traditionnels bibliques ou allégoriques, qui ont 
joui d'une si grande vogue dans les siècles de foi, et que la xylo- 
graphie s'est empressée, dès son début, de propager dans les masses. 
On connaît, en effet, à l'état de manuscrits, certaines suites d'images, 
telles que V Ars moriendi^ \di Bible des Pauvres^ Y Apocalypse , le Spé- 
culum humanœ salvationis, de beaucoup antérieures aux xylographies 
reproduisant ces sujets ; d'autres sont sans doute aujourd'hui perdues 
ou ignorées. Ces compositions ont-elles servi de modèle direct aux 
xylographes duxv^ siècle, ou bien seulement de source d'inspiration? 
C'est ce qui est impossible de dire aujourd'hui pour toutes, l'étude 
nécessaire n'ayant pas encore été faite à cet égard, au grand dommage 
de l'histoire de la gravure. 

Il n'en est pas de même pour V Apocalypse. 

Il y a quarante ans, un historien d'art des plus sérieux, doué 
d'un esprit pénétrant, M. Chatto*, que nous avons déjà nommé plus 
haut, a exprimé l'opinion que le dessin d'un certain nombre de figures 
de V Apocalypse xylographique offrait le style grec assez prononcé. 
Cette observation étant en effet exacte, on ne pouvait évidemment 
attribuer l'invention des dessins de cette suite à un artiste de l'Occi- 
dent, contemporain des premiers maîtres de la xylographie, puisque 
cette époque est antérieure à la renaissance de l'art. M. Chatto a pensé 
qu'ils pouvaient être l'œuvre d'un des artistes grecs chassés de leur 
pays après la prise de Constantinople, en 1453. Mais le savant critique 
ignorait alors l'existence de plusieurs manuscrits bien plus anciens, 

1. Histùry of wood engraving* 



APOCALYPSE 105 

contenant les mêmes compositions que les figures des Apocalypses 
xylographiques, manuscrits que Fun des plus ëminents bibliophiles de 
nos jours, feu M. Ambroise Firmin-Didot, a le premier eu Thonneur de 
signaler et d'étudier^ 

Le sujet de V Apocalypse se prêtait, plus qu'aucun autre, à une inter- 
prétation graphique très variée, et de plus il avait à toutes les époques 
le privilège de passionner les esprits en raison même de son sens 
énigmatique. Saint Jean ayant été Tapôtre favori de la Grèce, cette con- 
trée artiste par excellence a dû enfanter de bonne heure une exégèse 
graphique de visions apocalyptiques, et créer définitivement un type 
hiératique d*où procèdent tous les autres. Ce type, transporté dans les 
contrées pyrénéennes , sans doute à Tépoque carlovingienne, s'est 
complètement modifié sous l'influence du style qui y dominait et a suc- 
cessivement perdu son caractère primitif. On sait que dès le viii' siècle 
.il a été exécuté dans la région aquitanique des manuscrits de V Apoca- 
lypse richement enluminés, mais le plus ancien que l'on en connaisse 
aujourd'hui ne remonte qu'au siècle suivant. D'un autre côté, le proto- 
type commun avait pénétré en Angleterre et en Irlande dèslevii" siècle, 
et de ces foyers de lumière, qui furent pendant si longtemps les déposi- 
taires en Occident des traditions de l'art byzantin, il fut apporté paf 
Alcuin à la cour de Charlemagne, d'où il se propagea dans les contrées 
soumises à ce monarque. La Bibliothèque nationale possède un fort 
beau manuscrit de Y Apocalypse avec figures (n° 403 du fonds français), 
exécuté du xii* au xiii® siècle en France, mais qui paraît être une 
imitation assez fidèle d'un prototype carolingien du commencement 
du xi* siècle, à en juger par des empreintes vivaces de l'art byzantin 
qu'on y découvre. C'est le plus ancien manuscrit que nous connaissions 
de ce type. 

M. Didot en possédait un superbe (acquis à sa vente au prix de 
15,300 fr. pour l'Angleterre) qui reproduit, dans leur forme générale, 
la plupart des compositions du manuscrit de la Bibliothèque nationale, 
mais dont il ne dérive pas directement. Il paraît avoir été exécuté en 
Italie dans la première moitié du xiv® siècle, et provenait en dernier lieu 
de la collection du bibliophile hollandais Van Hulthem. C'est ce manus- 

1. Des Apocalypses figurées manuscrites et xylographiques, Paris, 1870. Id-8, fig. 



106 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

crit qui a permis à M. Didot de constater que les Apocalypses xylogra- 
phiques avaient pris pour modèle-type un manuscrit semblable, aujour- 
d'hui perdu sans doute, et de confirmer ainsi la justesse de la remarque 
de M. Chatto au sujet de la persistance de quelques traces du style grec. 
« Quelque embarras se montre, dit M. Didot, chez les critiques les 
mieux habitués à comparer et à décrire les monuments figurés dès 
qu'il s'agit de constater l'antériorité ou la postériorité respective des 
premières productions xylographiques ou même d'en bien définir les 
caractères. Pourquoi cette supériorité d'entente, de composition, 
d'ajustements dans cette suite de Y Apocalypse^ par exemple, premier 
balbutiement de la gravure (?) lorsqu'on vient à la comparer avec la 
grossièreté inintelligente de la plupart des autres productions delà gra- 
vure sur bois au commencement du xvi'^ siècle, c'est-à-dire cinquante 
ans plus tard, en Allemagne, en Hollande, en France (les œuvres de 
quelques maîtres seules exceptées)? C'est que la plupart de ces suites 
primitives, comme nous en avons la preuve par Y Apocalypse ^ repro- 
duisent des types manuscrits d'une science naïve qui se rattache à l'art 
antique, dont l'élégance souple, la richesse de détails, bien que trahis 
par le burin inexpérimenté du tailleur de cartes et du dominotier, lais- 
sent néanmoins filtrer, à travers un travail d'une maladresse enfantine, 
des indices frappants de la dignité native de l'œuvre. » 

Ces paroles judicieuses doivent être sérieusement méditées par les 
iconographes, et leur rappeler qu'on ne saurait rien établir de positif 
à l'égard d'une œuvre xylographique sans remonter à la source, c'est- 
à-dire à la découverte du modèle primitif. 

En dehors de ces réminiscences du style grec ou byzantin, il y a 
lieu de constater que les figures de Y Apocalypse xylographique n'of- 
frent pas l'allongement et l'amaigrissement qui caractérisent l'art de 
l'époque ogivale, ce qui prouve encore l'ancienneté de leur origine. 
Au surplus, si cette œuvre n'avait pas été exécutée d'après un modèle 
manuscrit de beaucoup antérieur, comment y trouverait-on dans cer- 
taines éditions, des costumes, des meubles et des détails d'architecture 
qui ne sont pas ceux du temps où ces xylographies ont été exécutées ? 
Or on sait que les artistes de cette époque n'avaient nul souci de la 
fidélité archéologique. Enfin, ce qui fournit encore un argument de 
plus en faveur de la même thèse, c'est que les figures 36 et 37 (Procla- 



APOCALYPSE 107 

ination du royaume de Dieu et Précipitation de Satan dans les entrailles 
de la terré) se trouvent, par suite d'une transposition, placées dans 
cet ordre et non plus dans celui du récit, non seulement dans toutes 
les éditions, mais aussi dans le manuscrit Van Hulthem, ce qui ne peut 
provenir que d'une semblable transposition dans le modèle-type 
commun. 

En reproduisant les peintures originales du manuscrit, le graveur 
xylographe a introduit de nombreux changements dans les costumes, 
dans l'architecture, dans les légendes, mais le fond reste toujours le 
même. 

La question de l'origine des éditions xylographiques de V Apoca- 
lypse étant ainsi élucidée, il reste à déterminer laquelle est la plus 
ancienne. Nous allons encore à cet égard rapporter l'opinion de 
M. Didot empruntée à sa savante monographie. 

« Ce ne sera pas, dit-il, d'après la naïveté grossière du dessin, le 
plus ou moins de rudesse de l'exécution, que nous pourrons juger de 
l'âge respectif des premières productions de la gravure. En effet, 
quand elles se copient les unes les autres, comme c'est le cas pour 
V Apocalypse j le Can^/g^i^d^scanfig^M^s, etc., sans jamais se retremper 
au type primitif; quand l'intention originale s'efface et se corrompt 
de l'une à l'autre efl passant par des mains également inhabiles, 
toujours prêtes à simplifier et à moderniser les dêtailSy l'édition der- 
nière venue aura pu perdre assez pour s'être assimilée en grande 
partie à la barbare imagerie des éditeurs français de 1480 à 1520. 
Si, au contraire, nous reconnaissons dans l'une de ses éditions la 
fidélité d'interprétation du manuscrit, la présence de symboles plus 
tard abandonnés parce qu'ils ne sont plus compris, l'observation et 
l'entente de l'architecture, du costume, l'exégèse graphique du verset, 
l'exactitude des légendes, sans les méprises si fréquentes dans les 

• 

copies de seconde main ; si, à ces conditions sont joints les autres 
caractères d'ancienneté, tels que l'impression au frotton et d'un seul 
côté du papier, le foulage, la couleur particulière de l'encre en 
détrempe, l'inexpérience de l'outil ; à ces signes nous pourrons 
reconnaître qu'une telle édition est une des premières, qu'elle est 
de première main, bien que son exécution soit de beaucoup supérieure 



408 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

à celle de ses rivales. C'est ce qui arrive, en effet, pour Y Apocalypse. » 
Ces conditions d'originalité se trouvent réunies dans l'édition 
que Sotheby met au premier rang, et à laquelle Heinecken 
n'avait accordé que la quatrième place, on ne sait pas trop pour quelle 
raison plausible. Nous avons déjà dit que Heinecken a présenté sa clas- 
sification des Apocalypses xylographiques avec une extrême réserve. 
Il a encore tâtonné au moment même de mettre son livre sous presse, 
et s'est infligé à lui-même une grave contradiction, sans doute pour ne 
pas défaire son siège qui était fait. Ainsi, après avoir classé les cinq 
éditions qu'il a connues tout d'abord, il a en a découvert une sixième, 
et bien qu'au début de son article (p. 334) il en ait parlé en ces termes: 
« J'avertis cependant les curieux par avance que la sixième découverte 
par moi depuis peu me paraît être la plus ancienne et véritablement 
la première » , et que plus loin (pages 367-370) il en ait donné une des- 
cription détaillée, il l'a tout de même maintenue au dernier rang. 
Pour rendre toutefois son opinion fidèlement, il faudrait mettre cette 
sixième édition à la première place et reculer les cinq autres d'un 
rang chacune, mais comme il ne l'a pas fait lui-même et que les ico- 
nographes qui l'ont suivi n^ont pas tenu compte non plus de cette recti- 
fication, très importante cependant, nous sommes bien obligé de nous 
y conformer aussi, pour ne pas embrouiller nos indications bibliogra- 
phiques. 

Comme on l'a vu, Sotheby a montré beaucoup d'intuition en distin- 
guant parmi les cinq éditions qu'il a eues sous les yeux celle à laquelle 
appartient le droit de priorité, rien qu'en vertu du caractère de son art 
et cela sans le secours d'un critérium comme celui que M. Didot a 
trouvé dans son manuscrit des figures apocalyptiques*. D'autres consi- 
dérations encore peuvent être invoquées à l'appui de l'opinion de 
Sotheby contre Heinecken. Ainsi, Tabsence de signatures à cette seule 
parmi les six éditions constitue déjà une grave présomption en faveur 
de sa priorité*. D'un autre côté, son imposition élémentaire par deux 



1. Le manuscrit que Sotheby a tu chez M. Lascombe n'est qu'une copie de la première édiUoa 
xylographique. 

2. On n'en a signalé que deux exemplaires. Celui décrit par Heinecken n'avait point de signatures, 
et celui examiné par Sotheby les a manuscrites, ce qui avait déjà été constaté par Dibdin, de sorte 
qu'on ne comprend pas pourquoi ce fait « semble tout à fait erroné » à M. Berjeau [Catalogue 
illustré des livres xylographiques, p. 8). 



^ APOCALYPSE i09 

feuillets (et il en est de même pour la 2* et la 3« édition de Sotheby, 
correspondant à la 3* et à la 5" d'Heinecken ) la met chronologi- 
quement avant celles classées par ce dernier comme 1" et 2% éditions 
habituellement imposées en trois cahiers de huit feuillets doubles 
chacun, preuve incontestable d'un certain progrès de l'art, ce qui 
aurait dû avertir Heinecken que la première place ne leur appartient 
pas. Au surplus, la même première édition de Sotheby est la plus rare 
de toutes, ce qui peut aussi subsidiairement être invoqué comme 
preuve de son antériorité. 

Dans quelle contrée cette édition originale a-t-elle vulejour? On ne 
saurait le préciser. Sotheby la croit originaire des Pays-Bas ou des 
contrées voisines, ce qui semble en effet résulter des qualités d'art de 
son dessin, bien que M. Didot leur trouve un caractère français ita- 
lianisé. Quoi de plus simple, d'ailleurs, que d'admettre que les Pays-Bas, 
ce berceau de la xylographie, ont dû, dès le début, appliquer la nouvelle 
invention à l'exécution de chacune des grandes suites de sujets bibliques 
ou allégoriques qui avaient auparavant été propagés par le moyen 
de manuscrits? 

Les trois premières éditions de Sotheby ont entre elles une grande 
affinité, comme on le verra plus loin, et appartiennent à une même école. 
M. Didot a démontré qu'elles se rapprochent beaucoup plus du modèle 
manuscrit que les autres éditions, qui constituent un autre groupe 
bien différent du premier. En effet, dans celles du premier groupe, 
on rencontre beaucoup de caractères d'archaïsme provenant du modèle 
primitif : l'architecture romane et à plein cintre, les coiffures orien- 
tales, les sièges de style grec ou byzantin, le symbolisme de la main 
céleste figurant Dieu (ce qui nous reporte au delà du xiii* siècle), etc.; 
dans le second groupe, ces particularités caractéristiques sont moder- 
nisées : les coiffures sont celles de l'Occident au xv* siècle, les 
sièges sont transformés en lourdes chaises à dossier de la même 
époque, l'architecture devient gothique ou indécise, et il faut rappeler 
que, sauf des modifications dans les détails, les compositions restent 
toiyours les mêmes. Au surplus, les dessinateurs de ce second groupe 
d'éditions de V Apocalypse^ sans doute pour simplifier le travail, ont, 
dans bien des endroits . diminué le nombre de personnages partiel- 



110 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

pant à Taction, tandis que les éditions du premier groupe sont, à cet 
égard, presque toujours conformes au manuscrit. Toutes ces consi- 
dérations prouvent clairement que ce second groupe ne doit rien au 
modèle primitif et qu'il ne se compose que des contrefaçons, plus ou 
moins fidèles, de l'édition originale. 

Toutefois, la division que nous faisons en deux groupes, contraire- 
ment à l'opinion de tous les iconographes qui nous ont précédé (car 
Sotheby n'accorde qu'une édition au groupe allemand, tandis que nous 
lui en attribuons trois), ne permet pas, à notre sentiment, d'établir, comme 
nos devanciers l'ont tenté, un ordre chronologique rigoureux pour 
toutes les éditions de V Apocalypse. 

Passons maintenant à la description de cette œuvre. 

Le manuscrit Van Hulthem se compose de vingt-quatre feuillets ou 
quarante-huit pages, dont chacune contient deux sujets, soit en tout 
quatre-vingt-seize compositions. La plupart des éditions xylographiques 
ne comptent que quarante-huit feuillets imprimés d'un seul côté et 
n'oflfrent que quatre-vingt-onze sujets, attendu que quatre des compo- 
sitions du manuscrit occupent ici une page entière chacune, et que, 
par contre, une cinquième composition est divisée dans les xylographies 
en deux sujets. Les quatre compositions qui y manquent, pour complé- 
ter le chiffre de quatre-vingt-seize, ne figurent que dans les éditions 
xylographiques de cinquante feuillets, dont il y a au moins deux et 
non pas une seule, comme on l'a dit, ce qui sera démontré plus loin. 
Ces quatre sujets manquent dans les deux exemplaires connus de l'édi- 
tion originale (première de Sotheby), mais il est impossible d'affirmer 
qu'ils n'en faisaient pas partie à l'origine; d'un autre côté, ils n'ont 
jamais figuré dans les deux premières éditions d'Heinecken, reconnues 
comme postérieures aux autres, et, bien que cette exclusion puisse 
surprendre, il est certain qu'on ne saurait baser aucun classement 
chronologique rien que sur la présence ou l'absence de ces deux 
nouvelles planches. 

En ce qui concerne la date présumée de l'exécution de quelques- 
unes des éditions de V Apocalypse, date déduite approximativement de 
certaines particularités extérieures, nous la mentionnerons en décri- 
vant chacune de ces éditions. 



APOCALYPSE iH 



GROUPE NEERLANDAIS 

Ce groupe se compose de trois éditions : 1", 2» et 3® de Sotheby, 
correspondant aux 4', 3' et 5* d'Heinecken. Nous allons les examiner 
en détail. 

Première édition de Sotheby (4« d'Heinechen). 

Il nous paraît utile de donner une description sommaire de chaque 
planche, description qui servira de point de repère pour toutes les 
éditions. Nous suivrons Tordre du récit apocalyptique qui, sauf un cas 
(voir pp. 106-107 ci-dessus), est aussi celui du manuscrit, mais qui n'a 
pas été observé dans les éditions de ce groupe. 

PI. I. Compartiment supérieur (flg. 1) : Saint Jean conversant 
AVEC TROIS Juifs catéchumènes, derrière lesquels se trouve 
Drusiana (flg. 1 du manuscrit). Légende : Conuersi ah ydolis ^ 
predicationê bfi iohânis drusiana z ceteri. Coiffures orientales (cha- 
peaux pointus, dont deux terminés par une boule). 

Compartiment inférieur (flg. 2) : Saint Jean baptisant Drusiana 
(flg. 2 du ms.). Légendes : à gauche, S. iohannes baptisas; à droite, 
Gultores ydolo*¥ eooplorantes ftâ Ifacta] dus. Le groupe d'hommes qui 
se tient en dehors du temple d'Éphèse est composé de six personnes. 

PI. IL Haut (flg. 3) : Saint Jean conduit par des soldats devant 
LE PRÉFET DE LA PROVINCE (flg. 3 du ms.). Légende : Traharnus 
iohànë. . . Au pied du préfet est assis un enfant tenant un 

CHIEN SUR SES GENOUX. 

Bas (flg. 4) : Saint Jean est envoyé par mer a Domitien (flg. 4 
du ms.). Légende : S. ioh's româ mittit\ . . Sept personnages. 
Celui placé à gauche, derrière le saint, a la chevelure en forme de 
serpents pour flgurer le diable. A côté du bateau, il y a UN petit 
canot, monté par un oarçon. 

PI. m. En un seul compartiment, à deux sujets. Dans le haut (flg. 5) : 



il2 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Saint Jean visité par un ange dans l'île de Pathmos (flg. 9 du ms J). 
Le saint reçoit de l'ange une banderole avec Tinscription : (àd* uides 

scribe 

Dans le bas : Saint Jean prosterné devant Dieu en présence des 
sept églises, des sept anges et des sept chandeliers (flg. 10 du ms.). 
Plusieurs légendes; celle du haut porte :^ hds vij eccas. .... 
Cinq chandeliers sont placés à la gauche du Tout-Puissant, et deux à la 
droite. 

PI. IV (flg. 6). En un seul compartiment: Le trône de Dieu entouré 

DE VIEILLARDS ; LES SEPT LAMPES ET LES QUATRE ANIMAUX SYMBOLIQUES 

(flg. 11 du ms.). Plusieurs légendes; la principale porte : j» VII là- 

pades Les vieillards sont au nombre de vingt-quatre. 

Les symboles des évangélistes autour du trône sont ainsi disposés : en 
haut : saint Mathieu, saint Marc ; dans le bas : saint Luc, saint Jean. 

PL V (flg. 7). En un seul compartiment: L'Agneau tenant le livre 
FERMÉ DE SEPT SCEAUX (flg. 12 du ms.). Compositiou très compliquée, 
avec un grand nombre de légendes. Celle du coin supérieur gauche 
porte : Sanctits iohanes flebat. . . 

PI. VL Haut (flg. 8) : Ouverture du premier sceau : le cavalier au 
CHEVAL BLANC (flg. 13 du ms.). Légende : Apercio prinii sigillL A 
gauche, un ange, symbolisant saint Mathieu, présente à saint Jean un 
rouleau avec la légende : Veni et vide. . . 

Bas (flg. 9) : Ouverture du second sceau : le cavalier au cheval 
ROUX (flg. 14 du ms.). Légende : Apercio secundi sigilli. Au milieu, 
un lion, symbole de saint Marc, présente à saint Jean un rouleau 
avec la légende : Veni et vide, . . 

PI. VIL Haut (flg. 10) : Ouverture du troisième sceau : le cava- 
lier AU CHEVAL NOIR (flg. 15 du ms.). Légende : Apercio tercii sigilli. 
Au milieu, un bœuf, symbole de saint Luc, présente à saint Jean un 



1 . Les figures 5 à 8 du manuscrit n'ont été reproduites que dans les éditions xylographiques de 
cinquante feuillets. 



APOCALYPSE 113 

rouleau avec la légende : Veni et vide. Sous le cheval, on lit cette 
inscription erronée : Equus pallidus ypocrisis est. 

Bas (flg. H) : Ouverture du quatrième sceau : le cavalier au 
CHEVAL pale (flg. 16 du ms.). Légende : Apercio qimrti sigilli. A 
droite est saint Jean, à qui un aigle présente une banderole avec la 
légende : Veni et vide. A gauche, le cavalier sortant du Schéol et 
symbolisant la Mort tient dans la main droite un vase enflammé. 
Plusieurs autres légendes. 

PI. VIII. Haut (flg. 12) : Ouverture du cinquième sceau : les Ames 
DES martyrs (flg. 17 du ms.). A gauche, saint Jean tient un livre fermé. 
Légende: APtio quiti sigilli. . . Au milieu, un autel. A droite, deux 
anges mettent à deux hommes des robes blanches, tandis qu'uN troi- 
sième, agenouillé et tout nu. tient aussi une robe. 

Bas (flg. 13) : Ouverture du* sixième sceau : le tremblement de 
TERRE et la CHUTE DES ÉTOILES (flg. 18 du ms.). Légende : A^tio sext 
sigillj. . . 

PI. IX. Haut (flg. 14) : Le Dénombrement des nations (flg. 19 du 
ms.). A gauche, saint Jean tenant une banderole, avec la légende : 
Vidi qtxwr âgelos. . . Au milieu, Timage de la terre et de la mer 
dans un ovale, avec la légende : Orbis terre. . .; autour, quatre 
anges. A droite, un ange tenant deux banderoles. Nombreuses 
légendes. 

Bas (flg.- 15) : Le Cantique des martyrs (flg. 20 du ms.). Dieu est 
placé vers le centre, assis dans un ovale qu'accompagnent les sym- 
boles des évangélistes. A gauche, un vieillard cause avec saint Jean; 
au-dessus d'eux, cette légende : Vrvus de seniwHbiis doctores. . . 

PL X. Haut (flg. 16) : Ouverture du septième sceau : les sept 
ang-es aux trompettes (flg. 21 du ms.). Les anges sont au nombre de 
SIX, suivis de saint Jean. Légende : Aptio septimi sigilli. . . 

Bas (flg. 17) : L'Encensoir d'or contenant les prières des saints 
(flg. 22 du ms.). Dieu se montre dans un nuage au-dessus d'un autel 
enflammé, devant lequel se tiennent debout quatre anges; au-dessus 
de leurs têtes, cette légende : Incêsa mita. . . 

PI. XI. Haut (flg, 18) : Commotions produites par le feu diîJ 

1 8 



«14 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

l'encensoir d'or (flg. 23 du ms.). A gauche, un ange verse le contenu 
de son encensoir. Légende : Primus (?) angeltcs doctores. ... A droite, 
un autre ange sonne de la trompette. Au milieu, trois arbres ren- 
versés. 

Bas (flg. 19) : Phénomènes produits par les deux autres trom- 
pettes (flg. 24 du ms.) Les deux anges, sonnant de la trompette, mar- 
chent sur une mer dans laquelle nagent huit têtes humaines. A gauche, 
un vaisseau. Légende : Scdus angeltcs. , 

PI. XIL Haut (flg. 20) : Phénomènes produits par la quatrième 
trompette (flg. 25 du ms.). Légende : Qrtiu^ angehts. . . 

Bas (flg. 21) : Phénomènes produits par la gixcuième trom- 
pette : LES SAUTERELLES SYMBOLIQUES (flg. 26 du ms.). Légende : 
Quitus angélus. . . Les sauterelles sont représentées sous la figure 
de chevaux ailés, à face humaine. 

PI. XIIL Haut (flg. 22) : Les Sauterelles symboliques et i/anoe 
DE l'abîme (flg. 27 du ms.). Ce dernier est en tête du cortège, assis 
sur un cheval à tête d'homme. Légende : Angélus abaddon, . . 

Bas (flg. 23) : La Sixième trompette : les quatre anges de l*Eu- 
phrate (flg. 28 du ms.). Le sixième ange est à gauche. Les quatre 
anges de TEuphrate sont couverts d'armures et armés. Légende : 
Sexttis angélus . . . 

PI. XIV. Haut (flg. 24) : I-a Cavalerie symbolique (flg.'29 du ms.). 
Les QUATRE anges de TEuphrate, vêtus en guerriers, sont assis sur des 
chevaux à tête de lion, vomissant du feu et ayant des queues de 
serpent. Légende : Caude equorum. . . 

Cette planche est caractéristique. D'abord, dans cette édition (et 
aussi dans la seconde de Sotheby), on voit cbiq croupes et cinq queues^ 
bien que le dessinateur n'ait représenté que quatre têtes et autant de 
guerriers : les éditions suivantes diffèrent sensiblement sous ce rapport. 
Au surplus, les banderoles des lances des cavaliers sont courtes et 
entièrement déployées en ligne droite ondoyante. 

Bas (flg. 25) : Les Sept tonnerres (flg. 30 du ms.). C'est dans cette 
planche qu'on constate le rapport étroit entre le manuscrit et le xylo- 
graphe. Dans l'un comme dans l'autre, saint Jean est représenté assis 



APOCALYPSE llo 

à une table et maintenant ouvert, à Vaide dun grattoir^ le livre placé 
devant lui, tandis qu'il tient une plume de la main droite, prêt à écrire 
sous la dictée de l'ange qui est debout, derrière lui. Ce grattoir a 
disparu dans les deux premières éditions de Heinecken. Légende : 
Signa que locuta sût. . . 

PL XV. Haut (flg. 26) : L'Ange fort (flg. 31 du ms.). L'ange est 
assis au centre, et saint Jean, debout à droite, reçoit de sa main un 
rouleau. Plusieurs légendes ; la première porte : Et leuaidt manu 
suam agel\ . . 

Bas (flg. 27) : Hénoch, Elias et Antéchrist (flg. 32 du ms.). Enoch 
et Elias, «les deux témoins », portent une banderole avec la légende : 
dm ifis. . . Il n'y a point d'arbres derrière eux. Devant eux, on 
voit l'Antéchrist assis sur un piédestal, ayant derrière lui son bour- 
reau; ils sont armés l'un et l'autre d'un glaive. 

PI. XVL Haut (flg. 28) : Meurtre d'Hénogh et d'Elias (flg. 33 du 
ms.). Les yeux du prophète ne sont pas bandés et l'Antéchrist est 
assis sur un simple piédestal. Légende : Et iacebxmt corpa. . . 

Bas (flg. 29) : Les Miracles de l'Antéchrist (flg. 34 du ms.). Il est 
placé à Textrême droite, devant deux oliviers. A ses pieds sont 
agenouillés un bourgeois et un évêque. Au milieu, un autre prélat 
ACCOMPAGNÉ d'un SOLDAT. A gauche, le bourreau s'apprête à exécuter 
DEUX personnes dont les yeux ne sont pas bandés, et trois têtes 
décapitées gisent à ses pieds. Légende : Hic facit antia^ps. . . 

PI. XVIL Haut (flg. 30) : Les Sectateurs de l'Antéchrist (flg. 35 
du ms.). Il est représenté assis dans un temple, dans un ovale sup- 
porté PAR DEUX LIONS, et reçoit les oifrandes de ses sectateurs. Au 
fond, un soldat repousse quatre personnes. A gauche, un évêque ou 
UN ROI et DEUX PRÉLATS. D'autres flgures encore sont à genoux sur le 
DEVANT et sur les côtés. Légende : Hic sedet antixps. . . 

Bas (flg. 31) : La Destruction de la puissance de l'Antéchrist 
(flg. 36 du ms.). A gauche, plusieurs sectateurs de l'Antéchrist et 
deux soldats. Au milieu, le temple. A droite, la chute de l'Antéchrist, 
qui reçoit sur la tête le vin de la colère céleste, que le Christ verse d'un 
vase à tête de lion. Légende: Hic dolent sequaces. . . 



J16 LIVRES XYLOGKAPHIQUES 

PI. XVIII. Haut (flg. 32) : La Septième trompette et le cantique 
DES VINGT-QUATRE VIEILLARDS (fig. 37 du ms.)» A gauclie, l'ange son- 
nant de la trompette. A droite, dans le haut, Dieu entouré de six 
ANGES ; au bas, treize vieillards agenouillés. Légende : /^ septimii 
agelû, . . 

Bas (flg. 33) : Le Temple de Dieu (fig. 38 du ms.). Légendes : 
Templû deù. — Archa testament L 

PI. XIX. Haut i^flg. 34) : La Femme revêtue du soleil et le dragon 
A sept TETES (flg. 39 du DIS.). Plusieurs légendes; la première porte ; 
Et ecce draco. . . 

Bas (flg. 35) : L'Archange Michel et le dragon (flg. 40 du ms.). 
L'ange de gauche tient un bouclier armorié, ofl'rant au centre un 
croissant envii^onnè de trois croix et de trois ronds; celui de droite 
porte sur le sien une croix fleuronnée, environnée de trois ronds, et 
chargâcy an centre^ dune étoile a quatre rayons. Légende : Et 
fctû est pliù magnu, . . 

PI. XX. Haut (fig. 36) : Proclamation du royaume de Dieu (flg. 41 
du ms.). Deux anges tiennent un rouleau portant cette légende : Nûc 
facta est. 

Bas (fig* 37) : La Précipitation de Satan dans les entrailles de 
LA terre (flg. 42 du ms.). L'archange Michel, qui combat le dragon, 
porte au bras gauche un bouclier droit sur le coté gauche et ovoïde 
DANS LE RESTE. Légende : Proiectus est ille draco. . . 

PI. XXL Haut (flg. 38) : Fuite de la femme aux ailes d'aigle 
(flg. 43 du ms.). Il y a deux oliviers : Tun au centre, l'autre à droite. 
Légende : Dalesiint mulieri due. . . 

Bas (flg. û9) : La Persécution du dragon contre la femme aux 
ailes d'aigle (flg. 44 du ms.). Légende : Postquam uidit draco. . . 

PI. XXn. Haut (flg. 40) : Le Combat du dragon contre les enfants 
DE LA femme (flg. 45 du ms.). Légende : Iratus est draco. . . 

Bas (flg. 41) : Portrait de la bête symbolique (fig. 46 du ms. . 
Saint Jean est à gauche et la bête à sept têtes est à droite. Légende : 
El vididemaribestiam. . . 



APOCALYPSE 117 

PI. XXIIL Haut (flg. 42) : Le Dragon transmet sa puissance a 
LA BÊTR (fig. 47 du ms.). Légende : Draco est dyaholus. . . 

Bas (fig. 43) : Les Adorateurs du dragon (flg. 48 du ms.). Ils 
sont au nombre de huit. Légende : Et adorauerût dracom\ . . 

PI. XXIV. Haut (flg. 4i) : Les Adorateurs de la bête (fig. 49 du 
ms.). Ils sont au nombre de six. Légende : -P. hanc bestfâ. . . 

Bas (fig. 45) : La Guerre de la bète contre les saints (flg. 5() 
du ms.). Les saints sont représentés par des guerriers, dont deux ont 
DES boucliers ARMORIES, AVEC UNE CROIX. Légende : Et apuit 
draco, . . 

PI. XXV. Haut (flg. 46) : La Seconde Bète symbolique (flg. 51 du 
ms.). Saint Jean, qui est à gauche, a la tête recouverte par son manteau 
et ressemble à une femme. Les adorateurs de la bête sont au nombre 
de CINQ. Légende : Etvidialiïi bestiU, . . 

Bas (flg. 47) : Supplice de ceux qui refusent d'adorer la 
première bête (flg. 52 du ms.). Les adorateurs de la bête sont au 
nombre de cinq. Légende : Et dafu est illL . . 

PI. XXVI. Haut (flg. 48) : L'Énigme du nombre de la bète (flg. 53 
du ms.). La bête à deux cornes est assise à gauche sur une montagne, 
et devant elle se tiennent debout sept personnages. Légende : Et fa- 
eiet omnes. . . 

Bas (flg. 49) : L' Agneau sur la montagne de Sion et le can- 
tique DES douze tribus (flg. 54 du ms.). Saint Jean est à gauche, 
tenant un rouleau avec la légende : Et xtidi et ecce agnus. . . A côté 
de lui, vers le centre, cinq de ses disciples, dont un est couronné, 
tiennent un autre rouleau avec la légende : Et cantabant. . . 

PI. XXVII. Haut (flg. 50) : L'Ange du jugement (flg. 55 du ms.). 
Saint Jean est à gauche. L'Ange apparaît à droite, dans un nuage. Au 
centre, deux oliviers. Légende : Et vidi alterum angelum. . . 

Bas (flg. 51) : La Chute de Babylone (flg. 56 du ms.). Légende : 
Cecidlt cecidit babilon, . . 

PI. XXVIII. Haut (flg. 52) : Menaces aux adorateurs de la betk 
(flg. 57 du ms.), A gauche, un ange parlant aux adorateurs de la béte 



U8 LIVRES XYLOGHAPHIQUES 

DONT IL EST SEPARE PAR UN OLIVIER. Au cGiitre, UR autel sur lequel 
est placé un calice ; au-dessus, l'agneau ayant la tète entourée d'un 
NIMBE CRUCIFÈRE. Légende : Et angehis secutus est. . . 

Bas (fig. 53) : Béatitude de ceux qui sont morts dans le Sei- 
gneur (flg. 58 du ms.). A gauche, un ange apparaît à saint Jean, assis 
et tenant une plume dans chaque main. Le rouleau déployé sur ces 
genoux porte cette légende : Beati mortui. . . Sa tète est entourée 
d'un nimbe. 

Pl. XXIX. Haut (fig. 54) : La Moisson mure (flg. 59 du ms.). A 
gauche, saint Jean sans son bâton. Au centre, dans le haut, le Fils de 
Dieu, dans une auréole, tient une serpe; au-dessous, une personne cou- 
ronnée moissonne du blé. Plusieurs légendes; la première porte : El 
vidi et ecce nube . . 

Bas (fig. 55) : La Vendange de sang (flg. 60 du ms.). A gauche, 
un ange, sortant d'un temple, tient une serpe. A côté de lui, un autre 
ange auprès d'un autel. Un troisième ange coupe des grappes de raisin 
qui tombent dans une cuve où elles sont pressées par trois diablotins. 
Légende de gauche : Et alim angélus eooiuit de têplo. . . 

Pl. XXX. Haut (flg. 56) : L'Annonce de sept dernières plaies 
(fl^. 61 du ms.). A gauche, saint Jean paraît endormi, à côté d'un 
OLIVIER. Devant lui, sept anges, debout et entourés d'un nuage, portent 
chacun une coupe. Légende : Et vidi aliud signiï. . , 

Bas (flg. 57) : Cantique des vainqueurs de la bête (flg. 62 du ms.). 
Saint Jean est à gauche, debout. Devant lui, sept anges avec des harpes. 
Les têtes de quatre autres anges apparaissent derrière eux. 
Légende : Et vidi tamq mare. . . 

PL XXXL Haut (flg. 58) : Les Sept Coupes de la colère de Dieu 
(flg. 63 du ms.). Saint Jean est à gauche ; au-dessus de sa tête, un rou- 
leau avec cette légende : Et vidi post hec. . . A droite, est un groupe 
d'anges, dont six se trouvent placés derrière une tablette portant pour 
légende : Et untis de qtuor aimalibus. . . Derrière eux, apparaît le 
Christ avec un nimbe crucifère entouré de rayons. 

Bas (flg. 59) : Effusion de la première coupe (flg. 64 du ms.). A 
droite, un ange répand sa coupe sur la terre ; devant lui un groupe 



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'•'<miKiHM?»«!^YAv 



APOCALYPSE i\9 

d'hommes et une femme tenant un rouleau avec inscription. En haut, 
une main sortant d'un nuage tient une banderole avec la légende : Et 
abiitptHmusangelits. . . 

PL XXXII. Haut (fig. 60) : Effusion de la deuxième et de la troi- 
sième COUPE (flg. 65 du ms.). A gauche, le second ange répand sa 
coupe sur la mer. Légende : Et scd's angélus effudit. . . A droite, le 
troisième ange verse le contenu de la sienne dans un fleuve. Légende : 
Et ter dus angélus. . . 

Bas (flg. 61) : Menace de l'effusion de la quatrième coupe 
(flg, 66dums.). Saint Jean est assis à gauche; devant lui, un ange 
debout. Légende : Et audiui angelu qrtu. . . A droite, un autre ange 
devant un autel. 

PL XXXIII. Haut (flg. 62) : Effusion de la quatrième coupe 
(flg. 67 du ms.). Légende : Et quartus angélus effUdit, . . 

Bas (flg. 63) : Effusion de la cinquième coupe (flg. 68 du ms.). Le 
groupe de blasphémateurs à droite se compose de six personnes. 
L'ange qui est à gauche verse sa coupe sur le siège de la bête, c'est- 
à-dire de l'Antéchrist, siège dont les bras ont la forme de têtes de 
chiens. Légende : Et qvurtus (sic) agelus. . . 

PL XXXIV. En un seul compartiment (flg. 64) : Effusion de la 
sixième coupe (flg. 69 du ms.). Légende : Et sextus angélus effudit. . . 

PL XXXV. En un seul compartiment (flg. 65) : Effusion de la sep- 
tième coupe (flg. 70 du ms.). Légende : Et septimus angélus effU- 
dû. . . 

PL XXXVI. Haut (flg. 66) : La Grande Prostituée (flg. 71 du ms.). 
A gauche, un ange conduit saint Jean nimbé hors du temple et lui 
montre une femme assise sur les eaux. Légende : Et ve?dt vnus de 
.vij. ang'lis. . . 

Bas (flg. 67) : L'Éniome de la grande prostituée (flg. 72 du ms.). 
A gauche, un ange porte sur son bras Tesprit de saint Jean sous la 
forme d'un enfant nimbé. Devant eux, la grande prostituée assise sur 
Idihête èise]^i\êies. Légende: Et abstulit me. . . 



120 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

PI. XXXVII. Haut (flg. 68) : Condamnation et ruine de la grande 
PROSTITUÉE (flg. 73 du ms.). A gauche, saint Jean, sans son bâton, 
regarde les ruines de Babylone parmi lesquelles on voit deux oiseaux. 
Légende : Et post hec vidi. . . 

Bas (flg. 69) : Suite du sujet précédent (flg. 74 du ms.). Un ange 
fait rouler une meule de moulin sur la mer. Légende : Et susiulU vnm 
angélus. . . 

PI. XXXVIII. Haut (flg. 70) : Cantique des saints sur la con- 
damnation DE Babylone (flg. 75 du ms.). A gauche, saint Jean debout. 
Au centre, dans le haut, Dieu dans l'auréole céleste, entouré de vieil- 
lards et d'évangélistes ; dans le bas, la Grande Prostituée couchée sur 
la mer. Légende : Et uox de trono. . . 

Bas (flg. 71) : Les Noces de l'aoneau (flg. 76 du ms.). Saint Jean 
est assis sur un monticule, à gauche. A droite, une matrone, assise 
dans un grand fauteuil, caresse Tagneau dont la tête est nimbée. 
Auprès d'elle, la table de festin avec trois convives, et au-dessous, 
un ange sonnant de la trompette. Légende : Et audiui uoce. . . 

PI. XXXIX. Haut (flg. 72) : L'Ange relève l'apotre (flg. 77 du ms.). 
A gauche, saint Jean, assis, s'entretient avec un ange ; à droite, il est 
agenouillé devant un autre ange. Légende : Et dixit michi scribe. . . 

Bas (flg. 73) : Le Verbe de Dieu (flg. 78 du ms.). A gauche, saint 
Jean, debout, vêtu d'un manteau qui lui couvre la tête. Au milieu, 
Dieu dans une cuve ardente. A droite, le «Fidèle et le Véritable », 
c'est-à-dire le Rédempteur, est à cheval, suivi de trois hommes. 
Légende : Et vidi cetû aptû. . . 

PL XL. Haut (flg. 74) : Le Grand Festin des oiseaux (flg. 79 du 
ms.). A droite, un ange debout dans le soleil, A gauche, saint Jean 
sortant du temple et regardant les oiseaux dévorant la chair de 
SIX cadavres. Légende : Et vidi vnU angelû. . . 

Bas (flg. 75) : Le Combat de la bête et des rois de la terre 
CONTRE LE FiLs DE l'Homme (flg. 80 du ms.). Saint Jean est à 
gauche, sans son bâton, les bras croisés sur la poitrine. Un 
des adorateurs de la bête porte un bouclier chargé d'une bande. 



APOCALYPSE \ï{ 

Le Rédempteur, ainsi qu'un de ses compagnons, ont des boucliers 
chargés d'une croix. Légende : Et vidi beslià. , . 

PL XLL Haut (flg. 76) : Anéantissement de la bête (fig. 81 du 
ms.). A gauche, le Rédempteur, suivi 'de deux guerriers, tous à 
cheval. Leurs boucliers sont armoriés : l'un est chargé de deux fasces, 
le second d'une croix, le troisième d'une C7^ùix cantonnée de deux 
croissants aux 2* et 3* cantons. A droite, la bête et le faux prophète 
sont précipités dans l'abîme, figuré par la gueule d'un monstre 
jaillissant des flammes. Légende : Et apphensa e bestia. . . 

Bas (flg. 77) : Le Dragon enchaîné pour mille ans (flg. 82 du ms.). 
A gauche, saint Jean est assis sur un rocher. Au milieu, le dragon 
enchaîné par un ange. A droite, un autre ange ouvre l'abîme; 
au-dessus, un troisième ange dans les airs, tenant une clef. Légende : 
Et vidi angelu de celo descendentê. . . 

PI. XLIL Haut (flg. 78) : La Première Résurrection (flg. 83 du 
ms.). A gauche, saint Jean assis sur un tertre, ayant son bâton par 
terre devant lui. A droite, un lit où sont couchés, dans les deux sens, 
cinq personnes, dont les âmes, symbole de la résurrection, sur- 
montent leurs têtes, sous la figure de petits enfants nus. Au-dessus, 
quatre juges assis. Légende : Et vidi se des. . . 

Bas (flg. 79) : Délivrance de Satan (flg. 84 du ms.). Le dragon, 
sorti de prison et monté par un guerrier, assiège le camp des saints et 
la ville bien-aimée. Ce guerrier porte un bouclier chargé de deux 
fasces accompagnées de trois petits ronds. Légende : Et eu consûmati 
fue^Hnt. . . 

m 

PL XLIIL Haut (flg. 80) : Le Supplice de Satan et du faux pro- 
phète (flg. 85 du ms.). Dans l'étang de feu et de soufre, on voit l'An- 
téchrist et les autres bêtes, ainsi que plus de douze de leurs 
adorateurs. Légende : Et dyabolus qui seducebat eos. . . 

Bas (flg. 81) : Le Jugement dernier (flg. 86 du ms.). Saint Jean 
est assis, à gauche. Au milieu, un seul olivier. A droite, la bouche 
de l'enfer où apparaissent une douzaine de têtes. Au-dessus, Dieu 
entouré d'une auréole. Légende : Et uidi thronumagnû. . . 



in LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

PI. XLIV. Haut (flg. 82) : La Jérusalem nouvelle (flg, 87 du ms.). 
A gauche, saint Jean, assis, ayant devant lui deux oliviers, contemple 
la sainte cité. Légende : Ht ego iohês vidi. . . 

Bas (flg. 83) : Description de la Jérusalem céleste (flg. 88 du 
ms.). A gauche, un ange tient saint Jean par la main. Les murs de la 
cité apparaissent derrière une grande tablette avec cette légende : Et 
venit unus de .vij. angelis . . . 

PI. XLV. Haut (flg. 84) : Suite de la même description (flg. 89 du 
ms.). Saint Jean est assis à gauche, sans livre, regardant la ville 
sainte en flammes. A droite, dans le haut, Dieu entouré d'une auréole, 
et au-dessous plusieurs personnages. Légende : Et bndit [ostendit\ 
mH [michi] 

Bas (fig. 85) : L'Ange relevant saint Jean (flg. 90 du ms.). 
Légende : Et postquà vidissë 

PI. XLVL Haut (flg. 86) : Conclusion (flg. 91 du ms.). Saint Jean est 
à gauche, à genoux devant le Tout-Puissant qui tient de la main gauche 
un grand écriteau contenant les derniers versets de l'Apocalypse. 
Légende : Et dixit michi desig?iaue^Hs, . . 

Bas (flg. 8T) : Retour de saint Jean a Éphèse. Résurrection de 
Drusiana (flg. 92 du ms.). Ici recommence la continuation de la vie 
fabuleuse de saint Jean. La planche offre deux sujets distincts. 
A gauche, l'accueil fait à l'apôtre à son retour, à l'entrée d'un 
temple, par un homme, une femme et deux enfants. A droite, est 
représentée la résurrection de Drusiana, derrière le lit de laquelle on 
voit QUATRE PERSONNAGES. Légoudo do gauchc : Et occurrit iohani. . . ; 
légende de droite : Hic resv^citaV. . . 

PI. XL VIL Haut (flg. 88) : Deux Miracles opérés par saint Jean 
(flg. 93 du ms.). Deux scènes distinctes. A gauche, trois personnes 
sortent d'un temple ; la première porte une charge de pierres que le 
saint transforme en piètres précieuses. Légende : Stultus ë huV 
mûdi, . . A droite, deux hommes munis de baguettes de bois que 
l'apôtre métamorphose en lingots d'or. Légende : Isti duo iuuenes. . . 

Bas (flg. 89) : Miracle de la chute du temple de Diane a 
Éphèse (flg. 94 du ms.). Saint Jean est à genoux devant le temple, 



APOCALYPSE ^aa 

ainsi que Drusiana et son mari. Derrière eux, un groupe de quatre 
PERSONNAGES. Légende : Hic orate btô iohàne. . . 

PI. XLVIII. Haut (flg. 90) : Le Miracle du poison (flg. 95 du ms.}. 
A gauche, l'empereur Domitien assis. Au centre, deux esclaves. A 
droite, saint Jean avalant le poison, et derrière lui, deux hommes, 
dont Tun est armé d'un bâton et l'autre d'un glaive. Légende : Sts ioh's 
iacentibus mortuis, . . 

Bas (flg. 91) : La Mort de saint Jean (flg. 96 du ms.). Trois scènes 
distinctes. A gauche, saint Jean disant la messe dans un temple sans 
fenêtres. Légende : Grras tibi due. . . A droite, dans le haut, un 
ange emportant l'âme du saint; dans le bas, saint Jean dans son tom- 
beau, LA tète relevée. Légende : CU Ut orône [autem orationem]^ 
fecisset, , . 

Voici maintenant la description de deux planches complémentaires 
qui ne se trouvent que dans les éditions en cinquante feuillets et qui 
appartiennent à la partie consacrée à la première phase de la vie de 
saint Jean. Elles se placent, dans l'ordre biographique, entre la 
deuxième et la troisième planche. 

PI. II bis. Haut (flg. 4" ) : Saint Jean traduit devant Domitien 
(flg. 5 du ms.). L'empereur romain, ayant la couronne sur la tête 
et le sceptre en main, est assis à droite. Devant lui, sur la marche du 
trône, on voit le nain favori de Domitien entraîner le saint, derrière 
lequel est un bourreau et un soldat armé d'une hallebarde. Légende : 
Hic per noiià seclâ (sic, au lieu de doctnnam) deoru nroru [nostro- 
rmn] euacuauit culturam. 

Bas (flg. 4*) : Le Miracle de la porte Latine (flg. 6 du ms.). 
L'empereur est assis à gauche et écoute un homme ; au-dessus de leurs 
tête est écrit : Traditor. A droite, le martyre de l'apôtre, surmonté de 
cette légende : Dolfaferuenlis olei. 

PI. II ter. Haut. (flg. 4*^) : Domitien condamne saint Jean a l'exil 
DANS l'île de Pathmos (flg. 7 du ms.). L'empereur est assis à droite. 
Devant lui, son nain attire son attention sur la besace de l'apôtre 
escorté par un homme armé d'une fourche et traîné par deux hommes, 



124 LIVRES XYLOGRAPHIQLES 

les mains liées par une corde. Légende : Domicimi' ioKàrië deorû 
ûroru cofèptorê ipathmos Isula exulo (la fin de la légende est reportée 
en tête de la composition suivante). 

Bas (flg. 4*^ 1 Le Navire transportant l'apotrr est en vue de 
Pathmos (flg. 8 du ms.). Saint Jean lit dans un livre. La voile du mât 
porte trois écussons en blanc. 

La première édition de Sotheby est un petit in-folio, de quarante- 
huit feuillets (du moins dans les exemplaires^ connus), imprimés au 
frotton, àTencre grise, d*un seul côté du papier, sans chifl'res, réclames 
ni signatures. Imposition par cahier de deux feuillets. 

Heinecken Ta décrite (pp. 362-364) assez brièvement d'après un 
exemplaire colorié, qui appartenait alors à M. Gockinga, curé à Wilnes, 
village entre Amsterdam et Utrecht. Il provenait de la bibliothèque de 
Henri-Joseph Rega, vendue à Louvain, en 1755, et fut acquis à une 
vente faite à La Haye en 1764, dans le catalogue de laquelle, rédigé 
par Van Damme, d'Amsterdam, ce livre a été annoncé comme imprimé 
à Harlem, entre 1430 et 1440, par Laurent Coster. Cet exemplaire, 
dont on ignore le sort, n'avait point de signatures, et était classé selon 
l'ordre du récit de l'Apocalypse. 

Le second exemplaire signalé, et le seul que Ton connaisse aujour- 
d'hui de cette édition, est celui de la bibliothèque de lord Spencer, 
décrit d'abord dans le Catalogue raisonné de la collection Crevenna (à 
la vente de laquelle il fut acquis pour 510 florins), ensuite par Dibdin, 
dans la Bibliotheca Spenceriana^ enfin par Sotheby (I, pp. 1-2) qui y a 
joint un fac-similé de la première planche. Cet exemplaire, également 
colorié, a des signatures manuscrites, mises dans un ordre erroné, 
qui n'est pas celui de TApocalypse. 

Heinecken a déclaré que cette édition a été faite àTaide des planches 
de celle qu'il classe comme troisième (deuxième de Sotheby). « Toute 
la différence consiste, dit-il, en ce qu'on ne trouve point de chiffre sur 
aucune des planches dont ce livre est composé. Il est à croire que 
l'imprimeur qui avait fait l'acquisition de ces planches a coupé les 
chiffres, avant que d'en tirer des épreuves pour en faire une nouvelle 
édition. » 

Voilà, on l'avouera, un argument qu'on est étonné de rencontrer 



APOCALYPSE 123 

SOUS la plume d'un iconographe aussi distingué que l'était Heineckon. 
Sans aborder ici la question de savoir si ces deux éditions ont réelle- 
ment été tirées sur les mêmes planches (ce dont nous nous occuperons 
plus loin), et même dans le cas où cela fut exact on se demande pour- 
quoi Heinecken n'en a pas plutôt déduit une conclusion tout opposée. 
On comprend, en effet (et les faits le confirment), que les xylographes 
se soient aperçus, avec le progrès de Tart, qu'il serait utile d'ajouter des 
signatures à leurs publications, pour servir de guide aux brocheurs ou 
aux relieurs, et, en revanche, on ne voit pas pour quelle raison ils se 
seraient sciemment privés de ce moyen de classement, après en avoir 
déjà reconnu l'utilité. Peut-on même supposer qu'ils auraient cherché 
par un subterfuge aussi puéril de donner le change à l'acheteur ? 

La même chose arriva plus tard pour les impressions en caractères 
mobiles, dont les plus anciennes n'ont pas de signatures, et si Heine- 
cken avait été bibliographe en même temps qu'iconographe, non seule- 
ment il aurait su éviter l'erreur dans laquelle il est tombé, mais il se 
serait demandé si précisément cette absence des signatures à sa 
quatrième édition de l'Apocalypse ne devrait pas plutôt lui assurer le 
premier rang. 

Le filigrane du papier de cette édition (exemplaire Spencer) est un 
P surmonté d'une croix. Sotheby a reconnu qu'il est de provenance 
hollandaise, et ses recherches sous ce rapport l'ont conduit à penser 
que cette édition a été exécutée entre 1415 et 1420. 

Deuxièitie édilion de Sotheby (3* d*Heinecken). 

Petit in-folio de cinquante feuillets, imprimés au frotton, à Tencre 
grise, d'un seul côté du papier, sans chiffres ni réclames, mais avec 
signatures. Imposition par cahiers de deux feuillets. 

Sotheby, qui a eu la bonne fortune de pouvoir comparer cette 
édition avec la précédente, affirme qu'elle en est le fac-similé telle- 
ment parfait qu'on n'y découvre aucune autre différence que l'addition 
des signatures. Me trouvant dans l'impossibilité de le vérifier par moi- 
même, je ne saurais contredire l'opinion de Sotheby. A en juger par 
les fac-similés donnés dans Fouvrage de Ticonographe anglais, cette 
parfaite identité paraît réelle, ce qui explique pourquoi Heinecken a 



126 



LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



dit que les deux éditions ont étë tirées sur les mêmes planches. Pour 
prouver qu'il n'en est pas ainsi, Sotheby fait remarquer qu'il y a une 
grande différence dans les dimensions entre les planches respectives, 
sans quoi Ton pourrait se demander s'il ne serait pas plus sage de con- 
sidérer cette seconde édition comme un nouveau tirage des planches 
originales auxquelles on aurait préalablement ajouté des signatures, 
au moyen de petits morceaux de bois rapportés, de chevilles ^ comme 
on dit aujourd'hui, opérations qui n'offrait pas au résumé une bien 
grande difficulté, et dont on trouve de nombreux exemples, bien avérés, 
dans l'histoire de la xylographie. Cette hypothèse tombe d'elle-même 
toutefois, si les légendes des planches de la première édition ont exac- 
tement été rapportées par Sotheby, car nous y trouvons des différences 
avec celles de la seconde édition. Dans la première, il y aurait : Pnmis 
angélus [\)\. i 1), Caude equorum (pi. 14), Et septimus angélus (pi. 35), 
tandis que dans la seconde, nous lisons : Primus angélus, Caude 
equorti^ Et seplim' angeluSj ce qui prouverait péremptoirement que les 
deux éditions ne pourraient pas avoir été tirées avec les mêmes plan- 
ches. Il est même surprenant que Sotheby n'y ait pas fait attention, et 
qu'il n'ait pas invoqué cet argument à l'appui de sa démonstration, ce 
qui peut laisser planer un doute sur le bien fondé de son opinion. 

Les signatures consistent en lettres gothiques minuscules, placées 
dans la partie supérieure de chaque page. Chaque lettre est répétée 
deux fois de suite, mais le double alphabet n'ayant suffi que pour 
quarante-quatre planches, les quatre dernières portent les signes -{- et 
X en guise de signatures *. Par suite d'une méprise, assurément, les 
signatures n'ont pas toujours été mises dans l'ordre du récit apoca- 
lyptique, et voici leur concordance avec la liste des planches que j'ai 
donnée plus haut. Je mets de côté les planches additionnelles. 



PI. 1 et 2, a, a (pi. { et 2). 

PI. 3 et 4, b, b (pL 3 et 4). 

PI. :> et 6, f, c (pi. 5 et 8). 

PL 7 et 8, b, b (pL iO et 6). 

PL 9 et 10, f, r (pL 7 et 9). 

PL II et n, f, f (pL a et 12). 

PL 13 et U, (, s (pL 13 et J4). 

PL 15 et 16, ^, l| (pL io et 16). 



PL 17 et 18, f, t (pL 17 et 21). 

PL 19 et 20, k, k (pL 18 et 22). 

PL 21 et 22, l, l (pL 19 et 20). 

PL 23 et 24, n», m (pL 23 et 24). 

PI 2o et 26, n, n (pL 25 et 26). 

PL S7 et 28, 0, o (pL 29 et 30}. 

PL 29 et 30, F, p (pL 31 et 32). 

PL 31 et 32, q, q (pL 33 et 34). 



1. Sotheby a donné en fac-similé toutes ces »ig^iatMrei« (pL VU), 



APOCALYPSE 



127 



PJ. 33 et 34, r, r (pï. 35 cl 3H). 

PI. 35 et 36, 6, « (pi. 42 et 37). 

PI. 37 et 38, t, t (pi. 39 et 40). 

PL 39 et 40, u, u (pL 3S et 41). 



PL 41 et 42, r, r (pi. 2^ et 28). 
PL 43 et 44, jï, j» (pi. 44 et 43). 
PL 45 et 46, +, 4- (pL 45 et 46). 
PL 47 et 48, X, X (pL *^ «t 48). 



Les premiers mots des légendes, dans la description de cette édition 
par Heinecken, ne sont pas toujours d'accord avec la table donnée par 
Sotheby, par cette raison que, pour certaines figures accompagnées 
de plusieurs légendes, ces deux iconographes n'ont pas toujours rap- 
porté les premiers mot de la même. 

Cette édition, comme nous Tavons dit, contient cinquante planches, 
ce qui a été reconnu par Heinecken, bien que sa liste des planches n'en 
offre que quarante-huit, probablement par suite d'une omission. Il n'a, 
il est vrai, rencontré aucun exemplaire complet de cette édition, mais 
il déclare avoir pu en reconstituer la composition à l'aide de trois 
exemplaires défectueux. Les deux planches additionnelles se placent à 
la suite des deux premières, et portent comme elle la lettre a gothique 
pour signature. La légende de Tune est : hic per noua sectà deoni 

hroru ; celle de l'autre : Domician' lohahè deor ntor Elles 

sont de la même main que l'ouvrage entier, et celui-ci étant, soit un 
nouveau tirage des bois de l'édition précédente, sans signatures, soit, 
au dire de Sotheby, un fac-similé de cette même édition, il surgit la 
question de savoir si ces deux planches faisaient également partie de 
cette première édition, ou si elles n'ont été ajoutées qu'à la seconde. 
Je serais plutôt porté à admettre cette dernière hypothèse, et en voici 
la raison :'Ges planches, comme on l'a vu, qui occupent la troisième et 
la quatrième place dans l'ordre de classement, portent les signatures 
a, a, comme les deux premières, ce qui semble montrer qu'elles ont 
été faites après coup, quand l'édition entière était déjà prête. Si, en 
eflFet, elles avaient existé dès l'origine, on les aurait comprises dans 
l'ordre régulier des signatures, comme cela a lieu dans l'édition 
suivante en cinquante feuillets, et au surplus on les trouverait plus 
généralement dans les exemplaires de la seconde édition, tandis qu'on 
ne les rencontre qu'exceptionnellement. Toutes ces circonstances 
conduisent à penser que la première édition a pu être faite sur un 
modèle manuscrit incomplet des deux planches en question, qu'on a 
reproduites seulement pour la seconde édition d'après un autre modèle, 



128 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

OU bien qu'il y a eu à cet égard, de la part du premier xylographe, un 
simple oubli qu'on a réparé plus tard. 

Sotheby exprime l'opinion que cette édition a été exécutée vers 1420; 
en tout cas, si la note jointe à l'exemplaire de lord Ashburnham (voir 
plus bas) est exacte, elle serait antérieure à 1432. 

Heinecken n'a vu de cette édition qu'un exemplaire incomplet (il 
n'avait que 42 planches) à la bibliothèque du chapitre de Munster, un 
autre également défectueux, dans celle de l'évêché de Passau, et 
quelques fragments qu'il a achetés à un couvent de l'Alsace. Ils étaient 
tous enluminés. 

Sotheby a donné une reproduction en fac-similé de la première et 
de la dernière page, d'après un exemplaire non colorié, mais ne comp- 
tant que quarante-huit feuillets, ayant successivement appartenu à 
John Inglis, à G. Hibbert et à Fr. Douce (payé 31 1. 10 sh., en 1829), 
qui l'a légué, avec toute sa collection, à la bibliothèque Bodléienne, à 
Oxford. Le flhgrane du papier est une ancre. 

Postérieurement, Sotheby a trouvé un autre exemplaire à la biblio- 
thèque de lord Pembroke, à Wilton House; il compte cinquante 
feuillets, ce qui le rend unique. 

Notre Bibliothèque nationale en possède un, colorié, incomplet des 
planches 7, 9, 10, 11, 13, 15, 16, 17, 18, 20, et delà seconde planche 
additionnelle. 

Dans la bibUothèque de lord Ashburnham est un exemplaire 
incomplet, provenant de la librairie Kloss, de Francfort (catalogue 
de 18:35, n« 202i). Il contiendrait à la fin une annotation manuscrite 
du pape Martin V, mort en 1431. 

C'est à tort que Sotheby, et M. Brunet, après lui, affirment que 
Texemplaire de Brienne, vendu 600 francs, en 1792, était de cette édition. 
Il est vrai que Laire (n° 2 du catalogue) a cher-ché à identifier cet exem- 
plaire avec la 3" édition d'Heinecken, mais la description qu'il en donne 
prouve qu'il était de la 5* édition d'Heinecken (qui va suivre), mais 
incomplet de deux planches, puisqu'il n'en comptait que quarante- 
huit, à moins qu'il n'ait été composé des feuilles de ces deux éditions, 
ce qui est encore possible. 



APOCALYPSE 129 



Troisième édition de Sotheby (5' d'Heinecken). 

Petit in-folio, de cinquante feuillets, imprimés au frotton, à l'encre 
grise, d'un seul côté du papier, sans chiffres ni réclames, mais avec 
signatures. Imposition par cahiers de deux feuillets. 

Cette édition est une copie de la précédente, et il n'y a pour ainsi dire 
que la transcription des légendes et les signatures qui diffèrent. Les 
signatures consistent, comme dans l'édition précédente, en un double 
alphabet minuscule (a à 3, plus deux signes), chaque signature se 
répétant deux fois de suite. Les deux planches additionnelles (dont 
Sotheby a donné desi fac-similés) sont intercalées à leur place respective 
et signées régulièrement (b, b), d'où il résulte qu'à partir de la troi- 
sième planche, les signatures ne concordent plus avec les planches 
respectives de l'édition précédente. 

, Voici, d'ailleurs, la liste des planches avec les légendes : 

PL 1. Sign. a. Cdicersi ah idolis. . . 

» 2. » û. Trahamus johannem. . . 

» 3. » b. Hic pernovâ sectà. . . 

» 4. » b. domician\ johanè. . . 

» 5. » c. Per has VII ecclesias. . . 

» 6. » c. Per VII Iwpades. . . 

» 7. » ï. Sancf jhoés {sic) flebat. . . 

» 8. » ï. aptio quiti sigilli. . . 

» 9. » e. Apertio septimi sigilli, . . 

» 10. » e. apcio primi sigilli. . . 

» 11. » f. Apercio tercii sigilli, . . 

» 12. » f. Vidi IIIP' àgelos. . . 

» 13. » fl. P'm? âgl's. . . 

» 14. » g. Qrf^ angélus. . 

» 15. » I). angélus abadon. . 

» 16. » l|. Caude equorum. . . 

» 17. » i. *^ leicauit. . . 

» 18. » t. Etjacebunt. . . 

» 20. » k. hic sedet antiaypristus. . . 



UO LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

PI. 19. Sign. k. Date sunt. . . 



» 


21. 


» 


i. p septimû anglm. . . 


» 


22. 


» 


l. Iratusest draco. . • 


» 


23. 


» 


m. 1 ecce draco. . . 


» 


24. 


» 


{i) Nûc facta est. . . 


» 


25. 


» 


(2) Draco est didbolus. . . 


» 


26. 


» 


n. Per hàc bestiam. . . 


» 


27. 


)) 


0. Et faciet oes. . . 


» 


28. 


)> 


0. Et vidi aliam. . . 


» 


29. 


» 


p. Et vidi t ecce. . . 


» 


30. 


» 


p. Etvidialiud. . . 


» 


31. 


» 


q. Et vidi p^ hec. . . 


» 


32. 


» 


{\. 7 scd^s àgehC^. . . 


» 


33. 


» 


r. Et quart^ angélus. . . 


» 


34. 


» 


t. Et seootus angélus. . . 


» 


35. 


» 


s. Et septim*^ âgelus. . . 


» 


36. 


» 


0. Et vevtun'^. . . 


» 


37. 


» 


t. Etvidisedes. . . 


» 


38. 


» 


t. Et post hec vidi. . . 


» 


39. 


» 


0. Et dixit michi. . . 


» 


40. 


» 


0. X vidivnû. . . 


» 


41. 


» 


r. Et vox de throno. . . 


» 


42. 


» 


t. Et app?iensa ê besiia. . . 


» 


43. 


» 


g. Et vidi alteru. . . 


M 


44. 


» 


g. Et angélus secutus. . . 


» 


45. 


» 


3. EtegojoKs. . . 


» 


46. 


» 


3. Et dyàbolus qui. . . 


» 


47. 


» 


$ . Et ostêdit michi. . . 


» 


48. 


» 


$. Et diant michi. . . 


» 


49. 


» 


9. Stulf> ê huf. . . 

• 


» 


50. 


» 


9 Beatus johannes. . . 



Sauf la transposition des feuillets portant la signature 0, transposi- 
tion probablement factice, due au relieur, Tordre de ces planches est 
le même que celui de la seconde édition. Sotheby place nos planches 

i. 2. Cm planches n'ont pas de signaturei. 



APOCALYPSE i3l 

47 et 48 avant celles portant la lettre 3 (45 et 46), ce qui est évidem- 
ment fautif et doit provenir aussi d'une transposition à la reliure. Les 
légendes sont généralement entourées d'un cadre de filets. 

Heinecken a donné un fac-similé en réduction de la première 
planche. Il a remarqué, dans l'exemplaire ayant appartenu à Mariette 
(et dont on ignore le sort), cette particularité qu'à la quatrième planche 
(la seconde nouvelle), le voile du vaisseau qui transporte saint Jean à 
Pathmos porte deux écus ainsi armoriés : 





ce qui ne se voit ni dans la seconde édition, ni dans aucun autre exem- 
plaire de celle-ci, où ces écussons sont blancs. 

Gaignat en possédait deux exemplaires : l'un colorié, incomplet 
des planches 36 et 37, mais parfait de tirage, fait aiyourd'hui partie de 
la bibUothèque du Musée britannique; l'autre, non colorié, ayant suc- 
cessivement appartenu à de Cotte, Gaignat, Girardot de Préfond, Mac 
Carthy (725 fr.), Lang (acheté 60 1. st. à l'amiable, vendu à sa vente, 
en 1820, 45 1. st.), SoUy (vendu 27 1. st. en 1831), Frank Hall Standish, 
qui l'a acheté 52 1. 10 sh. et Ta revendu avec sa bibliothèque au roi 
Louis-Philippe, d'où il passa dans celle du duc d'Àumale. Sotheby s'est 
servi de cet exemplaire. 

La Bibliothèque nationale en possède un superbe exemplaire, non 
colorié. 

GROUPE ALLEMAND 

Ce groupe se compose de trois éditions : 4* et 5* de Sotheby, corres- 
pondant aux 2* et 1'' d'Heinecken, et de l'édition dite de Gottwic. 

Quatrième édition de Sotheby (2* d^ Heinecken). 

Petit in-folio, de quarante-huit feuillets, imprimés au frotton, à 
l'encre grise, d'un seul côté du papier, sans chiffres ni réclames, mais 
avec des signatures. Il est imposé, non plus par cahiers de deux 



i32 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

feuillets, comme les éditions précédentes, mais en trois cahiers de huit 
feuillets doubles s'encartant les uns dans les autres, circonstance qui, 
comme nous Tavons déjà dit, prouve qu'elle leur est postérieure. 

Les signatures consistent en un seul alphabet gothique, majuscule, 
et il n'y a qu'une des deux planches se faisant face qui soit signée. Les 
planches sont classées dans l'ordre du récit de l'Apocalypse. 

Cette édition est une copie de la première, mais sensiblement 
modifiée. Nous allons énumérer les principales différences. 

PI. I, sign. J3l. Conûsi ah ydolis. . . 

Haut. Saint Jean est entre deux arbres. Sa tête n'est pas nimbée. 
Les trois catéchumènes portent des coiffures occidentales. La signa- 
ture Jl est à côté de Tarbre. 

Bas. Saint Jean bénit de la main gauche. Le groupe d'hommes 
ne compte que quatre personnes. 

PI. IL Traharrvus iohanè. . . 

Haut. Pas d'enfant avec chien, mais un jeune homme debout a la 

DROITE DU préfet. 

' Bas. Il n'y a plus de bateau monté par un garçon, et les person- 
nages ne sont plus qu'au nombre de cinq. Cinq cordes au mât de la 
barque. 

PI. III, sign. lu. Qd' vides scribe. . . Per has. vij\ eccas. . . 

La signature est en haut de la planche. 

Les chandeliers sont tous placés à la gauche du Seigneur. 

PI. IV. Per. vij. lampades. . . 

Les vieillards couronnés ne sont plus qu'au nombre de dix-huit. 
Les symboles des évangélistes sont ainsi disposés : en haut, saint 
Mathieu, saint Jean; dans le bas, saint Luc^ saint Marc. 

PI. V, sign. C Sancttts ioh'es flebat. . . 

La tête de saint Jean n'est pas nimbée. Les symboles des évangé- 
listes sont ainsi disposés : en haut, saint Mathieu, saint Jean ; dans le 
bas. saint Luc, saint Marc. 

Pl.YI. A pdoprimisigilli. . . 



APOCALYPSE 133 

Bas. Le rouleau avec la légende : gladius. . . n'est plus à côté, 
mais sous le cheval QVi a lb pibd droit de derrière levé. 

PI. VII, sign. Jl. Apcio tercij sigïllL . . 

Haut. La queue du cheval est nouée. L'inscription relative à ce 
cheval est tantôt laissée en blanc, tantôt le mot pallidus y est omis. 

PI. VIII. Aptio qhti sigilli. . . 

Haut. Saint Jean tient un livre ouvert. Il n'y a plus que deux figures, 
dont on ne voit pas les têtes, vêtissant des robes blanches. 

PL IX. Vidi quatuor angelos. . . 

Haut. Le pavillon du vaisseau est tourné a droite et flotte. 

PI. X, sign. <C Apcio septimi sigilli. . . 

Haut. Les anges ne sont plus qu'au nombre de quatre. La signature 
<C est à droite du dernier. Les trompettes que tient l'un d'eux sont 
presque droites. 

PI. XI, sign. £. Primus angélus. . . 

Bas. On ne voit que six têtes humaines nageant dans la mer. Le 
vaisseau a un mât à trois cordes. 

PI. XH. Quartus angVs. . . 

Bas. L'ange est vêtu d'un manteau. 

PI. Xni, sign. ®. Angélus abadon. . . 

Bas. Il n'y a que trois anges de l'Euphrate qui soient bien visibles. 

PI. XIV. Caude eqvxyru. . . 

Haut. On ne voit que trois anges armés, mais quatre têtes et quatre 
queues de chevaux. La banderole de la lance du premier cavalier pend 
vers le bas. 

Bas. Saint Jean tient une plume dans la main gauche, et n'a pas de 
grattoir dans la droite. 

PI. XV. sign. jÇ. Et leuauit angélus. . . 

Haut. L'ange assis au milieu a le pied droit sur la mer et le pied 

GAUCHE sur là TERRE. 

Bas. Il y a deux arbres à côté d'Enoch et d'Elias. 



134 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

PI. XVI. Et iacebût corpa. . . 

Haut. L'Antéchrist est assis sur un trône. 

Bas. Il n'y a pas de soldat à côté de Tévêque debout. Une seule 
personne est sur le point d'être décapitée, et .une seule tête gît par 
terre. 

PI. XVII, sign. S. Hic sedet antixps. . . 

Haut. L'Antéchrist est assis sur un trône. A gauche, un roi et trois 
évêques, mais on ne voit que deux figures. La signature ^ se trouve 
dans le coin gauche supérieur. 

Bas. A gauche, deux sectateurs et deux soldats, dont l'un ne laisse 
voir que sa tête. Au milieu, un olivier. 

PI. XVIII. P septimû angPm. . . 

Haut. Cinq anges seulement et six vieillards. 

Bas. Légende : Templum dei. 

PI. XIX. Et ecce draco. . . 

Bas. Le bouclier de l'ange de droite, qui plane dans les airs, porte 
une croix fleuronnée, cantonnée de quatre ronds, liés entre eux en 
sautoir par un filet. 

PI. XX, sign. M. Nûc facta est. . . 

Bas. Le bouclier de l'archange Michel n'est plus droit sur le côté 
gauche, la partie qui abrite le poing faisant saillie. 

PI. XXI, sign. jf . Date sunt mulieri due. . . 
Haut. La légende a dix lignes au lieu de neuf. 

PI. XXII. Iratus est draco. . . 

Haut. Le bouclier d'un des anges est pareil à celui de l'archange 
Michel de la planche 20, ci-dessus. 

PI. XXIII, sign. m. Draco ^5idya6oZu5. . . 

Bas. Les adorateurs du dragon ne sont qu'au nombre de six. 

PhXXIN.Phancbestià. . . 

Haut. Les adorateurs de la bête ne sont qu'au nombre de quatre. 
Bas. Les guerriers renversés ne sont qu'au nombre de quatre; l'un 
d'eux seulement est armé d'un bouclier armorié avec une croix. 



APOCALYPSE 135 

PI. XXV, sign. H. Et uidi aliâ besttà. . . 

Haut et bas. Les adorateurs de la bête ne sont que quatre. 

PL XXVL Et faciet onis (sic). . . 

Bas. Les disciples de saint Jean ne sont plus que quatre. 

PL XXVII, sign. ®. Et uidi alterum angelum. . . 

Haut. Il n'y a qu'UN olivier. A droite, on distingue huit personnes. 

PL XXVIII. Et angélus secutm est. . . 

Haut. L'olivier est supprimé, ainsi que le nimbe de la tête de 
Tagneau. 

Bas. Saint Jean n'a pas de nimbe, et n'a qu'UNE plume qu'il tient 
dans la main droite. 

PL XXIX, sign. y. Et uidi et ecce nubè. . . 

Haut. Saint Jean a son bâton. La serpe de Dieu n'est pas dentelée. 

PL XXX. E uidi aliud signû. . . 

Haut. Il n'y a pas d'olivier. Saint Jean tient le bâton entre ses 
jambes. 

Bas. Il n'y a aucune tête derrière les sept anges. 

PL XXXI, sign. (BU. Et uidiposthec. . . 

Haut. Quatre anges seulement derrière la tablette. Le nimbe cruci- 
fère du Cbrist n'a pas de rayons. 

Bas. Dans le groupe, on ne voit bien que trois têtes et deux per- 
sonnes en pied. 

PI. XXXII. Et secundus angélus. . . 

Haut. Dans la mer, on voit une tête tonsurée. 

PL XXXni, sign. H. Et q'rtus agVs effudit. . . 
Haut. Onze personnes dans la partie supérieure. 
Bas. Dans le groupe de blasphémateurs, on ne distingue bien que 
quatre personnes. 

PL XXXIV. Et sextus angélus effudit. . . 
La fenêtre du temple n'est pas vitrée. 



136 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

PL XXXV, sign. SS. Et septvm? angVus eff%uUt. . . 
Les fenêtres du temple sont vitrées. 

PL XXXVL Et uëit vnus de vij.anglis. . . 
Haut. Saint Jean n'a pas de nimbe. 

PL XXXVII, sign. €. Etpost hec uidi. . . 
Haut. Saint Jean a son bâton, et il n'y a qu'uN oiseau parmi les 
ruines. 

PL XXXVIII. Et uox de throno. . . 

Bas. Saint Jean tient sur ses genoux un livre fermé. L'agneau 
n'est pas nimbé. 

PL XXXIX, sign. H. Et dixit michi scribe. . . 
Bas. Le manteau du saint ne lui couvre plus la tête. Derrière le 
Rédempteur il n'y a plus que deux hommes. 

PL XL. Et vidi vnTi angelû. . . 

Bas. Saint Jean a son bâton qu'il tient dans la main droite. Les 
boucliers des adorateurs de la bête sont blancs. 

PL XLI, sign. V'- Et apphensa ë bestia. . . 

Haut. On ne voit que deux boucliers, chargés chacun d'une croix. 

Bas. Saint Jean est debout. 

PL XLII, sans sign. Et vidi sedes. . . 
Haut. Le bâton du saint est à sa droite. 

Bas. Le guerrier assis sur le dragon a son bouclier couvert de 
traits verticaux (pale). 

PL XLIII, sign. V. Et dyabolus qui deducebat (sic) eos. . . 
Bas. Deux oliviers au centre. 

PL XLIV, sans sign. Et ego ioh*es uidi. . . 
Haut. La légende occupe neuf lignes. 
Bas. La légende compte dix-neuf lignes. 

PL XLV, sans sign. Et oudit (sic) michi. . . 
Haut. Saint Jean tient un livre sur ses genoux. 
Bas. Trois oliviers derrière le saint. 



APOCALYPSE 137 

PI. XLVI, sign. ^ . Et dixit michi designaueris. , . 

Bas. Il n'y a qu'uN enfant dans le groupe à l'entrée du temple. 

PI. XLVII, sans sign. Stultus huP mûdi est. . . 
Haut. Deux personnes sortant du temple. 

Bas. On ne voit plus le mari de Drusiana, et derrière elle il n'y a 
plus que TROIS personnes bien distinctes. La tête de saint Jean n'est 

PAS NIMBEE. 

PI. XL VIII, sign. \. Beatus ioh'es iacentibus mortuis. . . 

Haut. Le sceptre de Domitien est terminé en pointe. Saint Jean 
APPROCHE DE SES LÈVRES uou plus uu petit vase, mais un calice. 
L'honmie qui est derrière lui, armé d'un bâton, a un glaive au côté. 

Bas. Le temple a deux fenêtres. Le corps du saint est plus 
étendu dans sa tombe. 

Comme on Ta vu, cette édition (dont Heinecken et [Sotheby ont 
donné un fac-similé de la première planche), de même que les suivantes, 
n'ont pas reproduit les deux planches additionnelles relatives à la vie 
de saint Jean. Cette particularité semblerait en apparence contredire 
l'assertion que la présente édition n'est qu'une copie un peu libre de 
l'une des éditions du groupe flamand, attendu que les deux dernières 
de ces éditions ont les planches additionnelles. D'un côté, le rapport 
entre les compositions des planches des éditions des deux groupes est 
trop intime, et de l'autre l'écart est trop grand entre les peintures du 
manuscrit original et les gravures de la présente édition, pour lui 
donner le pas sur les trois précédentes, comme je l'ai expUqué plus 
haut. Assurément cette édition ne doit rien au manuscrit, et elle a pris 
pour modèle une édition xylographique antérieure, dont elle a moder- 
nisé les détails archéologiques et souvent simplifié les compositions. 
L'absence des deux planches additionnelles conduit à penser que cette 
copie a dû être faite plutôt sur la première édition, et que l'existence 
de ces deux planches faites après coup^ comme cela a été démontré, et 
qui n'ont pas été jointes à tous les exemplaires de la deuxième édition, 
est demeurée inconnue à notre xylographe allemand, ou bien qu'elle 
est parvenue trop tard à sa connaissance, ce qui n'a rien de surprenant 
pour l'époque dont il s'agit. 



438 LIVRES XYLOGRÀPHIUDES 

L'examen des filigranes des papiers de cette édition a conduit 
Sotheby à exprimer l'opinion que les plus anciens exemplaires ont dû 
en être tirés vers 1445 et les derniers vers 1460. Au surplus, l'exem- 
plaire de la bibliothèque de lord Spencer est couvert de sa reliure 
originale dont l'un des plats porte cette inscription: Iste. liber, est. 
frîs.VlHci GyslingerJectoris.ivlma.minoZ^. Illigatus.est ano.Dni. 
u. œcG. IjXVii. p me lohanes (sic) Richenbach . rfô Gyllengen\ La 
reliure étant de 1467, l'impression du volume est évidemment antérieure. 

Après avoir d'abord classé cette édition parmi les produits de la 
xylographie hollandaise, Sotheby amenda son opinion tant dans la 
préface du tome I" (p. vu) que dans son tome III (p. 162) consacré à 
l'examen des filigranes des papiers, et finit par incliner à penser 
qu'elle a pu être imprimée, quoique sur du papier hollandais, aux 
confins de l'Allemagne, et peut-être même à Cologne. 

C'est la moins rare de toutes les éditions de r Apocalypse. 

L'exemplaire du duc de la Vallière, non colorié, a été vendu 
800 francs, et on ignore sa destinée. 

Celui de Gaignat (ayant auparavant appartenu à Vuylenbroeck, de 
Bose et de Cotte), incomplet de la dernière planche, est aujourd'hui au 
British Muséum (acheté 300 fr.). Il est intcrfoUé avec du papier iden- 
tique avec celui de l'édition, et qui contient une description des 
planches en allemand. 

Heinecken a vu à la bibliothèque de Wolfenbûttel un second exem- 
plaire entremêlé de feuilles manuscrites, mais incomplet de neuf 
planches; un autre, incomplet de dix planches, à la bibliothèque royale 
de Berlin, et un complet à l'hôtel de ville de Harlem. 

La bibliothèque Bodléienne d'Oxford possède aussi un exemplaire 
interfolié avec un texte manuscrit allemand. Cet exemplaire avait 
appartenu à l'archevêque Laud. 

L^exemplaire Crevenna a été vendu 510 florins, et on ignore sa 
destinée. 

n en est de même de celui de Servais, de Malines, vendu 630 francs 
en 1806, et revendu, relié en maroquin avec riches dorures, à la vente 
d'Ourches, en 1812, 661 francs seulement. 

i. C9 moine relieur est eoeore connn par trois autres reliures^ datées, Tune de 1469^ et les deux 
«ntres de 1470. [Sotheb*/, l, 22.) 



APOCALYPSE 139 

Un exemplaire fut acquis à une vente de Londres, le 21 mai 1829, 
par le libraire Bohn pour la somme de 11 liv. 5 sh. 

Libri en avait un ejcemplaire en trois cahiers intacts, non reliés, 
mais incomplet des planches 14 et 18. Il n'a été vendu que 40 1. st. 
(1,000 francs) en 1850. 

L'exemplaire de Barrois a été vendu 2,960 francs en 1855. 

L'exemplaire de Renouard, en parfait état, mais colorié, a appartenu 
en 1857 à M. Holford. 

Un exemplaire incomplet de la planche 45 et colorié, ayant appar- 
tenu à Hanrott (vendu en 1833 pour 19 1. 10 st.), puis à Wilks (vendu en 
1847 [n'a-t-il pas été compris dans la vente Libri faite cette même 
année?] pour 47 L), faisait en 1857 partie du cabinet de M. Johnson, de 
l'observatoire d'Oxford. Ne serait-ce pas le même que l'exemplaire 
Tufton, annoncé à tort dans le catalogue de la vente (1873) comme 
étant de la première édition d'Heinecken, et qui a été acquis par nous 
au prix de 2,500 francs * ? 

Brunet cite aussi un exemplaire acheté 2,250 francs par M. Heer- 
digen, de Nuremberg, chez le libraire Hess, à EUwangen. 

L'exemplaire d'Yemeniz, provenant de l'Angleterre, colorié et 
accompagné d'annotations manuscrites en allemand, a été payé 
5,000 francs par M. Didot, et revendu 5,900 francs à sa vente. 11 était 
parfait de tirage, mais avait les marges un peu détériorées par l'acide 
au moyen duquel on a cherché à faire disparaître le texte allemand. 

Dans le catalogue, de 1874, de M. B. Quaritch, libraire de Londres 
(n** 3891), a figuré, au prix de 200 1. st. (5,000 francs), un exemplaire 
colorié de cette édition, provenant de la bibliothèque de Seymour 
Kirkup. Selon M. Quaritch cette édition ne serait plus la quatrième 
mais la cinquième dans l'ordre de date, ce qui est erroné. 

Notre Bibliothèque nationale en possède deux exemplaires : l'un 
non colorié, non contre-coUé, fort beau, revêtu d'une reliure de 
Derome en maroquin rouge ; l'autre, colorié, incomplet de neuf plan- 
ches, ayant appartenu au pape Pie VL 

1. Il est relié en maroquin brun et a le feuillet 45 refaîL 



440 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



Cinquième édition de Sotheby (1" d^Heinechen), 

Petit in-folio, de quarante-huit feuillets, imprimés à l'encre grise, 
au frotton, d*un seul côté du papier, sans chiffres ni réclames, mais avec 
des signatures. Imposition tantôt en trois, tantôt en quatre cahiers. 

Cette édition n'est qu'une copie libre de la précédente, ce qui résulte 
péremptoirement d'une particularité de la planche 47, flg. 93, comme on 
le verra ci-dessus. Toutefois, les légendes et les compositions de celle- 
ci offrent d'assez nombreuses variantes, qui vont être signalées dans la 
table qui suit. 

PI. I, sign. %. Conûsi abydolis. . . 

Haut. La tête de saint Jean est nimbée. La signature J3l est 
au-dessus du troisième homme. 

Bas. Le saint bénit de la main droite. 

PI. II, sans sign. Tra?ianm$ ioKàue (sic). . . 

Haut. Le soldat armé d'une hallebarde n'a pas d'épée au côté. 

Bas. Quatre cordes au mât du bateau et une échelle. 

PI. ni. sign. lu. Qd' vides scribe. . . Per has 'viy eccas. . . 

La signature Ht est au bas de la planche. Dans une des légendes, le 
graveur a commis une nouvelle faute : thiaura {Thiatira dsins l'édition 
précédente). 

PI. IV. Per *mj' lampades, . . 

Les vieillards couronnés ne sont plus qu'au nombre de dix. Les 
symboles des évangélistes sont ainsi disposés : dans le haut, saint Jean, 
saint Mathieu ; dans le bas, saint Marc, saint Luc. 

PI. V, sign. C. {S)auctvcs (sic) iohês flebat. . . 
La tête du saint est nimbée. Les symboles des évangélistes sont 
disposés dans le même ordre qu'à la planche précédente. 

PI. VI. apcio primi sigilli. . . 

Haut. Le manteau de saint Jean ne lui ceint plus les reins, mais 



APOCALYPSE I4i 

l'enveloppe entièrement. Le pied gauche de derrière du cheval passe 
derrière la banderole. 

Bas. L'arbre n'arrive qu'à l'épaule du saint. Le cheval a le pied 
GAUCHE de derrière levé. 

PL VII, sign. ^. Apcio tercij sigilli. . . 

Haut. La queue du cheval est pendante. Le mot pallidus est omis. 

PL VIII. A'ptio qnti sigilli. . . 

Haut. On voit la tête de Tune des figures vétissant des robes 
blanches. 

PL IX. Vidi quatuor angelos. . . 
Haut. Le pavillon du vaisseau est tourné a gauche. 
Bas. Les symboles des évangélistes sont ainsi disposés : saint Jean, 
saint Mathieu, saint Marc, saint Luc. 

PL X, sign. df. Apcio septimi sigilli. . . 

Haut. Le manteau du saint lui couvre les épaules. La signature C 
est entre le troisième et le quatrième ange. 

Bas. Les trompettes sont très courbées. L'ange thuriféraire porte 
au front un diadème surmonté d'une croix. 

PL XI, sign. J. Primus angélus. . . 

Haut. La seconde banderole porte aNQ (au lieu de quatre) lignes de 
légende. L'ange de droite tient sa trompette des deuz mains. 
Bas. Le mât du vaisseau a quatre cordes et une échelle. 

PL XII. QuartvLS angles. . . 

Bas. L'ange n'a pas de manteau, et il n'y a plus de main sortant 
d'un nuage. 

PL XIII, sign. (S^. angélus abadon. . . 

Bas. La légende du bas : Eufrates... occupe trois et non plus 
deux lignes. 

PL XIV. Caude equorû. . . 

Haut. On ne voit plus que trois têtes et trois queues de chevaux. 
Les banderoles des lances sont a deux pointes. 

Bas. Saint Jean tient une plume dans la main droite. 



142 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

PL XV, sign. jÇ. Et lauauit (sic) angélus. . . 

Haut. L'ange assis au milieu a le pied droit sur la terre et le 

PIED GAUCHE SUR LA MER. 

Bas.. Les banderoles avec les inscriptions : Enoch, Helyas sont 
placées au sommet des arbres. 

PL XVI. Et iacebu corpa. . . 

Haut. La tête du décapité ainsi que celle de celui qu'on [décapite 

ont LES YEUX BANDES. 

Bas. Le persQnnage qu'on décapite a les yeux bandés. 

PL XVn, sign. S. Hic sedit (sic) anticc^s. . , 
Haut. On voit distinctement les trois têtes des évêques couronnés 
à gauche. 

Bas. La signature S est au milieu, et il n'y a pas d'arbre. 

PL XVni. P septimû angTm. . . 

Haut. La première légende occupe quatre lignes (au lieu de trois), 
et la seconde six lignes (au lieu de cinq). 
Bas. Légende : TemplU dei. 

PL XDL. Et ecce draco. . . 

Bas. Le bouclier de Tange de gauche, qui est armé d'une âpés 
au lieu de lance, n'est plus le même; il porte : une croix can- 
tonnée, dans le haut, de deux croissants, et, dans le bas, de deux 
croix. 

PL XX, sign. A. Nûc facta est. . . 

Haut. La légende occupe neuf lignes (au lieu de six). 

PL XXI, sign. jf . Date sunt mulieri due. . . 
Haut. Il n'y a plus d'arbre au milieu. 

PL XXn. Iratus est draco. . . 

Haut. La légende occupe sept lignes (au lieu de six). 

Bas. Les têtes de la bête touchent à la bordure. 

PL XXin, sign. Jtt. draco est dyaholus. . . 

Bas. Les adorateurs du dragon ne sont plus que cinq. 



APOCALYPSE U3 

PL XXIV. P hanc bestiâ. . . 

Haut. Les adorateurs de la bête sont au nombre de cinq. 

PL XXV, sign. H. Et uidi aliâ bestiâ. . • 
Haut. Saint Jean n'a plus son manteau sur la tête. Les adorateurs 
de la bête ne sont que trois. 

PL XXVL Et faciet onis pusillos (sic). . . 
Bas. Les disciples de saint Jean ne sont que trois. La tête de 
Tagneau n'est pas nimbée. 

PL XXVn, sign. CD. Et wdi (sic) alterum angelum. . . 
Haut. U n'y a que six personnes à droite. 

PL XXVin. Et angeliLs secutus est. . . 
Bas. Saint Jean est nimbé. 

PL XXTX, sign. ^. Et uidi et ecce nubê. . . 
Haut. La serpe de Dieu est dentelée. La légende au-dessus du 
champ de blé occupe quatre lignes (au lieu de deux.) 

PL XXX. Et uidi alivd signû. . . 

Haut. La légende occupe huit lignes (au lieu de onze). 

PL XXXI, sign. (91. Et uidi post hec. . . 
Haut. La légende occupe huit lignes (au lieu de neuf). 
Bas. Le groupe se compose de huit personnes, dont deux en pied, 
mais on voit distinctement les têtes des autres. 

PL XXXn. Et secunditë angélus. . . 

Bas. La légende de gauche occupe quinze lignes (au lieu de onze). 

PL XXXm, sign. là. Et qrtus agVs effSidit. . . 
Haut. Neuf personnes seulement. 
Bas. Le groupe compte cinq personnes. 

PL XXXTV. Et sextus angélus effudit. . . 

Les légendes de droite occupent, la première onze lignes (au lieu 
de dix), et la seconde quatre lignes (au lieu de trois). La fenêtre du 
temple est vitrée. 



144 LIVRES XYLOGRâPHIQUES 

PL XXXV, sign. SS. Et septirrC angVs. . . 
La signature SS est au-dessus du rouleau avec la légende, qui compte 
ici QUATORZE lignes (au lieu de douze). 

PL XXXVL Et ueit vnus de 'vij' angVis. 
Haut. La tête de saint Jean est nimbée. 

PL XXXVII, sign. ft. Et post hec uidi, . . 
Bas. Les branches de l'arbre touchent au cadre. 

PL XXXVIII. Et vox de throno. . , 

Haut. Les symboles des évangélistes sont ainsi placés : saint Jean, 
saint Mathieu, saint Marc, saint Luc. La légende : Post hec... occupe 
SIX lignes (au lieu de cinq). 

PL XXXIX, sign. U. Et dixit michi scribe. . . 
Haut. La signature H est placée au milieu, et non plus sur la gauche 
du sujet. 

Bas. La légende occupe huit lignes (au lieu de neuf). 

PL XL. Et vidi vnû angelU. . . 
Haut. Les cadavres ne sont plus qu'au nombre de cinq. 
Bas. Saint Jean tient son bâton de la main gauche. L'un des ado- 
rateurs de la bête porte sur son bouclier l'image d'une sorte de dragon. 

PL XLI, sign. ^^. Et ajyphensa e bestia. . . 
Haut. On ne voit ni la croupe ni la queue du troisième cheval, mais 
on distingue les trois boucliers chargés d'une croix. 

PL XLII. Et vidi sedes. . . 
Haut. Le bâton du saint est a sa gauche. 

Bas. Le bouclier du guerrier assis sur le drapeau porte l'image 
d'une sorte de dragon. 

PL XLIII, sign. ^. Et dyabolus qui deducebat (sic) eos. 
Haut. La signature est à gauche de la planche. 
Bas. Derrière saint Jean on voit son bâton. 

PL XLIV. Et ego ioh'es uidi. . . 

Haut. La légende ne compte que huit lignes. 



APOCALYPSE 145 

Il n'y a qu'uN olivier. 

Bas. La légende compte vingt lignes. 

PI. XLV. Et ourdit (sic) michi, . . 

Bas. Il n'y a que deux oliviers derrière le saint. 

PL XLVI, sign. ^ . Et dixit michi designauens. . . 

Haut. La légende occupe dix-neuf lignes (au lieu de dix-sept). 

Derrière le lit de Drusiana il n'y a que trois personnages. . 

PL XLVII. Stuîtus huV mûdi est. . . 

Haut. La légende occupe huit lignes (au lieu de onze). 

Bas. Saint Jean est nimbe. 

PL XL VIII, sign. % . Beatits ioh'es iacentibus mortuis, . . 
Haut. Le sceptre de Domitien est fleurdelisé. La légende 
compte trois lignes (au lieu de deux). 

C'est la première figure de l'avant-dernière planche qui a permis à 
M. Didotde constater, d'une manière indubitable, que c'est cette édition 
qui a été copiée sur la précédente, et que ce n'est nullement le contraire 
qui a eu lieu. L'édition précédente (4" de Sotheby) a, en effet, une partie 
de la légende de droite disposée ainsi sur deux colonnes, les lignes se 
suivant dans toute la largeur : 

ac lîëiam postulantes iussiis 

a^li ad locû vnde 

tiderat repor tan 

Le copiste de notre édition a reproduit cette légende par colonnes, 
et sans y avoir rien compris, bien entendu : ac veïam postulantes apli 

AD LOCÛ TULERÂT REPOR lUSSUS UNDE TANTES. . . . 

« 

Ce n'est d'ailleurs pas la seule preuve qu'il a copié l'édition précé- 
dente. Ainsi, dans celle-ci, à la planche XXXVIII, le graveur a mis par 
erreur : meretrice magne aque, au lieu de magna que, et le barba- 
risme GERUMBRUM à la place de sov^oruiyi suorum en abrégé ; le 
copiste a reproduit servilement ces erreurs, sans songer à recourir au 
texte original. Il en est de même à la planche XLIIL Le graveur de 
l'édition précédente a estropié plusieurs mots de la légende de la figure 

10 



U6 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

du haut i Et Dyabolus qui deducebat (pour : Seducehat) eos, nullus 
(pour Missus) est in stagnum ignis et sulphuris ubi est bestia et 
pseudo PROPHETE (pour : propheta ). . . Le graveur de l'édition dont 
nous nous occupons a répété les mêmes fautes, en ajoutant encore le 
barbarisme : unsius (ou à peu près), à la place du mot : nullus. 

Sotheby a émis l'opinion que les planches de cette édition ont été 
dessinées avant 1450, mais qu'elle n'a été publiée qu'après 1460. Il a 
donné un fac-similé de la première planche d'après un exemplaire 
imposé en quatre cahiers (la reproduction réduite de la même planche 
qui figure dans l'ouvrage de Heinecken est peu satisfaisante). 

Le style de la gravure s'éloigne considérablement de celui des 
éditions précédentes; celle-ci paraît être l'œuvre d'un tailleur de cartes 
fort habile, mais elle est inférieure à celle qui lui a servi de modèle. 
M. Didot suppose qu'elle a pu être exécutée par un Cartier ou dorai- 
notier français après 1470, hypothèse qui ne saurait être admise, 
car elle ne s'appuie sur aucun argument, et qu'au surplus les 
planches de plusieurs exemplaires de cette édition sont entremêlées 
d'explications manuscrites en allemand remontant au xv* siècle, tandis 
qu'on n'en a trouvé aucun accompagné d'annotations en français. 

Les exemplaires de cette édition sont peu communs. Heinecken 
n'en cite que deux : celui de la Bibliothèque impériale de Vienne, 
imprimé avec une encre très pâle et enluminé, et celui de la biblio- 
thèque de Wolfenbuttel, incomplet des planches 35, 36, 45 et 46. 

Un exemplaire colorié, dans un état parfait, a été acquis en 1853 
pour la bibliothèque Bodléienne d'Oxford. 

Un exemplaire payé 240 florins chez Verdussen (1776) s'est revendu 
42 livres st. (1,050 fr.) chez Ralph Willet, en 1813, d'après Brunet 
(Sotheby cite l'exemplaire Merly vendu 42 livres, qui est peut-être le 
même que celui que nous venons de citer). 

Un exemplaire est à la bibliothèque de Munich, qui en possédait 
deux; le second a été vendu 142 florins, à Augsbourg, en 1858. 

Sotheby signale encore un exemplaire chez M. Barclay. 

Le Musée de Berlin en possède un exemplaire. 

Celui de M. Didot, aussi colorié, mais dans une condition exception- 
nelle, car il était en feuilles, en trois cahiers, a atteint en 1879 le prix 
de 14,500 francs. 



APOCALYPSE «47 

La Bibliothèque nationale possède de cette édition deux exemplaires, 
tous les deux coloriés, Tun plus légèrement que Tautre. 

L'exemplaire dont s'est servi Sotheby provenait de la vente du car- 
dinal de Brienne (330 fr., en 1792). Il a appartenu depuis au duc 
de Buckingham, dont la célèbre bibliothèque de Stowe-House a été 
dispersée en janvier 1849. A cette vente, il a été acheté pour 91 livres st. 
(2,275 fr.) par John Dunn Gardner, esq., de chez qui il passa, 
croyons-nous, en 1854, chez M. Thomas Corser, moyennant la somme 
de 160 livres st. (4,000 fr.). Il est colorié et dans une excellente 
condition. 

C'est ce même exemplaire qui est longuement décrit dans le grand 
catalogue de M. Quaritch, de 1874 (n" 17,541), où il a été offert pour 
550 livres st. (13,750 fr.). Il y est présenté comme étant d'une édition 
non décrite et antérieure à toutes les autres. L'auteur de la note, peu 
familiarisé avec les xylographies, s'est laissé induire en erreur par des 
apparences illusoires et certaines transcriptions des légendes inexacte- 
ment faites par Heinecken et Sotheby. Son argumentation, péniblemen - 
échafaudée, et souvent par trop naïve, tombe soit d'elle-même, soi» 
dès qu'on a recours à une confrontation avec les originaux. Le biblio- 
graphe dont nous parlons s'exprime ainsi au début : « Son antériorité 
à toutes les autres éditions (et il y en cinq ou six) est suffisamment 
prouvée par la manière dont elle a été tirée sur les planches de bois 
imprimées à la deuxième et à la quatrième page de chaque feuille, 
arrangement tellement malhabile(?) qu'il ne pouvait être qu'un pre- 
mier essai de l'ouvrier. » Cette remarque, le fait eût-il même Heu, est 
sans valeur, car il pouvait convenir à tel imprimeur de ne pas faire 
comme ses confrères et de tirer ses planches aux pages paires, au lieu 
de les avoir en regard, ce qui dans l'espèce ne marquerait nullement un 
début dans l'art, contrairement à ce qui a lieu pour le tirage par 
feuilles isolées, par rapport à l'imposition en cahiers de plusieurs 
feuilles s'encartant les unes dans les autres. Mais là n'est pas la 
question. L'exemplaire de M. Quaritch étant relié, il fallait peut-être 
un peu trop de hardiesse pour parler ainsi de ce prétendu arrange- 
ment pfHmitif des feuillets, plutôt que d'y voir un agencement 
arbitraire imposé par le relieur, comme cela est en réalité. La table 
des planches, jointe à la notice, démontre au surplus que le relieur ne 



I 



U8 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

s*est pas borné à détacher tous les feuillets pour les disposer de 
manière que chaque recto fût blanc (arrangement qu'on rencontre 
dans d'autres xylographies reliées), mais qu'il a même bouleversé l'ordre 
naturel des signatures. Sauf cela, les signatures et les légendes sont 
respectivement celles des exemplaires de la première édition de 
Heinecken, avec les mêmes abréviations, la même ortiiographe et les 
mêmes fautes. L'une des dernières en date, cette édition est en effet la 
plus incorrecte de toutes, et les iconographes qui s'en sont occupés 
n'ont pas toujours fidèlement transcrit toutes les erreurs du texte, de 
sorte que l'auteur de la note du catalogue Quaritch a cru avoir fait des 
découvertes là où il n'y en a pas. « Nous appelons, dit-il, l'attention sur 
la légende de la planche signée ^, où on lit : Et lauauit angélus. . . 
Le mot lauauit est particulièrement remarquable, attendu que dans 
toutes les descriptions des différentes éditions données par Sotheby 
et Heinecken, il est correctement écrit leuauit^ et que, par conséquent, 
sa forme erronée offre un des témoignages de l'antériorité de cette 
édition sur les autres. » Or, cette faute lauauit est spéciale à la 
•première édition de Heinecken, ce qui n'a pas encore été remarqué. Il 
en est de même de plusieurs autres fautes relevées dans ladite notice, 
et qui se trouvent toutes dans l'édition précitée. Ainsi à la planche V 
(sign. C), on lit apeuire, au lieu de aperire; à la planche VII (sign. Jl), 
pertinen, au lieu àepertinet; à la planche XVII (sign. ^), Hic sedit^ 
au lieu de Hic sedet, etc. ; à la planche XIX, il y a bien : Et ecce draco^ 
et Heinecken a fait une erreur de transcription en mettant : Et erat 
draco. La notice en question offre encore la remarque suivante qui 
pourrait faire un peu sourire : « A la page 26, dans la légende de la 
gravure du bas, on trouve une faute qui atteste l'origine germanique 
d i livre : le mot agnus^ écrit régulièrement dans les autres éditions, 
y a été transformé en ayignus, qui représente fidèlement la pronon- 
ciation allemande de ce mot latin ! » 

« Le filigrane du papier, ajoute le même bibliographe, est une 
grappe, grossièrement dessinée, et qui fournit, selon nous, l'indication 
que ce volume a été imprimé dans l'Allemagne du Sud. Un filigrane 
semblable figure dans une estampe appartenant à M. Weigel, 
représentant V Adoration des Rois mages, et qu'on suppose avoir été 
exécutée vers 1425. » Cette estampe, gravée en manière criblée, est 



APOCALYPSE 149 

décrite, dans le catalogue Weigel (n** 323), comme étant exécutée 
dans le second quart du quinzième siècle. L'exemplaire broché de 
M. Didot, de la première édition d'Heinecken, porte aussi une grappe 
en filigrane, ce qui ajoute une preuve de plus que celui de M. Quaritch 
est de la même édition. 



Sixième {édition {dite de Gottioic). 

C'est rédition dont nous avons déjà parlé plus haut (p. 108). Le 
baron de Heinecken, qui en a découvert un exemplaire incomplet de 
cinq planches (I, XVIII, XXXV, XLV et XLVIII), dans la bibliothèque 
de l'abbaye de Gottwic, ou Kettwein, en Autriche, estime qu'elle « sur- 
passe pour son antiquité toutes les autres », et il base son opinion sur 
ce que le dessin en est «plus gothique» et que les signatures sont 
« fort rudes ». Nous avons déjà démontré que, dans le cas présent, ces 
particularités constituent des arguments négatifs. 

La notice sommaire donnée par Heinecken, qui se borne à 
transcrire, et encore pas toujours avec exactitude, les premiers mots 
d'une légende de chaque planche, ne permet de rien dire de concluant 
sur cette édition. 

L'article qui lui a été consacré par Heller *, tout en laissant beaucoup 
à désirer, est un peu plus satisfaisant. Heller, qui adopte pour les 
autres éditions le classement de Heinecken, place celle-ci comme 
troisième, et fait reculer d'un rang respectivement les suivantes. Le 
point essentiel qui résulte de sa description est que l'exemplaire de 
Gottwic appartient à une édition qui se rapproche le plus de la première 
édition de Heinecken pour la composition des sujets. 

Sotheby, ignorant l'existence de l'article de Heller, n'a fait que 
transcrire celui de Heinecken. 

M. T. 0. Weigel possédait un exemplaire de l'Apocalypse 
xylographique, qu'on a présentée dans le catalogue de la vente 
de sa collection (n° 253) comme étant d'une édition antérieure à la pre- 
mière d'Heinecken. Elle avait été décrite tout au long dans le grand 
catalogue descriptif de cette collection célèbre, rédigé en commun par 

1. GetchichtQ der Holzschnridekunsf; Bamberg, 1823, in-8; pp. 3b2-3C6. 



150 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

M. T. 0. Weigel et le docteur Zestermann et intitulé : Les Origines de 
^'ùnprimerie ^ . Au début de l'article, on y affirme que, malgré toutes 
les apparences, cet exemplaire n'est pas de la même édition que 
celui de Gottwic, et, se fondant sur quelques méprises d'Heller, on a 
cité, à titre de preuves à l'appui, quelques différences insignifiantes et 
illusoires entre les deux exemplaires; dans la conclusion du même 
article, on a abandonné cette thèse, pour exprimer l'opinion qu'une 
confrontation de ces deux volumes établirait probablement qu'ils sont 
parfaitement identiques, ce qui est en effet exact. Dans le catalogue de 
vente qui n'est, comme on l'a déclaré, qu'un abrégé du grand ouvrage, 
on a cru devoir s'en tenir à la première hypothèse, ce qui a eu pour 
effet d'induire le lecteur en erreur. 

L'exemplaire Weigel, bien complet, non contre-collé, mais colorié 
et un peu rogné, a été acquis, en 1872, au prix de 3,310 thalers 
(12,412 fr. 50 c), pour le Musée Britannique. 

La description qui en avait été faite nous permettra de rectifier et 
de compléter les légendes rapportés par Heinecken. 

Le format, le nombre de feuillets et la nature du tirage de cette 
édition sont les mêmes que dans les deux précédentes. La différence 
extérieure la plus caractéristique consiste dans les signatures, pour 
lesquelles on a employé également des lettres gothiques majuscules. 
Elles n'apparaissent plus de deux en deux planches, mais chacune en 
est pourvue. L'alphabet ayant été épuisé pour la moitié du livre, l'autre 
porte deux mêmes lettres réunies à chaque planche. En voici d'ailleurs 
la table avec les premiers mots des légendes des figures du haut : 

PI. 1, sign. 3i. Conicersiabydolis [et non y tolis). . . 

— 2 — U. Trahamm loh'ez. . . 

— 3 — <£ Qd' vides scribe . . Per has • vij ' eccas. 

— 4 — jP. J^ septem lampades, . . 

— 5 — <E. (S)Anctus ioKes flebat. . . 

— 6 — £. Apercio pmi sigilli. . . 

— 7 — <j&. Apcio tercij sigilli. . . 

— 8 — j§. Apercio Quinti sigilli, . . 

\ . Die An/iunge der Druckerkunst ; Leipzig, 663 t. II, pp. 82-90. 



APOCALYPSE loi 

PI. 9. sign. ^. Vidi qtuor angelos. . . 

— 10 — il. A'pcio Septimi sigilli. . . 

— H — jf. Primus Angeliis. . . Et fada est grando. . . 

— 12 — Jtt. Qrtus angélus. . . Fciissa ê tertia. . . 

— 13 — U. Angélus abadon. . . 

— 14 — ©. Caude equoruyn. . . 

— 15 — ^' El leuavit angélus manu. . . 

— 16 — ©. Et iacebûnt corpa, . . 

— 17 — U. ITic sedit (sic) antixjjus. . . 

— 18 — #. f septimû angelû, . . 

— 19 — ^C (par erreur). A'if ecce dvaco. . . MuUer amicta 

sole, . . 

— 20 — U. iVw;ic /acfa est salus. . . 

— 21 — Jf. Daf^ s'^ mulieri. . . 

— 22 — '^. Iralîis est draco, . . 

— 23 — Ji. Draco ê dyabolus, . . Et dédit iili draco, . . 

— 24 — 5tJL. dP /mnc beslià, . . 

— 25 — BlB. £'< t?idi aliâ bestià. . . 

— 26 — ce ^^ /*acie^ omnes vusillos. . . 

— 27 — JPIU. ^^ i;idi alterum angelum. . . 

— 28 — ce J?^ aWi« angélus secutus est. . . 

— 29 — //. £"/ î;îdî â (?ccô 7iube. . . 

— 30 — ®®. -E^ i?irfi aZ/wd sigr;!. . . 

— 31 — ^i$. Et vidi post hec. . . 

— 32 — 33. Et scd'us angVus effudit. . . 

— 33 — &Si. Et qrtus angeVs effudit. . . 

— 34 — jfjf . Et sextus angVs effUdit. . . 

— 35 — JHill. Et septim' angVs. . . 

— 36 — UK. Et uenit vnics de vij angVis. . . 

— 37 — ^(^. Et post ha (sic) vidi. . . 

— 38 — ^^. Et vox dethrono (sic). . . 

— 39 — ©(i2i. Et dixit m scribe. . . 

— 40 — HH. Et vidi vnû angelîi. . , 

— 41 — SS^. Et apprehensa est bestia. . . 

— 42 — C€^. Et vidi sedest (sic). . . 

— 43 — Util. Et dyabVs q seducebat eos, . . 



152 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

PI. 44, sign. 3l3i. Et ego ioh's vidi. . . 

— 45 — '^'^. Et ondit (sic) in fluuiU. . . 

— 46 — /B^. Et dix m designis, . . 

— 47 — ^^. Stultits huV mûdi. . . 

— 48 — 33. Stûs ioh'es iacentibJ morluis. 



A la vente de la bibliothèque du chevalier de Bearzi (1855) a figuré 
une édition xylographique de V Apocalypse^ qui a été achetée au prix 
de 6,000 francs, somme fort élevée pour l'époque, par M. Pioche, 
banquier à Paris. M. Tross, rédacteur du catalogue de cette collection, 
a consacré à ce précieux volume la petite note qui suit (n** 1577) : 

« Volume xylographique très ancien, imprimé en couleur bistre. Il 
est parfaitement complet, et contient 48 feuillets entièrement gravés 
en bois et coloriés à Tépoque. Heinecken ne cite pas cette édition, 
QUI EST LA PLUS ANCIENNE DE TOUTES. Les gravurcs sout très carac- 
téristiques, et sont des monuments pour Thistoire de Tart au 
commencement du quinzième siècle. Outre le texte xylographique 
en latin, notre exemplaire a encore, sur 12 feuillets intercalés, un 
texte en allemand de Tépoque. Il commence : Hye hebt sich an das 
buch der haymlichn ofi'enbarung sancti || lohannis zu teusch wye das 
das dye geschrifft vn flgurn || in disem puch zu lateyn. . . » 

Il est regrettable que le savant M. Tross ne nous ait pas dit en quoi 
cette édition diffère des autres et quels en sont les caractères les plus 
saillants. Nous ne nous arrêterons pas à l'opinion qu'il exprime 
qu'elle est la plus ancienne de toutes et que son exécution date du 
commencement du quinzième siècle : nous nous bornerons à rappeler 
que Sotheby, qui a pu avoir un calque de la première et de la 
dernière page de cet exemplaire, a déclaré .(t. II, pp. 50"-50*) qu'il est 
de la même édition que l'exemplaire de Gottwic. D'après nos rensei- 
gnements, M. Pioche, en quittant la France, a cédé ce volume à 
M. Niel, et nous ignorons son sort ultérieur. 

Sotheby a exprimé l'opinion que cette sixième édition dérive de 
notre cinquième ou première d^Heinecken ; le fac-similé de la première 
page, donné dans le grand ouvrage de M. Weigel, nous permet de 
constater qu'elle en est, pour les compositions, une copie assez 



APOCALYPSE 153 

servile. L*iconophile allemand qui, dans sa longue notice, a étudié 
parallèlement ces deux éditions, n'a trouvé que des différences insigni- 
fiantes dans les sujets des planches. Chose caractéristique! les blasons 
sont partout les mêmes, notamment ceux de la planche XIX. Il n'y a 
que les légendes qui varient sensiblement, pour les abréviations, la 
disposition des lignes et la division des mots. Le graveur y a corrigé 
quelques erreurs parmi celles dont le tailleur de l'édition précédente 
s'est rendu coupable, mais en revanche il en a commis de nouvelles. 

M. Weigel place l'exécution de cette édition vers li60, et lui 
assigne pour patrie Nuremberg. D'après la chronologie de Sotheby, 
elle serait un peu postérieure à cette date. 



Edition dbuteuse. 

La célèbre bibliothèque de la maison Spencer possède le bois original 
de la seconde planche des Apocalypses xylographiques, appartenant à 
une édition inconnue, si toutefois elle a jamais existé. Il serait, en effet, 
bien extraordinaire qu'on n'en n'eût pas conservé un seul exemplaire, 
pas même un feuillet isolé : ce qui nous porte à croire qu'il ne faut voir 
là qu'un essai qui n'eut pas de suite. Des épreuves de ce bois ont été 
tirées à plusieurs reprises, entre autres pour la Bïbliotheca Spen- 
ceriana de Dibdin (t. P'), et pour l'ouvrage de Sotheby (t. II, p. 50"). 

Cette planche est une copie très fidèle de celle de notre quatrième 

édition, y compris les légendes, tracées avec moins de fermeté. Celle 

« 

du haut porte : ^Trahamvts iohânê ad pfectu. . .; celle du bas: 
S' ioh'es roma mittif . . Ce qui est à remarquer, c'est que les deux 
sujets n'y sont pas séparés simplement par une ligne de démarcation 
horizontale, mais qu'ils constituent deux tableaux indépendants, 
encadrés individuellement et isolés par un blanc assez large. 

Dibdin place l'exécution de cette planche entre 1420 et 1430, mais 
d'après la date assignée par Sotheby à la quatrième édition (voir ci- 
dessus, p. 138), elle serait de beaucoup postérieure. 



154 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Nous nous sommes étendu sur cette xylographie, en raison des 
problèmes qu'elle soulève et aussi parce que ce sujet n'a jamais été 
présenté d'une manière aussi complète. Nous avons pu rectifier les 
erreurs assez nombreuses de nos prédécesseurs, ajouter de nouvelles 
et importantes remarques et arranger nos descriptions de telle sorte 
que, désormais, en nous prenant pour guide, on saura aisément à quelle 
édition appartient un feuillet isolé quelconque de V Apocalypse. 

En terminant, il ne nous reste qu'à constater qu'il n'a été fait de cet 
ouvrage aucune édition typographique, ni même aucune imitation. La 
lacune est complète entre la dernière édition de VApocalypse et 
l'œuvre magistrale d'Albert Diirer (1498). 



i 



LE CANTIQUE DES CANTIQUES 155 



HISTORIA BEAT^ MARLE VIRGINIS 
(le cantique des cantiques) 

Cet ouvrage xylographique, désigné sous le titre de : Historia seu 
Py'ovidentia B. Virginis Mariœ ex Cantico Canticorum, offre une 
suite de trente-deux images allégoriques où la Vierge est représentée 
comme symbole de l'Église chrétienne. L'allégorie et le texte explicatif 
ont été empruntés au célèbre poème biblique attribué au roi Salomon, 
d'où le nom vulgaire de Cantiqus des cantiques^ sous lequel cette 
xylographie est connue communément. C'est encore une de celles qui 
ont suscité le plus de controverses, et certaines questions litigieuses 
qu'elle soulève ne recevront probablement jamais une solution 
irréfutable. 

Heinecken l'a traitée avec dédain, en l'appelant non seulement 
«l'ouvrage le plus gothique de tous les autres», ce qui est absolu- 
ment contraire à la vérité, mais en disant qu'D est « si informe qu'il 
n'en peut résulter aucune gloire à l'artiste qui l'a produit », jugement 
qui est loin de faire honneur à son discernement artistique. Aussi la 
critique a-t-elle cassé, de la manière la plus formelle, son verdict 
superficiel, en proclamant que le Cantique des cantiques est un chef- 
d'œuvre. Déjà Zani, au commencement de ce siècle, l'a jugé supérieur 
au Spéculum humanœ salvationis^ ce qui n'est pas peu dire, louant 
surtout la sveltesse des figures, l'ordonnance de la composition et la 
finesse de la taille. Un éminent iconophile anglais, Ottley, admire la légè- 
reté et la grâce de ces estampes et en appelle le graveur le Pamiesan 
de VÈcole flamande. Renouvier donne une adhésion complète à ces 
éloges en ajoutant que « la disposition des groupes est d'autant plus 
louable qu'elle s'éloigne des thèmes ordinaires dont l'artiste trouvait 
tant d'exemples dans l'iconographie vulgaire peinte et sculptée ». « Le 
siyet, dit-il, est ici vraiment neuf et traité de main de maître; les 
costumes, fort simples, y ont une élégance rare ». Passavant exprime 
aussi l'opinion que « les compositions, dessinées d'une main très 
exercée, sont finement gravées sur bois». Sotheby déclare que non 



^56 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

seulement c'est une œuvre d'art d'un grand mérite, mais qu'au point 
de vue historique (on verra plus loin pourquoi) c'est la plus intéressante 
de toutes les productions xylographiques. Sous le rapport de la valeur 
artistique, il n'y a donc rien de nouveau à dire à cet égard, sauf à 
répéter que c'est un chef-d'œuvre incontestable. 

En ce qui touche à l'origine de cette œuvre d'art, Heinecken seul 
l'attribue à l'Allemagne, sans s'en montrer fier cependant, car il trouve 
qu'elle ne fait nullement honneur à ses compatriotes. Plusieurs 
bibliographes du siècle dernier la donnent à Laurent Coster. Zani 
ne s'est point prononcé, mais Ottley n'a point hésité à y voir la main 
d'un artiste des Pays-Bas. L'empreinte de l'école de Van Eyck y est en 
effet hors de discussion. Renouvier a constaté que les costumes des 
femmes, qui portent, par-dessus la robe à plis de corps, le surcot 
échancré sous l'aisselle et laissant voir la tournure des hanches, sont 
ceux qui étaient de mode à la cour de Bourgogne. On est généralement 
d'accord pour lui assigner, comme date d'exécution, la première 
moitié du xv* siècle. Sotheby ne fait pas remonter au delà de 1445 la 
confection du modèle original. Passavant, au contraire, émet l'opinion 
que « les figures très allongées rappellent l'école qui florissait à 
Harlem sous Dirk Steuerbout », et il en attribue l'exécution au même 
maître que celui qui a fait V Alphabet figuré daté de 4464 (au Musée 
britannique et à Bâle), concluant de là que le Cantique des cantiques 
appartient à la même époque. Nous laissons à d'autres le soin de 
prouver s'il a raison ou non. 

Mais ce qui divise le plus les iconographes, c'est la détermination 
du nombre d'éditions de cette xylographie, et la question de savoir 
dans quel ordre elles ont vu le jour. Elles sont toutes du même format 
in-folio et comptent seize feuillets imprimés d'un seul côté, au frotton, 
d'abord à l'encre grise, ensuite à l'encre noire. Chaque planche offre 
deux sujets en largeur, entourés d'une simple bordure, sans aucune 
marque ni signature. L'imposition est probablement par cahiers de 
quatre pages, sans qu'on puisse la déterminer sûrement, faute 
d'exemplaires brochés. 

Scriverius d'abord, et Dibdin ensuite, ont cru, eu égard à la finesse 
de la taille, que les planches du Cantique des cantiques ont été 
gravées sur métal, sur de l'étain disait le premier. Leur opinion n'a 



LE CANTIQUE DES CANTIQUES 137 

pas prévalu, et les cassures traversant des planches entières 
prouvent assez qu'elles ont été gravées sur bois. Ottley a démontré, en 
plus, grâce à ces mêmes cassures, que ces planches ont été exécutées 
deux par deux, soit quatre sujets à la fois, sur un même bloc de 
bois. 

Heinecken, qui n'a vu que quatre exemplaires de cette œuvre (si 
toutefois il a vu celui de la Bodléienne d'Oxford et celui de Verdussen, 
d'Anvers), n'a reconnu que deux éditions bien distinctes. La première 
se distinguerait, selon lui, d'abord par l'absence de tout titre, ensuite 
par la faute viro au lieu de vlno dans la légende de la première 
planche, enfin, par des particularités telles que la présence de deux 
brebis seulement à !a douzième planche, et de quatorze roses à la 
quatorzième. La seconde (dont il n'a vu que l'exemplaire défectueux 
de Harlem), aurait pour signes distinctifs un titre en bas allemand 
ajouté au haut de la première planche, la correction vino au lieu de 
viro dans la première légende, trois brebis à la douzième planche, et 
dix-huit roses à la quatorzième. Heinecken veut bien reconnaître que 
cette édition a été faite en Hollande, ou plutôt aux Pays-Bas « d'après 
VoHginal gravé en Allemagne ». 

Il faut évidemment se montrer indulgent pour l'iconographe saxon 
de n'avoir rien dit de plus à ce sujet avec des moyens de contrôle aussi 
restreints, mais assurément il n'y a pas lieu de le glorifier, et, à plus 
forte raison, de rabaisser ses successeurs en iconographie, qui ont 
eu la possibilité et le mérite d'avoir mieux approfondi la question que 
leur devancier. C'est pourquoi on ne saurait prendre au sérieux le 
verdict, un peu fantaisiste, de l'auteur du Supplément au Manuel de 
Brunet. « Il y a, y lit-on, de cette xylographie plusieurs tirages (?) avec 
corrections et différences ; il y a de plus trois éditions bien distinctes. 
Heinecken, Sotheby, Weigel, se sont tout naturellement {!) trouvés 
en désaccord sur l'ordre à imposer à ces éditions et à ces tirages, 
c'est-à-dire que le premier ayant émis une opinion raisonnée, le second 
a dû, pour ne pas paraître copier, et pour dire quelque chose de 
nouveau, émettre un avis contraire, et le troisième et les autres ont 
procédé exactement de la même manière. Ce qu'il y a de plus clair 
dans tous ces classements arbitraires des xylographies, c'est qu'ils ne 
reposent sur aucune donnée scientifique et qu'ils sont toujours le 



1 



158 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

résultat d'hypothèses, c'est-à-dire abandonnées à la fantaisie ou au 
sentiment du classiflcateur. Les classera qui saura et qui osera! y> 
Malgré cette restriction, l'auteur du Supplément au Manuel ébauche 
un système de classement particulier, ce qui m'encourage à 
oser aussi présenter le mien. Une étude imparfaite des trois exem- 
plaires de la Bibliothèque nationale lui fit commettre la faute de les 
considérer comme appartenant à trois éditions différentes, ce qui n'est 
pas. La première qui y est décrite est un second exemplaire de la 
troisième édition d'après Sotheby, mais tiré à l'encre noire et non plus 
à l'encre grise ; la Bibliothèque ne possède pas la seconde édition 
selon le classement de Sotheby. 

On se trompe complètement quand on prétend qu'on ne saurait 
établir, sur aucune base scientifique, un classement rationnel des 
éditions de cette xylographie. Assurément Tabsence de documents 
positifs ne permet pas de fixer l'ordre successif des éditions avec assez 
de précision pour convaincre les contradicteurs, mais l'état actuel des 
études iconographiques offre assez de points de repère et de compa- 
raison, pour qu'on soit autorisé à présenter un classement par voie de 
déduction logique avec une certitude suffisante. C'est une argumenta- 
tion par trop superficielle que celle de Heinecken et de ses partisans, 
en vertu de laquelle Tantériorité d'une édition serait prouvée 
péremptoirement, tantôt par la présence des fautes dans le texte, 
lorsque ces fautes n'existent pas dans une autre édition, tantôt par 
l'absence de certains détails de composition, quand on rencontre 
ailleurs des amplifications à cet égard. On peut remarquer que dans 
les productions xylographiques il n'y a jamais, dans une même 
œuvre, qu'un type unique de composition autour duquel se rangent 
soit des imitations plus ou moins variées, soit des copies plus ou 
moins fidèles. A cette époque, où la propriété littéraire et artistique 
n'était point garantie, toute œuvre à succès engendrait des plagiats ou 
des contrefaçons, et les auteurs de ces dernières ne se recrutaient pas 
assurément parmi l'élite d'artistes. Il n'y a jamais eu, en somme, qu'un 
seul créateur, quand l'œuvre était originale, et qu'un adaptateur, 
lorsqu'elle dérivait d'un modèle manuscrit antérieur. Dans ce dernier 
cas, on a déjà vu, à propos de V Apocalypse ^ que la première édition 
xylographique ne peut être que celle qui se rapproche le plus du 



i 



LE CANTIQUE DES CANTIQUES 159 

modèle ; dans le premier, on ne peut assigner le premier rang qu*à 
celle qui offre le plus d'originalité. 

En ce qui concerne le Cantique des cantiques qui nous occupe, 
l'identité de composition dans tous les exemplaires connus (les 
différences ne portant que sur des accessoires de peu d'importance) 
prouve qu'une seule édition constitue l'original, dont les autres ne sont 
que de simples copies, et du moment que nous nous trouvons en 
présence d'un chef-d'œuvre de conception et d'exécution, la première 
édition est celle qui est la plus parfaite sous tous les rapports. Le 
créateur d'une œuvre de si haute valeur était incontestablement un 
artiste supérieur à ses contrefacteurs serviles, de sorte que ces 
derniers n'avaient point à améliorer sa composition en y ajoutant un 
moulin, une brebis ou quelques arbres de plus, et certes ils ne s'en 
souciaient guère. Quand l'imitateur se sentait la force de faire mieux 
que l'auteur du premier modèle, il ne s'emparait que du sujet pour lui 
donner une fbrme artistique supérieure, comme ^ela a eu lieu pour 
YArs moriendi, et, dans ce cas, son but principal était de produire une 
œuvre d'art. Par contre, lorsqu'il s'agit d'un copiste, qui ne travaillait 
que dans un but mercantile, son unique but devait être de produire à 
peu de frais et sans doute à bon marché, de sorte que, loin de chercher 
à compliquer sa besogne, il se préoccupait plutôt de la simplifier, en 
retranchant beaucoup de détails (c'est ce que nous avons vu à propos 
de Y Apocalypse). N'oublions pas, en outre, que ces xylographies 
s'adressaient surtout aux classes peu aisées, au peuple; qu'elles 
s'écoulaient dans les foires et par l'entremise des colporteurs, et que, 
par conséquent, ce n'est pas une brebis ou quelques arbres de plus ou 
de moins qui pouvaient augmenter ou diminuer le chiffre de la vente. 
Pour ce qui touche au texte des légendes, il est clair que le créateur 
de l'œuvre, s'il n'était pas lui-même assez compétent dans cette 
matière, s'adressait à quelqu'un qui fût apte à les dessiner et graver 
avec soin, tandis que les vulgaires contrefacteurs, simples tailleurs en 
bois et dépourvus de toute instruction, étaient toujours exposés à 
commettre des erreurs, ne comprenant point le texte qu'ils copiaient. 

De ce qui précède, il résulte que de toutes les éditions du Cantique 
des cantiqv£s la première est celle qui offre le type le plus élégant, la 
composition la plus riche et le texte le plus correct. Le perspicace 



160 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Ottley avait déjà exprimé Topinion que la plus correcte devait être la 
première. 4- 

Nous avons vu plus haut que Heinecken n'a reconnu que deux 
éditions. Sotheby en décrit trois : la première, avec le mot correct vino 
à la première planche, et les deux autres avec la faute viro, dont 
Heinecken n*a connu qu'une. Quant aux exemplaires portant, en tête 
de la première planche, cette inscription en guise de titre : Dit is die 
voersinîcheit va Marie der mod godes Eu is gehetè in laty Càtic 
(Ceci est la préfiguration de Marie, mère de Dieu, et appelée en latin 
cantique), inscription que Meerman et d'autres déclarent être en 
flamand, mais qui, selon Heinecken, est plutôt en bas allemand, et, 
d'après Brunet, en bas saxon, tous les iconographes de nos jours 
estiments qu'ils ont été tirés sur les mêmes planches que l'édition avec 
le mot vino, dont ils ne constitueraient qu'une variante. 

On a longuement disserté sur la question de savoir si les exem- 
plaires de l'édition avec le mot vino^ pourvus du titre, ont précédé ou 
suivi ceux sans le titre. Ottley a d'abord cru que ce titre n'était qu'une 
simple falsification, faite après coup, pour légitimer les prétentions delà 
ville de Harlem à l'honneur d'avoir été le berceau de l'imprimerie, mais 
ensuite il est revenu sur son opinion pour déclarer que ce titre a bel et 
bien été imprimé à l'époque même, et que les exemplaires de ce genre 
constituaient l'édition originale du Cantiqiie des cantiques, Sotzmann*, 
le D' Waagen ' et M. Berjeau ont adhéré à cette opinion. Sotheby l'a 
partagée tout d'abord, pour la rejeter ensuite et soutenir que le titre a 
été ajouté postérieurement aux blocs de bois primitifs. Dans l'hjTpothèse 
de l'identité des planches employées pour le tirage de ces deux sortes 
d'exemplaires, Sotheby aurait absolument raison en vertu de ce fait 
matériel que deux planches, dans les deux exemplaires connus avec 
titre, ont une cassure longitudinale qui n'existe pas dans ceux sans 
aucun titre. Cependant la question est toute autre: Sotheby déclare avoir 
comparé page par page l'exemplaire avec le titre qui se trouve au 
Musée britannique avec celui dépourvu de ce titre et faisant partie 
de la bibliothèque de lord Spencer, sans être parvenu à constater 



1. Aeiteste GescfUchte der Xylographie (dans \e Historisches Taschenbuch, deRaumer; Leipzig, 
1837, pp. 449-599). 

2. Treasures of art in Gréai Britain, t. 1 (1854), p. 306. 



CANTIQUE DES CANTIQUES ICI 

aucune autre différence entre les deux. J'ai comparé à mon tour 
l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, le second connu de la même 
édition que celui de lord Spencer, avec le fac-similé publié par 
M. Berjeau de l'exemplaire du Musée Britannique avec le titre ^ 
Cette reproduction n'étant pas scrupuleusement exacte, j'ai fait 
contrôler les points douteux sur l'original même, et il résulte de cet 
examen qu'il y a là non pas deux tirages faits à l'aide des mêmes 
planches, mais deux éditions distinctes dont l'une est la copie de 
l'autre. Les différences qu'elles offrent sont assez nombreuses et assez 
sensibles pour écarter tout doute à cet égard, et il y a lieu de s'étonner 
que Sotheby ne les ai pas remarquées. En ce qui touche le droit de 
priorité, il est clair que l'édition avec le titre est postérieure à celle qui 
n'en a pas, conformément aux exemples fournis par Fhistoire de 
l'imprimerie. 

Il existe donc, non pas trois, mais quatre éditions du Cantique des 
cantiques^ dont deux avec le mot vino et deux avec la faute viro. 
Avant d'énumérer toutes les particularités distinctives qui les 
caractérisent, et d^une manière plus explicite qu'on ne l'a fait jusqu'à 
ce moment, je dois faire observer que l'ordre des planches de ces 
différentes éditions n'est pas toujours le même et qu'D varie selon les 
exemplaires, sans être en général conforme au récit biblique. Il est 
probable que ces transpositions sont du fait des relieurs, mais comme 
Tordre primitif ne saurait être déterminé à défaut d'exemplaires 
brochés, je me conformerai, dans l'indication des planches, à celui 
observé dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale et qui est aussi 
celui de l'exemplaire avec titre du Musée Britannique. Cet ordre 
diffère légèrement de celui suivi par Heinecken, et il paraît être celui 
de l'impression, à en juger par la position des filigranes dans l'exem- 
plaire Scriverius. 

Première édition. 

PI. I. Haut. Légende de gauche : Osculet" me osculo oHs sui q'a 
meliora sunt vbera tua vino. La barrière de l'entrée du couvent est 

1. Cantkum canticorum, reproduced in fac-simiiey from the Scriveritis Copy in the British 
Muséum. WUh an historical and bibliographical Introduction^ by J. Ph. Berfeau. Londoo 
Trûboer» 1860. In-fol. 

1. H 



162 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

MUNIE d'une clavette, et le montant de droite est ombré de tailles 
horizontales. 

Bas. Légende de gauche : Caput tau ut canneV. . . D'une plante, 
à droite, sort une branche plus élevée. 

PI. II. Haut. Légende de gauche : Trahe nie post te currem in 
odore (sic) migetoTf tuoif. Le bout du rouleau, à gauche, touche au 
trait de la planche, et il y a une fleur entre le rouleau et la jeune 
suivante. 

Bas. Légende de gauche : En diltus [dilectus] me* loq'P. . . 
Une PLANTE est sous les pieds de la Vierge. Entre celle-ci et le Christ, 
au-dessous de l'arbre, il y a, à gauche, une touffe d'herbes, et, à 
droite, une grande planté a fleurs. Derrière le Christ, on voit 
d'abord une touffe d'herbes, et, au-dessus, dans le coin du bas, une 

GRANDE PLANTE flCUrie. 

PL III. Haut. Légende de gauche : Qualis est dileclus tuus o 
piilcherrla mulierû. Au, milieu, sur une montagne, il y a un moulin. 
Vers la droite, au-dessus de la main gauche de la Vierge, il y a deux 

ARBRES. 

Bas. Légende : Aduiro (sic, pour adiuro) vos filie ihnn p capreas 
teruosqj (sic) câpo'^ ne sustitetis (sic) dilectam meanu . . Il y a 

SIX ARBRES sur la montagne, dont un à deux rameaux. 

PI. IV. Haut. Légende de gauche : Erût verba (sic, pour vbera) tua 
sicut botri vinee odor oris tui sicut malorïi punicorum (et non 
pomorum^ comme lit Sotheby). Derrière les ceps de vigne apparaît un 
arbre; sous les pieds du Christ on voit une plante, et une autre, 
à droite, près du bord. 

Bas. Légende de gauche : Or tus conclusus est. . . Derrière le 
Christ, sur une petite éminence, il y a un arbre. Vers le milieu, à 
droite, on voit une grande plante d'où sortent quatre branches, et 
au-dessus de la fontaine, à gauche, se trouve une autre grande 
plante. Le Christ est en dehors de l'enceinte. Dans la légende du bas 
on lit pfla. 

PI. V. Haut. Légende de gauche : DilecV me' m et ego itte (sic) q 
pasîtur (sic) i?if lylia. Une plante est derrière le Christ et une autre 



CANTIQUE HES CANTIQI'ES 163 

derrière la troisième des suivantes de la Vierge, et le rocher du fond 
de ce côté est anguleux. Au bas du premier rouleau, à gauche, il y a 
une PIERRE. Au-dessous du lis, dans le bas, il y a une fleur. 
Bas. Légende de gauche : Pulch^e sut gène tue, . . 

PI. VI. Haut. Légende de gauche]: Que habitas in ofHis amici 
auscultât : fac me audire voce tua. Entre Tarbre et la Vierge il y a 

DEUX GRANDES PLANTES. Au pied du Christ, une PLANTE FLEURIE. 

Bas. Légende de gauche : Quo abljt dilectus tu\ . . D y a 
ONZE ROSES sur la couverture du lit. Dans le coin du bas, à droite, 
on voit une plante. 

PI. VIL Haut. Légende de gauche : Descêdi i ortû nucû. . . 
Au milieu d'un verger, entouré d'une haie, le Christ parle à la Vierge 
derrière laquelle il y a deux suivantes. Dans cet enclos, on voit 
quatre arbres chargés de fruits et un cinquième en dehors de la haie, 
à gauche. Le feuillage de l'arbre qui est à droite, sur le versant d'un 
monticule, touche au cadre. Dans le coin du bas, de ce côté^ il y a 
une large plante fleurie. 

Bas. Légende de gauche : Aperi m soror mea. . . Au pied du 
Christ, et derrière lui, il y a une plante. 

PI. VHL Haut. Légende de gauche : Indica m' que diligit aïa 
mea. . . Dans le fond, il y a cinq arbres dont deux sur le monticule 
de droite. Entre le Christ 'et la Vierge s'étend une rangée de pierres 
en avant de laquelle on voit trois brebis et une chèvre. 

Bas. Légende de gauche : Animamea liqfà est. . • 

PI. IX. Haut. Légende de gauche : Quis m det te frem meu vt 
inenià te fora^. Derrière la Vierge il y a une petite pierre ayant 
l'aspect d'un insecte. 

Bas. Légende de gauche : Fauus distillas Idbia tua mel et lac. . . 

PI. X. Haut. Légende de gauche : Si dederit homo oemsuhstàcià 
sim, . . 

Bas. Légende de gauche : Que e ista q ascendit de deserto. . . 
Les ARBRES sont au nombre de neuf, dont trois garnissent le rocher, 
à droite. 



164 LIVRES XYLOGHAPHIQUES 

PL XL Haut. Légende de gauche : Ecce dilecto meo et ad nie 
cbuersio ilW. Derrière la Vierge il y a une plante. Le paysage offre 
QUATORZE ARBRES ; colui placé derrière le Christ est à deux rameaux. 

Bas. Légende supérieure : Qui pulchre (sic) sf gress* tue. . . Le 
paysage est garni de dix arbres, dont plusieurs à deux rameaux. 

PI. XII. Haut. Légende de gauche : Dilecte mj egrediarfl in 
agru. . . A Textrême gauche il y a, dans le mur, une petite ouverture 

ROiNDE. 

Bas. Légende : Facicut (sic) mi7*re. . . Par l'ouverture qui se 
trouve derrière la femme, à gauche, on voit deux plantes. 

PI. XIH. Haut. Légende de gauche : Surgâ et circuibo ciuitatê p 
vicos et plateas. . . Les tours rondes, sur le premier plan, ont chacune 
une ouverture circulaire. La tête du cheval du cavalier portant l'écu 
à l'aigle est bien visible. Le dallage de la chambre de la Vierge est en 
mosaïque. Sur le terrain de devant il y a quelques traces d'herbes. 

Bas. Légende de gauche : Comedite amici et bibite. . . Le banc 
sur lequel les personnages sont assis est à dossier garni d'une frise 
sculptée fleuronnbe. Le pilier, à droite, n'est pas ombré. 

PL XIV. Haut. Légende de gauche : Tota pulchra es arnica 
mea. . . Derrière le Christ on voit une plante, et de l'herbe dans le 
pli du terrain qui occupe le coin gauche. Dans la chambre, le rideau à 
droite est placé en guise de hamac. Dix-huit roses sont rangées sur le 
lit. 

Bas. Légende de gauche : Ecce pulchra es arnica mea. . . A 
droite, au-dessus du lit, un rideau plié ; la tête du lit est sculptée ; il y 
a dix-sept roses sur la couverture. 

PI. XV. Haut. Légende de gauche : Mille clypei pendèt ex ea omis 
annatura forciu. Derrière l'ange, sous le rouleau, on voit une 
GRANDE PLANTE A FLEURS, et URO autrc cutro la Vierge et Tange, au 
bas de la tour. Le bout du rouleau, au bas, â droite, est écarté du 
trait de la planche. 

Bas. Légende de gauche i Ego donnio et cor meû tigilat. Dans le 
bas il n'y a qu'uN seul rang de carreaux. Le bois du lit est très 
apparent. 



CANTIQUE DES CANTIQUES 165 

PI. XVI. Haut. Légende de gauche : Porte me vt signaculû su/p cor 
tuum. L'ombre portée des vêtements sur le parquet est indiquée 
devant le Christ et derrière les femmes. 

Bas. Légende de gauche : Spis ei'vt lyban' {sic) electvs. . . Entre 
le Christ et la Vierge il y a une plante. Le paysage est orné de 
CINQ ARBRES, dout quatre sur le rocher à gauche. 

On ne connaît de cette édition que deux exemplaires : celui de la 
bibliothèque de lord Spencer, décrit par Sotheby qui en a donné un 
fac-similé de la première page, et celui de notre Bibliothèque nationale, 
bien plus beau et d'un tirage antérieur ; il provient de Gaignat (351 livres 
19 sous) et de Mac-Carthy (1560 francs); le filigrane du papier est une 
Ancre surmontée d'une ligne blanche (haut., 256 millim. ; larg., 125). 
Ils sont contre-coUés, mais non coloriés. M. Pilinski vient de publier un 
excellent fac-similé de cet exemplaire ' . 

D'après Sotheby, le D' Kloss, à Francfort, possédait un exemplaire 
de cette édition, mais incomplet de six pages. 

C'est à tort que M. Deschamps {Supplément au Manuel du lib^^aire) 
dit qu'un exemplaire de cette édition a figuré dans la vente Weigel. Il 
possédait VHistoria Eeatœ Mariœ Virginis, mais cet ouvrage n'était 
autre que le Defensorium dont nous aurons Toccasion de parler plus 
loin. 

Beuodème édition {avec titre). 

Nous plaçons ici l'édition portant en tête le titre en flamand ou en 
bas-saxon que nous avons rapporté plus haut. Il n'est pas possible 
de lui assigner sûrement un rang chronologique par rapport aux 
deux éditions qui vont suivre, mais il est probable qu'elle est la 
deuxième en date. 

1. M. Adam Pilinski a eûtrepris, avec le concours de son fils^ de reproduire en fac-similé toutes 
Ie« xylographies qui offrent un intérêt réel. Cette publication, portant le titre général de Monuments 
de la xylographie, a commencé cette année et se poursuit activement. Parmi les xylographies déjà 
décrites dans nos feuilles précédentes et qui viennent de paraître, figurent : VArs Moriendi, eiem- 
plaire ayant appartenu à M. Didot^ probablement unique, et aussi la septième édition de Heinecken; 
l^Bihle des Pauvres, première édition d'après Heinecken ; V Apocalypse, première édition de Heinecken. 
Ces reproductions, faites sur les exemplaires de la Bibliothèque nationale, se distinguent^ comme tous 
les travaux du même artiste, par une rare exactitude^ et elles peuvent, pour les études^ tenir lieu des 
originaux. Le tirage est limité à 100 exemplaires. (Paris, place de la Sorbonne^ 4.) 



166 LIVRES XYLOGRAPHÏQUES 

J*ai déjà dit qu'on ne saurait la considérer comme provenant d'un 
tirage fait sur les mêmes planches que l'édition précédente, thèse 
soutenue par Sotheby et acceptée de confiance par tout le monde ; la 
reproduction donnée par M. Berjeau nous a révélé des différences assez 
tranchantes. C'est donc une copie, mais d'une fidélité telle qu'il faut 
une comparaison très attentive pour s'apercevoir qu'il n'y a pas 
identité absolue, de même qu'on l'a vu pour la deuxième édition 
de V Apocalypse. Je regrette de n'avoir pas pu étudier parallèment les 
deux éditions sur les originaux mêmes, mais ils ne se trouvent réunis 
dans aucun établissement. La reproduction publiée par M, Berjeau 
n'est certes pas parfaite, c'est pourquoi je ne m'arrêterai pas à une 
foule de petites variantes qu'on y trouve, mais qui n'en sont peut-être 
pas en réalité. Je me bornerai à signaler celles qui sont incontestables, 

PI. I. Haut. La barrière n'a pas de clavette, 

PI. IL Haut. L'arbre qu'on voit dans le coin gauche supérieur a le 
feuillage régulier au sommet, et non plus une sorte de triangle noir 
provenant de l'empâtement du bois. 

PI. vn. Haut. Le feuillage de l'arbre placé sur le monticule, à 
droite, ne touche pas au trait carré de la planche, 

PL VHL Haut. Il y a quatre touffes d'herbe sur le terrain du 
second plan, entre la Vierge et les deux suivantes, tandis que "cette 
place est blanche dans l'édition ci-dessus. 

On ne connaît non plus de cette édition que deux exemplaires : 
l'un, incomplet de sept planches, est conservé à la bibliothèque de 
l'hôtel de ville de Harlem (filigrane du papier : Tête de bœuf surmontée 
d'une ligne verticale, terminée au bout par un sautoir) ; l'autre, non 
colorié, ayant successivement appartenu à Pierre Scriverius, au comte 
Rendorp, à Heber (acheté 31 1. 10 sh., en 1823), et enfin aux libraires 
Payne et Foss qui l'ont 'payé 25 1. seulement en 1835, et Tout revendu 
au Musée Britannique. Sotheby en a donné les fac-similés de la 
première et de la dernière page. Le filigrane du papier de cet exem- 
plaire, mais à huit pages seulement, est un Unicorne; les autres n'en 
portent aucun. 



J 



CANTIQUE DES CANTIQUES 167 



Troisième édition, 

Sotheby s'est contredit dans son ouvrage au sujet de celle des 
éditions à laquelle il faut assigner le second rang. Dans le premier 
volume (page 78), il accorde cette place aux exemplaires pareils à 
celui de la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, mais quelques pages plus 
loin, de même que dans l'index de ce volume, et au troisième volume 
(p. 168), il la revendique pour l'exemplaire Gracherode du Musée 
Britannique. C'était là son opinion définitive, car il l'a maintenue dans 
un opuscule publié en 1859 et consacré spécialement à la classification 
des monuments xylographiques de la Bibliothèque nationale. Nous 
devons déclarer que cette fois-ci l'iconographe anglais s'est complè- 
tement trompé et que son examen n'a pas été sérieux. Il est facile 
d'acquérir cette certitude à notre grand établissement national, en 
comparant entre eux les admirables exemplaires non coloriés de la 
première édition et de la prétendue troisième avec les fac-similés des 
trois planches de l'exemplaire Gracherode données par Sotheby, et 
cette comparaison ne peut être faite dans aucune autre bibliothèque, 
ces deux éditions ne se trouvant réunies nulle part ailleurs. On arrive 
rapidement à constater que l'édition classée par Sotheby au dernier 
rang est d'abord, au point de vue de l'art, de beaucoup supérieure à 
celle représentée par l'exemplaire Gracherode, et qu'ensuite elle 
dérive directement de la première édition, dont elle est une copie assez 
fidèle, modifiée ou simplifiée dans beaucoup de détails, tandis que 
l'édition qualifiée de seconde no doit rien à l'original, et n'est qu'une 
copie de seconde main, faite sur la précédente et confinant déjà à 
l'imagerie. 

Voici les principales différences qui distinguent cette édition de la 
première : 

PI. I. Haut. Dans la légende de gauche, le mot vino a été estropié 
en viRO. La barrière de l'entrée du couvent n'a pas de clavettb, et 
le montant de droite n'est pas ombré. 

Bas. La plante placée à droite n'oflte pas de branche plus élevée. 
Dans la légende de droite, on lit : ih:Vmy au lieu de ihrVm. 



168 LIVRES XTLOGRAPHIQUES 

PI. IL Haut. Le bout du rouleau à gauche ne touche pas au trait de la 
planche, et la plante fleurie qu'on voyait entre ce rouleau et la jeune sui- 
vante a été remplacée par une touffe d'herbes. 

Bas. La plante qui était sous les pieds de la Vierge y est toujours. 
Celle qui figure à gauche du Christ n'a plus de fleurs. Derrière le Christ, 
au lieu d'une grande plante fleurie occupant le coin entier, on ne voit 
qu'une touffe d'herbes. 

PL IIL Haut. Il n'y a point de moulin sur la montagne, et il n'y a 
qu'uN arbre au-dessus de la main de la Vierge. 
Bas. Il n'y a que quatre arbres sur la montagne. 

PI, IV. Haut. Il n'y a pas d'arbre derrière les ceps de vigne, ni de 
plante sous les pieds du Christ, de même qu'à l'extrême droite, près 
du bord. 

Bas. Il n'y a pas d'arbre derrière le Christ, ni de grandes plantes 
à droite de la fontaine, près du phylactère, ni à gauche de la fontaine, 
au-dessus de la vasque. Le premier plan à gauche est modifié, et le mur 
est continué de manière que le Christ se trouve en dedans de Tenceinte. 

PI. V. Haut. Il n'y a de plante ni derrière le Christ, ni derrière la 
dernière femme à droite, et le rocher du fond, de ce côté, est arrondi. 
La pierre qui était au bas du premier rouleau a été remplacée par une 

TOUFFE d'herbes. 

PL VI. Haut. Il n'y a pas de plantes entre l'arbre et la Vierge, et 
la plante fleurie au pied du Christ a été remplacée par une touffe 
d'herbes. 

Bas. Il n'y a pas de plante dans le coin droit, sous le phylactère, 
et on ne voit que neuf roses (au lieu de onze) sur la couverture du lit. 

PI. VIL Haut. Cette planche a été singulièrement simplifiée : on n'y 
voit plus ni verger, ni clôture ; le Christ s'entretient avec la Vierge au 
milieu d'un champ parsemé de touffes d'herbes. Il n'y a plus que dbxtx 
arbres (au lieu de cinq), et les deux suivantes ont également été 
supprimées, de même que la plante fleurie du coin du bas, à droite. 



CANTIQUE DES CANTIQUES 469 

Les rochers superposés, du même côté, ont aussi disparu, et ont été 
remplacés par un monticule uni, pointu. 

Bas. Les plantes grasses, devant et derrière le Christ, ont été 
remplacées par des touffes d'hbrbes. 

PI. VIIL Haut. Il y a cinq arbres, comme dans la première édition, 
mais la rangée de pierres a été supprimée au milieu, et le troupeau 
ne compte plus que deux brebis et une chèvre. 

PI. IX. Haut. Il n'y a pas de petite pierre derrière le Christ, 

PI. X. Bas. Il n'y a que sept arbres (au lieu de neuf). Le rocher à 
droite est plus rapproché du trait du cadre, contre lequel on voit une 
indication du troisième arbre. 

PI. XL Haut, n y a dix arbres (au lieu de quatorze); celui placé 
derrière le Christ est simple. La plante derrière la Vierge a été 
remplacée par une touffe d'hérbes. 

Bas. Le paysage n'offre que huit arbres (au lieu de dix). 

PI. XII. Haut. Il n'y a pas d'ouverture dans le mur à l'extrême 
gauche. La pierre derrière la Vierge a été remplacée par une touffe 
d'herbes. 

Bas. On ne voit point de plantes derrière la femme, à gauche. 

PI. XIII. Haut. Les tours rondes de l'enceinte fortifiée n'ont point 
d'ouvertures circulaires. La tête du cheval du second cavalier n'est 
point visible. Le dallage de la chambre de la Vierge n'est pas en 
mosaïque. Pas de traces d'herbes sur le devant. 

Bas. La frise sculptée, fleuronnée, a été supprimée : la muraille est 
unie et partout ombrée de tailles horizontales. 

PI. XIV. Haut. La plante derrière le Christ a été remplacée par une 
touffe d'herbes. Le pli de terrain dans le coin gauche est blanc. 
Le rideau plié en guise de hamac n'existe plus : il n'y a que la draperie 
tout unie. Sur la couverture du lit on ne voit plus que quatorze roses 
(au lieu de dix-huit). 



170 LIVRES XYLOGRAPHIÛUES 

Bas. Pas de rideau plié au-dessus du lit, dont on ne voit pas non 
plus la tête. Les roses sur la couverture sont au nombre de seize (au 
lieu de dix-sept). 

PI. XV. Haut. La plante qui était à gauche entre le rouleau et le 
cadre n'existe plus. Celle placée derrière l'ange, sur le rouleau, n'a 
plus de fleurs ; celle qui figurait en avant de l'ange a été remplacée par 
une TOUFFE d'herbes. 

Bas. Le bois de lit n'est plus visible, et il est remplacé par une 
seconde rangée de carreaux non ombrés, 

PI. XVL Haut. Le dallage est blanc partout, sans ombre portée 
des vêtements des personnages. Le fût du pilier de droite manque 
entièrement. 

Bas. Il n'y a que trois arbres (au lieu de cinq). La plante entre la 
Vierge et le Christ diffère de celle de la première édition, de même que 
les rochers à gauche. 

Aucun fac-similé de cette édition n'a encore été donné, et elle n'a 
jamais été suffisamment décrite, bien qu'on en connaisse plusieurs 
exemplaires. La Bibliothèque nationale en possède deux : l'un, imprimé 
à l'encre grise et au frotton, et revêtu d'une charmante reliure en 
maroquin vert, signée de Derôme (le filigrane du papier est tantôt un 
Croissant, tantôt une Fleur de houblon) ; l'autre, lourdement imprimé à 
l'encre noire et au frotton, mais fort beau et très pur, reUé en maroquin 
vert par Hamfin, le relieur de Loménie de Brienne (c'est sans doute par 
erreur que l'exemplaire décrit au numéro 3 du catalogue de Lair, et 
vendu 550 fr. en 1791 , est indiqué comme étant relié en maroquin rouge). 
L'auteur du Sv/pplèment au Manuel de Brunet a présenté ce second 
exemplaire, tiré à l'encre noire, comme appartenant à une édition 
indépendante ; l'erreur provient de ce que, par inadvertance, il a pris 
la chèvre de la planche VHI pour une troisième brebis. La marque du 
papier de cet exemplaire est une grande Tête de bœuf surmontée d'une 
croix, sur le bois de laquelle s'enroule un serpent. 

L'exemplaire dont se sont servis les écrivains anglais est celui de la 
bibliothèque Bodléienne d'Oxford, dont nous ignorons la provenance. 
Il est colorié et on n'en connaît pas d'autre en Angleterre de cette 



_j 



CANTIQUE DES CANTIQUES ^ 171 

édition. Il a pour filigrane une Tête de bœuf, surmontée d'une ligne 
verticale, terminée en forme de croix, et, à deux pages, TAgneau 
pascal entouré d'un cercle. 

Heinecken affirme que celui de Verdussen, d'Anvers (vendu 
182 florins en 1776), était de la même édition, mais la chose n'est pas 
certaine et nous ne savons même pas où a passé cet exemplaire. 

Sptheby assigne à cette édition la date approximative de 1460. Il 
croit qu'elle a vu le jour plutôt aux confins de l'Allemagne que dans les 
Pays-Bas ; nous sommes d'une opinion opposée . 

Quatrième édition. 

Cette édition diffère peu de la précédente, dont elle est une copie, c'est 
pour cela qu'on les a confondues ensemble jusqu'à la démonstration 
faite par Sotheby. Nous avons dit ci-dessus pourquoi on ne peut lui as- 
signer que le dernier rang. La planche XV surtout fournit des arguments 
décisifs à cet égard. Tandis que, dans l'édition précédente, elle ne s'écarte 
de l'original que dans les accessoires de second ordre, il n'en est pas 
de même pour celle-ci, où visiblement elle ne procède plus de la pre- 
mière édition, mais seulement de la seconde, avec plus de simplifications 
encore, comme par exemple la suppression presque complète du pilier 
de droite dans la figure du bas. 

Il ne nous est pas possible de signaler toutes les différences qui dis- 
tinguent cette édition delà précédente, remarques qui seraient souvent 
peu intelligibles. Nous nous bornerons aux plus saillantes. 

PI. II. Bas. La plante qui était sous le s pieds de la Vierge a disparu. 
La touffe d'herbes entre la Vierge et le Christ a été remplacée par une 
petite PLANTE A FLEURS, et, à sa droite, on a substitué à la plante fleurie 
une autre, à sept feuilles, mais sans fleurs. Derrière le Christ, au lieu 
de deux touffes d'herbes, on voit vers le milieu, une plante a feuilles 
ÉTALÉES, avec deux tiges fleuries, et, au-dessous, une touffe d'herbes. 

PU IV. Bas. Dans la légende du bas, on lit: P/?a, au lieu de vfla. 

PL V. Haut. Au-dessous du lis qui est au milieu il y a une touffe 
d'herbes à la place de la fleur. 



n2 hVres xylographiques 

PI. X. Bas. Le premier plan diffère sensiblement 

PI. XIII. Bas. Le pilier de droite est OMBRÉ. 

PL XV. Haut. Entre le premier rouleau et le cadre, à gauche, il 
n'y a que des hachures, comme dans l'édition précédente, et la fleur 
n'yflgureplus. La touffe d'herbes placée en avant de l'ange, près du 
bord, a été remplacée par une plante qui se trouve à gauche de la tour 
dont le bas a disparu dans un repli de terrain. Le bout du rouleau, dans 
le bas, adroite, est engagé sous le trait du cadre. 

Bas. La draperie du lit diffère. Le pilier de droite est à peine visible, 
et le fût de celui de gauche est difforme. 

PI. XVI. Haut* Il n'y a plus de pilier à l'extrémité droite. 
Bas. La plante entre le Christ et la Vierge a été remplacée par une 
touffe d'herbes. Une partie de rochers à gauche ont disparu. 

On n'a encore cité de cette édition que l'exemplaire colorié, ayant 
appartenu au Rev. Cracherode, et conservé au Musée Britannique. Le 
filigrane du papier est tantôt une Tête de bœuf, semblable à celle de 
l'exemplaire de la bibliothèque d'Oxford, de l'édition précédente ; tantôt 
un P d'une forme particulière. Sotheby en a donné trois pages en fac- 
similé : la première, la deuxième et la quinzième. Il en place Texécution 
vers 1450. Cette édition peut bien être de provenance germanique. 

C'est aussi à l'une des deux dernières éditions qu'appartiennent les 
deux autres exemplaires signalés avec la faute viro à la première 
planche : !• celui du comte Pertusati, relié avec une édition de la Bible 
£tesPawvr^5, et qui est aujourd'hui à la bibUothèque Brera, à Milan; 
c'est d'après cet exemplaire qu'a été faite la première mention de cette 
xylographie, dans un périodique allemand intitulé Dos Merkwûrdige 
Wien (Wien, 1727 ; in-4*, p. 110), et Heinecken a fait copier le fac-similé 
de la première page qui y avait été donné ; 2" l'exemplaire de Crevenna, 
d'Amsterdam (vendu 200 florins en 1789), dont nous ignorons la 
destinée. 

On le voit, aucun exemplaire de ces deux éditions n'a passé en 
vente dans ce siècle, ce qui prouve l'extrême rareté de ce livre précieux. 



CANTIQUE DES CANTIQUES 173 

AU début de cet article, nous avons dit que la présente xylographie 
offrait une allégorie où, à la fiancée biblique du poème attribué au roi 
Salomon, on a substitué la Vierge symbolisant TÉglise chrétienne. 
Plusieurs iconographes, cependant, ont voulu attribuer à cette œuvre 
une portée plus grande, en soutenant que l'artiste dessinateur a eu 
pour but non pas de fournir un nouvel>liment aux tendances mystiques 
de son siècle, mais de présenter en images les luttes politico-religieuses 
qui préoccupaient ses contemporains. Ce qui a donné naissance à ces 
hypothèses, ce sont de nombreux écussons armoriés, qu'on voit sur 
quatre des planches du Cantique des Cantiques, et qui n'ont que faire 
là-dedans. Ainsi à la IV* planche ils sont portés par quatre anges, en 
guise de bouclier, et par un seul à la VI' planche; un pape, deux 
cardinaux, un évêque et un guerrier en sont munis dans la première 
figure de la XIII' planche; neuf écussons sont appendus au mur de la 
grande tour crénelée, dans la partie supérieure de la XV* planche ; 
quatre autres sont tenus par des guerriers rangés près du lit du 
hien-aimè dans la seconde figure de la même page. Les armoiries qui 
couvrent ces écussons ne sont nullement de fantaisie mais très réelles, 
et presque toutes différentes. 

M. Ghatto * a suggéré le premier que ces écussons impliquent une 
allusion directe au concile de Bàle, qui élut, en 1439, au siège pontifical 
Amédée de Savoie, sous le nom de Félix V, en opposition au pape 
Eugène IV, mais cette hypothèse ne s'appuie que sur une base bien 
fragile, rien que sur la présence, dans deux planches (IV* et XV*), d'un 
écusson ayant pour armoiries une croix, qui constitue aussi les armes 
de la maison de Savoie. 

Sotheby est allé beaucoup plus loin. Pour lui, le livre entier est une 
allégorie politique et historique relative aux divisions intestines de 
l'Église de Rome, et semble rappeler trois circonstances : 1* la querelle 
pour le pallium d'investiture, entre le pape Pascal II et Tempereur 
Henri V, de IHl à 1115; 2* l'hérésie hussite touchant la communion 
sous deux espèces, et le concile de Constance (1414-1424); 3* le grand 
schisme d'Occident sous Urbain VL terminé en 1449, sous Nicolas Vé 
Il a exprimé l'opinion que l'idée de cette œuvre a probablement émané 
des CaUxtins ou Hussites de Bohême* La figure du bas de la planche IV 

Il A Tteatise on Wood Bngraving; London^ i839; p* 94. 



174 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

(Vr chez Sotheby), représentant un jardin clos avec une fontaine, sym- 
boliiserait TÉglise au spirituel et au temporel. Les quatre anges qui 
gardent Tenceinte fortifiée, et qui sont armés de glaives et de boucliers 
armoriés, personnifieraient les protecteurs de la puissance temporelle 
des papes. Les armoiries seraient celles des principaux chefs du parti 
gibdki ou impérial : r aigle à deux têtes du premier bouclier désignerait 
l'empereur Stgmniond, et la cy^oix du quatrième écusson indiquerait 
Amédée, duc de Savoie, ensuite pape sous le nom de Félix V, qui avait 
pris parti contre les Hussites en 1422, à l'instigation de l'empereur. 
Sotheby n'interprète point les deux autres armoiries : une rose sur- 
montée d!un chef dentelé ^ et un chevron. 

La figure du bas de la planche VI (IV* chez Sotheby), où l'on voit la 
fiancée couchée dans un lit, impliquerait l'idée du schisme et de la 
jalousie entre l'Église romaine et les autres Églises chrétiennes. Les 
deux jeunes filles qui occupent le haut d'une tour crénelée, et dont 
Tune dirige une flèche sur la fiancée {Vous avez blessé mon cœur, ma 
sœur! dit le texte), représenteraient les partisans de l'Kglise réformée ; 
le bouclier de la seconde jeune fille, portant un lion rampant, dési- 
gnerait le comte de Flandre ou de Brabant. 

Le tonneau placé dans la figure XVIII (IX* planche), où il est 
question du vin, fait croire à Sotheby qu'il n'y est que par allusion à la 
communion sous deux espèces; la figure suivante lui semble, par 
contre, symboliser la communion sous une seule espèce. Cette figure 
offre la vue" d'un intérieur aisé ; le feu brille dans la cheminée. Au 
centre du sujet est la fiancée, symbolisant l'Église. A sa droite, un 
homme et une femme, en costumes bourgeois, sont à genoux, sans 
doute par allusion au texte de la légende : « Quand un homme aurait 
donné toutes les richesses de sa maison pour le saint amour.... ». A sa 
gauche sont debout deux suivantes, deux filles de Jérusalem, dont l'une 
tient une lampe allumée et l'autre un cruchon rempli d'eau qu'elle 
répand. Sotheby a pris le couple bourgeoispoiir un moine et une nonne 
prêts à recevoir la communion, et, malgré les avertissements dû texte, 
il veut faire passer la lampe (« Ses lampes sont des lampes de feu et de 
flammes ») pour une boîte contenant la sainte hostie, et Veau de la 
cruche (« Les grandes eaux n'ont pu éteindre la charité [représentée 
par le feu de la cheminée] ») pour du vin consacré 



CANTIQUE DES CANTIQUES 173 

La figure supérieure de la XIIP planche représente à gauche une 
chambre où la fiancée est couchée ; au-dessus, on aperçoit les murs 
de la cité mystique, défendus par un pape, deux cardinaux et un évêque 
portant chacun un glaive et un écusson armorié. La partie de droite 
offre une seconde scène du même sujet, ainsi expliqué par les légendes : 
« Je me lèverai, je ferai le tour de la ville, et je chercherai dans les 
rues et dans les places publiques celui qui est le bien-aimé de mon 
âme. — Les gardes qui font le tour de la ville m'ont rencontrée, ils 
m'ont frappée et blessée ; ceux qui gardent les murailles m'ont ôté 
mon manteau. » On y voit, en effet, deux soldats à cheval, dont l'un 
enlève le manteau de la Vierge couronnée ; le bouclier de l'autre porte 
pour armoiries une aigle à une tête. Pour Sotheby, cette composition 
n'est qu'une représentation allégorique de la grande querelle pour les 
investitures, commencée sous le pape Pascal II et terminée sous 
Calixte II, issu de la maison des ducs de Bourgogne, à laquelle ferait 
allusion une fleur de lis qu'on voit sur le bouclier tenu par le pape. Le 
lion de sable du bouclier du premier cardinal offrirait les armoiries de 
Robert, comte de Flandre. Sotheby n'interprète point les deux autres 
écussons. Le manteau que les soldats enlèvent à la Vierge couronnée 
serait le pallium d'investiture alors en contestation, et les soldats 
eux-mêmes représenteraient le parti impérial, personnifié par Yaigle 
des armoiries du bouclier, bien que cette aigle n'ait qu'une tête. 

La figure du haut de la planche XV représente un château fort 
avec des tours, par allusion à ces mots du texte : « Votre cou est 
comme la tour (de David), qui est bâtie avec des boulevards». Neuf 
écussons armoriés y sont appendus. Pour Sotheby cette forteresse 
symbolise la ville de Rome au pouvoir du parti gibelin, et les quatre 
écussons du haut désignent : l"" celui avec une écrevisse, le célèbre 
cardinal Nicolas de la Cusa, dont le nom allemand K7''ebs signifie 
écrevisse; Z" celui avec un lion, le comte de Flandre; 3"* celui avec une 
croix, Amédée de Savoie; 4* celui avec une aigle à deux têtes, l'em- 
pereur d'Allemagne. 

Enfin, la figure du bas de la même planche, qui représente le lit où 
est couché le bien-aimé entouré de guerriers (« Voici le lit de Salomon 
environné de soixante hommes des plus vaillants »), offrirait, selon 
Sotheby, l'image de la réconciliation prochaine de l'Église. Le lion 



1 



176 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

rampant désignerait toiyours le comte de Flandre , la fleur de lis, le 
duc Jean de Bourgogne, qui prit une part active au concile de Constance ; 
le fuseU, Guillaume, duc de Bavière, protecteur du concile de Bâle ; la 
rose du quatrième écu, Richard, duc de Lancastre, ou même Henri V, 
roi d'Angleterre. 

Dans son désir de systématiser, Sotheby a oublié que Tessence de 
toute allégorie est d'observer la double unité de temps et d'actipn, et il 
a chargé le même artiste des préoccupations politico-religieuses du 
début du quinzième siècle et de celles qui, remontant à trois siècles en 
arrière, étaient oubliées depuis longtemps. Toute cette démonstration, 
longue, pénible et mal assurée^ ne saurait être prise en sérieuse con- 
sidération, n est bien possible que, conformément aux idées de la 
première moitié du quinzième siècle, date de l'exécution du Cantique 
des Cantiques, il s'y trouve quelques allusions aux événements reli- 
gieux du temps, mais rien n'autorise à y voir d'un bout à l'autre toute 
une allégorie de caractère poUtique. On estime, avec plus de raison 
selon nous, que les écussons armoriés, ajoutés par le dessinateur sans 
aucune nécessité, sont ceux de la maison de Bourgogne et de la maison 
de Flandre, avec leurs principales alliances, ainsi que ceux de 
quelques villes importantes des Pays-Bas. Ainsi s'expliquerait la 
présence répétée de l'écu de Savoie, dont la maison s'est alliée plusieurs 
fois avec celle des ducs de Bourgogne, de même que le fuselé de 
Bavière ; les trois quintefeuilles sont les armes de la maison de Vergy. 
Dans l'écu des comtes de Flandre figurent bien aussi : l'' Vaigle à une 
tête de la maison de Brandebourg; 2^ les deux bars adossés de la 
maison de Bar ; 3^ la croix de Savoie ; 4*" les trois quintefeuilles des 
de Vergy. Vaigle à deux têtes constituait les armes de plusieurs villes 
des Pays-Bas, notamment d'Anvers et d'Alost; les deux chevrons sont 
les armes du Hainaut, Vécrevisse figurait dans celles de Condé, la fleur 
de lis est sur l'écu de l'Artois, le lion rampant sur l'écu de la Flandre, 
de la Hollande et de la Gueldre, la croix pleine sur l'écu d'Utrecht. 
Enfin, les poissons, les quinte feuilles , les clefs en sautoir figuraient 
sur des écus des corporations de métiers des villes de Flandre. 

En définitive, nous pensons, d'accord avec plusieurs iconographes, 
qu'il ne faut chercher dans cette xylographie qu'une tentative d'ex- 
position graphique du sens mystiquet atribué au songe de Salomon par 



LE CANTIQUE DES CANTIQUES 177 

saint Bonaventure, dont les idées faisaient alors autorité. On a constaté 
que, dans un de ses traités, le docteur sèraphique appUque à la Vierge 
Marie la plupart des versets du Cantique des Cantiques qu'on lit sur 
les banderoles de notre série d'images. Sotzmapn, déjà cité, a remarqué 
que la'première planche représente les moines d'un couvent se livrant 
aux travaux dé la moisson, et en a conclu que ridée de notre livre peut 
avoir été conçue dans un couvent des Franciscains. Or saint Bona- 
venture ayant été général de cet ordre, cette hypothèse peut ne pas 
être éloignée de la vérité. 



I. 



\i 



178 LIVRKS XYLOGHAPHIQUES 



EXERCITIUM SUPER PATER NOSTER 

■ 

(oraison dominicale) 

C'est encore l'une des xylographies les plus importantes pour 
rhistoire des origines de la gravure sur bois. D en existe trois éditions 
dont deux ont pour titre : Exercitium super pater noster. La Serna 
Santander, qui a décrit le premier ce livre extraordinairement rare *, n'a 
connu que la seconde édition ; la première a été signalée, mais point 
décrite, par Guichard, à la suite d'une nouvelle description de la 
seconde, où il s'est contenté de paraphraser ou de développer la notice 
de son devancier*. La troisième n'a été citée que vaguement. 

Chacune d'elles compte dix feuillets de format petit in-folio, im- 
primés d'un seul côté, au frolton, la première avec de l'encre brune à 
la détrempe, la seconde et la troisième, à l'encre grise. 

Première édition. 

Elle n'est connue que par l'exemplaire de la Bibliothèque nationale 
colorié et incomplet de deux plancjies (la F" et la IX'). Sous cette pre- 
mière forme, c'est moins un livre xylographique qu'un recueil d'es- 
tampes destinées à illustrer un texte manuscrit. Les phylactères des 
planches ont été laissés en blanc, et dans l'exemplaire de Paris ils 
portent des inscriptions latines à la main, à l'encre rouge; les person- 
nages sont désignés en flamand. Au surplus, au bas de chaque planche, 
il y a un commentaire manuscrit dans cette dernière langue. Le fili- 
grane du papier est l'Arbalète dans un cercle. La hauteur des planches 
est de 205 et leur largeur de 198 millim. 

Le dessinateur a mis, dans son exposition graphique de l'Oraison 
dominicale, toute la somme possible d'allégorie, conformément aux 
idées du temps. Il y fait intervenir deux personnages : un Frère qui 
demande à Dieu de lui apprendre à prier, et VOraison qui est chargée 
de cet enseignement. Ils sont représentés sous des figures d'anges. 

1. Dictionnaire bibliographique du quinzième siècle, Bruxelles, 1806; t. II, p. 'i 02-407. 

2. Bulletin du bibliophile, 1840, p. 197-202. 



ORAISON DOMINICALE 179 

Selon Texplication du commentateur, les ailes symbolisent la liberté 
spirituelle, la robe blanche signifie la pureté du cœur ; les tablettes que 
rOraison porte à la ceinture oflrent le symbole de l'attention que doit 
avoir celui qui prie. Presque toujours, on lui voit, soit sur la poitrine, 
soit sur l'épaule, un écusson ayant pour armes une croix. 

Nous allons donner, pour la première fois, la description complète 
de cette première édition. 

PI. I. -Prologue. Manque (se reporter à la description de la seconde 
édition). 

PI. II. Prière a Dieu. Devant Dieu le père, assis sur un trône à 
droite, on voit, à genoux, Jésu^ ayant derrière lui le Frère et l'Oraison, 
Sur l'une des banderoles : Pater noster qui es; sur l'autre : Petite el 
accipietis. 

PI. III. Glorification de Dieu. Dieu le père est assis dans le milieu 
sur son trône; à droite, il y a trois anges le glorifiant; à gauche, la 
Vierge Marie debout présente à Dieu une couronne destinée à l'épouse 
de son fils, l'Église, agenouillée sur les marches du trône, la tête cou- 
ronnée et nimbée. Derrière la Vierge, une femme nue symbolisant 
rame fidèle. Au-dessous de ce groupe, le Frère et l'Oraison en prière. 
Le phylactère qui les accompagne porte : In celis sactifice nom tuti. 

PI. IV. Le Rêonb de Dieu. A droite est représenté le Purgatoire 
sous l'aspect d'un château fort, au-dessus duquel plane un ange : plu- 
sieurs pécheurs sont dans les flammes. Dans le haut, à gauche. Dieu 
le père, vu à mi-corps, dans un nuage; un ange lui présente une âme 
qu'il vient de délivrer. Le Frère et l'Oraison sont placés au-dessous 
d'eux, et le phylactère qui est au-dessus porte : Adueniat regnu tuU. 
Dans cette édition, l'Oraison n*a pas sur elle d'écusson armorié. Au 
premier plan, sur toute la largeur de la planche, s'étend le fleuve 
infernal où roulent trois cadavres : celui d'un païen, celui d'un juif et 
celui d'un mauvais chrétien, coiffé d'un chaperon en casquette. 

PI. V. Soumission a la volonté de Dieu. Dans le haut, vers le 
milieu, Dieu apparaît à mi-corps dans un nuage. Au-dessous, sur un 
monticule, un bon chrétien debout, tourné vers Dieu, tient un calicp. 



180 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

A droite, est un ange; à gauche TOraison et le Frère, ayant au-dessus 
de leur tête un phylactère portant : Fiat voVûtas ttba sict. Au premier 
plan, à gauche, un groupe de juifs; à droite, plusieurs païens; des 
calices brisés sont à leurs pieds. Au centre, deux mauvais chrétiens, 
COIFFÉS DE CHAPERONS ET VETUS DE HOUPPELANDES, tiennent dcs calices 
renversés. Il n'y a en tout que deux rouleaux avec inscriptions. 

PL VI. Le Pain réel et le Pain spirituel. La Charité, représentée 
par une femme, est assise à une table dressée en biais et portant trois 
pains : le pain naturel, le pain de grâce et le pain de gloire. Trois 
hommes sont ses convives : un païen, un juif et un chrétien. Sur le 
devant de la table, on voit un guerrier a genoux, personnifiant la 
crainte de Dieu. Dans le haut. Dieu le père bénissant. A gauche, au 
premier plan, l'Oraison et le Frère agenouillés. Le seul phylactère 
qu'il y ait dans cette planche porte : Panem n coV da nobi. 

PI. VIL Rémission des péchés. Tout en haut, au centre, en voit 
Dieu le père à mi-corps. A gauche, dans une sorte de chapelle, Jésus- 
Christ est debout, tout nu, et de sa plaie le sang jaillit abondamment 
dans un bassin placé plus bas, vers le centre, où trois honmies puisent 
avec des calices, tandis que trois autres, agenouillés à côté, ont les 
leurs déjà remplis. Au-dessus de ce bassin, est une femme person- 
nifiant la Charité. Tout en haut, à droite, on voit encore la Charité 
accompagnée de la Piété. L'Oraison et le Frère sont agenouillés à 
gauche, au premier plan. Un des quatre rouleaux porte : Dimitte noV 
débita rira. 

PI. VIII. Les Tentations. Trois femmes personnifiant les Péchés 
capitaux sont assises à une table abondamment garnie. La première, 
ayant un diadème pour attribut, représente la tentation diabolique, par 
l'orgueil et la vanité ; la seconde symbolise la tentation charnelle, par 
la gourmandise et la luxure ; elle a un plat pour attribut; la troisième, 
personnifie la tentation mondaine, par la curiosité et Favarice; elle a 
pour attribut un sac d'argent. Toutes les trois sont coiffées de larges 
ATOURS EN forme d'auvent. A Textrémité gauche de la table, est 
assis un Frère désobéissant que la Mort saisit par l'épaule ; au-dessus 
on voit le diable emporter son âme. Tout en haut, à gauche, apparaît 



ORAISON DOMINICALE 481 

Dieu le père. Au premier plan, du même côté, rOraison et le Frère à 
genoux. L'un des sept rouleaux porte : et ne nos indiica i temp\ 

M. Deschamps s'est trompé dans l'interprétation de cette planche 
{Supplément au Manuel du libraire, 1. 1, col. 471). Il y a vu une satire 
contre les moines (« l'artiste, dit-il, a vquIu personnifier les vices 
monacaux »), tandis qu'au contraire cette suite a précisément eu 
pour but l'édification des jeunes Frères ; les figures allégoriques des 
péchés capitaux deviennent sous sa plume « trois vierges folles » ; il a pris 
le sac d'argent de l'une pour un hanap, et le diadème de l'autre pour 
un tambour de basque. Il suffisait cependant de bien regarder et de 
lire le commentaire de la seconde édition pour éviter de semblables 
méprises. 

PI. IX. L'Enfer. Manque (voir pour la description du sujet à la 
seconde édition). 

PI. X. Le Paradis. Il est représenté sous la forme d'un château fort, 
dans l'enceinte duquel on aperçoit du dehors une foule d'anges. Jésus 
reçoit à la porte un élu du ciel, la tête tonsurée, tenant à la main un 
calice ; il est présenté par un ange, derrière lequel se tient une femme 
personnifiant la Bonne Conscience. Tout en haut, Dieu le père con- 
temple cette scène. Au bas, le bon ange emporte l'âme du Frère 
obéissant. Au premier plan, à gauche, l'Oraison et le Frère, à genoux; 
à droite, deux anges. Le rouleau porte : Amen. 

Cette première ébauche est encore presque inconnue, n'ayant 
jamais été suffisamment décrite et aucun fac-similé n'en ayant été 
donné ; c'est cependant incontestablement l'un des plus anciens monu- 
ments de la gravure sur bois. Selon Guichard, les planches de cette 
édition sont « plus grossières » que celle de la suivante qu'il déclare 
néanmoins être la copie de l'autre. Renouvier* dit que « le style en est 
hiératique et plutôt imagier qu'artiste », mais que « l'expression en est 
sérieuse ». « On ne peut y voir, ajoute-t-il, que l'œuvre d'un cartier, 
étranger même à la confection des caractères xylographiques. Quelle 
que soit la date relative des deux éditions, la supériorité du style paraît 

1, Histoire de Vorigine et des progrès de la gravure dans ies Pays-Bas et en Allemagne, 
Bruxelles, 1860 ; p. 80-82. 



182 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

donner à Tune une priorité que Tarchaïsme du travail ferait donner à 
l'autre.» Aucun de ces jugements ne nous paraît juste dans son inté- 
gralité. S'il est permis de qualifier, avec Guichard, ces figures de 
grossières, cette épithète ne saurait être appliquée qu'à leur taille, à 
rinexpérience de l'outil. C'était assurément,, à raison de sa destination, 
une œuvre d'imagerie, dont l'auteur ne visait à aucun efi'et, se bornant 
aux contours des personnages et des objets, sans chercher à en accuser 
les formes au moyen des hachures, ce qui ne l'empêcha pas non seu- 
lement de leur donner une expression sérieuse, mais mieux que cela : 
un caractère d'art élevé et de beaucoup supérieur à celui de l'imitation 
à laquelle elle a servi de modèle. La valeur de la composition se dégage 
suffisamment de la barbarie du rendu, qui de son côté a l'avantage de 
nous conduire au berceau même de la xylographie. Nous ne saurions 
y voir, avec Renouvier, l'œuvre d'un cartier, car il est clair qu'elle ne 
sort point des mains d'un xylographe de profession. L'introduction 
d'un Frère, qui est le pivot même de la composition, démontre assez 
que cette suite d'images a été conçue et exécutée dans un couvent et 
exclusivement pour l'édification des jeunes novices dans la vie monas- 
tique, et non pas à l'usage du grand public, comme tant d'autres xylo- 
graphies. Son but était de mieux fixer dans l'esprit les préceptes d'un 
texte manuscrit qu'elle devait accompagner : d'où l'absence de tout 
texte gravé. Les courtes inscriptions à la main dans les places réser- 
vées en blanc sur les phylactères ne devaient servir qu'à faciliter la 
compréhension du sens mystique des figures. 

Les costumes des hommes et des femmes sont ceux des états de 
Bourgogne du commencement du quinzième siècle ; le texte flamand 
qui accompagne l'exemplaire de Paris apporte un témoignage de plus en 
faveur de l'origine flamande de cette œuvre. D'un autre côté, l'exécution 
matérielle des planches se rapproche d'une manière frappante de celle 
de l'estampe du musée de Bruxelles, représentant la Vierge entourée 
de saintes et datée de 1418 {Voir plus haut, p. 3). Nous croyons 
donc qu'on ne saurait assigner à cette première ébauche de l'interpré- 
tation graphique de l'Oraison dominicale une date postérieure à 
l'année 1420 environ, ce qui la mettrait au premier rang dans la chro- 
nologie des gravures sur bois connues. 



ORAISON DOMINICALE 18S 



Deucdème édition. 

Cette édition est une copie libre de la précédente. Les inscriptions 
des rouleaux ne sont plus manuscrites, mais gravées dans la planche, 
de même que les cinq lignes de texte latin imprimées au-dessus de 
chaque sujet, dont elles sont séparées par un filet. Le tout est enfermé 
dans un cadre. Dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, les 
planches sont collées au dos d'une paraphrase latine manuscrile du 
Pater noster, formant onze pages et terminée par ces mots : Eœplicit 
eoopositio figuralis si(/per orationem dominicam. 

Le dessinateur de cette édition, tout en suivant la précédente, en a 
souvent changé et amélioré l'ordonnance, amplifié les détails, rajeuni 
les costumes. Voici les traits principaux ou les différences les plus 
saillantes. 

PI. L Prologue. Au milieu d'une forêt, un Frère (le mot Frater est 
gravé sur son vêtement) est assis devant un couvent, attenant à une 
église, sur un banc de terre au pied d'un arbre. Il a un livre sur ses 
genoux, et, les yeux levés vers le ciel, il implore Dieu de lui apprendre 
à prier {Dhe doce me orare^ dit l'inscription du phylactère qui part de 
sa main gauche). Devant lui se présente un ange personnifiant l'Oraison 
(il porte sur sa robe le mot Oracio\ la tête surmontée d'une croix, 
et ayant sur l'épaule droite un écusson chargé d'une croix. Il a pour 
mission d'enseigner au jeune Frère l'Oraison dominicale (le second 
phylactère porte : Veni docebo te pater noster). Une rivière coule 
autour du couvent. La première ligne du texte offre ce titre : Exerciciu 
super Pater noster. 

PL IL Un troisième rouleau a été ajouté pour le Christ. L'intitulé 
du texte est : Pater noster qui es. 

PI. III. La femme nue symbolisant l'Ame fidèle tient un calice dans 
les mains. Le titre est : In celis sanctificetur nomen tuum. 

PL IV. L'Oraison porte sur la poitrine l'écusson armorié. Le mau- 
vais chrétien est coiffé d'un chapeau cylindrique, à bords de devant 
abattus. Le titre est : Adueniat regnum tuum. 



184 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

PL V. Elle a subi de grandes modifications dans les costumes. Les 
.mauvais chrétiens ne sont plus vêtus de houppelandes, mais de justau- 
corps, et chaussés de souliers à la poulaine. Leurs vêtements sont 
COUVERTS DE TACHES. L'uu ost coiffé d'uu chaperou entouré d'un 
bourrelet, avec les appendices passés sous le menton ; la coiffe de 
l'autre est un chapeau cylindrique comme dans la planche précédente. 
Entre les deux on lit cette inscription : Bucam' in bonis dies nostros. 
Les phylactères sont au nombre de six, sans compter les tablettes avec 
inscriptions. Le titre est : Fiat voluntas tua sicut in cela et in te^^ra. 

PL VI. La table est dressée parallèlement au trait de la planche. Les 
trois convives ont les mains jointes, et rien n'indique la présence parmi 
eux d'un juif et d'un païen, comme dans la première édition. Le guerrier 
symbolisant la Crainte de Dieu est debout, à l'extrême droite. Les rou- 
leaux sont au nombre de six. Le titre est : Panem nostrum cotidianïi 
da nobis hodie. 

PL VIL Les coiffures des personnages sont différentes. Les rouleaux 
sont au nombre de six, sans compter les tablettes avec inscriptions. 
Le titre est : Et dimitte nobis débita nostra sicut et nos zc. 

PL VIII. Cette planche est tout aussi curieuse et aussi importante, 
pour déterminer l'âge de cette œuvre, que celle de la première édition, 
dont elle diffère complètement pour les costumes des trois femmes. 
Elles ne sont plus coiffées ici de larges atours, mais de hennins élevés, 
composés d'un bourrelet en pain fendu et d'un voile retombant par 
derrière. Leur vêtement est une cotardie entr'ou verte en pointe sur la 
poitrine, et à manches ajustées et collant au bras. Le titre est : Et ne 
nos inducas in temptacionè, 

PL IX. Tout en haut, à gauche. Dieu le père apparaît dans un 
nuage. Au-dessous, TOraison et le Frère sont agenouillés sur un mon- 
ticule. Le reste de la planche représente les supplices de l'enfer. Le 
lieu de damnation est figuré à droite par un château fort, dont on voit 
l'intérieur par une large ouverture. Dans une cuve enveloppée de 
flammes, on voit pêle-mêle un pape, un cardinal, un évêque, etc. Au 
premier plan, une diablesse entraîne vers le bouilloir le Frère dèso- 



i 



mt 



ORAISON DOMINICALE 185 

béissant, enchaîné et tenu par deux autres dénions. Il tient à la main 
un calice renversé. Derrière eux est la Mauvaise Conscience, sous les 
traits d'une vieille femme tenant dans la main gauche un serpent. Les 
rouleaux sont au nombre de huit. Le titre est : Sed libéra nos a malo, 

PL X. Le paradis est figuré par une église. Deux anges placés sur 
LES tours sonnent de la trompette. A Tintérieur, au premier étage, on 
voit DES cardinaux et des éveques, et, plus bas, un ange jouant de 
l'orgue. Les rouleaux sont au nombre de six. Le titre est : Amen. 

L'exemplaire de la Bibliothèque nationale, encore le seul connu, 
est en parfait état et non colorié. Il provient, de même que celui de la 
première édition, de la bibliothèque de Joseph Ermens, imprimeur- 
libraire de Bruxelles, vendue en 1805. Le premier a été payé 1 fl. 
8 sous, le second, 4 fl. 5 sous, soit ensemble environ 12 fr. C'était le 
bon temps I Le filigrane du papier est une Ancre. Les planches ont 
184 millim. de hauteur et 192milUm. de largeur. 

Sotheby, qui s'était d'abord contenté de reproduire la notice de 
Guichard (t. II, pp. 137-140), sans recourir à l'examen de l'original, y est 
revenu brièvement, dans son Mémorandum sur les xylographies de la 
Bibliothèque nationale, pour affirmer que cette édition est antérieure 
à celle sans texte et légendes imprimés. Cette thèse ne saurait être 
défendue. L'aspect seul de notre première édition suffit pour convaincre 
tout iconophile que c'est bien à elle qu'appartient la première place, et 
l'étude comparée des costumes respectifs dans deux éditions apporte 
à cette opinion une preuve irréfragable. Tandis que la suite d'images 
sans texte offre peut-être un des premiers essais de la gravure sur 
bois, dans l'édition avec texte latin l'art est déjà assez avancé : le trait 
est accusé avec précision, les plis sont plus savants, les hachures 
jouent un rôle marqué. «En jugeant, par comparaison avec la précé- 
dente, dit Renouvier, le travail de cette édition latine, on y voit 
la main d'un artiste déjà capable d'expression, un tailleur de bois 
s'exerçant à l'imitation des dessins à la plume, et dont la gravure n'a 
pas même eu besoin d'enluminure pour produire quelque effet. » 

Cette édition figure dans la série de reproductions des Monuments 
de la (cylographiej exécutées par MM. Pilinski et fils. 



1 



186 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Elle a sur tous les livres xylographiques cet avantage inappréciable 
qu'on peut en préciser la date et le lieu d'origine. On a remarqué, en 
effet, une parenté très étroite entre elle et les gravures qui ornent un 
manuscrit portant la date de 1440. Ce dernier volume, conservé à la 
Bibliothèque de Bruxelles, est célèbre aujourd'hui. Son existence n'a été 
révélée qu'en 1837, par M. Goethals *, mais on n'y fit pas plus d'attention 
qu'à l'article de Dumortier^. Ni Ottley, ni Guichard, ni Sotheby n'en 
eurent connaissance. Renouvier fut le premier à en pressentir et à en 
signaler l'importance, dans une notice assez détaillée ^, qu'il compléta 
plus tard*, mais dont certaines remarques ne sont plus admissibles, 
depuis la découverte de nouveaux documents. Harzen* et Passavant* 
en ont tiré des conséquences d'une grande portée pour l'histoire de la 
gravure sur bois. Enfin, M. Alvin lui a consacré d'abord une petite 
notice mais plus complète que les précédentes ', et ensuite une longue 
étude qui accompagne une excellente reproduction de toutes les plan- 
ches de ce manuscrit fameux {Documents iconographiques et typogra- 
phiques de la Bibliotlièque royale de Bruxelles; Bruxelles, 1877; 
in-foL). Grâce à cette dernière publication, toutes les questions sou- 
levées par ce manuscrit peuvent être totalement résolues. 

Il n'entre pas dans le plan de notre travail de reprendre à notre 
tour la description de ce précieux volume ; nous nous bornerons à con- 
signer les points essentiels. 

Le manuscrit en question est un traité mystique intitulé : le Verger 
spirituel {Spirituale Pomerium)^ où l'âme dévote est instruite dans la 
manière de s'exercer, à chaque heure du jour, dans des méditations 
pieuses. Douze pommiers y symbolisent les douze attributs divins. Dans 
le texte de ce traité sont intercalées douze gravures sur bois, imprimées 
à l'encre grise, d'un seul côté, sur des feuilles séparées, mais portant 
des numéros qui correspondent au chapitre en tête duquel elles sont 

\, Lectures relatives à l'histoire des sciences, des lettres et des arts en Belgique. Bruxelles, 
1837. 4voL in-8;t. 1", p. 23. 

2. Notes sur l'imprimerie. {Bulletin de l' Académie royale de Belgique, t. VIIÎ, 1841.) 

3. Des Types et des manières des maîtres graveurs quinzième siècle, Montpellier, 1833; 

p. 14-16. 

4. Histoire de Vorigine et dei progrès de la gravure, déjà citée, p. 79-80. 

5. Daas VArchiv fur die Zeichnenden Kunste; Lejpzig, 1855-1856. 
%,U Peintre-graveur, t. I", pp. 112-113 et 364-363. 

7. Sur le Manuscrit intitulé: Spirituale Pomerium; Bruxelles, 1861. (Elirait des Bulletins de 
r Académie royale de Belgique, deuxième série, t. XVIT.) 



ORAISON DOmNICALE «87 

collées. Une légende en vers l(^onins, gravée au bas de chaque planche, 
en paraphrase le sens mystique. La rubrique placée au bas de la pré- 
face est ainsi conçue (nous transcrivons sans abréviations) : Editum 
est hoc spirituale pomerhmi per humilem fratrem Henricum ex 
PomeHOy canoniciim regulareni in monasterio Marie Vhndis Vallis. 
L'auteur de ce traité est Henri Pomerius (nom latinisé de Bogaert, ou 
Van den Bogaerdé, signifiant du Verger), chanoine régulier de l'ordre 
de Saint-Augustin au prieuré de Groenendael, dans la forêt de Soignes, 
à deux lieues de Bruxelles. Né en J382, àLouvain, il mourut en 1469, 
laissant de nombreux travaux ascétiques et mystiques. Le manuscrit du 
Spirituale PomeHum est un de ceux-là et c'est l'original même pro- 
venant du prieuré de Groenendael. Ce qui le rend particulièrement 
précieux, c'est cette date qu'on lit à la fin du traité : Eooplicit spiri- 
tuale ponierium editum anno dhi W CCCC® XL** (1440), date répétée 
encore après l'oraison finale : Explicit, utsupra^ spirituale pomerium 
editum et completum anno dhi W CCCG*XL**. 

Aucun doute n'étant permis à l'égard de l'authenticité de cette date 
de 1440, il est clair que les gravures qui font corps avec le texte, ayant 
été appliquées sur des places réservées, sont bien certainement con- 
temporaines, et c'est en morne temps la plus ancieniîe date qu'on ait 
rencontrée dans un livre xylographique. 

Une fois ce point acquis, l'horizon s'élargit et s'éclaircit. Les fac- 
similés de cette œuvre rapprochés de la seconde édition de VExerci- 
tium super Pater noster permettent de constater aisément la commu- 
nauté de leur origine et la contemporanéité de leur exécution. Les 
gravures de l'une et de l'autre sont en effet d'une même main : c'est le 
même style du dessin, la même manière de tailler le bois, les mêmes 
caractères dans les légendes gravées. BiQn mieux, récriture même du 
texte qui les accompagne est encore du même calligraphe. Ce qui con- 
firme cette démonstration, c'est que le chanoine Henri Bogaert, auteur du 
Spirituale Pomerium, est en même temps Fauteur du texte de YExer- 
citium super Pater noster, ce qui résulte de la liste de ses ouvrages 
conservée dans un document authentique, écrit vers la fin du quin- 
zième siècle par le chanoine Gilles Van der Hecken, et intitulé Gazo- 
phylacium Sognianum, sive historia sacra nemoris Sogniœ (Bibl. 
de Bruxelles). On y trouve jusqu'à cinq traités sur l'Oraison 



1 



188 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

dominicale, dont Tun porte le titre de Figuralis expositio super Ora- 
tionem dominicam^ le même précisément que celui de la paraphrase 
latine manuscrite qui accompagne Texemplaire de la Bibliothèque 
nationale (voir plus haut). Il résulte également de l'identité d'écriture 
des deux volumes, que ce dernier exemplaire provient aussi de la 
bibliothèque du prieuré de Groenendael, et que probablement il a été 
exécuté aussi sous les yeux de l'auteur. Il en serait de même de l'exem- 
plaire unique de la première édition avec texte flamand : M. Alvin 
affirme que'c'est Toriginal même du traité de Bogaert, et que Sanderus, 
dans la Bibliotheca helgica manuscripta, signale ce livre comme étant 
encore présent sur les rayons de la bibliothèque de Groenendael 
en 1641. 

La seconde édition de VExercitium super Pater noster ayant ainsi 
été exécutée à une date très voisine de 1440, les gravures de la pre- 
mière édition sont antérieures d'au moins vingt ans, sinon de beaucoup 
plus, ce qui, comme nous l'avons déjà dit, résulte même à ptnori du 
genre de costumes qui y sont reproduits. Et, à ce propos, il est bon de 
noter que quelques personnes ont cru voir, dans les deux mauvais chré- 
tiens de la planche V de la seconde édition, Charles le Téméraire et 
Louis XI, le premier à cause de son costume bourguignon, le second à 
cause de son chapeau en forme de casquette. Les taches dont ils sont 
couverts feraient allusion aux longs démêlés de ces deux princes. Cette 
hypothèse, qui ne saurait même tenir devant la simple logique, tombe 
en présence de la date de cette œuvre. Les costumes mêmes sur 
lesquels on a voulu l'asseoir s'y opposent. 

Reste à savoir à qui l'on doit Texécution de ces xylographies. Rien 
ne prouve qu'elles aient été l'œuvre de l'auteur même du texte, comme 
le veulent plusieurs iconogrjiphes, mais il paraît incontestable qu'elles 
ont vu le jour dans le cloître même de Groenendael. Il suffit, en efltet, 
de rappeler ce que nous avons dit plus haut, que l'idée des gra- 
vures de l'Oraison dominicale, complétant celle du traité mystique 
auquel elle servait d'illustration, est essentieUement d'origine 
monastique et tendant à un but spécial et restreint ; il est non 
moins important de remarquer que la première planche de la 
seconde édition du Paternoster représente un couvent situé au milieu 
d'une forêt, ce qui s'applique à merveille à l'un des trois prieurés de la 



J 



ORAISON DOMINICALE j8D 

magnifique foret de Soignes, habités au quinzième siècle par les cha- 
noines réguliers du même ordre, et plus particulièrement à celui de 
Groenendael, le plus important des trois. Les éléments nécessaires pour 
associer les arts du dessin aux lettres sacrées ne manquaient pas dans 
cette maison. Ce couvent avait, en effet, été habité par les Frères de la 
vie commune qui se vouaient à la propagation des doctrines religieuses 
au moyen de livres, et les chanoines réguliers de Saint-Augustin pro- 
cédaient directement d'eux. Au surplus, on a des preuves que de nom- 
breux artistes venaient y faire retraite, entre autres les célèbres pein- 
tres Dirk Steuerbout et Hugo Vander Goes. On est donc autorisé à 
admettre que les travaux xylographiques dont il s'agit y ont été exécutés 
soit par des frères, soit avec le concours des artistes, hôtes du monas- 
tère. Il est présumable que les estampes qui constituent la conception 
originale du Pater noster étaient dues aux Frères de la vie commune, 
et que le prieur Henri Bogaert, les trouvant trop arriérées comme art, 
mais cependant utiles comme idée, les a fait redessiner et regraver 
avec l'adjonction d'un texte, pour en faire un livre plus régulier. 

Deux feuillets anopistographes d'une Bible des Pauvres xylogrsiphi' 
que se trouvant reliés avec le Spirituale Pomerium, il ne serait pas 
impossible que celle-là eût aussi une même origine. En tout cas, il sem- 
ble légitime de conclure de tout ce qui précède qu'il faudrait attribuer 
plus d'une des xylographies néerlandaises aux Frères delà vie commune 
et aux moines de la forêt de Soignes, comme certains iconographes 
Tout supposé non sans raison. 

Troisième édition. 

Elle est tirée sur les mêmes planches que la seconde, avec l'addi- 
tion, au bas de chaque page, de trois lignes de texte flamand gravé, 
dont les caractères sont identiques avec ceux du texte latin. 

On n'en connaît que l'exemplaire conservé à la bibliothèque de la 
ville de Mons, incomplet des deux derniers feuillets. 



190 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



DEFEiNSORIUM LNVIOLAT.E VIRGINITATIS B. V. MARI^ 

ou 

DE GENERATIONE CHRISTI 

{De Vhnmaculée Conception de Jésus-Christ). 

Les éditions de ce livre singulier étant dépourvues de titre, on lui 
en a appliqué plusieurs, et souvent erronés. Il a été désigné sous les 
dénominations suivantes : Historia Beatœ Virginis Mariœ ex Evan- 
gelistis et Patribus excerpta et per figuras demonstrata ; Defen- 
sorium inviolatœ Beatœ Mariœ Virginis; Defensio iminaculœ cœicep- 
tionis B. V. M.; — De Mariœ Virginis intetnerata generatione 
Christi. Il est essentiel de faire remarquer qu'il n'est nullement 
consacré à l'histoire de la sainte Vierge et qu'il ne s'occupe point de 
son immaculée conception, mais exclusivement de celle de Jésus- 
Christ. 

Après avoir invoqué l'autorité de saint Ambroise, de saint Augustin, 
de saint Jérôme et de saint Grégoire, l'auteur du texte cherche à 
démontrer l'immaculée conception de Jésus-Christ par voie de compa- 
raisons, les unes plus extraordinaires que les autres, puisées sans 
distinction aux sources sacrées et profanes. Parmi les auteurs qu'il 
cite en faveur de sa thèse. Job et Ezéchiel se trouvent à côté de Boèce 
et de Justin, saint Augustin fraternise avec Térence et Ovide, Albert 
le Grand donne la main à Tite-Live, saint Isidore va de pair avec 
Zoroastre, qui sont censés se prêter un appui mutuel. On y a juxtaposé, 
sous forme de distiques latins, des sujets empruntés à l'histoire natu- 
relle, à la mythologie, aux croyances chrétiennes et des arguments 
tirés des pères de l'Église, des poètes et des historiens pour affirmer 
la possibilité physique et morale d'une conception miraculeuse. 
Pour donner une idée de Texcentricité de la démonstration qu'on en 
prétend faire, il suffira de citer quelques e^Loniples : 

Si Cyrus a canicula nutritus clarct, 

f'ur Christum juvencula Virgo non gouraret? 



CONCEPTION DE JÉSUS-CHRIST iOI 

Si Cyrus a pu être allaité par une chienne, pourquoi une jeune 
Vierge n'aurait-elle pu engendrer le Christ?) 

Si ova strucionis sol excuhare valet 
Car veri solis opère Virgo non gêner aret? 

(Si le soleil fait éclore des œufs d'autruche, pourquoi la Vierge 
n'aurait-elle pu engendrer par l'effet du vrai Soleil?) 

Si socios Dyomedis aves factos appareil 

Cur Bedtmptorem hominis Virgo non generaret? 

(S'il est constant que les compagnons de Diomède ont été changés 
en oiseaux, pourquoi la Vierge n'aurait-elle pu engendrer le Rédemp- 
teur du genre humain?) 

Postérieurement, dans des éditions typographiques, un commen- 
tateur a trouvé bon d'appuyer ces arguments à l'aide de nouveaux 
exemples qui se valent. En rapportant que saint Augustin affirme 
la vérité de la métamorphose des compagnons de Diomède en oiseaux, 
il ajoute : « ce qui n'est pas plus merveilleux que ce que nous savons 
des abeilles et des scarabées qui naissent de la chair putréfiée des 
bœufs et des chevaux, ainsi que des scorpions qui sont engendrés par 
les écrevisses. » 

Ce livre est d'origine germanique et il en existe plusieurs éditions 
xylographiques et typographiques que nous allons passer en revue. 



EDITIONS XYLOGRAPHIQUES 



Première éditio7i. 



Cette édition compte seize feuillets petit in-folio, imprimés d'un 
seul côté, au frotton, à l'encre brune. Les deux premières pages ont 
chacune deux figures qui représentent : saint Ambroise, saint Augustin, 
saint Jérôme et saint Grégoire, tous coiffés de bonnets de docteur. Les 
quatorze planches qui suivent sont divisées en quatre compartiments, 
sauf la septième qui n'en a que trois, et chaque compartiment contient 
une figure avec quelques lignes de texte au-dessous. Le nombre total 
de sujets est de cinquante-neuf. Ces seize feuillets forment huit cahiers 



192 LIVRES XYLOGRAPHIQLES 

dont chacun porte, dans la marge du fond, en guise de signature, une 
grande initiale gothique (A à H), moitié sur une page, moitié sur la 
page en regard. 

Il ne serait pas sans intérêt de transcrire tous ces distiques étranges 
qui ont servi de thème à Tillustrateur, mais comme les différences entre 
les éditions xylographiques sont tranchantes à première vue, nous 
nous dispenserons de donner la liste des sujets, qu'on trouvera, 
d'ailleurs, pour cette édition, dans l'ouvrage de Sotheby (t. II, 
pp. 63-71 ). 
Le texte de cette édition est en gothique cursivk, imitant l'écriture. 

Il commence ainsi : AMbrosius In examer' \\ Ubro secundo A 

la même page, au bas du deuxième compartiment, on trouve cette 
inscription : f ."W .") J^ ■ \ t) - (14^70). Ces initiales F. W. désignent 
incontestablement le peintre Frédéric Walthern, de Nordlingen, le 
dessinateur d'une édition allemande de la Bible des Pauvres que nous 
avons décrite plus haut (p. 92). 

Waagen* et Renouvier* placent cette édition au second rang, avec 
cette différence que le premier la considère comme antérieure à celle 
décrite par Heinecken ( voir plus bas ), et le second, comme postérieure. 
« La taille, dit-il, a des hachures plus multipliées, les figures y sont 
exagérées, grimaçantes et chargées de détails puérils étrangers aux 
autres éditions. Saint Augustin a des hmettes, un lapin se réfugie sous 
les jambes de Danaé, représentée, elle aussi, comme exemple de 
grossesse immaculée. C'est par de pareils traits que l'esprit allemand 
se trahit. » Ce jugement a été trop hàtif, car Renouvier ne s'est point 
aperçu qu'à la page précédente il avait déclaré que l'édition décrite 
par Heinecken est imprimée à la presse, en caractères mobiles et à 
l'encre noire, ce qui la rend forcément postérieure. Son article dans 
son entier, d'ailleurs, laisse à désirer. Heinecken n'a pas connu cette 
édition. Sotheby a donné les fac-similés de la première et de la 
dernière page, d'après Texemplaire colorié du Musée Britannique, 
acheté pour la somme de \ ,000 francs à la vente Delessert, en 1848. 

La Bibliothèque nationale en possède un très bel exemplaire, non 
colorié, et il s'en conserve un autre à la bibliothèque de Munich. Un 

\. Trefisui^s of Art, t. I, p. 307. 

2. Histoire de l'origine et (le^. pr-tyrés de in f/ravure, p. i)'J. 



CONCEPTION DE JÉSUS-CHRIST i03 

« 

double, provenant de cette dernière, a été payé 1,255 francs à 
Augsbourg, en 1858, pour la bibliothèque impériale de Saint-Péters- 
bourg. 

L'exemplaire de la collection Weigel (n^* 281 ), qui a atteint en 1872 
le prix de 1,502 thalers (4,130 fr. 50), était de cette édition, bien que le 
catalogue ait oublié de mentionner qu'il porte la date de 1470. 

Seconde édition. 

Elle compte vingt-huit feuillets petit in-folio, imprimés d'un seul 
côté, à l'encre brune, dont chacun porte au bas, dans la bordure, une 
grande initiale gothique en guise de signature (A à Z ; les lettres A K Z 
sont répétées, deux fois). Cinq pages (la première, la vingt-deuxième 
et les trois dernières) n'ont que du texte ; chacune des autres contient 
deux gravures, excepté la dix-huitième (seconde signée K) qui n'en 
offre qu'une, la Nativité^ ce qui fait en tout quarante-cinq sujets. Ceux 
des quatre premières figures de l'édition précédente, représentant les 
docteurs de l'Église, de même que douze autres siyets, n'ont pas été 
donnés dans celle-ci, où, par contre, on en trouve deux nouveaux : 
celui du bas de la planche signée ©, qui représente saint Macaire, et 
le premier de la planche '^, qui représente Jupiter métamorphosé en 
taureau surprenant Europe. 

Les figures de cette édition ne doivent, à celles de 1470, que la 
communauté des sujets qui ont été traités différemment. Le dessin en 
est suffisamment correct, mais la gravure confine davantage à 
l'imagerie. Les légendes sont presque identiques. 

La première page commence ainsi : Magnarum rerum yfundiios \\ 
Quamuis solius et suvintelle = ]| ctvxilis lucis ifradiacione ait \\ 

rimanda Elle offre trente lignes de texte. L'ordre des sujets 

n'est pas le même que dans l'édition précédente : le premier de celle-ci 
correspond au quatrième de la planche XIV de l'autre, et le dernier au 
troisième sujet de la planche XIL Le texte de la dernière page nous 
fait connaître en même temps le nom de son auteur, et aussi celui de 
l'imprimeur du volume. Voici les lignes concernant le premier, que 
nous reproduisons sans abréviations : Quas ad laudes virgitiis gloriose 
Reverendus paf^r /rai^r Franciscus de Reszâ, ordinis fratf^um prédis 

I. 13 



194 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

catorum sacreque théologie doctor, in unum opusculuni redegit ut 
subjecta oculis forma etiam animi sit oblectacio legentihusper oculis 
habita memorie impressio et dévote ampleooantïbus ad vite etetme 
beatitvdinem adepcio. Le nom de rimprimeur est indiqué dans le 
colophon suivant : Johannes eysenhut impressor \\ Anno àb incar- 
nacbis dhice AP \ quadringentesimo septuagesimo 1** (1471). Le domi- 
nicain François de Retza (nom tiré d'une petite localité en Autriche), 
professa pendant trente-cinq ans à Vienne et mourut en 1425. On croit 
qu'il n'est l'auteur que du commentaire additionnel occupant les cinq 
pages entières de cette édition, et non point des syllogismes inscrits 
sur les figures et empruntés à l'édition de 1470. On lui doit aussi un 
gros volume de théologie morale, intitulé : Comestorium vitiorwn^ 
qui est le premier livre daté (1470) imprimé à Nuremberg. On ne 
possède aucun renseignement sur le graveur-imagier Jean Eysenhut, 
et on ignore même dans quelle ville il a exercé. En tout cas, il est bien 
certain que son édition de la xylographie dont nous nous occupons 
a vu le jour en Allemagne et nullement dans les Pays-Bas, comme 
le prétend Waagen, qui la place chronologiquement au premier rang, 
ce à quoi sa date s'oppose absolument. 

Cette édition, également inconnue à Heinecken, a été décrite pour 
la première fois par Jacobs et Ukert*, d'après l'exemplaire complet de 
la bibliothèque ducale de Gotha; ensuite par Falkenstein*, qui l'a mise 
en parallèle avec l'édition décrite par Heinecken ; enfin par Sotheby , qui 
a donné le fac-similé de la première, de la deuxième et de la dix- 
huitième page, d'après l'exemplaire non colorié du Musée Britannique, 
dépourvu des deux dernières pages (acquis en 1854). En dehors de ces 
deux exemplaires, Brunet en signale un troisième, payé 800 francs, 
à Paris, en avril 1868, à la vente de M. Martelli, de Florence. Nous 
croyons qu'il est au Musée de Berlin. 

Passavant, en parlant de cette édition', l'a, par une singulière 
inadvertance, confondue avec celle décrite par Heinecken, dont nous 
allons nous occuper. 

1. Beitrage zur âlteren Literatar; Leipzig, 1839 ; t. I. p. 98-114. 
2» Geschichte der Biichdruckerkunst;lA\^i\^i 1840; m'^4^ p. 34-38. 
3. Le Peintre-Graveur, 1. 1, p. 61 i 



CONCEPTION DE JÉSUS-CHRIST 195 

ÉDITIONS TYPOGRAPHIQUES 

A. — C'est rédition décrite par Heinecken et présentée comme 
ayant été entièrement exécutée sur des planches de bois, mais les 
iconographes de nos jours inclinent à penser que le texte en a 
été imprimé en caractères mobiles. L'impression est faite à la presse, 
à Tencre noire, d'un seul côté des feuillets qui sont au nombre de seize, 
comme dans l'édition xylographique de 1470. Elle en est, en effet, une 
imitation, mais bien inférieure au point de vue de l'art. Les figures sont 
à grosses tailles, avec peu de hachures. Presque toutes sont en contre- 
partie. Celles des deux premières pages ne sont pas placées dans le 
même ordre, et les personnages ne sont pas vêtus de même : saint 
Grégoire est représenté en pape, saint Jérôme en cardinal, saint 
Augustin et saint Ambroise en évêques. Le texte n'est plus en carac- 
tères cursifs, mais bien en gros caractères gothiques. 

Dibdin croit que cette édition a été exécutée à Ulm, vers 1480, 
mais elle doit être antérieure à 1475. Heinecken en a donné le fac- 
similé de la dernière page, d'après l'exemplaire ayant alors appar- 
tenu à Girardot de Préfond. Il provenait de Gaignat (vendu 352 francs), 
et fut acheté 1,560 francs à la vente Mac Carthy pour la Bibliothèque 
nationale. C'est le seul connu jusqu'à présent. Renouvier se trompe 
lorsqu'il dit que cet exemplaire appartient au Musée Britannique. 

B. — Édition décrite par Hain (n* 6084), composée de vingt-neuf 
feuillets (plus un trentième blanc, en tête), petit in-4, imprimée en 
caractères gothiques. Le volume commence ainsi : Hanc plenâ gratta 
Sàlutare mète Serena... Elle est ornée de cinquante-trois gravures sur 
bois, imitées de l'édition précédente. Au-dessus de chaque gravure il 
y a le même distique latin que dans les éditions précédentes, suivi 
d'une traduction en quatre vers allemands, dont Hain n'a pas parlé; 
au bas, il y a un commentaire latin en prose. Quatre pages n'ont pas 
de gravures. L'ouvrage finit à l'avant-dernier feuillet; le dernier 
n'offre au recto qu'une gravure représentant la Vierge au croissant; 
le verso est blanc. Cette édition sans lieu ni date est un des pre- 
miers livres imprimées à Eichstsedt (Bavière), par George et Michel 
Reyser, plutôt vers 1475 que vers 1470, comme on Ta affirmé. Les 



i9G LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

caractères sont les mêmes que ceux de Keysere et Stoll, seconds typo- 
graphes de Paris et concurrents de Gérîng. Weigel possédait de cette 
édition un exemplaire relié en maroquin vert, incomplet du dernier 
feuillet (vendu 75 francs). Un exemplaire, relié en maroquin bruD, 
figure dans le catalogue de la précieuse bibliothèque de M. Hugh 
{London, 1880; t. II, p. 412). 

C. — Édition décrite par Hain (n" 6085), exécutée par les mêmes 
presses que la précédente, avec laquelle elle est identique, sauf 
variantes typographiques dans le texte. Elle commence ainsi : Hanc 
plenam gracia Salutare mente Serena... La Bibliothèque nationale 
possède un exemplaire de cette édition. L'exemplaire Weigel, relié 
en maroquin vert, a été vendu 487 fr. 50 c. ; c'est peut-être le même 
que celui qui figure dans le catalogue Hugh. A cette édition apparte- 
nait l'exemplaire Bearzi, relié en maroquin vert (vendu 56 francs), 
décrit plus amplement dans le catalogue Libri, de 1859 (n** 1567), et 
revendu 13 liv. 5 sh. 

On est autorisé à croire que l'exemplaire de Loménie de Brienne, 
relié en maroquin rouge, et décrit par Laire (t. I,' p. 209, n° 223), sous 
ce titre erroné : Vita B. M. Virginis allegorice scripta, était de la 
même édition. D'après le catalogue, il commençait ainsi : Hanc plehâ 
gratia salutare mente serena, mais nous croyons que cette ligne n'a 
pas été copiée avec exactitude. Il a été vendu 60 francs. Il doit en être 
de même pour l'exemplaire Renouard, relié en maroquin bleu, annoncé 
en vingt-huit feuillets, mais qui était sans doute incomplet. Nous croyons 
aussi que c'est à cette édition qu'appartenait l'exemplaire Solar, relié 
en maroquin brun, doublé de maroquin rouge par Hardy (vendu 
450 francs), annoncé sous ce titre factice, le même que celui appliqué 
à l'exemplaire Renouard : HistoHa Virginis MafHœ, exemplis naiura- 
lihus comprobata et figuris ligno iyicisis reprœsentata, avec cinquante- 
trois figures sur bois, accompagnées, dit le catalogue, pour la plupart, 
de légendes en latin et en flamand, ce qui doit être inexact. 

D. — Defensorminuiolateperpe= \\ tueq^ virginitatis. castissirne\\ 
dei genitricis Marie. \\ In quo adducuntur XLVL naturalia et raira- 
bilia exemplar claroru scHptoru aixtoritate roborata; et experiètia 



CONCEPTION DE JÉSUS-CHRIST 197 

rerum camprobata. Cette édition sans lieu ni date, ni nom d'imprimeur, 
dans le format in-4, en caractères gothiques, est la première qui soit 
pourvue d'un titre. Le texte commence ainsi : Hanc plena (sic) gracia 
Salutare niente Serena. Elle est mentionnée par Hain (n*» 6086), et 
figure aussi dans la bibliothèque de M. Hugh. Les figures sur bois 
sont des copies de celles des éditions de Reyser. 

E. — De Virginitate Beatœ Mariœ figuralia scripta. Édition in-4, 
en caractères gothiques, 'sans lieu ni date, composée de vingt-neuf 
feuillets, ornée de cinquante-trois gravures sur bois, accompagnées de 
vers latins et allemands. Nous ignorons si c'est un titre factice ou non. 
Un exemplaire de cette édition, relié en maroquin vert par Trautz- 
Bauzonnet, et annoncé dans le catalogue de Techener, 1855 (n° 1683), 
au prix de 250 francs, a été acheté par le marquis de Morante, et fut 
payé à sa vente 610 francs, pour l'Angleterre. 

On voit que, malgré son caractère puéril et la pauvreté de son 
illustration, ce livre a joui d'un très grand succès. 



198 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



SPECULUM HUMANT SALVATIONIS 
{Miroir du salut humain.) 

m 

Bien qu'il ne se rattache que par un faible lien aux ouvrages 
xylographiques, ce livre est peut-être le plus important de cette classe. 
La remarquable exécution des gravures dont il est orné le place au 
premier rang, et il a aussi fourni la matière à des discussions passion- 
néesy touchant le grand problème, non encore résolu, des origines 
de rimprimerie. Nous reviendrons plus loin sur ce dernier point. 

Le Spéculum est une sorte d'histoire moralisée de la rédemption du 
genre humain ; la matière en est empruntée aux littératures grecque 
et latine, à l'Ancien et au Nouveau Testament, ainsi qu'aux légendes 
et traditions populaires de l'époque où il a été composé. Comme idée, 
le Spéculum ressemble à la Bible des pauvres, avec cette différence 
que le texte ici n'est plus l'accessoire, mais le principal de l'œuvre. 

On trouve quarante-cinq chapitres et cent quatre-vingt-douze figures 
dans les manuscrits du Spéculum, lorsqu'ils sont complets. En tête 
il y a ordinairement un prologue et une table des matières. 

Les chapitres I-XLII s^ont composés chacun de quatre sujets : le 
premier, qui est le principal, représente le type, les trois suivants sont 
les sujets correspondants ou les antitypes. Ainsi, dans le chapitre XXXI, 
le type est la Résurrection, et les antitypes, Samson enlevant les portes 
de Gaza, Jonas sortant de la baleine, et la Construction du temple de 
Salomon. L'auteur cherche ainsi à établir le rapport intime qui existe 
entfe le Nouveau et l'Ancien Testament qui n'en serait que la figure. 

Une espèce de supplément ou d'appendice est formé par les cha- 
pitres XLIII, XLIV et XLV. Il a été supprimé dans la plupart des 
éditions. 

Le prologue, la table des matières même sont écrits dans une 
prose latine rimée. On n'y trouve ni mesure, ni quantité: des vers ont 
dix syllabes, et d'autres jusqu'à vingt-cinq. En voici un échantillon : 

Incipit spéculum humane salvacionis 

In quo patet casus hominis et modus reparacionis 

In hoc speculo potest homo considerare 

Qunm oh causam treator omnium decrevit hominem creare 



J 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 199 

Pater omnia videm quomodo per dyaboli fraudem sit damnatus 
Et quomodo per misericordiam Dei sit reformatus, 

Heinecken dit que le plus ancien manuscrit qu'il a vu (l'un des trois 
de la Bibliothèque impériale de Vienne) remonte au douzième siècle, 
mais il est établi que ce volume est du quatorzième siècle. 

Guichard* fait observer avec raison que l'auteur de ce livre cite 
l'histoire scolas tique de Pierre Gomestor, mort en H 85; la Légende 
dor^êe de Jacques de Voragine, mort en 1298 ; saint François d'Assise 
et saint Dominique, dont le premier termina sa vie en 1226 et le second 
en 1221. Ces citations prouvent que le Spéculum ne saurait remonter 
qu'au treizième siècle, au plus tôt. 

Les manuscrits de cette œuvre sont nombreux, soit avec, soit sans 
miniatures. 

Guichard a le premier mentionné un manuscrit de la Bibliothèque 
nationale (fonds latin, n° 9584), important en ce qu'il nous fournit la 
date de la rédaction du Spéculum, Il commence ainsi : Incipit prohe- 
miuin cujusdam nove compilationis édite sub anno millesimo CGC 2A. 

NOMEN NOSTRI AUGTORIS HUMILITATE SILETUR Cl UtuluS siVC nomeU 

operis est Spéculum humane salvationis, etc. Go manuscrit est 
incomplet, ne contenant que dix-huit feuillets ; c'est un petit in-folio. 
On y compte deux feuillets préliminaires, dont la première page est 
ornée d'encadrements; suivent seize feuillets. Deux miniatures sont en 
tête de chaque page ; le sujet de chacune est indiqué au-dessus. Le 
recto du premier feuillet et le verso du dernier sont blancs ; il y a en 
tout soixante miniatures non encadrées. Nous les trouvons beaucoup 
plus remarquables que celles du manuscrit de l'Arsenal que nous 
allons décrire; nombre d'entre elles peuvent être citées. Elles sont 
d'origine italienne, et ne paraissent remonter, ainsi que le livre, qu'aux 
dernières années du quatorzième siècle. 

On trouve à la bibliothèque de l'Arsenal un manuscrit, aussi sur 
vélin, portant la même indication de l'année 1324 comme celle de la 
composition de cet ouvrage, 11 semble complet, et se compose de 
quarante-deux feuiUets. Le format est petit in-folio. Il commence par 
deux feuillets de texte sur deux colonnes, au recto et au verso. 

1. Notice sur le Spéculum huma/ue salvationis; Paris, Techener, 1840. Ia-8. 



200 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Quarante feuillets offrent deux miniatures coloriées en tête de chaque 
page, ce qui en porte le nombre à cent soixante. Elles ont été 
exécutées par un artiste italien. Quoiqu'elles ne soient pas sans 
mérite, nous ne pouvons les attribuer, comme on Ta fait, à Taddeo 
Gaddi ni àGiotto. Toutefois, il a été exécuté en Italie, et les preuves s'en 
trouvent spécialement dans les miniatures suivantes : le Temple de 
Salomorij où Ton voit une tour à créneaux dans le genre italien; 
Y Enfant prodigiie : un des personnages porte le costume florentin; 
Michol se moquant de David : le bâtiment qui y est représenté rappelle 
ceux de l'Italie ; les Funèr^ailles d'A bner, Hora prima et quarta tris- 
tiiia béate virginis : on y voit des costumes florentins du quatorzième 
siècle. Le caractère italien se reconnaît dans plusieurs autres sujets. 
Les miniatures de ce manuscrit n'ont aucune ressemblance avec 
celles du Spéculum xylographique. Quatre d'entre elles ont été 
reproduites dans les Arts somptuaires de M. Louandre. Le livre paraît 
avoir été écrit vers 1380, et même plus tôt. 

La bibliothèque du Musée Britannique possède quatre manuscrits 
du Spéculum, L'un d'eux porte ce colophon: Anna dni millesirno 
CCC' lœxviiij (^1319) œvii kar Mense D'cëb's sunt' ê liV iste f ulricû 
sacerdote d'Os f houe liV q, daf Crv^radi scriptoris public' auctoritate 
Impiali nori\ D'après cette note, ce manuscrit, acheté en 1379, était 
alors attribué à un nommé Conrad. Or, le célèbre abbé Tritheim, 
historien du seizième siècle, attribue la composition du Spéculum à 
Conrad d'Alzheim [de Altzeia)^ dans le diocèse de Mayence, qui 
florissait en 1370, et il ajoute que Jean Andréas, de Bologne, un 
jurisconsulte renommé, mort en 1348, fit des additions à cet ouvrage, 
sous le titre de Spéculum S. Marie Virginis (nous en décrirons plus 
loin une édition). Il en résulte que le Spéculum humanœ salvationis, 
forcément antérieur à 1348, a bien pu être l'œuvre de ce Conrad 
d'Alzheim, et remonter à 1324, comme l'indiquent les deux manuscrits 
de Paris. La chose a d'ailleurs peu d'importance pour nous. 

Ce livre a été traduit, ou plutôt imité en prose française, en 1449, 
et, à part les éditions imprimées, on en connaît plusieurs manuscrits. 

Le plus important est à la Bibliothèque nationale (f. fr., n"* 6375), et 
il est intitulé : Miroir de la salvation humaine. On y trouve un très 
grand nombre de miniatures. La première, qui est double et très 



J 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 201 

grande, représente d'un côté l'auteur écrivant son livre; du côté 
opposé, Dieu dans les airs, armé d'un faisceau de flèches, montre un 
écrit à la Mort. La miniature suivante fait voir des hommes renversant 
et sciant un arbre mort, puis vient celle de la présentation du livre à 
un grand personnage. On compte pour le corps de l'ouvrage cent 
quatre- vingt douze autres miniatures. La dernière représente encore 
Fauteur écrivant. On lit après : Sensuit la table du miroir de la salua- 
tion humaine que frère Vincent De beauvais jacobin et maistre en 
théologie jadis confesseur du Roi de France Monseigneur Saint loys 
fist et compila en latin rimes de doublettes Lequel a este translate 
en cler francois par Jo . mielot sans y Riens mettre du sien. Van de 
grâce mil quatre cens quaràte-neuf en la forme et stile quil appert cy 

m 

dessus. 

Un autre manuscrit en français se trouvait dans la bibliothèque de 
M. Cigongne, achetée en bloc par Mgr le duc d'Aumale. Il est ainsi 
décrit dans le catalogue (n** 24) : 

« Le Miroir de Vhumaine salvation^ traduction française du 
Spéculum humunœ salvationis de Vincent de Beauvais. Grand 
in-folio, relié en bois, recouvert de veau fauve chargé d'ornements à 
froid, avec coins, clous et fermoirs en cuivre. 

« Superbe manuscrit du quinzième siècle, sur vélin, à deux colonnes 
ayant en tête de chacune une miniature. En tout cent soixante-huit. 
Les quatre miniatures que Ton voit, lorsque le livre est ouvert, 
représentent Tune un sujet du Nouveau Testament et les trois autres 
des faits analogues, presque tous tirés de l'Ancien Testament. 

« Ce magnifique manuscrit a fait partie de la bibliothèque des ducs 
de Bourgogne, et il est décrit dans la Bibliotîièque protypograpfiique 
ou librairies des fils du roi Jean. . . par M. Barrois. » Il venait 
antérieurement des cabinets Duriez et Bruyères-Chalabre. 

Dans le catalogue de la vente Crozet faite en 1841, nous trouvons : 

« Le Miroir de Vhumaine salvation. Traduction française du 
iSp^CM^wm de Vincent de Beauvais. In-folio, maroquin rouge. Manuscrit 
gothique du quinzième siècle, sur peau de vélin, orné de cent soixante - 
huit miniatures et quarante-trois lettres, décorées en or et en couleur, 
quarante-trois feuillets à deux colonnes. Chacune d'elles est surmontée 
d'une miniature de 92 millim., tant en hauteur qu'en largeur. » 



202 LIVRES XYLOGRAPIJIQUES 

Il était, si nos souveoirs sont exacts, inférieur à celui que possédait 
M. Gigongne. Vendu 1,199 francs. 

On voit qu'il y a deux sortes de manuscrits de la traduction fran- 
çaise : Tun possédant cent quatre-vingt-douze figures et les deux autres 
cent soixante-huit seulement. 

L'attribution de ce livre à Vincent de Beauvais est erronée. Suivant 
Topinion de M. Paulin Paris, le mot Spéculum, qui se trouve en tête 
des compilations du confesseur de saint Louis, a pu être cause de cette 
erreur, tant de la part des scribes que de celle du traducteur. Le 
Spéculum majus ou Bibliotheca mundi de Vincent de Beauvais a 
quatre parties intitulées : 1. Spéculum naturale ; 2. Spéculum morale; 
3. Spéculum doctHnale; 4. Spéculum historiale. 

Le Spéculum humanœ salvntionis^ très en vogue au moyen âge, 
comme l'atteste le nombre des manuscrits parvenus jusqu'à nous, a 
eu, par rapport aux autres ouvrages ascétiques célèbres, relativement 
assez tard les honneurs de l'impression, et encore sous une forme 
réduite. Il en a été publié beaucoup d'éditions tant dans le texte original, 
qu'en versions ou imitations en hollandais, en allemand et en français. 
Parmi ces éditions, les plus anciennes sont au nombre de quatre, deux 
en latin et deux en hollandais, dont ni l'imprimeur ni la date ne sont 
connus, et autour desquelles se perpétue la discussion au sujet du 
berceau de l'art typographique proprement dit. Avant d'entrer dans 
les détails, nous ferons connaître l'économie générale de ces quatre 
éditions qui paraissent être sorties de la même officine. 

Le livre débute par une préface imprimée à longues lignes. Le 
texte est réduit à vingt-neuf chapitres, dont chacun occupe deux pages 
se faisant face, et disposés sur deux colonnes. Au-dessus du texte, 
une gravure sur bois à deux compartiments séparés par un pilier très 
mince, faisant corps avec le cadre gothique général, offre deux sujets 
dont chacun se rapporte à la colonne respective du texte. Au bas de 
chaque sujet il y a une courte légende explicative. Il y a ainsi cent 
seize figures seulement, tandis que les manuscrits les plus complets 
en offrent cent quatre-vingt-douze. 

Ces gravures étant les mêmes dans les quatre éditions précitées, 
nous en donnerons d'abord la table j avec les légendes respectives, que 
nous transcrivons sans tenir compte des nombreuses abréviations dont 
elles sont hérissées. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 203 

Ch. h' 

1 . Chute de Lucifer. Création d*Ève . 

casus ludferi. deus creauit hominem ad ymaginem &. si- 

mUUtidinem suam. 

2. Défense faite à Adam et à Eve. Le Serpent séduit Eve. 

de omm ligno paradisi comedetis, nequaquam moriemini sed eritis sicut dis- 

cernentes bonum et malum, 

Ch. II 

3. Adam et Eve mangent du fruit défendu. Ils sont chassés du paradis. 
mulierdecepUvirumutsecutcomederet, angélus expulii eos de paradiso gladio 

ignifo. 

4. Adam laboure la terre et Eve file. L'Arche de Noé. 
hic adam operatur terram in sudore vultus archa noe. 

sut. 

Ch. III 

5. LaNaissance de la sainte Vierge prédite. Le Roi Astiages voit en songe la vigne. 
hic antmnciaPur orius marie, rex astrages (sic) mirabile vidU sompnium. 

6. Le Jardin et la fontaine, emblème de Un Ange arrête Balaam monté sur son âne. 
la sainte Vierge. 

ortus conclu$U8 fom^signatus. balaam prenunciauit ortum marie in Stella. 

Ch. IV 

7. Nativité de la Vierge. Arbre de Jessé. G^^néalogie de David. 
natiuitas gloriose virginis marie, cgredietur virga de radiée yesse. 

8. La Porte fermée, autre embl^mo de la Le Temple de Salomon, autre emblème 
sainte Vierge. de la sainte Vierge. 

clausa porta significat bealam virginem templum salomonis significat beatam ma- 
mariam, riam. 

Ch. V 

9. La Sainte Vierge présentée au temple. La Table d*or offerte dans le temple du 

soleil. 
Maria est domino in templo, Mensa aurea in sabulo oblata est in templo 

solis. 

10. Jephté consacre sa fille au Seigneur. La Reine Sémiramis dans un jardin sus- 

pendu. 
Jepte obtulit filiam suam domino. Regina persarum contemplabatur patriam 

in orto suspensili. 

Ch. VI 

ii. Mariage de la sainte Vierge. Mariage de Sara avec Tobie. 

Hic virgo maria desponsatur Joseph. Hic zara desponsatur tkobie iunion. 

12. Tour sur laquelle deux hommes Tour de David à laquelle sont attachés 

sonnent de la trompette. mille boucliers. 

Hec turns dicta bans significat mariam. Hec turris dauid de qua pendebant mille 

clypei. 



204 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Ce. VU 

13. L'Annonciation. Le Buisson ardent. 

Hic annunciatur ihesus per angelum vir- dominus apparuit moysi in rubo ardenti. 

gini marie. 

li. Gédéon et la toison. Rebecca oflfre à boire à l'envoyé d'A- 
braham. 

Vellus gedeonis repletum etiam terra sicca Rebecca nuncio abrahe potum MbuebaL 

manente. 

Ch. VIII 

i5. Nativité de Notre-Seigneur. L'Échanson de Pharaon voit la vigne pen- 

dant son sommeil. 

Naliuitas domini nostri ihesu ckristi, pincema pharaonis vidit in sompnis vi- 

neam, 

16. La Verge d'Aaron. L'Empereur Auguste et la Sibylle. 
Yirga aaron floruit contra naturam virtute Sibilla vidit virginem cum puero. 

divina, 

Gh. IX 

17. Adoration des Mages. Les Trois Mages voient Tétoile. 

Très magi adorant puerum cum muneribus. Très magi viderunt navam stellam in 

oriente, 

18. Les Trois Braves apportent à David Trône de Salomon. 
l'eau de la citerne. 

Très fortes attulerunt dauid régi aquam de Tkronus sàlomonis. 
cistema, 

Ch. X 

i9. Présentation au temple. L'Arche du vieux testament. 

Maria obtulit fUium suum in templo, Archa testamenti significat mariam. 

20. Le Chandelier du temple de Salomon. Samuel enfant offert au Seigneur. 

Candelabrum templi sàlomonis. Puer samuel oblatus est domino. 

Ch. XI 

2i. Fuite en Egypte. Les Égyptiens adorent l'image de la sainte 

Vierge. 
Omnia ydola corruerunt intrante ihesu in Egipcij fecerunt ymaginem virginis cum 
egiptum. puero, 

22. Le jeune Moïse méprise la couronne Nabuchodonosor voit en songe la statue, 
de Pharaon. 

Moyses projecit coronam pharaonis et fregit. Nabugo^ vidit statuam grande min sompno, 

Ch. XII 

23. Baptême de Notre-Seigneur. La Mer d'airain, pour se laver à FentK'e 

du temple. 
Ihesus baptisatus est a iohanne in iordano. Mare eneum in quo ingressuri in tem- 

plum lauabantur. 



■I 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 



205 



24. Naam guéri de sa lèpre. 

Naam leprosus septies et mundaius est. 



L'Arche poiiée à travers du Jourdain. 
Jordanis (sic) siccatus est in transitufUiorum 
dei. 



Ch. XIII 



25. Tentation de Jésus. 



Daniel détruisant l'image de Bel et tuant 
le dragon. 
Cristus tripliciter fuit temptatus a dyàbolo, Daniel destnixit bel et interfedt draconem. 
26. Goliath tué par David. David tue Toui^ et le lion. 

Dauid superauit goliam philisteum. Dauid interfedt vrsum et leonem. 



Ch. XIV 



27. Madeleine aux pieds du Seigneur. 
Magdalena penituit in domo symonis, 

28. Retour de l'enfant prodigue. 
Fater familias filium prodigum suscepit. 



Le Roi Manassès en captivité. 
Mariasses egit penitentiqm in captivitate. 
Nathan reproche à David son adultère. 
Dauid de adulterio redargutus penituit. 



Ce. XV 

29. Entrée dans Jérusalem. Jérémie sur une tour dans Jérusalem. 
Cristus fleuit super duitatem iherusalem, Jeremias lamentabatur super iherusalem, 

30. Triomphe de David. Héliodore frappé de verges. 
Dauid susceptus est cum laudibus. Helyodorus flageUahatur. 



Ch. XVI 

31. La Sainte Cène. 
Cristus manducat pascha cum disdpulis 

suis. 

32. L'Agneau^ pascal. 
Judd manducauerunt agnum paschalem. 



La Manne recueillie. 

Manna datur ^iis israel in deserto. 

Melchisédec va à la rencontre d'Ahraham. 
Melchisedec obtidit abrahe panemei vinum. 



Ch. XVII 

33. Les Gardes renversés dans le jardin Samson tue avec la mâchoire mille Phi- 

par la parole du Seigneur. Ustins. 

Cristus prostrauit hostes suos vnico verbo. Sampson prostrauit mille cum mandiblà 

azini. 
3i. Sanger tue six cents hommes avec un David tue huit cents hommes avec son 

soc. sahre. 

Sanger ocddit seœcentos viros cum vomere. Dauid occidit octingentos viros cum pctu 

(sic) suo. 



35. Le Christ trahi par un haiser. 
Cnstus dolose traditus, 

36. David jouant de la harpe devant Saûl. 
Rex saul reddidit dauid malum pro bonio 

(sic). 



Ch. XVIII 

Joab tue son frère. 
Joab interfedt fratrem suum amasam. 
he Sacriflce et le meurtre d'Abel. 
Caym (sic) dolose interfedt fratrem suum 
abel. 



206 



LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



Ch. XIX 



37. Le Christ méprisé. 



Hur méprisé ci insulté par le crachat des 
Juifs. 
Cristus fuit velatus consputus et colaphi- Hur vir marie fuit suffocatus spulis iudeo- 

satus. rum, 

38. Gham se moque de son père. Les Philistins se moquent de Samson 

aveugle. 
Cam derisit patrem suum noe et alii eum pkilistei sampsonem excecantes deriserunt, 
condolebant. 



Ch. XX 

39. La Flagellation du Seigneur. Le prince Achior lié à un arhre. 

Ihesus ad columpnam ligatus est et flagel- Achior princeps ligatus est ad arborem a 
latus, semis holofemi, 

40. Lamech afÛigé par ses deux femmes. Job tourmenté par le démon et par sa 

femme. 
Lameth constringitur a maiis suis uxoribus. Job flagellabatur a demone et ab uxore. 



Ch. XXI 



44 . Le Christ couronné d'épines. 
Cristus coronatur spinea corona. 

42. David maudit par Semeî. 

Semey maledicit dauid. 



La Concubine ôte la couronne au roi. 
Concubina ipsius{?) coronam régis acceptant 

sibi ipsi imposuit. 
Le Roi Ammon défigure les envoyés de 

David. 
Rex amon dehonestauit nuncios dauid. 



Ch. XXII 



43. Portement de croix. 
Cristus baitUauit crucem suam, 

44. Le Seigneur de la vigne massacré par 
ses valets. 

Exploraiores vuam in vecte portant. 



Sacrifice d'Isaac. 

Ysaac ligna portât pro sua immolatione. 

Les Espions qui portent la grappe de 

raisin. 
Hères vinee proiectus est extra vineam et 

interfectus est. 



Les deux dernières inscriptions latines sont respectivement 
changées de place. 



Ch. XXIII 



45. Le Christ attaché à la croix* 

Xpûs crucifixus mortem suam'figuris pre- 
dixit. 

46. Isaîe suspendu et scié en deux. 
Ysaias prophetadiuiditurcum sarra lignea. 



Tubalcain fait forger des clous. 
Jnuentores artis ferrarie et melodiarUm. 

Un Roi moabite coUpe la tête à son fils. 
Hex moab immolauit fUium sUper murtim 



MIROIR DU SàLUT HUMAIN 



•207 



Ch. XXIV 



47. Crucifiement. 

Cristus pendens in cntce. 

48 Le Roi Godrus se fait tuer. 

Rex codrus dédit se ipsum in exicium pro 
suis. 



Nabuchodonosor voit en songe l'arbre 

coupé. 
Nabugodonosorinsompnio vidit arborem, 
Éléazar tue un éléphant en lui perçant le 

ventre. 
Eleasar confodens elephantem ab ipso op- 

pressus est. 



Jusqu'ici les chapitres sont conformes aux anciens manuscrits 
latins. 

Ce. XXV (XXVI DES Mss.) 



49. Descente de croix. 

Dolor marie de fUio, 

oO. Adam et Eve plaignant la mort 

d'Abel. 
Prothoplausti luxerunt necem abel. 



La Tunique de Joseph apportée à Jacob . 
Jacob deflet filium suum ioseph, 
Noémi pleure la mort de ses flls. 

Noemy flct mortem fUiorum. 



Ch. XXVI (XXVII DES Mss.) 



31. Sépulture de Notre- Seigneur. 
Hora completonj daiur sépulture. 
52. Joseph mis dans le puits. 
Joseph missus in cistemam. 



Sépulture d'Abner. 
Dauid fieuit super exequias abner, 
Jonas englouU par la baleine. 
Jonas a cete deuoratus. 



Ch. XXVH (XXXI des Mss.) 

53. Le Christ aux limbes. Les Israélites délivrés du joug de Pharaon. 
Sancti patres liberantur de infemo, IsrcJiel liberatio a pharaone. 

54. Dieu ordonne à Abraham de sortir de Loth sort de Sodome . 
Yr. 

Liberatio abraham de yr caldeorum. Liberatio hth a sodomis. 

■ 

Ch. XXVIII (XXXU des Mss.) 



85. Résurrection de Notre-Seigneur. 
Resurrectio domini nostri ihesu cristi, 
56. Jonas sort de la baleine. 
Exitus ione de ventre ceti. 



Samson enlève les portes de Gaza. 
Sampson tulit portas gaze . 
Des Maçons portent une pierre. 
lapis reprobatus foetus eàt in caput an- 
guli. 



57. Le Jugement dernier. 



Extremum iudicium» 



Ga. XXJX (XL des Mss.) 

Le Seigneur qui compte avec ses servi- 
teurs, et qui fait jeter les mauvais dans 
un pdits. 

Nobilis reuersus ex longinquiê fecit rationem. 



208 LIVRES XYLOGRÂPHIQUES 

58. Le Royaume des cieux est semblable La Main de Dieu écrit sur le mur. 

aux dix vierges. 
Regnum celorum simile decem virginibus, Manus domini scnpsii in pariete. 

Hauteur des vignettes^ sans riDscription du bas^ 95 millim.; largeur des deux plauches réunies, 
192 millim. 



QUATRE PREMIÈRES ÉDITIONS 

Toutes les controverses bibliographiques et iconographiques roulent 
exclusivement autour de ces quatre éditions, parce qu'elles sont 
dépourvues de toute indication de graveur, d^imprimeur, de lieu et de 
date; c'est pourquoi nous les détachons de l'ensemble pour la clarté de 
notre démonstration. 

On a d'abord discuté la question de savoir si le texte de ces 
éditions a été, comme les vignettes, gravé sur bois et sur planches fixes 
ou bien s'il a été imprimé en caractères mobiles. L'existence seule de 
ces quatre éditions ayant les mêmes gravures^ mais présentant des 
diflférences de caractère et de composition, exclut l'hypothèse de 
l'emploi exclusif du procédé xylographique, car il est inadmissible 
qu'on ait gravé des planches de texte si différentes pour chaque 
édition. Au surplus, on a remarqué, surtout dans les éditions latines du 
Spéculum^ qui sont en vers, que les bouts des lignes courtes ont été 
complétés, tantôt par une réunion de lettres quelconques, tantôt par 
des mots entiers n'ayant aucun rapport avec le texte, et destinés 
seulement à soutenir ces lignes à l'impression. Pour la plupart, ces 
remplissages ont été masqués au tirage et ne marquent pas en noir sur 
le papier, mdis la trace en est visible à sec, par suite de la pression. 
Cette double opération n'aurait évidemment pas eu lieu si l'impression 
avait été xylographique. 

Meerman, Fournier *, Léon deLaborde * et d'autres ont soutenu que 
}es Spéculum en question ont été exécutés avec des caractères mobiles 
de bois, mais des spécialistes compétents, et principalement Auguste 
Bernard, le savant historien de la typographie ', ont démontré que 
pratiquement la chose était' impossible pour un livre entier par rapport 

1. De t Origine de rimptimerie. 

2. Débuts de Vimprimerie à Strasbourg, Paris^ 1840. In-8. 

3. De r Origine et des début* de l'imprimerie en Ewvpe, Paris^ 1853. 2 vol. in-S. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 209 

à la régularité du tirage, etc., et qu'en outre, par l'emploi des lettres 
en l)ois on n'aurait jamais obtenu cette ressemblance parfaite des 
mêmes caractères qu'on observe dans le Spéculum. 

En somme, il a été reconnu et il est admis aujourd'hui sans 
conteste que toutes les éditions de ce livre ont été exécutées avec des 
caractères mobiles de fonte, à l'exception des vingt pages entièrement 
xylographiques qu'on rencontre dans l'une de nos deux éditions latines 
anonymes. A. Bernard, frappé des imperfections de la fonte des 
caractères du Speculxmi^ a pensé qu'elle n'a pas pu être obtenue à 
l'aide des procédés dont on doit l'invention à Gutenberg et à ses 
collaborateurs, et qui est encore pratiqué de nos jours, c'est-à-dire au 
moyen des poinçons gravés sur métal et servant, par la frappe, à la 
confection des matrices qu'on adapte au moule à fondre. Il eut alors 
l'idée que cette fonte primitive a dû être faite dans du sable à l'aide 
des modèles gravés sur bois. Les expériences qu'il a fait faire à cet 
égard ont été concluantes, et, à Theure qu'il est, tout le monde est 
disposé à se ranger à son opinion^ qui, sans être certaine, paraît 
extrêmement probable. 

Toutefois, on n'est pas encore parvenu à se mettre d'accord, faute 
de documents, sur la question de savoir par qui et à quelle époque ces 
quatre éditions du Spéculum ont été mises au jour. Nous en reparle- 
rons plus loin. 

Un simple coup d'œil sur les pages de ces éditions fait voir claire- 
ment que le tirage des gravures et celui du texte n*ont pas pu être faits 
simultanément, les premières étant imprimées avec une couleur à la 
détrempe, devenue jaunâtre avec Tâge, tandis que le texte l'a été avec 
de l'encre noire assez foncée. Il est incontestable que les gravures ont 
été tirées au frotton, et le texte à la presse. Cette dernière opération 
a, bien entendu, suivi l'autre, quoique Dibdin prétende le contraire. 

Les opinions diffèrent sur l'ordre chronologique dans lequel ont 
paru ces premières éditions. On a présenté au moins six classements 
différents, et chacun a cherché à défendre sa thèse de son mieux. Nous 
les ferons connaître, ainsi que les arguments invoqués à l'appui, et en 
même temps nous essayerons de justifier nos préférences à cet égard, 
mais auparavant nous devons donner une description suffisante de 
chacune de ces quatre éditions. 

I. i4 



2i0 LIVRES XYLOGRAPHIQUiîS 

ÉDITIONS LATINES 

ÉDITION A 

{Avec vingt pages ayylogra/phiques.) 

Volume du format petit in-folio, composé de soixante-quatre feuillets 
(dont un blanc), formant cinq cahiers, dont le premier est de six 
feuillets, le deuxième, le troisième et le quatrième chacun de quatorze 
feuillets et le cinquième de seize. Le premier cahier contient Tavant- 
propos ; dans les éditions hollandaises, Tavant-propos n'a que quatre 
feuillets, et le nombre total est ainsi réduit à soixante-deux. Le texte 
imprimé ne contient que vingt-neuf chapitres. Ils ont chacun quatre 
colonnes et quatre figures qui sont ainsi au nombre de cent seize. 

Quarante-trois pages (dont la préface) sont imprimées avec des 
caractères mobiles et une encre noire, vingt autres le sont avec une 
encre grise et des planches de bois. Les caractères gravés sur bois 
sont plus gros et d'une forme plus correcte, mais comme production 
xylographique ils sont inférieurs aux figures. 

Les vingt planches xylographiques se trouvent aux feuillets 6, 7, 
9 à 16, 18, 19, 21, 22, 26, 27, 31, 32, 51 et 60. M. Paeile les place aux 
feuillets 7, 8, 10 à 17, 19, 20, 22, 23, 27, 28, 32, 33, 52, 61. Cette 
contradiction n'est qu'apparente. L'auteur que nous venons de citer 
tient compte du premier feuiUet qui est blanc, ce qui fait reculer 
d'un numéro tous les autres. M. Brunet n'en compte que soixante- 
trois. Sotheby a donné un fac-similé de la page 55. 

L'impression du livre n'est pas opistographique. Elle est sans titre, 
réclame ni signature. Nous avons fait observer qu'à partir du cha- 
pitre XXV le livre n'était plus conforme aux manuscrits. 

M. Berjeau a publié en fac-similé cette édition tout entière, et Ta 
fait précéder d'une introduction historique et bibliographique (Lon- 
dres, Stewart, 1863. In-fol. Tiré à 155 ex.). 

Ottley remarque que les figures des cinq derniers chapitres ne sont 
plus de la même main, ni pour la gravure, ni pour le dessin. Les 
hachures sont disposées diagonalement, les arbres sont d'une forme 
ronde et disproportionnée, tandis que dans les vingt-quatre premiers 
chapitres les hachures sont horizontales et les arbres de forme conique. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 211 

Ottiey pense que le graveur primitif est mort sans avoir achevé son 
œuvre. A partir du même chapitre XXV, les rouleaux sont vides, 
tandis que, dans les figures des chapitres précédents, ils sont toigours 
remplis par un texte. 

On en connaît une dizaine d'exemplaires. Deux sont à la Bibliothèque 
nationale. L'un d'eux est avec le feuillet blanc ; l'autre, plus beau, ayant 
appartenu à Ballesdens, provient du collège de Sorbonne, auquel il 
avait été donné par Chevillier. 

Sotheby signale trois exemplaires en Angleterre : celui du Musée 
Britannique, provenant de Granville, et ceux de MM. Holford etinglis. 
Un exemplaire de cette première édition, provenant de Gaignat, fut 
vendu 1,320 francs chez Mac-Carthy. 

ÉDITION B. 

{Entièrement en caractères mobiles.) 

C'est un petit in-folio entièrement imprimé avec des caractères mo- 
biles identiques à ceux de l'édition précédente et d'un seul côté du 
papier. Il se compose de soixante-quatre feuillets (dont le premier est 
blanc) qui forment cinq cahiers : le premier est de six feuillets, les 
trois suivants de quatorze et le dernier de seize. Il [y a quelques 
différences avec la précédente. Voici le début : 

Édition A. 
Édition B. 



212 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Au verso du feuillet 6, colonne 1, le premier chapitre commence 
ainsi : 



Édition Â. 



JL43hi iiuo pat| cO^ i|0is ^ tiioof tifoib^ 
' [t|)iir(|pmtlopotHtboiti0^aîrm(r 
oii miifôci!eRt<kr otm2(cm^ ^i^ihxitw^ 

€K ^1^ mîto art (itf ttauitmn^ 



Édition B. 

^XV3 ^i^ P^*î ^ S*>*^ ^ •"•^^ frfimf ow 

f t oîa Mti^ t^ u ^^olt fbwll m mi^ttut^ 

Sotheby a donné les fac-similés des pages 1, 55 et de la dernière. 

On connaît sept exemplaires de l'édition B, dont trois seulement 
complets : celui de La Vallière (provenant du couvent des Célestins, à 
Paris), acheté 1,260 francs pour la bibliothèque impériale devienne; 
celuidelabibliothèque du palais PitU, à Florence, et celui deM.Inglis. 
Les quatre autres sont : 1** celui de l'hôtel de ville de Harlem (sans la 
préface) ; celui de la bibUothèque de Hanovre (44 feuillets) ; celui de 
la bibliothèque royale de Bruxelles, provenant de Van Hulthem (incom- 
plet de 5 feuillets) ; celui -de la bibliothèque de Stuttgart. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 213 

ÉDITIONS HOLLANDAISES 
ÉDITION A (dite à deux fontes). 

{Spieghel onser Behoudenisse^ .) C'est un petit in-folio, composé de 
soixante-deux feuillets imprimés avec des caractères mobiles, d'un 
seul côté du papier ; ils forment cinq cahiers : le premier a quatorze 
feuillets, les trois suivants quatorze et le dernier seize. La préface et 
la table occupent les quatre premiers feuillets, et les cinquante- 
huit suivants renferment les chapitres du Spéculum, au nombre 
de vingt-neuf. Il n'y a aucune différence avec les éditions latines 
ci-dessus, pour le format, le nombre des figures et la division des 
chapitres. Mêmes caractères que ceux des éditions latines ci-dessus, 
sauf les feuillets 49 et 60 qui offrent des caractères plus petits 
et d'une autre forme, comme l'a démontré Ottley. Dans ceux-ci, vingt- 
sept lignes n'occupent pas plus d'espace que vingt-cinq dans les 
premiers. La disposition typographique de ces deux pages diffère 
d'exemplaire en exemplaire, ce qu'il est essentiel de remarquer, car 
elle semblerait prouver que l'imprimeur des Spéculum n'était pas alors 
à son coup d'essai. L'impression des figures est faite avec une encre 
grise, et celle du texte, avec une encre noire. 

La préface est imprimée à longues lignes et le corps de l'ouvrage 
l'est sur deux colonnes, n n'y a ni chiffres, ni signatures, ni réclames. 
Le point est le seul signe de ponctuation. La préface ( Sotheby a donné 
le fac-similé de la première page ) commence ainsi : 

imn IHUtiienciil ulC^Oerc^ iti W mit 

On ne connaît pas le nom du traducteur. 

1. Ce litre factice {Miroir de noire salut) est emprunté à la première ligne de la préface. 
Quelques bibliographes indiquent les éditions hollandaises sous cet autre titre : Sprighel der mer' 




214 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Cette rare édition n'est pas à la Bibliothèque nationale. Cependant 
on en connaît une dizaine d'exemplaires. Heinecken en signale sept, 
dont un par erreur : 1* celui de la bibliothèque de la ville de Hom, en 
Hollande ; 2* celui d'Enschedé, à Harlem (il avait été payé 210 florins à 
la vente de la bibliothèque de G. J. de Bruyn, bourgmestre de Harlem, 
et il a atteint, à la vente Enschedé (1867), le prix de 16,000 francs; 
il était complet et assez bien conservé); 3^ celui de Meerman (il est 
aujourd'hui dans le Muséum Meennanno - Weestranianum à La 
Haye) ; 4* celui du D' Limborck, à La Haye ; 5** celui de Rendorp, à 
Amsterdam; 6"" celui de la bibliothèque de Genève, à laquelle il a été 
donné par Tronchin, premier médecin du duc d'Orléans ; ?• celui du 
comte de Pembroke, en Angleterre (c'est une erreur; la bibliothèque 
de cette famille possède l'édition hollandaise à une seule fonte, mais 
pas celle-ci). Sotheby ne signale pour l'Angleterre que l'exemplaire de 
lord Spencer, payé 223 livres sterling à la vente Merly, 

EDITION B (dite à une seule fonte). 

{Spieghel orner BeJwudenisse.) Petit in-folio, composé de soixante- 
deux feuillets imprimés avec des caractères mobiles, d'un seul côté 
du papier. Les quatre premiers feuillets renferment le prologue et la 
table. Les chapitres du Spéculum^ au nombre de vingt-neuf, se trou- 
vent dans les cinquante-huit feuillets suivants. La préface est éga- 
lement imprimée à longues lignes et le corps de l'ouvrage sur deux 
colonnes. C'est absolument la reproduction de l'édition précédente. Les 
mêmes planches ont servi pour les figures; les caractères sont go- 
thiques mais plus petits, et vingt lignes, selon Meerman, tiennent le 
même espace que dix-neuf dans l'édition hollandaise ci-dessus et dans 
les éditions latines A et B, ce qu'Ottley a contesté^ en quoi il n'est 
pas suivi par Bernard. 

Le format est pareil, le papier est de même qualité, les figures sont 
imprimées avec une encre pâle, mais celle du texte est plus noire, 
moins cependant que dans les éditions précédentes. On n'y remarque 
ni chiffres, ni signatures, ni réclames ; on n'y trouve que le point. 

thttKker behoudenme, qui n'ent que la traduction littérale du titre latlo : Spéculum human» 
falvationis. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 219 

Au point de vue typographique, cette édition est la plus défectueuse 

des quatre. 

Le prologue commence ainsi : 



m ï nmw^ INie gi Hmafir li|9||i^ i»Uif milite nm 



On ne connaît que quatre exemplaires, encore sont-ils défectueux. 

Un se trouve dans la bibliothèque de la ville de Harlem ; un autre à 
rhôtel de ville de cette même cité. Le troisième est conservé dans la 
bibliothèque de lord Pembroke, à Wilton House. Il est mal tiré, selon 
Sotheby, au'point qu'on le croirait composé de feuilles d'épreuves. 

La Bibliothèque de Lille en possède un qui se distingue par une 
particularité qu'il est intéressant de faire connaître. Cet exemplaire a 
été décrit en détail plusieurs fois, entre autres par A. Bernard, et par 
M. Paeile tant dans le premier volume du Catalogue de la Bibliothèque 
de la ville de ZiZ^^ (1859), que dans son Essai historique et critique 
sur rinvention de rimprimerie, qui sert d'introduction à ce catalogue 
et a aussi été publié à part, orné du fac-similé du feuillet 40 (38' planche 
des gravures). Nous en indiquerons sommairement la composition. 

Le premier cahier renferme le prologue et la table : 1-4, 2-3. 

Deuxième cahier (quatorze feuilles) : 5-18, 6-17, 7-16, 8-15, 9-14, 
10-13, 11-12. 

Troisième cahier (douze feuilles) : 19-32, 20-31, 21-30, 22-29, 23-28, 
24-27. La feuille du milieu, 25-26, manque en cet endroit; elle est mise 
à la place de la feuille 33-46 qui manque complètement. Il paraît qu'un 
antiquaire nommé Van Westphalen, vivant au dix-septième siècle, 
possédait le feuillet 46. Par une singularité remarquable, on a imprimé 
au verso de cette feuille 25-26 le texte de la première feuille du 
cinquième cahier, 47-62, de façon qu'elle est déplacée et opistogra- 
phique. Ce côté imprimé au verso n'offi^e pas de gravures. Il fait double 



216 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

emploi pour le texte, car le feuillet vëritable se trouve à sa place 
naturelle. 

Quatrième cahier ( quatorze feuilles ) : 25-26 ( mise à la place de 33-46, 
qui manque, ainsi que nous venons de le dire), 34-45, 35-44, 36-43, 
37-42,38-41,39-40. 

Cinquième cahier (seize feuillets) : 47-62, 48-61, 4&-60, 50^9, 51-58, 
52-57, 53-56, 54-56. 

Au feuillet cinquième recto de cet exemplaire, se trouve une 
inscription manuscrite en hollandais, constatant que ce livre avait 
appartenu aux sœurs du couvent de Sainte-Marie à Hoorn. M. Paeile 
estime que cette inscription, d'après la forme des caractères et Tortho- 
graphe des mots, date certainement du commenceiyient du quin- 
zième siècle, ce qui précisément aurait besoin d'être démontré. 

Quatre feuilles manuscrites spnt reliées avec ce iSpi^^^^, elles sont 
du quinzième siècle. On y trouve en hollandais le sommaire de tous les 
psaumes et cantiques de l'Écriture, etc. Sur deux autres feuilles, on a 
transcrit, à la fin du seizième siècle, le texte de la feuille 33-46 qui 
manque à cet exemplaire. 

Le livre est couvert d'une reliure en parchemin, ornée de quelques 
dessins appliqués à ft*oid. Sur les deux plats sont les armes de la ville 
de Harlem : une épée en pal avec quatre étoiles et cette devise : Vicit 
vira virtvs. Au seizième siècle, on a écrit en hollandais, sur le dos, que 
c'était le premier essai de Louris Koster, inventeur de rimprimerie^ 
qui avait été imprimé à Harlem vers 1440. 

Scriverius est le premier qui ait décrit cet exemplaire et qui a 
signalé les fameux feuillets imprimés des deux côtés. On ignore les 
destinées ultérieures de ce volume depuis Van Campen jusqu'à la fin 
du dix-huitième siècle. Â cette époque il a appartenu à un chevalier 
de Gilles, originaire d'Amsterdam, et qui vint s'établir à Lille où il 
épousa la sœur de M. Van der Cruysse de Waziers. Pendant la 
Révolution, ses biens ont été confisqués et sa bibliothèque transportée 
au couvent des Récollets, d'où, avec d'autres livres, elle passa à celle 
de la ville de Lille. 

Après la mort de Van Campen, on perdit de vue ce précieux 
volume. Heinecken, suivant en cela Meerman, a écrit en 1771 : « On 
prétend que le czar Pierre le Grand ait acheté cet exemplaire et 



M 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 247 

qa'il soit passé à Saint-Pétersbourg », et tous les bibliographes, 

jusqu'en 1843, l'ont répété après lui, bien que La Serna Santander ait 

signalé en 1801, dans son Dictionnaire bibliographique^ que la ville 

de Lille possédait un Spéculum avec deux feuillets opistographiques. 

n n'a été tiré de l'oubli qu'en 1843 par M. Gachet qui l'a décrit dans les 

Comptes rendus des séances de la Commission royale d'histoire de 

Belgique^ et ensuite par A. Bernard et d'autres. 

Un des possesseurs de cet exemplaire, peut-être J. Van Gampen, à 

qui il a appartenu en 1628, y a inséré le portrait de Coster gravé par 

J. Van de Velde, d'après le tableau de J. Van Gampen, et sous lequel 

on lit deux distiques latins qui réclament pour Coster la gloire de 

l'invention de l'imprimerie. Ils sont l'œuvre de Scriverius ou Pierre 
Schryver. 

Yana quid archeiypos et prêta Moguntia jacias? 

Harlemi archetypos prelaque nata scias. 
ExtuHt hic, monstrante Deo, Laurentius artem, 

Dissimulare virum hune, dissimulare Deum est! 

M. Paeile veut faire de cette édition le prototype de toutes les autres ; 
il cite en outre un texte de Pierre Schryver {Laurecrans voor Lourens 
Coster) qui soutient que non seulement Coster a trouvé les caractères, 
mais encore l'art d'imprimer d'une manière opistographique. 



Dans quel ordre ont paru ces quatre éditions? On en est réduit aux 
hypothèses plus ou moins justifiées. Meerman, et après lui Eoning, 
de Vries et M. Paeile, pour ne parler que de principaux, ont soutenu 
que la première en date est l'édition hollandaise, à une seule fonte, 
parce que l'encre en est plus pâle, parce que les caractères en sont 
plus grossiers, en un mot, parce qu'elle est la plus défectueuse, ce 
qui indiquerait l'enfance de l'art. Ces raisons n'ont pas paru concluantes 
à la majorité des critiques qui ont trouvé de meilleurs arguments pour 
soutenir la thèse contraire. Il est d'abord reconnu que le texte 
hollandais n'est pas une traduction faite directement d'après un 
original manuscrit, mais bien sur la réduction du texte latin telle 
qu'elle a été imprimée, et d'ailleurs on sait que tous les ouvrages 
de ce genre ont paru en langue vulgaire après les éditions latines. On 



2t8 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

trouve ensuite que les inscriptions qu'on lit sur les rouleaux des 
gravures étant en latin et non pas en hollandais, ces gravures devaient 
être destinées avant tout à accompagner un texte latin. M. Paeile 
objecte à cela que les vignettes du Spéculum ont été gravées non pas 
pour une édition en lettres mobiles, mais pour une édition en planches 
fixes, dont vingt se sont conservées dans l'édition latine A, et que dès 
lors « il semble qu'il n'y a rien à conclure de la langue dans laquelle 
ces inscriptions sont formulées * ». Les iconographes de nos jours sont 
très disposés à admettre l'existence d'une première édition entiè- 
rement xylographique, mais dans ce cas l'argumentation de M. Paeile 
se tourne contre lui-même, car, puisque le texte des vingt planches 
xylographiques conservées est latin et qu'elles reparaissent intercalées 
dans une édition latine, celle-ci doit nécessairement être antérieure 
aux éditions hollandaises où tout le texte est en caractères mobiles. 

Les éditions hollandaises étant ainsi écartées du premier rang, il 
reste à trancher la question d'antériorité entre les deux éditions 
latines. Heinecken paraît avoir été le premier qui ait accordé la 
première place à l'édition avec vingt planches xylographiques. La 
Sema Santander y a adhéré, A. Bernard a fortement développé la 
légitimité de cette opinion, et M. Beijeau y a souscrit aussi. Ottley, 
Guichard et Sotheby prétendent que ces vingt planches xylographiques 
ne sont que des fac-similés des mêmes pages de l'édition latine 
typographique, mais il n'ont pour leur système que l'apparence 
trompeuse, et une logique inflexible contre lui. Et cependant Guichard 
(de même que Koning et Fournier) admet l'existence d'une première 
édition xylographique, de sorte qu'il se met en contradiction avec lui- 
même. Heinecken repousse l'idée qu'on ait pu recourir pour les textes 
au procédé de la xylographie après avoir produit une édition en 
caractères mobiles, et il est bien difficile de combattre victorieusement 
cette opinion. Au surplus, comme on l'a remarqué, pourquoi aurait-on 
eu recours, pour le tirage de ces planches xylographiques, au procédé 
méticuleux du frotton, après s'être déjà servi exclusivement de la 
presse pour le tirage d'une ou même de deux éditions? Constater ces 
faits, c'est résoudre cette question. Par la même occasion, nous ferons 

1. Catalogue de la Bibliothèque de Lille, t. I, pp. 44-45. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 219 

observer, ce qui n'a pas encore été fait, que, selon nous, puisque les 
vingt planches xylographiques dont il vient d'être parlé ont été 
tirées au frotton, texte et gravures, il paraît plus probable 
qu'elles ne proviennent pas d'une édition entièrement xylogra- 
phique (à moins d'être considérées comme provenant aussi de ce 
premier tirage), mais qu'elles offrent le témoignage que le Spéculum 
a d'abord été commencé entièrement en xylographie qu'on aban- 
donna dès que les caractères mobiles et le tirage à la presse ont été 
inventés. 

Le savant Ottley, qui, à deux reprises, a 'consacré à ce livre le 
travail le plus étendu peut-être S a imaginé un autre système auquel 
Guichard et Sotheby ont successivement donné leur adhésion. Ce 
système est basé sur l'état respectif des gravures des quatre éditions, 
les gravures les mieux conservées devant, d'après cela, appartenir au 
premier tirage, et celles qui offrent des cassures plus ou moins 
grandes, à des tirages plus ou moins postérieurs. Ce système 
d'investigation, qui a réussi à Ottiey pour déterminer la chronologie de 
certaines xylographies, ne saurait être appliqué au Spéculum, attendu 
qu'il a été surabondamment démontré que les gravures ont été tirées 
séparément, au frotton, bien certainement avant le tirage du texte, et 
assurément aussi avant l'invention du tirage à la presse. Or si, 
conmie on pense, on a du coup tiré les gravures en nombre sufQsant 
pour la publication de plusieurs éditions, il n'y a aucune possibilité 
de fixer l'ordre des éditions par l'état plus ou moins fatigué des 
épreuves, les meilleures ayant pu être employées en second, troi- 
sième ou dernier lieu, ou bien d'une façon absolument irrégulière. 

Le classement proposé par A. Bernard est conforme à celui de 
Heinecken, sauf qu'il considère l'édition hollandaise à une seule fonte 
comme la dernière de toutes et postérieure à l'édition hollandaise à 
deux fontes, contrairement au classement de Heinecken, bien que ce 
dernier déclare n'avoir pas eu de conviction bien motivée sous ce 
rapport, et ne l'avoir mise à ce rang que par considération pour 
l'opinion des Hollandais eux-mêmes. En tout cas, c'est ce classement 
qui nous paraît le plus rationnel. 

i. An Inquiry into the origm and early hUiory of engraoing^ 1. 1, pp. iS3-254, et An ïn- 
quiry concerning the Invention of printinçy pp. 228-346. 



220 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Pour résumer tous les systèmes proposés, voici un tableau 
comparé : 



Meennan 

Heinecken^ La Seraa San- 

tander et Berjeau 

Koning 

OtUey, Guicbard et So- 

tbeby 

A* Bernard 

Paeile 



EDITIONS LATINES 



AVEC 

20 PLANCHES 

XTlOORiPHIOUIS 



2» 
3« 



INTlèaEMKRT 

IN GARACTkBES 

MOBILES 

3« 

2« 
2« 

!»• 

2« 

4« 



ÉDITIONS HOLLANDAISES 



I 



DEUX PONTES 

4e 

4» 
3» 

2* 

3^ 
2» 



UNE SEULE PONTE 



in 

3» 
4« 

4« 






A quelle date, dans quel pays et par qui ont été exécutées ces quatre 
éditions anonymes? Aucun document positif et à Tabri de toute contes- 
tation n'est encore venu jeter la lumière sur ce problème important qui, 
depuis plus de deux siècles, a passionné tant d'esprits éminents. A 
force d'amonceler, autour de cette question, une quantité énorme de 
volumes et des dissertations contradictoires, on Ta considérablement 
embrouillée. 

Le premier écrivain connu qui fasse mention du Spéculum est 
Adrien de Jonghe (qui latinisa son nom en celui de Junius), né en 
1511 ou 1512, mort en 1575, historiographe de la Hollande. Dans son 
ouvrage intitulé Batavia^ qu'il composa de 1565 à 1569, mais qui ne 
fut publié qu'en 1588, il déclare qu'un Spéculum nostrœ salutis, avec 
texte hollandais, a été imprimé vers 1440, à Harlem, par Laurent 
Coster, et que c'est à lui aussi que Ton doit l'invention des types 
mobiles, et par conséquent de l'imprimerie proprement dite. Voici 
d'ailleurs la traduction de son récit, tiré du chapitre XVH; nous omettons 
quelques passages sans importance pour le sujet qui nous occupe. 

« n y a cent vingt-huit ans, mourut * à Harlem^ dans une maison 

1. C*eit ainsi que M. Paeile traduit le moi habiiavit, que d'autres ayaient rendu par: a habité wi 
démettrait, La précision dans la date semble indiquer en effet que l'auteur a eo en vue de marquer le 
erme de Texistence de cet homme, et elle légitime la première acception. 



MIROIR DV SALUT HUMAIN 221 

assez splendide, et qui existe encore aujourd'hui entière, sur la place 
du Marché, vis-à-vis le palais du roi, Laurent fils de Jean, surnommé 
Goster, c'est-à-dire sacristain ou marguillier (parce que la famille 
connue sous ce nom possédait par droit d'héritage cette charge, alors 
lucrative et honorable), celui-là même qui, par une légitime reven- 
dication, rentre maintenant dans la jouissance de l'honneur d'avoir 
inventé la typographie, honneur injustement possédé et usurpé par 

d'autres En se promenant dans un bois voisin de la ville, 

•comme font après le repas, ou les jours de fête, les bourgeois qui ont 
du loisir, Laurent s'amusa à tailler en forme de lettres de petits 
morceaux d'écorce de hêtre; avec ces lettres, il imprima sur du papier 
de courtes sentences pour l'instruction de ses petits-fils. Cet essai 
ayant réussi, comme il était d'un esprit vaste et pénétrant, il dirigea 
ses méditations sur un objet plus relevé, et, avec l'aide de son gendre 
Thomas fils de Pierre, lequel eut quatre fils presque tous revêtus plus 
tard de la charge consulaire, il inventa une encre nouvelle plus 
visqueuse et plus tenace que l'encre ordinaire, qui s'étendait et 
maculait le papier par sa fluidité; avec cette encre il imprima des 
gravures eny ajoutant un texte ; et dans ce genre j'ai vu des revers de 
pages imprimés par lui, ébauches informes de ses travaux, imprimés 
d'un seul côté et nullement opistographes : cô livre, écrit en langue 
vulgaire par un auteur anonyme, portait le titre de Miroir de notre 
salut \ les feuillets étaient collés l'un à l'autre par leurs côtés blancs. 
Plus tard, pour ses caractères il se servit de plomb au lieu de bois de 
hêtre, et ensuite d'étain, afin que la matière en fût plus solide, 
moins flexible et de plus de durée. On voit encore aujourd'hui des 
vases à vin très anciens fondus avec les restes de ces caractères dans 

la maison de Laurent Comme c'est l'ordinaire, le public 

accueillant avec faveur l'invention nouvelle, marchandise que personne 
n'avait vue jusqu'alors, attirant de tous x^ôtés les acheteurs et procurant 
les plus beaux bénéfices, l'amour de l'inventeur pour son art s'agrandit 
en même temps que se développaient ses travaux; il adjoignit des 
ouvriers étrangers aux membres de sa famille ; mais là fut la première 
cause du mal : l'auteur avait, parmi ses ouvriers, un certain Jean, 

surnommé Faust (ainsi qu'on le suppose) Cet homme donc, 

initié, sous la foi du serment, aux travaux de l'imprimerie, après avoir 



222 LIVRES XYLOGRAPHIQUËS 

appris Tassemblage des caractères, le secret de la fonte des lettres et 
tout ce qui a rapport à Fart, choisit un temps opportun qu'il ne put pas 
trouver plus favorable que la nuit de Noël^ pendant laquelle tous les 
chrétiens assistent à l'office divin, s'introduisit avec effraction dans 
le magasin des types, fit un choix des instruments inventés avec tant 
d'art par son maître, et chargé de son larcin s'enfuit de la maison. 
« n se rendit d'abord à Amsterdam, de là à Cologne, enfin à 
Mayence, comme en un asile sacré où il put, hors de la portée du 
trait, demeurer en toute sécurité et recueillir, en ouvrant un atelierj 
les bénéfices abondants de son insigne larcin. Il est certain que ce fut 
un an environ après ce vol, vers l'année 1442, que parurent, avec les 
types qu'avait employés Laurent^ le Doctrinale d'Alexandre Gallus, 
grammaire fort en vogue à cette époque, et les traités de Pierre 

d'Espagne Voilà ce que j'ai entendu jadis de la bouche de 

vieillards fort âgés et dignes de toute créance, et qui avaient recueilli 
cette tradition, comme un flambeau ardent qui se passe de main en 
main. . . Il me souvient que Nicolas Galius, le précepteur de ma 
jeunesse, homme d'une mémoire prodigieuse et qu'une longue vieillesse 
rendait vénérable, m'a raconté que, dans son enfance, il avait entendu 
plus d'une fois un certain relieur nommé Cornelis, vieillard de plus 
de quatre-vingts ans (qui avait travaillé dans l'atelier de Laurent), 
rappeler avec tant de véhémence la suite des événements, la marche 
de l'invention, les progrès et le développement de cet art d'abord 
grossier, en un mot tout ce qui s'y rattachait, que, malgré lui et par 
l'indignation que lui causait cette conduite infâme, il se répandait en 
larmes amères toutes les fois qu'on venait lui parler de ce vol. . • 
qu'il maudissait et exécrait les nuits qu'il avait passées plusieurs mois 
dans le même lit que ce scélérat. Ce récit concorde entièrement avec 
celui que Quirinus Talesius, consul, m'a dit avoir entendu autrefois 
lui-même de la bouche de ce relieur. » 

Déjà avant Junius, plusieurs historiens de diverses nationalités 
s'étaient fait écho, quoique avec moins de précision, de cette tradition 
hollandaise. Le témoignage qui offre assurément le plus d'importance 
est celui d* Ulrich Zell, premier imprimeur de Cologne ; c'est en même 
temps ) le plus ancien de tous. Voilà comment il est rapporté dans une 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 



223 



chronique anonyme, imprimée à Cologne en 1499, chez Jean Koelhoff, 
sous le titre de : Cronica van der Hilliger Stat van Coellen. Il y a là 
un chapitre sur Timprimerie : « Quand, où, et par qui fut inventé Tart 
prodigieusement ingénieux d'imprimer les livres?» Dans ce chapitre 
le chroniqueur dit : « Item cet art admirable fut d'abord inventé en 
Allemagne, à Mayence, sur le Rhin ; et c'est pour la nation allemande 
un honneur insigne qu'on puisse trouver chez elle des hommes aussi 
ingénieux. Et cela nous arriva vers l'an de Notre-Seigneur 1440. Et 
depuis ce temps-là jusqu'à l'année L, cet art et tout ce qui s'y rapporte 
fut perfectionné, et dans l'année de N.-S. 1450 qui fut une année d'or 
(année du Jubilé), on commença à imprimer^ et le premier livre qu'on 
imprima fut la Bible en latin, et elle fut imprimée avec les gros 
caractères dont on se sert maintenant pour l'impression des^ missels. 
Bien que cet art ait été inventé à Mayence de la manière qui est 
MAINTENANT GÉNÉRALEMENT EN USAGE, Cependant sa première ébatcche 
a été réalisée en Hollande dans les Donats qui ont été imprimés 
dans ce pays avant ce temps, et de ces Donats date le commen-- 
cernent du smdit art. Et l'art actuel est beaucoup plus magistral 
et plus subtil que ne l'était la première manière, et avec le temps il 
s'est perfectionné davantage. » 

Le chroniqueur réfute ensuite l'assertion formulée par Omnibonus 
Leonicenus (dans une édition de Quintilien de 1471), que l'imprimerie à 

été inventée par Nicolas Jenson, et il ajoute : 

« 

« Mais le premier inventeur de l'imprimerie a été un bourgeois de 
Mayence, qui était natif de Strasbourg, et qui se nommait messire Jean 
Gudenbusch. Item de Mayence, cet art se répandit d'abord à Cologne, 
puis à Strasbourg et ensuite à Venise. L'origine et les progrès du 
susdit art m'ont été racontés par honorable homme, maître Ulrich Tzell 
de Hanauwe, actuellement encore imprimeur à Cologne, en cette 
année M.CCCCXCIX, et par qui cet art a été importé à Cologne. » 



Voici d'autres témoignages antérieurs à la publication de l'ouvrage 
de Junius : 

Dierich Goornhert, pensionnaire de Harlem, affirme, dans la dédi-* 
cace de sa traduction hollandaise des Offices de Cicéron, imprimée en 
1563, « qu'il a entendu dire que l'art de la typographie avait été d'abord 



m LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

découvert dans la ville de Harlem, bien que d'une façon tout à fait 
grossière, mais que cet art, ayant été transporté à Mayence par un 
valet infidèle, y fut rapidement amélioré ; de plus cette ville ayant eu 
Thonneur de le divulguer et de le répandre la première, elle eut le nom 
d'avoir fait la découverte. ... ». 

Jean Van Zuyren, mort en 1591, jurisconsulte de Harlem, dans 
un dialogue sur l'invention de l'imprimerie, dit que c'est dans la 
ville de Harlem « qu'ont été jetés les premiers fondements de ce 
superbe édifice, fondements grossiers sans doute, mais cependant 
les premiers » ; il finit en disant « qu'elle s'est enfin donnée à connaître 
au monde dans la ville de Mayence, où elle est en peu de temps 
arrivée à un tel degré de grandeur qu'elle succombe presque sous le 
poids de sa gloire »• 

En 1567, Louis Guicciardini, dans son livre : Descrizione di ttUii i 
Paesi Bassi, dit qu'à Harlem « on tient pour certain que l'art de 
typographie et d'imprimer les lettres et les caractères sur le papier de 
la même manière qu'on le fait aiyourd'hui, y fut premièrement inventé. 
Toutefois l'inventeur étant venu à mourir avant que l'art fût perfec- 
tionné et divulgué, son serviteur, ainsi qu'on l'affirme, allant demeurer 
à Mayence et y faisant connaître cette science, y fut accueilli avec la 

plus grande bienveillance Qu'y a-t-il de vrai dans ce récit? Je ne 

puis ni ne veux m'en constituer juge ». 

En 1573, Georges Bruyn, chanoine et doyen de Notre-Dame de 
Cologne, disait, dans son livre intitulé Civitates orbis terrarum : k n 
existe dans Haarlem et dans tout le pays des Bataves une tradition 
constante qui assure que l'art de l'imprimerie y fut d'abord 
inventé » 

L'année suivante, Abraham Ortelius, dans le Theatrum orbis 
terrarum (Anvers, 1574), s'exprime ainsi sur Harlem : « Les 
habitants et les citoyens de cette ville sont persuadés que l'art 
d'imprimer les livres fut d'abord inventé chez eux. » 

Michel von Eytzing, noble autrichien, dans la traduction allemande 
de son Léo Belgicus, imprimée en 1584, dit : « D'un autre côté, on 
trouve aussi que dans cette ville de Harlem fut découvert premièrement 
l'art de l'imprimerie, selon notre manière actuelle d'imprimer avec des 
lettres et des caractères, sur papier ou autrement, mais qu'ensuite, 



MIROItt DU SALUT HUMAIN 22o 

après la mort du maître qui fît cette découverte, Tart fut divulgué par 
son valet et amené par celui-ci à une plus grande perfection dans la 
ville électorale de Mayence. » 

De nouveaux témoignages vinrent après Junius appuyer la même 
thèse, mais la plupart ne sont que des répétitions de ceux des 
écrivains ci-dessus. Il y a lieu, toutefois, de distinguer celui d'un 
allemand, Mathias Quad (Quadus), tant en raison de sa nationalité 
qu'à cause de sa profession. Quad, mort en 1575, était graveur et 
s'adonnait plus spécialement à des études sur la gravure et l'art 
d'imprimer les estampes. Il ne dit rien de plus de Guicciardini, mais il 
a pu puiser ses renseignements à d'autres sources. Voici ce qu'on lit 
dans son ouvrage Europœ totius ierrarum partis prœstantissimœ 
descHptio (Cologne, 1594) : « D'après les témoignages des juges les 
plus entendus, c'est à Harlem que Ton doit l'invention de l'art 
typographique. Or, ils disent que, prévenu par la mort, l'inventeur ne 
put perfectionner sa découverte, et que son serviteur se retira à 
Mayence, où, par une pratique continuelle, l'art fut conduit à la 
perfection, en sorte que Mayence est la nourrice et Harlem la mère de 
cet art. » 

Il faut aussi mentionner Topinion de Jean François Le Petit, greffier 
de Béthune en Artois, qui, en 1601 {La Grande Chronique. . . de 

■ 

Hollande)^ reproduisait le récit de Junius, en y ajoutant une particu- 
larité merveilleuse. Coster, selon lui, avait suivi des marchands 
hollandais qui, naviguant dans le Levant, avaient franchi l'isthme de 
Suez, et par la mer Rouge étaient allés jusqu'en Chine. Dans ce pays, 
Coster aurait trouvé des livres imprimés qu'il aurait recueillis, sans 
néanmoins savoir comment ils auraient été faits y dont depuis il aurait 
tiré Vart de Vimprimerie. Jean le voleur, en emportant les caractères 
de Coster, n'avait pas manqué de s'emparer de ces livres, et de les 
remettre aux mains de Gutenberg. Le Petit en conclut que l'arl 
d'imprimer est parvenu des Chinois jusqu'à nous. 

La critique ne s'empara de cette question que très tard. La revendi- 
cation de Junius en faveur de sa patrie ne rencontra d'abord, et 
seulement cinquante ans après, que de rares contradicteurs. On lui 
opposa alors une fin de non-recevoir, en déclarant que le Spéculum ne 

I. l'i 



216 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

fut point imprimé en caractères mobiles, mais bien en planches 
xylographiques. Les pièces à conviction n'étant point ou étant mal con- 
nues, l'opposition s'arrêta là, et la cause de Harlem parut avoir le 
dessus. Ottley constate que cette opinion prévalut jusqu'à la seconde 
moitié du siècle dernier, du moins en Angleterre, qui jusqu'à ce jour, 
d'ailleurs, ne cessa de lui être favorable. 

Meerman remit la question sur le tapis par la publication de son 
grand ouvrage : Origines iypographicœ (1765), dont la conclusion, 
contraire au récit de Junius, est que Coster n'inventa que les caractères 
mobiles en bois, avec lesquels furent imprimées les éditions du 
Spéculum. Cette opinion trouva de chauds partisans, mais en même 
temps la restriction qu'elle apportait aux revendications de la Hollande 
devait forcément avoir pour conséquence de provoquer les attaques de 
la part de ceux qui, par patriotisme, ne pouvaient que se constituer les 
champions de Gutenberg. La guerre bientôt s'alluma. 

Ce fut le baron de Heinecken qui descendit le premier dans l'arène 
pour faire table rase du récit de Junius et des réclamations des 
Hollandais, confisquant au profit de l'Allemagne tous les livres xylo- 
graphiques, et même les incunables dont les typographes ne s'étaient 
pas fait connaître. Seulement Heinecken n'apportait, pour la défense 
d'une thèse aussi excessive, que des affirmations mais point de 
preuves. La Sema Santander se rangea de son côté avec pïus de 
violence encore. 

Les Hollandais ripostèrent, et à leur tour ils poussèrent jusqu'aux 
dernières limites les revendications en faveur de Coster, en lui attri- 
buant encore l'exécution de la majeure partie des xylographies, ce qui 
n'était appuyé par aucun document. En première ligne, il faut citer 
J. Koning, dont l'ouvrage, couronné par la Société des sciences de 
Harlem, a été traduit en français *. Depuis cette époque, la lutte devint 
de plus en plus ardente, et elle se poursuit sans relâche entre les deux 
camps rivaux. Ce n'est pas ici la place d'énumérer les nombreux 
travaux publiés de part et d'autre. Gutenberg et Coster comptent tous 
deux parmi les défenseurs respectifs de leur cause des hommes d'une 
grande autorit^; parmi les premiers nous citerons : Umbreit, Wetter, 

1. Disserlaiion sur F origine, Vinvention et le perfectionnement de fimprimerie. Amsterdam, 
1879. Ia-8. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 227 

Schaab. Daunou, Renouard, Guichard, Ainbroise Firinin-Didot,Ruelens, 
Van der Linde, A. Quantin, etc. ; les seconds s'appellent : Ottley, le 
comte Léon de Laborde, A. de Vries, Brunet, Aug. Bernard, Ch. Paeile, 
le vicomte Henri Delaborde. 

Ottley, mort en 1836, a consacré à l'examen de ce problème 
insoluble un gros volume qui ne fut publié que vingt-sept ans plus 
tard *. Cet ouvrage, peu connu en France *, est le résumé le plus 
complet de tout ce qui avait été publié sur le différend qui existe entre 
Mayence et Harlem. 

Auguste Bernard, grâce à sa compétence comme typographe, a fait 
justice d'un bon nombre d'affirmations hasardées, mises en avant de 
part et d'autre, et il a élucidé quelques points techniques d'une grande 
portée, même en tant qu'hypothèses. 

M. Gh. Paeile a défendu la cause de Harlem avec chaleur, éloquence 
et grande clarté d'exposition. 

Le plus fougueux parmi les adversaires des Hollandais est aujour- 
d'hui M. A. Van der Linde, quoique de même nationalité, et cette 
indépendance lui fait certainement honneur, qu'on se range ou non à 
ses idées. Une première série de ses articles a été traduite en français 
et publiée sous ce titre : IJ Invention de rimprimerie, dans le Bibliophile 
belge, 1870. Ce travail fut ensuite considérablement développé et parut 
en hollandais, en 1870, sous ce titre : De Haarlemsche Costerlegende. 
Il a été traduit en anglais par M. J.-H. Hessels {The Haarlem Legend of 
the Invention ofPrinting; London,1871), qui y ajouta une introduction 
fort instructive. Enfin, après avoir essayé de démolir la légende 
costérienne, M. Van der Linde a consacré à la défense des droits de 
Gutenberg un volumede plus de 700 pages [Gutenberg : Geschichte 
und Erdichtung \ Stuttgart, 1878; in-8), très diffus, extrêmement pas- 
sionné et pas toujours exact, qui a valu à la science un travail 
rectificatif, et, mieux que cela, une nouvelle enquête, faite de première 
main, sur les documents ayant servi à attribuer à Gutenberg l'honneur 
d'avoir été le premier typographe. Ce dernier travail, intitulé : Gutenberg 



1. Aninquiry conceming the Invention of printtng. London^ 1863. Iq-4. 

2. Il ne faut pas le confondre avec un ouvrage du même auteur, relatif à l'histoire des origines de 
la grayure, et que nous avons déjk cité à plusieurs reprises {An lnquv*y into the origin and early 
history of engraving. London^ 1816. 2 vol. in-4). Il s'y trouve également un très long chapitre sur le 
Spéculum, 



228 LIVRES XYLOGRAPUIQUES 

Ort'il inventé rimprimerie ? {Gutenberg : Was he the inventer of 
printing? London, 1882 ; in-8), est dû au traducteur même de l'ouvrage 
précédent de M. Van der Linde,' à M. J.-H. Hessels. Nous en reparle- 
rons plus loin. 

Sans entrer dans les développements que ne comporte pas le 
caractère spécial de notre publication, nous croyons devoir exposer, 
aussi brièvement que. possible, Tétat actuel de cette question si 
controversée des origines de Tart typographique. 

Le temps a fait justice de beaucoup de prétentions diverses, mais en 
ce moment deux villes sont encore en présence : Harlem et Mayence ; 
deux hommes sont encore en face Tun de Tautre : Laurent Janszoon 
Coster et Gutenberg. 

En abordant Texamen des pièces à l'appui, on se trouve arrêté par 
un fait bien surprenant et à jamais regrettable, c'est qu'il n'existe 
aucune impression portant soit le nom de Gutenberg, soit celui de 
Coster comme typographes. Tout se réduit donc, pour l'un conmie pour 
l'autre, à des témoignages des tiers, dont les données imparfaites et 
souvent contradictoires suscitent naturellement des critiques et pro- 
voquent des doutes qu'il n'est point aisé de dissiper. 

Si, en faveur d'un inventeur hollandais anonyme, il y a un certain 
nombre de témoignages directs ou indirects, il n'y en a qu'un au profit 
de Coster : c'est celui de Junius, copié par d'autres, tandis qu'au 
moins l'exercice de la typographie par Gutenberg est constaté d'une 
manière bien authentique. Mais en ce qui concerne l'invention elle- 
même, la certitude disparaît. Les obscurités, les réticences et les 
contradictions des écrivains sur lesquels on s'appuie sont telles que de 
part et d'autre on rejette en bloc les arguments des adversaires. Les 
partisans de Coster ne voient dans la prétendue découverte par 
Gutenberg qu'un larcin ; les partisans de Gutenberg, de leur côté, ne 
trouvent dans les prétentions de Harlem, et dans le récit qui leur sert 
de base, qu'une fable ridicule. 

Voici les objections qu'on fait à la déclaration de Junius hérissée de 
difficultés. 

On n'est d'îibord pas d'accord sur la date à laquelle il a écrit le 
chapitre relatif à l'imprimerie, et par conséquent sur la question de 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 229 

savoir à quelle époque il faut faire remonter les cent vingt-huit ans 
antérieurement auxquels Laurent Coster aurait vécu : les uns opinent 
pour 1562, d'autres pour 1567, d'autres encore pour 1568, ce qui 
mettrait l'autre terme à l'une des années suivantes : 1434, 1439, 1440; 
Or, on a trouvé à Harlem, dans des livres de comptes, à la date de 1439, 
la mention de l'enterrement d'un Laurent ou Lourens Janssoon, qu'on 
identifie avec Laurent Coster, ce qui est nié par M. Van der Linde. Il 
soutient que l'individu décédé en 1439, et auquel il attribue à la fois la 
qualité d'aubergiste, de magistrat, d'échevin, de trésorier et de direc- 
teur d'hôpital, n'a jamais été sacristain ou marguillier et qu'il ne s'est 
jamais appelé Coster, tandis qu'il a réellement existé à Harlem une ou 
plusieurs familles de ce nom, parmi lesquelles on trouve un Louwerys 
Janszoen Coster, fabricant de chandelles, vivant en 1448, et un autre 
homonyme, celui-là aubergiste, qui a vécu jusqu'en 1475, peut-être 
même jusqu'en 1483. Il faut convenir que des essais d'identification ou 
de négation en présellce de tant d'homonymes ne sauraient être 
probants, car rien ne prouve que le Coster de Junius doive se trouver 
parmi les individus précités. Est-on bien sûr de posséder encore tous 
les actes d'archives de Harlem? 

Le nom de l'inventeur écarté, on objecte qu'il est bien difficile de 
supposer que, dans l'espace de la messe de Noël, Jean le voleur ait eu 
le temps d'enlever les types nécessaires et de désorganiser complète- 
ment une imprimerie. Il lui fallait forcer la porte et choisir avec une 
lumière tout ce qui lui était nécessaire et proportionner le fardeau à ses 
forces. On répond à cela que par les mots instrumentorum supellec- 
tilem il faut entendre un assortiment d'outils portatifs, dont la soustrac- 
tion et le transport offraient peu de difficultés. 

On fait remarquer ensuite qu'un pareil larcin n'a pu se faire, sans 
qu'une plainte, sans que des poursuites aient été dirigées contre le 
voleurqui était alors à Amsterdam; or on n'en trouve réellement aucune 
trace. Même pendant longtemps, aucune réclamation n'est faite, aucun 
écrivain contemporain ne parle de la prétention de Harlem, et la 
Hollande depuis 1439 a joui d'une tranquilité inaltérable pendant plus 
de cent vingt ans encore. On répond à cela que sur le moment Ton 
était retenu par la crainte de divulguer le secret d'où provenaient 
beaucoup de bénéfices, et que si, plus tard, lorsque l'imprimerie n'était 



230 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

plus un secret pour personne, et que la réclamation de Harlem pouvait 
se produire en toute sécurité, elle n'a pas été faite, c'est que les pro- 
duits des presses de Mayence étaient tellement supérieurs aux essais 
informes des Hollandais, que ceux-ci n'osaient formuler aucune reven- 
dication, qui eût été sans aucune portée pratique, et qu'au surplus celui 
ou ceux qui y étaient directement intéressés n'étaient plus de ce 
monde. D'ailleurs, ajoute-t-on, l'abandon d'un droit historique ne 
saurait entraîner la perte de ce droit, qui n'admet aucune prescription, 
et la chronique des inventions fournit de nombreux exemples de 
renoncements analogues de la part des inventeurs qui se sont laissé 
ravir la gloire de la première conception par des perfectionneurs plus 
habiles, plus heureux ou plus audacieux. 

On rejette enfin la déclaration de Junius relative à l'impression de 
Mayence, en 1442, avec les types inventés par Coster, d'un Doctritiale 
d'Alexandre de Ville-Dieu, surnommé Gallus^ d'abord parce que 
l'existence, à cette date, d'une imprimerie à Mayence n'a jamais été 
constatée, et ensuite parce qu'on n'a pas produit d'exemplaire de ce 
livre. En ce qui concerne la dernière objection, M. Aug. Bernard 
répond qu'on a retrouvé de nombreux fragments d'une édition de ce 
Doctrinale « dont les caractères ont une ressemblance frappante avec 
ceux du Spéculum » ; quant à la première, on invoque le témoignage 
d'un contemporain de Gutenberg, de Jacques Wimpfeling, qui déclare, 
dans son Catalogus Episcoporum Argentinensium^ que Gutenberg 
en arrivant à Mayence, vers 1445, y trouva déjà plusieurs personnes 
s'occupant d'imprimerie {cum is Moguntiam descenderet, ad alios in 
hac arte investiganda shniliter laborantes)^ ce qui peut s'appliquer 
entre autres à l'ouvrier infidèle de Coster. 

On convient du témoignage d'Ulrich Zell, confessant que l'idée pre- 
mière de l'art typographique a été réaUsée en Hollande, mais on n'est 
pas d'accord sur l'interprétation de ces paroles, et par conséquent sur 
leur portée. Cependant toute la question est là. 

Ulrich Zell paraît avoir été initié à son art, les uns disent par 
Schœflfer, selon d'autres par Gutenberg lui-même, ce qui est présumable 
attendu qu'il ne parle pas de Schœffer et qu'il attribue tout l'honneur à 
Gutenberg. Ce témoignage est d'abord précieux pour Gutenberg, 
puisque tenant de lui-même que la première ébauche a eu lieu en 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 231 

Hollande, ce dernier ne peut plus être soupçonné du vol commis chez 
Coster, sans cela il eût gardé silence sur la Hollande et ses premières 
ébauches*. « C'est, dit M. de Laborde, le seul émané d'un témoin qui, 
tout en étant initié à la marche de l'invention, n'a aucun intérêt dans les 
contestations auxquelles l'honneur de cette conquête de l'adresse de 
l'homme donne lieu, n'ayant aucune prétention ni pour lui, ni pour sa 
ville natale, ni pour les siens. » 

Maintenant, que signifient ces mots : La première ébauche de Vart^ 
tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, a été réalisée en Hollande dans les 
Donats qui ont été imprimés dans ce pays avant ce temps^ et de ces 
Donats date le commencement du susdit art? 

Les adversaires de la cause de Harlem disent qu'il ne s'agit que des 
Donats xylographiques, et se retranchent derrière une note écrite par 
Mariangelo Accorso (première moitié du seizième siècle) sur un Donat 
imprimé à Mayence, et qu'avait possédé Aide le jeune, note où il 
déclare que l'inventeur de la typographie « avait évidemment été instruit 
par un Donatus^ imprimé auparavant en Hollande, sur planches fixes 
[in tabula incisa)^). Ce témoignage, cependant, ne saurait être invoqué 
sérieusement, car, dans la même note, Accurse attribue l'invention de 
l'imprimerie à Jean Fust! D'un autre côté, Aug. Bernard soutient qu'il 
n'a pas été imprimé de Donats xylographiques avant l'invention de la 
typographie, pour des raisons suivantes : 1"* parce qu'on ne connaît pas 
un seul fragment de ce livre qui soit imprimé à la détrempe, et par 
conséquent au frotton, quoiqu'on en possède beaucoup d'exécutés avec 
des planches de bois; 2** parce que le frotton n'a jamais pu servir à 
imprimer le vélin et que presque tous les plus anciens Donats trouvés 
sont tirés sur vélin; 3** parce que la presse à imprimer est tout au plus 
contemporaine des caractères mobiles dont elle était le complément 
indispensable ; 4^ parce que tous les Donats xylographiques qu'on a 
sont imprimés des deux côtés en belle encre noire et portent des 
signatures, qui ne furent introduites que fort tard dans la pratique 
typographique; 5® parce que, enfin, il n'y a pas urî seul Donat xylogra- 
phique dont on puisse prouver l'antériorité à l'invention des caractères 

1. Au temps de Junius, on soupçonnait Jean Faust (Fust) d'être Tauteur du larcin, mais il est géné- 
ralement admis que ce soupçon est injuste. Meerman yeut que ce soit Jean Gutenberg lui-même qui 
soit l'auteur du vol. M. Paeile dit que cette opinion n'est pas soutenable. Des documents découvert j 
(iepuis que Meerman écrivait établissent en faveur de Gutenberg un alibi qui le disculpe. 



23V. LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

mobiles, tandis qu'on en imprimait encore par ce procédé à la fin du 
quinzième siècle. On est obligé de convenir que cette argumentation 
a une singulière force, et que, si Ton n'en démontre pas sûrement la 
fausseté, elle trancherait la question controversée. Enfin, les défen- 
seurs de Harlem posent à leurs contradicteurs cette question : Pourquoi 
Ulrich Zell signale-t-il tout spécialement les Douais et pas un autre 
livre? «Si ces Dowafo n'avaient pas été imprimés au moyen des types 
mobiles, dit M. le vicomte Henri Delaborde, membre de l'Institut, dans 
un récent et remarquable travail *, pourquoi les citer de préférence à 
tant d'autres pièces qui auraient pu tout aussi bien servir d'exemple à 
Gutenberg? Pourquoi l'élève de celui-ci, en remontant aux origines de 
la découverte, ne dit-il rien de ces images avec légendes taillées 
suivant les procédés xylographiques, qui se vendaient dans toutes les 
villes sur les bords du Rhin,^et que le futur inventeur de l'imprimerie 
avait eu cent fois l'occasion de voir? Pour que l'attention de Gutenberg 
se fût ainsi concentrée sur un seul objet, il fallait qu'un mérite tout 
particulier, l'empreinte d'un progrès véritable dans le mode d'exécution, 
distinguât des autres produits les Donats imprimés à Harlem. . . Que 
l'on suppose le contraire, on ne comprend plus les paroles d'Ulrich 
Zell ni le genre d'influence qu'elles attribuent à ces Do7iats hollandais 
où Gutenberg puisa « la première idée de son invention ». On pourrait, 
il est vrai, répondre (et cette remarque ne nous semble pas avoir 
encore été faite) que Zell a cité les Donats de préférence aux autres 
xylographies, uniquement parce qu'ils constituent un véritable livre, 
tandis que les autres n'offrent que des suites d'images où le texte n'est 
qu'accessoire, et qu'elles appartiennent plutôt au domaine de l'ima- 
gerie, de l'estampe, qu'à celui de la librairie ; c'est pourquoi il aurait 
présenté ce livre comme première ébauche ou modèle [die erste vur- 
byldung) de l'art d'imprimer des livres, car autrement son dire 
appliqué aux xylographies en général était manifestement faux, et il 
n'ignorait sans doute pas que l'impression tabellaire n'a pas commencé 
par les Donats donf on ne connaît aucun fragment imprimé au frotton 
et d'un seul côté. D'autre part, on veut peut-être faire dire à cette 
chronique de Cologne plus qu'elle ne dit en réalité, car Ulrich Zell n'a 

\ . La Gravure, précis élémentaire de ses origines, de ses procédés et de son histoire; Paris, 
Quantin. S. d. (1882.) Io-12. 



J 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 233 

pas Tair de vouloir attribuer à Gutenberg Tinvention absolue de la 
typographie, mais seulement Tinvention de Tart tel quHl était pratiqué 
en 1499, c'est-à-dire de sa dernière forme, avec tous ses perfectionne- 
ments. Car autrement, pourquoi fait-il dater des Donats hollandais le 
commencement du susdit ayH, c'est-à-dire de celui pratiqué en 1499, et 
non pas de l'art xylographique dont il ne semble même pas parler? 
* Plusieurs bibliographes, tels que le comte L. de Laborde et Brunet, 
n'accordent à Coster que l'idée des caractères mobiles en bois. 

Quant aux termes : Et Vart actuel est beaucoup plus magistral et 
plus subtil que fie Fêtait la première manière^ rien ne s'oppose à ice 
qu'ils puissent s'appliquer aux remarquables perfectionnements de cet 
art, et non pas exclusivement à l'invention elle-même, comme le veut 
M. Van der Linde et ses devanciers. Le contraste existe aussi bien dans 
un cas comme dans l'autre. 

Il est nécessaire de rappeler, à cet endroit, un document important, 
mais qui a été diversement interprété. Dans les Mémoriaux de Jean 
Le Robert, abbé de Saint-Aubert de Cambrai, conservés en manuscrit 
dans les archives du département, à Lille, on lit, en dialecte du pays, 
ces deux passages que nous donnons en français moderne : 

« Item pour un Doctrinal jette en molle que j'ai envoyé chercher 
à Bruges par Marquet, qui est un écrivain de Valenciennes, au mois ^ 
de janvier 1445, pour Jacquet, vingt sous tournois. Le pQtit Alexandre 
en eut un que l'église paya, 

« Item^ envoyé à Arras un Doctrinal pour l'instruction de dom 
Gérard, lequel fut acheté à Valenciennes, et était jette en molle, et 
coûta vingt-quatre gros. Il me renvoya ledit Doctrinal le jour de la 
Toussaint 1451, disant qu'il ne valait rien et était tout fautif. Il en avait 
acheté un autre dix patards (sous) en papier. » 

Que signifie l'expression : jette eyi molle! Van Praet et d'autres 
déclarent qu'elle ne saurait indiquer qu'une impression en planches 
fixes. A. Bernard soutient, au contraire, que les caractères jettes en 
mollCj c'est-à-dire coulés dans un moule, ne peuvent désigner que les 
lettres mobiles de fonte, et on devine quelles conclusions il tirait de 
cette interprétation. Il est vrai que le terme : jette en molle, a été 
fréquemment employé depuis la seconde moitié du quinzième siècle 



234 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

jusqu'à la fin du siècle suivant, et même plus tard, dans le sens de 
l'impression typographique, mais enfin, primitivement, elle pouvait 
s'appliquer tout aussi bien à l'impression xylographique, procédé 
grâce auquel les mots pouvaient être considérés comme moulés sur 
du papier ou du vélin, par opposition à l'écriture à la main. Cepen- 
dant on n'a découvert aucune édition xylographique du DoctHnah 

On peut, comme on le voit, disserter à l'infini et ergoter sur tous ces 
détails dont, en somme, dépend la solution de la question, et c'est 
pourquoi elle devient scientifiquement presque insoluble. 

Si les droits de Coster à l'invention de la typographie ne sont 
établis que sur une base assez fragile, voyons si ceux de Gutenberg le 
sont d'une manière incontestable. 

Le plus ancien document ayant ou pouvant avoir rapport aux 
travaux typographiques de Gutenberg se présente sous forme de 
pièces d'un procès que celui-ci eut à soutenir à Strasbourg en 1439, 
pièces découvertes en 1760 et publiées par Schœpflin. Dans les déposi- 
tions des témoins il est question du plomb. S! muq presse ^ des formes, du 
polissage des pierres et de la fabrication des miroirs^ mais tous les 
critiques impartiaux sont d'accord que ces pièces étant écrites en 
patois alsacien, la signification précise des mots dont nous venons de 
rapporter la traduction est singulièrement indécise. La déposition la 
plus significalive serait celle de Hanns Dxinne, orfèvre, qui déclare 
avoir travaillé trois ans auparavant pour Gutenberg aux choses appar- 
tenant à Vimprimerie. Ce dernier mot est représenté dans l'original 
par celui de trucken^ qu'on croit équivalent à celui de drucken qui 
signifie aujourd'hui : imprimer. On objecte, et non sans raison, que les 
mots : formes, trûcken, etc., ne doivent pas être interprétés au 
moyen de la terminologie typographique qui ne pouvait pas exister 
alors, ou qui tout au moins devait être absolument étrangère aux 
♦témoins qui employèrent ces mots, attendu qu'ils n'étaient pas initiés 
au secret énigmatique de Gutenberg. On établit en outre que dans 
les premiers temps après l'invention de la typographie, on se servait 
de l'expression printen^ et non du mot trûcken, pour indiquer l'action 
d'imprimer des livres. M. Van der Linde qui, à l'exemple de beaucoup 
d'autres, ne date l'invention de la typographie que du retour de 



MIROIR DU SâLUT HUMAIN 23o 

Gutenberg à Mayence, vers 1445, rejette le témoignage de l'orfèvre 
comme une intercalation apocryphe, ce qui n'est pas admis en tant que 
fait matériel. En résumé, le protocole du procès de Strasbourg ne 
prouve nullement, d'une façon indubitable, qu'il s'agissait des travaux 
typographiques, quoique les avis des historiens soient partagés à cet 
égard. Beaucoup d'Allemands eux-mêmes déclarent qu'on ne saurait 
attribuer cette portée aux pièces en question. L'un d'eux avoue qu'on 
peut les expliquer selon la convenance du système qu'on s'est choisi ; 
un autre dit que pour y trouver les parties principales de l'imprimerie il 
faut absolument le vouloir et mettre en jeu les fantaisies de l'imagi- 
nation. 

Le premier document positif qui attribue à Gutenberg la qualité de 
typographe nous est oflFert par les pièces du procès de 1455 entre lui et 
son associé, le bailleur de fonds Jean Fust. Elles constatent que 
cette association remontait à 1450, mais il ne s'y trouve aucune allusion 
à l'invention de Timprimerie par Gutenberg. D'un autre côté, les deux 
éditions distinctes des Lettres cTindulgences de 1454, imprimées avec 
des caractères dififérents, prouvent l'existence, à cette date, à Mayence 
de deux ateliers typographiques parfaitement indépendants, et on 
soupçonne même qu'une troisième imprimerie a dû y fonctionner à la 
même époque. 

Ce n'est qu'en 1468 que Gutenberg, déjà mort, paraît être proclamé, 
pour la première fois, non pas l'inventeur mais le co-inventeur de 
l'imprimerie, dans une pièce de vers insérée à la fin de l'édition des 
Institules de Justinien, donnée par Pierre Schœffer, qui était devenu 
l'associé et le gendre de Jean Fust après le procès de 1455, et qui 
continua à imprimer seul depuis le décès de Fust en 1466. Gutenberg 
(si c'est toutefois lui qui est désigné parmi les deux Jean) y est mis sur 
le pied d'égalité avec Fust. ( « Celui qui se plaît à développer le talent 
hardi nous a donné deux grands maîtres dans l'art de graver, du ncnyï 
de Jeany tous deux natifs de Mayence^ et devenus illustres pour avoir, 
les premiers, imprimé des livres 4-^05 dédit. . . libro7^um insignes 
PROTOCARAGMATiGos). Eucorc u'est-ou pas d'accord sur l'interprétation 
précise de ce dernier mot : M. Hessels estime qu'il ne signifie pas 
nécessairement «les preniiet^s typographes du monde», et qu'il peut 
désigner aussi bien « les p7Hncipatix typographes». Il y a même des 



530 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

historiens qui excluent Gutenberg de cette citation, et qui disent que les 
deux Jean sont Fust et Mentelin, ce qui est erroné, car ce dernier est 
partout indiqué comme natif de Strasbourg et non pas de Mayence. 

Le silence s'établit jusqu'en 1483*, Dans sa continuation de la 
C^romçw^d'Eusèbe, publiée cette année-là àVenise,MathiasPalmerius, 
secrétaire pontifical, né vers 1423, déclare, sous la date de 1474, que 
l'art d'imprimer des livres {libr(yrumimpHmend(yrum ratio) îwX inventé 
à Mayence en 1440 par noble [eques) Jean Gutenberg, grâce àson génie 
industrieux. En 1499, comme nous l'avons vu, Ulrich Zell affirme que 
l'invention de l'imprimerie est Tœuvre de Gutenberg, tandis que Polydore 
Vergilio,dans son ouvrage de i?^rwwimu^w<on6w5(Venise, 1499)déclare 
tenir d'un Allemand qu'elle est due à un Allemand du nom de Pierre. 
Quatre ans après, Jean Schœffer, fils et successeur de Pierre Schœffer, 
et petit-fils de Jean Fust, se présente lui-même, dans son édition de 
Mercurius T^nsmegistuSy comme issu d'une famille à laquelle on est 
redevable de Tinvention de l'art typographique. Il éprouva sans doute 
un remords passager de s'être ainsi rendu coupable d'un mensonge, et 
deux ans plus tard (1505), dans la dédicacé à l'empereur Maximilien 
d'une traduction allemande de Tite-Live, il dit que « l'art admirable de 
riraprimerie fut inventé, l'an 1450, par Tingénieux Jean Gutenberg, et 
ensuite perfectionné aux frais et par le travail de Jean Fust et de 
Pierre Schœfi'er ». Cependant il se rétractera bientôt et d'une manière 
définitive. Dans le Breviarium Moguntinum (de 1509), dans le célèbre 
colophon des Annales des rois francs (Compendium) par Trithème, 
publiés en 1515, et dans d'autres ouvrages sortis de ses presses, Jean 
Schœffer n'attribue plus l'invention première qu'à son aïeul maternel 
Jean Fust. 

On voit qu'il n'y a en faveur de Gutenberg, comme inventeur de la 
typographie, que des témoignages des tiers, plus ou moins précis et 

1. La première mention positive du nom de Gutenberg comme typographe date de 1474. EUe se 
trouve dans; une Chronique anonyme des souverains pontifes et empereurs, imprimée à Rome par 
J.-Ph. de Lignamine, auteur pré«(umé d'une partie de cette chronique. Sous Pannée 1459, l'auteur 
enreixislre ce fait: «Jacques {sic) Gutenberg, originaire de Strasbourg {sic), et un autre appelé Fost, 
trôs hibib^-i dans l'art d'imprimer avec des caractères de métal sur parchemin, impriment chacun 
{guisfjue eornm) trois cents feuilles par jour, à Mayence, ville d'Allemagne. » Ce passage, devenu 
célùbre, est très important pour l'histoire personnelle de Gutenberg, en ce qu'il constate qu'après sa. 
séparation de Fust il continua à diriger un établissement indépendant et très actif, mais il n'est 
d'aucun secours pour la solution du problème touchant l'invention de l'imprimerie dont il ne dit mot, 
contrairement à ce que prétend M. Van der Linde qui veut y trouver ce qui n'y est pas (voir p. 17 
de son ouvrage sur Gutenberg). 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 237 

souvent contradictoires, témoignages postérieurs à son décès. Ils ne 
peuvent avoir que la valeur d'une tradition confuse, et ne revêtent 
nullement le caractère de certitude, car autrement l'usurpation persis- 
tante au profit de Fust n'eût pas été possible sans provoquer de 
réclamations. Nous avons vu que, d'après la Chronique de J.-Ph. de 
Lignamine, on tirait trois cents feuilles par jour dans l'imprimerie de 
Gutenberg; il est clair qu'une activité aussi grande pour l'époque 
suppose un certain personnel ; nous savons d'autre part qu'à la suite 
des troubles survenus à Mayence, en 1462 et 1463, il y eut une émigra- 
tion d'imprimeurs qui portèrent l'art nouveau dans les principales villes 
de l'Europe, et parmi eux, assurément, il devait se trouver des élèves 
de Gutenberg. Il est inadmissible que ces derniers aient ignoré qu'elle 
était la part de leur maître dans l'art typographique, surtout après le 
procès de 1455 qui dut avoir un grand retentissement et provoquer 
des discussions ; comment expliquer alors qu'aucun d'eux, en dehors 
d'Ulrich Zell, n'ait eu le souci de le faire connaître au monde d'une 
façon péremptoire et détaillée, et, à plus forte raison, que pas une voix 
amie ne se soit élevée pour protester vivement, d'abord en 1471, 
lorsque Leoniceno attribua à Jenson la gloire d'avoir inventé l'imprime- 
rie, et, plus tard, lorsque Jean Schœffer décerna cet honneur à Fust? 
Même à cette dernière époque il y avait sans doute encore quelques 
anciens collaborateurs de Gutenberg, et, en tout cas, le récit des faits 
réels a dû nécessairement s'être transmis à la nouvelle génération de 
la famille typographique. D'où vient donc ce silence? Peut-on songer à 
une sorte de conspiration pour méconnaître les droits légitimes de 
Tinventeur au moins à la gloire posthume? Nous croyons qu'il ne faut 
chercher à expliquer tout cela que le plus simplement du monde. Nous 
pensons que dès l'origine on n'a jamais bien su le nom de l'inventeur 
des types mobiles, parce que personne n'a revendiqué cet honneur 
pour lui-même, peut-être pour des causes dont nous parlerons plus 
loin. A l'ombre du voile épais qui enveloppe le berceau de la typogra- 
phie, il n'a pu se former que des légendes, des traditions vagues, que 
nul n'était en mesure d'éclaircir avec autorité , traditions tantôt favorables 
à Gutenberg, tantôt à Fust, propagées respectivement par les amis et 
les partisans de l'un et de l'autre. C'est à cause de ces incertitudes que 
Jean Schœffer a pu obtenir, en 1518, un privilège de l'empereur 



238 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Maximilien, où ce souverain déclare « sur la foi des dignes témoins » 
{fide dignorum testinionio), que « l'ingénieuse invention de la chalco- 
graphie » est Tœuvre de Jean Fust, bien que ce fait ne puisse pas être 
prouvé. 

Quelle conclusion tirer maintenant de toutes ces contradictions et 
quel jugement porter sur les prétentions respectives de Harlem et de 
Mayence? Nous avons démontré qu'il n'y a là de place que pour des 
hypothèses ; aussi hasarderons-nous la nôtre. En ce qui concerne 
Harlem, comme, selon le proverbe, il n'y a pas de fumée sans feu, 
nous estimons qu'il doit y avoir quelque chose de vrai dans la tradition 
hollandaise, dont tant d^écrivains indépendants les uns des autres ont 
attesté la ténacité, et qui est confirmée par Ulrich Zell. Qu'on ait 
accumulé des détails inexacts autour d'un fait positif, cela n'autorise 
nullement à rejeter l'authenticité du fait lui-même. Quel que soit le 
nom de l'inventeur ou de la ville des Pays-Bas qui ait été le berceau 
de Toeuvre, peu importe, mais on peut admettre, non sans raison, 
que c'est à la Hollande que revient l'honneur d'avoir enfante 
l'inventeur des types mobiles. La tradition ne saurait jamais se former 
et persister au gré d'un ou de quelques individus, et sans aucune 
base ; il n'est donc pas permis à la critique impartiale de taxer absolu- 
ment d'imposture les témoignages rapportés plus haut des histo- 
riens respectables du seizième siècle. On peut admettre aussi que la 
connaissance de l'art nouveau a été transportée à Mayence par un col- 
laborateur de l'inventeur, non par suite d'un vol, mais plutôt à cause 
de la mort de celui qui avait fait cette grande découverte. Il est certain, 
depuis les dernières investigations, qu'en 1454, et par conséquent avant 
la dissolution de l'association de Gutenberg avec Fust, qui n'eut Ueu qu à 
la fin de l'année suivante au plus tôt, ou plus probablement en 1456, il 
existait à Mayence deux imprimeries d'où sont sorties deux éditions des 
Lettres d'indulgence avec la date de 1454, mais imprimées avec des 
caractères différents) car on ne comprendrait jamais pourquoi, à cette 
époque, un même ateUer typographique les aurait exécutées toutes les 
deux bien distinctes, sans aucune nécessité et rien que pour se créer des 
frais inutiles. Or, si Tune de ces imprimeries était incontestablement 
celle de Gutenberg et Fust associés, quel est donc l'autre imprimeur 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 239 

inconnu et de qui tenait-il le secret de Fart? Ce n'est certes pas 
Gutenberg, lié avec Fust, dont Tappui pécuniaire lui était alors 
indispensable, comme le constate le procès de 1455, qui aurait eu 
ridée de se créer une concurrence désastreuse en divulguant à un 
autre la connaissance de la typographie. Gutenberg n'était donc pas, en 
1454, seul à exercer son art. Est-ce lui, par contre, qui l'aurait appris 
de son concurrent anonyme, comme le veulent les partisans de Harlem? 
Rien ne le prouve non plus, quoique cette autre imprimerie paraisse 
avoir existé avant celle de Gutenberg, s'il faut en croire Wimpfeling 
qui affirme, comme nous l'avons vu plus haut, que l'illustre Mayençais, 
à son retour dans sa ville natale, vers 1445, y trouva plusieurs per- 
sonnes s'occupant (ïimpnmerie. Comment résoudre alors ce 
problème? Nous croyons que, de même pour beaucoup de choses, la 
vérité est probablement au milieu. Il est incontestable, également en 
vertu de la persistance de la tradition allemande, que la typographie 
doit beaucoup à Gutenberg. Or, M. Hessels a démontré que les docu- 
ments manquent pour le déclarer inventeur de la typographie. Cepen- 
dant, est-il impossible à deux hommes éloignés l'un de l'autre d'avoir 
une idée analogue? N'a-t-on pas vu de nos jours Niepce et Daguerre 
travailler à la photographie séparément pendant de longues années et 
n'être mis ensuite en rapport que par l'effet d'un hasard? 

On n'a nullement besoin pour cela de faire intervenir un Donat 
hollandais qui aurait inspiré Gutenberg, d'autant plus, ce qu'on ne 
paraît pas avoir fait ressortir, qu'Ulrich Zell ne le dit point, mais qu'il 
se borne à constater que la première ébauche de Vart typographique ^ 
TEL qu'il était PRATIQUE EN 1499, avait été réalisée en Hollande dans 
les Donats^ ne voulant probablement que rappeler ainsi le fait matériel 
d'une invention antérieure, dont date, dit-il, le commencement du 
susdit art, devenu, grâce à Gutenberg, beaucoup plus magistral et 
plus subtil que ne Tétait la première manière. 

Voyons qu'elle a dû être la marche probable de cette invention- Si 
Ton ne regarde l'art d'imprimer que dans son acception la plus 
large, comme produisant sur du papier ou toute autre substance la 
translation de caractères tracés d'abord sur une matière quelconque, 
deux estampes du premier* quart du quinzième siècle offrent des 
inscriptions imprimées avec une date certaine. Nous voulons parler : 



240 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

1* de la Vierge entourée de Saintes qui se voit à la bibliothèque de 
Bruxelles, où on lit au bas : M : CCCCoXVIII (1418); sur la légende de 
la sainte qui est dans le haut, à gauche : Stà Katerina; sur la légende 
de celle qui est à droite : Stà Barbara. . . ; sur la légende de celle qui 
est dans le bas, à gauche : Sta theoretusa et sur celle de la sainte de 
droite, qui est vis-à-vis : Umbro^ oreta; 2» du Saint Christophe qui 
fait partie du Cabinet des estampes, et au bas duquel se trouve l'inscrip- 
tion suivante : 

K ChristofoH faciem die quacumque tuetns * Millesimo CCCC 
nia nempe die morte mala non morieris * XX" tercio (1423). 

Voilà bien Tembryon de rimprimerie ! Qu'importe qu'on ait imprimé 
trois lignes ou bien cinquante ! Il ne s'agit plus là d'estampilles et de 
lettres initiales. C'est très probablement la vue des estampes ainsi 
imprimées qui a donné l'idée de graver sur bois des pages entières de 
texte destinées à l'impression. 

On reconnaît aujourd'hui que c'est la Néerlande qui a vu naître 
les premiers livres à figures, tels que : FArs mo7Hendi^ la Bible des 
Pauvres, V Apocalypse^ le Cantica canticorum, le Spéculum humanœ 
salvationis, etc.; on reconnaît également que les premiers essais de 
l'impression tabellaire ont eu lieu dans le même pays. Une fois que 
ce genre d'impression a été appliqué à la reproduction des textes, 
il est dans la nature de l'esprit humain qu'on a dû se préoccuper de 
trouver encore quelque chose de plus commode. Et dès lors il est 
naturel qu'on ait songé à la mobilisation des caractères. 

La première étape du système définitif a dû être la division des 
pages xylographiques en lettres isolées, mais on ne tarda pas à 
s'apercevoir que les caractères en bois se prêtaient mal au but qu'on 
voulait atteindre. On chercha alors une substance plus résistante, et de 
tâtonnement en tâtonnement on arriva à Tidée de la fonte, grossière 
d'abord, plus parfaite ensuite. 

Pourquoi dénierait-on l'idée première de ce progrès à la Hol- 
lande qui, à cette date, était de beaucoup plus avancée que l'Alle- 
magne dans le domaine des arts ? Un fait remarquable est d'ailleurs à 
noter, c'est que lorsque vers 1463 les ouvriers allemands se disper- 
sèrent, comme des Apôtres, pour propager en Europe les bienfaits de 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 241 

Tart qui venait de naître, aucun d'eux n'alla s'établir en Hollande. 
Pourquoi cela? Ne serait-ce pas parce qu'on savait que la typographie 
y était déjà exercée et qu'elle se perfectionnait de son côté? 

Cependant on devra toujours à Gutenberg au moins la vulgarisation 
d'un procédé qui, du premier coup, s'est élevé jusqu'à la perfection, 
qui a rempli l'univers, qui, comme la pierre de la statue de Nabuchodo- 
nosor, a renversé l'ancien monde, qui produit aujourd'hui même les 
effets les plus extraordinaires et dont on ne peut calculer la portée*. 

Puisqu'il n'est pas démontré que l'exécution typographique du 
Spéculum soit l'œuvre de Coster, à qui l'attribuer ? Incontestablement 
on ne le saura jamais, et il faut renoncer à y attacher un nom d'homme. 
Tout au plus pourra-t-on circonscrire cette question dans des limites 
assez étroites. 

Heinecken, fidèle à son système, met les éditions latines à l'actif de 
l'Allemagne, « justement du temps de l'invention de l'imprimerie ». 
« Il est plus que probable et presque certain, dit-il, que le Spéculum 
en latin a été imprimé premièrement en Allemagne (à Cologne), et 
ensuite traduit et imprimé aux Païs-Bas. » Cette thèse, cependant, est 
abandonnée depuis longtemps. Du moment qu'il a été prouvé que les 
éditions hollandaises sortent du même atelier que les éditions latines ; 
que la forme des caractères employés dans ce livre est bien celle de 
récriture en usage dans la Hollande au quinzième siècle ; que les 
vignettes sont visiblement de l'École néerlandaise, et qu'enfin une 

1. Noag avons fait insérer toat ce chapitre relatif à rinyention de l'imprimerie dans le numéro 
d'octobre 1883 de la tqimq Le Livre. Dans la livraison suivante de cet excellent recueil^ le savant 
M. A. Claudin a bien voulu approuver notre conclusion, et en même temps il a publié un curieux 
document^ qui n'a été connu d'aucun historien de l'imprimerie^ et où Gutenberg est proclamé l'in- 
venteur de la typographie. C'est une lettre de Guillaume Fichet^ prieur de la Sorbonoe, à son ami 
Robert Gaguin , insérée en tête de quelques exemplaires de l'ouvrage intitulé Gasparini Pergamensis 
Orthographies liber, qui est regardé comme le second livre imprimé à Paris. La déclaration de Fichet 
s'appuie sur le témoignage de trois prototypographes parisiens^ Ulric Géring, Krantz et Friburger. Le 
livre dont il s'agit ayant été publié vers la fin de l'année 1470, la lettre du prieur de la Sorbonne 
constitue le plus ancien document connu en faveur de Gutenberg, mais qui, selon nous, ne change en 
rien l'état de la question. L'ancienneté de ce document, qui ne repose, comme taat d'autres, que sur la 
tradition, et où l'esprit de nationalité a pu jouer le premier rôle, ne saurait apporter une preuve déci- 
sive au milieu de tant d'autres témoignages contradictoires et également respectables. Rien n'empêche 
de considérer Gutenberg comme le véritable inventeur de la typographie en raison de la supériorité 
de son procédé^ mais tout semble démontrer qu'ao^in^ lui on imprimait déjà des livres en caractères 
mobiles, quoique au moyen des procédés informes^ d'où il résulte qu'on ne saurait lui accorder le 
titre de premier inventeur de Vimprimerie^ 

\. 16 



242 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

édition hollandaise de ce livre a paru, avec les mêmes planches, 
quoique sciées en deux, à Gulembourg, en Hollande, chez Veldener, 
en 1483 (voir plus loin), on est obligé de' convenir qu'il serait puéril de 
prétendre que les éditions latines ont vu le jour en Allemagne. 

Ceci une fois admis, il s'agit de déterminer Tépoque approximative 
de la publication de nos éditions anonymes. Heinecken, qui n'accorde 
aux Pays-Bas que les éditions hollandaises, dit « qu'on pourrait soup- 
çonner que Jean de Westphalie ( établi à Louvain vers 1474 ) ait été 
l'imprimeur de la première édition flamande (en quoi il contredit sa 
première opinion, rapportée ci-dessus), et que Veldener ait reçu de lui 
les planches » ; d'autres l'attribuent à Richard Paffraet, de Cologne, 
imprimeur à Deventer depuis 1477, mais les types employés par les 
uns et les autres ne ressemblent nullement à ceux du Spéculum. 
Fournier les croit l'œuvre de Gutenberg. Daunou soutient que l'édition 
latine avec vingt planches xylographiques est postérieure à la société 
de Fust et de Gutenberg, mais qu'elle est peut-être antérieure à l'année 
1460. Guichard, au contraire, affirme qu'elles sont toutes postérieures 
à l'année 1461 et que l'art tj^pographique a été importé dans les Pays- 
Bas de l'Allemagne . Après La Serna Santander, Renouvier est disposé 
à en attribuer l'impression à Veldener, et M. Ch. Ruelens est de cet 
avis ^ Auguste Bernard a le mieux combattu toutes ces affirmations qui 
ne reposent sur rien. « La raison, dit-il, sur laquelle je me fonde pour 
rejeter cette opinion, c'est que, si le livre eût été imprimé si tardive- 
ment, il ne serait pas confectionné en dehors de toutes les règles 
typographiques déjà en usage depuis dix ou douze ans dans les ateliers 
allemands », et il développe ensuite son argumentation. Il conclut « que 
l'imprimeur du Spéculum avait trouvé un procédé imparfait avant 
Gutenberg ». Telle est aussi l'opinion d'Ottley, et il nous semble que 
tout critique impartial doit partager cette manière de voir, sans quoi le 
débat resterait sans issue. 

S'il n'est pas aisé de déterminer l'âge de la partie typographique des 
quatre éditions anonymes du Spéculum, il s'agit de savoir si cette 
tâche ne saurait être remplie au moyen des investigations touchant 

1. En dernier lieu, M. Campbell^ dans te^Ànnalei de la typographie néeriandaise au qmn' 
zième siècle (La Haye, 1874), émet l'hypothèse qne la première imprimerie hollandaise a peot-ètre 
été éUblie à Ulrecht. 



MIROIR DU SâLUT HUMAIN 243 

l'auteur ou les auteurs des gravures dont elles sont ornées. Il est pos- 
sible qu'elles dérivent, comme d'autres suites xylographiques, d'un 
prototype manuscrit qui reste encore à découvrir et qui trancherait 
peut-être la question entière. En attendant on en est encore réduit à 
des hypothèses plus ou moins rationnelles. Heinecken n'a pas à cet 
égard d'opinion déterminée. D'après La Serna Santander, les gravures, 
de même que l'impression, seraient dues à Veldener. Ottley attribue 
la gravure des meilleures vignettes au même maître hollandais à 
qui l'on doit la Bible des Pauvres et le Cantique des CantiqtceSj 
graveur qui aurait travaillé vers 1440; il donne celles d'un mé- 
rite inférieur à un de ses élèves, et à un troisième les planches 
exécutées dans une manière toute différente. D'autres iconographes, 
entre autres Sotheby, sont de cet avis. En 1855, une opinion en partie 
nouvelle a été émise par E. Harzen dans un travail ingénieux sur l'âge 
et l'origine des premières éditions du Speculum\ Prenant pour point 
de départ l'édition de Veldener de 1483, faite avec les planches qui 
avaient servi pour les éditions anonymes antérieures avec l'addition des 
douze planches nouvelles, Harzen conclut, de la concordance en forme 
et en exécution de ces douze planches avec les autres, et aussi de leur 
analogie avec celles du Fasciculus temporum et de VHistoria sanctœ 
cruciSy publiés par Veldener, que ce dernier était aussi le graveur du 
Spéculum^ dont les différentes éditions auraient paru de 1460 à 1470. 
M. Ch. Ruelens* trouve que cette conjecture « satisfait à toutes les 
conditions». «M. Harzen, dit-il, fait très bien remarquer la grande 
analogie de style qu'il y a entre les planches des diverses productions 
de Veldener ; et comme celui- ci se proclame lui-même graveur, il en 
conclut très légitimement que cet artiste a créé des œuvres, et que 
parmi ses œuvres peuvent se trouver le Spéculum^ la Biblia pav/pe- 
rvm^ etc. Il n'y a là rien d'extraordinaire, rien que de bien simple ». 
Or, la question n'a pas paru aussi simple à tout le monde. Des criti- 
ques compétents, tout en admettant une certaine parenté entre le 
travail de gravure de la Bible des Pauvres^ celui du Cantique des Canr 



i, Veb&r Alier und Unsprung der frûhesten Ausgaben der Heiispiegels oder des Spéculum 
kumanœ salvationis (dans ÏArchiv fur die zeichnenden Kûnste^ publié par R. Naumann; Leip- 
zig, 1854, n* \). 

?. Sur le Spéculum (dans le BulUHn du bibliophile belge, 1855, p. 165-186). 



244 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

tiques et celui du Spéculum^ soutiennent que ces suites n*ont été ni 
dessinées ni gravées par la même main; tout au plus accordent-ils 
qu'elles ont pu sortir d'un même atelier, ou mieux qu'elles appartien- 
nent à une même école. D'un autre côté, on rejette l'opinion de Harzen 
au sujet de l'analogie de travail du Spéculum avec les ouvrages de 
Veldener que nous avons déjà cités, et Ton va même jusqu'à affirmer 
que le premier n'a pas le moindre rapport avec les autres. La solution 
ne paraît donc pas pouvoir être trouvée dans cette voie. 

En ce qui concerne l'exécution de la partie typographique des 
premières éditions àxi Spéculum^ Harzen émet l'opinion qu'elle doit être 
attribuée à l'une des nombreuses congrégations des Frères de la vie 
commune, qui furent les premiers dans les Pays-Bas à se servir de la 
découverte de l'imprimerie pour éditer une quantité de livres servant 
à l'instruction et à la moralisation du peuple, et qui n'avaient pas 
l'habitude de souscrire leurs publications. Il n'y a à cela assurément 
aucune impossibilité, et cette hypothèse est peut-être plus proche de la 
vérité que toute autre; mais alors, pour tout concilier, il faudrait 
attribuer à cette vaillante communauté l'invention et la mise en œuvre 
d'un procédé typographique imparfait avant Gutenberg. Harzen va 
même plus loin, et porte l'impression des premières éditions du 
Spéculum à l'avoir des Frères de la vie commune du prieuré de 
Saint-Martin, àLouvain, qui en effet eut une imprimerie, mais dont les 
productions sont inconnues^ et il a choisi de préférence cette 
communauté parce que c'est aussi à Louvain que Veldener fonda 
son premier établissement typographique. M.^Ch. Ruelens a relevé 
dans cette démonstration une erreur de date, et la différence étant 
de trente années, le système entier s'en ressentit. Malgré cela. Pas- 
savant (t. I, p. H4-115) y adhère entièrement, mais sa conviction 
n'était pas inébranlable, car il déclara ensuite (p. 365) « qu'il est 
également vraisemblable que l'œuvre xylographique en question (le 
Spéculum) est réellement sorti du même cloître (de Groenendael) ». 
Renouvier* s'inscrivit contre toutes ces hypothèses. « L'intervention, 
dit-il, des Frères de la vie commune, imaginée par M. Harzen, ne nous 
paraît pas plus admissible. Ce ne sont pas les moines seulement qui, 

1. Histoire de l* origine et des progrès delà gravure, p. 91-92. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 245 

au moyen âge, ont été des artistes sans amour-propre et sans 
notoriété. Ils prirent, il est vrai, quelque part à l'imagerie et à 
rimprimerie, mais cette part est minime en comparaison de celle 
des corporations civiles. Veldener n'était pas un clerc du prieuré à 
Louvain, mais, en sa qualité d'imprimeur, le suppôt de l'université, 

admis dans ses registres en 1473 Le Spéculum est l'ouvrage d'un 

de ces printers qui florissaient dans les villes flamandes et hollan- 
daises des États de Bourgogne avant la découverte de l'imprimerie. 
Ce printer d'images et de planches xylographiques paraît s'être 
associé pour cette publication à un compagnon, possesseur inexpéri- 
menté de caractères mobiles et d'une encre noire et grasse. Ce 
compagnon ne s'étant pas fait connaître dans les annales de 
l'imprimerie, qui restent muettes pour la période comprise entre les 
années 1440 et 1473, on en a conclu, d'une part, qu'il travailla avant 
cette époque, et à Harlem; de l'autre, qu'il est postérieur et venu 
d'Allemagne : il suffit de croire que la somme de faits inconnus dans 
l'histoire de l'art dépasse celle des faits connus pour repousser cette 
alternative. Logiquement, la composition du Spéculum se place 
précisément dans l'époque intermédiaire, qui est la plus remplie 
d'essais et d'eflForts disséminés, infructueux et inconnus, ayant pour 
objet llmpression. Les bibliographes hollandais, qui se piquent de 
quelque critique, conviennent qu'ils ne donnent le Spéculum à 
Harlem et à Coster que parce qu'on n'a pas établi que l'impression 
ait été faite ailleurs et par un autre. Cet autre inconnu doit pourtant 
être réservé et maintenu par l'histoire tant que le droit de Coster 
n'aura pas été prouvé par des documents certains. » Cette conclusion 
nous semble pleine de sagesse, tant qu'on nage dans l'océan 
d'hypothèses. 

Il nous reste encore à examiner les opinions des iconographes au 
sujet de la paternité des dessins des planches du Spéculum (si 
toutefois le dessinateur ne fait pas un avec le graveur) et de leur 
valeur artistique par rapport aux autres xylographies célèbres. On 
s'est d'abord contenté d'une attribution générale à un artiste anonyme 
de l'école de Van Eyck, à quelque contemporain de Roger Van der 
Weyden, dit de Bruges, et de Memling. Harzen le premier a cherché à 



246 LIVRES XYL06RÂPHIQUES 

le nommer. « On s'arrête volontiers, dit-il, dans les rapprochements, 
à Thierry Stuerbout, qui travaillait à Louvain en 1462, et y avait, en 

1468, le titre de peintre de la ville Par suite de sa mort (1476), et 

dans le cas où les bois du Spéculum seraient réellement de lui, il est 
possible que Veldener ait été appelé à terminer l'ouvrage commencé. 
Mais comme il y a une partie des planches de Veldener qui trahissent 
la main du maître de la Biblia pauperum^ il est à présumer qu'elles 
ont été laissées par ce dernier toutes préparées pour la gravure, » 
<( Il ne paraît pas douteux, ajoute-t-il, que le maître de la Biblia 
pav/perum et T. Stuerbout appartiennent tous deux à l'école de Roger 
de Bruges, dont les proportions grêles se retrouvent dans les deux 
tableaux de 1468 (qui se trouvaient dans la collection du roi de 

Hollande), comme dans les bois du Canticum Le rapprochement 

du temps, du lieu et du style rendent très probable Tidentité du maître 
de la Biblia^ du Spéculum^ etc., avec Stuerbout. » Nous devons noter 
ici que Waagen attribue les meilleurs dessins de la Bible des Pauvres 
à Roger Van der Weyden lui-même, dont il voit aussi l'influence 
incontestable dans les planches du Cantique des Cantiques. 

Passavant se range entièrement du côté de Harzen, mais Renouvier 
estime avec raison qu'il n'y a là de rapport possible qu'un rapproche- 
ment d'école. 

Passons maintenant à la valeur d'art de ces estampes. Heinecken et 
Zani leur trouvent une finesse d'exécution plus grande et un dessin 
plus sûr que dans celles de la Bible des Pauvres. Ottley, au contraire, 
les croit d'un mérite un peu moindre. Passavant n'établit aucun 
parallèle, tout en louant la beauté du dessin et la finesse de la gravure. 
Le jugement de Waagen a été reconnu très juste. « Les compositions, 
dit-il, sont bien comprises; les motifs, soit en mouvement, soit en 
repos, sont parfaits et souvent même gracieux; les proportions 
généralement bonnes, le dessin excellent ; les draperies, avec quelques 
plis aigus, sont bien entendues ; l'exécution en courtes hachures est 
simple mais délicate. » Le verdict de Renouvier est encore le plus 
motivé : « Leur style indique la même origine que la Bible des 
Pauvres et un talent un peu plus avancé. La composition en est plus 
simple et le travail plus sobre peut-être, mais le dessin est plus fin et 
plus habile dans ses extrémités et ses draperies, les formes plus 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 247 

élégantes et empreintes quelquefois d'une grâce marquée. Plus 
d'adresse et plus de sûreté de trait se montrent aussi dans la taille du 
bois. Le contour des figures est quelquefois si délicat qu'il rend l'effet 
de la plume la plus légère et la plus ferme dans ses tracés. Les costumes, 
plus simplement traités, appartiennent aux mêmes modes; les orne- 
ments des encadrements sont plus finis, les édifices mieux en- 
perspective, les terrains plus fleuris, mais avec des arbres toujours 
façonnés en if. Il y a aussi des détails d'un tracé ogival plus flam-^ 

boyant dans quelques parties, comme dans le trône de Salomon 

Toutes ces pièces pourraient être louées à divers titres, et quelques- 
unes sont de petits chefs-d'œuvre de composition, de dessin et de 
taille. Mieux encore que dans la Bible des Pauvres, il est facile d'y 
reconnaître un élève de Van Eyck, en tenant compte d'ailleurs de la 
distance voulue entre un peintre de première volée et un tire-page très 
modeste, mais libre dans ses allures. Ici encore on a voulu séparer 
l'art du dessinateur et celui du graveur en balançant l'habileté de l'un 
par l'impéritie de l'autre. Je crois qu'il faut y voir l'œuvre d'un seul 
artiste appartenant à la même école flamande que l'auteur primitif de 
la Bible des Pauvres, mais d'un moment un peu plus avancé et d'un talent 
plus subtil. Quelques pages témoignent, il est vrai, de la négligence et de 
l'inégalité; elles sont sans doute le fait des apprentis, inévitables dans 
des ouvrages de longue haleine. Parmi les plus négligées, on rencontre 
encore un esprit de composition qui sent le maître. » 

Nous trouvons qu'il n'y a rien à ajouter à ce jugement si bien 
déduit et exprimé avec tant de talent. Il résulte de tout cela que la 
plus belle et la plus pure des xylographies de la même école est 
encore le Cantique des Cantiques, dont le dessin a plus d'élégance et 
la gravure plus de vivacité et de finesse. 

AUTRES ÉDITIONS 

ÉDITION C HOLLANDAISE 

Spiegel onser Behoudenisse. Culembourg, Jean Veldener, 1483. 

C'est un petit in-quarto imprimé opistographiquement avec des 
caractères de fonte. On s'est servi d'une encre noire pour le texte et les 
figures. Celles-ci sont les mêmes que celles des éditions précédentes. 



248 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Veldener avait scié les planches par le milieu du pilier qui sépare 
chaque vignette pour pouvoir les adapter au format de son édition. 

Ce livre n'est pas à la Bibliothèque nationale. Guichard qui ne 
l'avait pas vu, s'en est rapporté à cet égard à l'opinion générale, 
malgré l'avis contraire émis par Dibdin^dans sa Bibliotheca Spence-- 
riana^ tome Vn, page 186. 

On connut deux sortes d'exemplaires de la publication de Jean 
Veldener. 

Les uns sont composés seulement de [vingt-neuf chapitres (cent 
vingt-deux feuillets), avec les cent seize figures des éditions* précé- 
dentes. On lit à la fin : 

De Spiegel onser befumdenisse van culenhurch by my Johan 
veldener In't iaer ons heren M.cccc. ende IxxoouL des saterdaghes 
post mathei apostoli. 

Le seul exemplaire connu de cette édition est conservé à la 
bibliothèque publique de Harlem. Il était complet du temps de 
Meerman, mais aujourd'hui il lui manque les feuillets 1, 4, 5, 6, H, 42, 
117 et 122. 

Les autres ont trente-deux chapitres (cent trente-quatre feuillets) 
et cent vingt-huit figures. Le recto du premier feuillet est blanc. Au 
verso, une gravure, ayant au-dessous la marque de l'imprimeur, 
accompagnée de ce titre : 

Dit i$ die prologhe va 

den spieghel (marque) onser behou 

denisse 

CVLEN BORCH 

Au recto du dernier feuillet, on lit ce colophon : 

Dit boeck is volnmect in die goede stede van CuUnburch bij 
mij iohan veldener Int iaer ons her en \\ M.CCCC. ende lœxxiij. des 
saterdaghes post ma II tfiei apostoli. On a ajouté les chapitres XXV, 
XXVIII et XXIX des manuscrits du Spéculum. Les douze nouvelles 
figures sont inférieures aux anciennes, mais dans le même goût. 

Guichard et d'autres pensent qu'elles ont pu être gravées par 
Veldener lui-même, qui était à la fois imprimeur etTsirtiste. Heinecken 
au contraire prétend que c'étaient des vignettes que le premier impri- 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 249 

meur n^avait pas employées, que Veldener avait retrouvées, et qu'il 
scia également en deux. Il ajoute qu'il les a insérées au même endroit 
où on les voit dans les ^manuscrits anciens; quatre sujets sont après la 
quarante-neuvième vignette, savoir: 

1. Syimgoga derisit xpuïhesû. 

2. Micol derisit dauid viru suum. 

3. A bsalon suspensus lanceis perforatus. 

4. Euilmerodach corpus patris divisit. 

Les huit autres après la cinquante-deuxième : 

5. Quatuor destructiones infe^viorum. 

6. Angélus in fornace pueros visitavit. 

7. Daniel in laculeonismissus. 

8. Strutio pullum v'miculo liberavit. 

9. a^s dyaboIU hoste superavit. 

10. Bananias leonem in cistema occidit, 

11. Sampson leonetn dilaceravit. 

12. Ayoth Eglon régis perforavit. 

Les exemplaires de cette édition sont très rares. Il s'en trouve un 
à la bibliothèque de La Haye. Lord Spencer en possède un, incomplet 
de la signature 0. L'exemplaire d'Enschedé, vu par Heinecken, a été 
acheté en 1867 par M. Didot. 

ÉDITION LATINO-ALLEMANDE* 

[Spéculum humanœ salvationis latino-germanicum cum Speculo 
Sanctœ Mariœ editum.) In-folio. 

Ce livre se compose de deux cent soixante-neuf feuillets imprimés 
opistographiquement avec des caractères de fonte. On y trouve : 
1** les quarante - cinq chapitres du Spéculum en langue latine 
avec cent quatre-vingt-douze figures, qui paraissent reproduites 

i. Poar compléter le chapitre des éditions latines^ noas mentlonneroas pour mémoire deux édi- 
tions citées par Guichard (p. 46}. 

L'une d'elles : Spéculum humanx salvationis (Paris^ Jehan Petit, 1498^ in4<») n'est connue que 
par une rapide mention d'Érasme Nyerup [Spicilegium àibliographicum; Havniœ, 1783) : elle 
appartenait alors au professeur A. Kallius. On ignore si elle a des gravures, mais c'est peu probable. 

L'autre: Spéculum salvationis humanœ modum ruine reparationisque genens humant corn- 



250 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

à rimitatioQ des anciens manuscrits; 2" une traduction du même 
ouvrage en allemand et en prose; y les trente-quatre chapitres du 
Spéculum sanctœ Mariœ, en langue latine, sans figures, ni traduction ; 
cette partie est l'œuvre de Jean Andréas, de Bologne, jurisconsulte 
(voir plus haut, p. 200). Les chapitres de ces différents ouvrages sont 
intercalés les uns dans les autres, et le tout est entremêlé de la 
traduction allemande. C'est un des livres les plus étranges que Ton 
puisse rencontrer. 

Les figurés n'ont aucun rapport avec celles des éditions précédentes ; 
quoique infiniment moins remarquables, elles ne déparent pas ce livre 
d'ailleurs très bien imprimé. Heinecken a donné des fac-similés des 
deux premières gravures, et Dibdin, de dix figures, d'après l'exem- 
plaire de lord Spencer. 

Sur le recto du premier feuillet, le prologue du Spéculum sanctœ 
Mariœ commence ainsi : 



« 



idpit ptaernium Xxhd fequoitts 
cieEis natone galus^Dfltdo pfpiter^tnti 

mllsr.ClecD <» racdst^stniDus edînecans 



Le recto du huitième feuillet finit par Amen. 

La première gravure : Chute de Lucifer y est placée au verso du 
feuillet 9, et il y a un très grand ornement sur la marge à gauche. La 
dernière est au verso du deux-cent-soixantième feuillet. Toutes les 
gravures sont accompagnées du texte latin. Dans le haut de la planche^ 
le titre est en latin, mais au dessous se trouve l'explication en allemand. 

pleciens cunctù vérin dei seminaioribus per quant utile ac necetsarium (Paris, M. Durand Gerlier, 
1498^ in-8o) a été signalée par Panzer (t. Il, n* 478). Bolongaro-Cre?enna en arait un exemplaire, 
mais il n'a jamais été conyeoablement décrit^ de sorte qu'on ne sait pas s'il a quelque rapport avec 
notre Spéculum ou non. 

Il y a encore deux éditions latines de Paris, J. Seurre, 1498 et 1503, în-8. Nous aYona vu un 
exemplaire de cette dernière. C'est un petit in-8, gothique, à deux colonnes, de 36 feuillets chiffrés 
et 4 Teuillets non chiffrés. Le titre est identique avec celui de l'édition de Durand Gerlier, 1498, 
ci-dessus. La suscription porte que le volume a été imprimé par Jean Seurre aux frais de Durand 
Gerlier et de François RegnauU. Cutte édition n'offre que le texte du Spéculum xylographique, et les 
trois éditions précédentes que nous venons de citer doivent être identiques avec elle. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 251 

Au commencement des huit derniers feuillets, qui contiennent une 
double préface et une double dédicace, on lit : 

(TAltus libc Saluatonisbumatumelxîciis 
ptiKis libn macenâ mdœ ac ^(enotofe tcadatS 

CrCompenDiu btimane falnatpms nuncupatS^ 

3rncipic 

iDoc opos Incbdo p notnie ;cpe oio. 

C'est l'annonce d'un abrégé du Spéculum j également en prose 
rimée, dû à la plume du frère Jean, éditeur de ce volume. 

La préface finit à la troisième ligne du deuxième feuillet, puis vient :. 
Prologus iu Compendiû huane saluatZnis, L'abrégé commence vers 
la fin de ce deuxième feuillet et se termine au verso du huitième 
qui est le deux-cent-soixante-neuvième et dernier. Les chapitres ne 
sont qu'au nombre de quarante-trois, mais ce dernier comprend aussi 
les chapitres quarante-quatre et quarante-cinq. Tout à la fin : 

([6^phat bnitianeg; falutis lumnla plane 
a mefcatie JM>aant tui patec n^inis aime 
l7ic biieîàe puto quafi mimmo monacbot 

On ne trouve dans ce livre ni chiffres, ni signatures, ni réclames ; 
il est imprimé avec des caractères gothiques, à longues lignes, au 
nombre de trente-cinq sur les pages entières. 

Cette édition, sans date, où l'on ne voit le nom d'aucune ville, ni 
d'imprimeur, a eu les honneurs de plusieurs attributions erronées. 

M. Paul Lacroix * la donne à Gutenberg, de nàême que tous les 
Spéculum anonymes, à cause du mot miroir employé dans le fameux 
procès de Strasbourg de 1439 (voir plus haut, p. 234). 

Heinecken cependant avait éclairci ce point d'une manière convain- 
cante : « Ce qui est sûr, dit-il, c'est qu'il a été imprimé à Augsbourg 
vers 1471 par Gunther Zeiner. Je le sais par les mémoires que le 
R. P. François Krisner, bibliothécaire de la Chartreuse à Bùxheim, a. 
bien voulu me communiquer. Gunther Zeiner était grand ami et 
bienfaiteur de ces chartreux, tellement qu'il fit présent à leur biblio- 

1. Moyen âge et Renaissance (en collaboration avec F. Seré), art. imprimerie. 



252 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

thèque de chaque livre imprimé par lui, y insérant ses armes et 
quelquefois sa signature. Le livre du Spéculum hwnanœ salvationis est 
de ce nombre : outre que les caractères y sont les mêmes que ceux de 
ses autres impressions. » 

Dibdin, cependant, ne s'est pas contenté de cette démonstration 
admise par tous les bibliographes. Après avoir remarqué que Gunther 
Zeiner et Jean Zeiner, son contemporain, imprimeur à Ulm, em- 
ployaient tous les deux des caractères semblables à ceux du volume 
dont nous nous occupons (voir le spécimen de ces deux caractères 
dans Sotheby, t. H, pi. xcm et xciv), il déclare qu'on ne saurait attri- 
buer rédition à l'un de ces typographes plutôt qu'à l'autre. Au- 
jourd'hui nous possédons à Tappui de la déclaration de Heinecken 
un document péremptoire, qui est le catalogue de vente des livres 
publiés par Gunther Zeiner, catalogue imprimé par lui-même et où 
notre volume figure sous ce titre : Spéculum humanœ salvationis^ 
alias beatœ Virginia, cum imaginum picturis ad id spectantibus^ 
latina et teutonica lingua impressum. 

Tout le reste, d'ailleurs, concorde avec cette preuve. Le frère 
Jean, éditeur de ce volume dédié par lui au père Jean (de Hohenstein), 
élu abbé du monastère de Saint-Ulric et de Sainte-Afra d'Augsbourg en 
1439, et mort en 1478, faisait lui-même partie de ce couvent, de l'ordre 
de Saint-Benoît. D'après les uns , ce serait Jean de Carinthie {de Camiola), 
selon d'autres, ce pourrait bien être Jean de Giltingen, qui devint 
lui-même abbé du même monastère en 1482. C'est à ce frère Jean 
également qu'on doit la traduction allemande de cette édition. 
Meerman est allé jusqu'à lui attribuer le texte original du Spéculum 
humanœ salvationis^ dont la rédaction cependant remonte sûrement 
au commencement du quatorzième siècle. 

Ce volume, qu'on rencontre fréquemment dans les bibliothèques 
d'Allemagne, se présente rarement dans les ventes. Vendu, 125 francs 
chezBearzi; 110 florins chez Butsch; 610 francs (relié en maroquin 
rouge), à la salle Silvestre en novembre 1857; 450 francs à la vente 
Libri en 1859; 1,950 francs (relié par Trautz-Bauzonnet) à la vente 
Yemeniz, en 1865; 1,000 francs chez Tross en 1872; 806 fr. 25 c. à la 
vente Weigelen 1872; 1,562 francs au catalogue de Cohn, de Berlin, 
n*» CLVII, en 1883. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 253 

On le trouve à Dotré Bibliothèque nationale, avec les feuillets neuf 
et dix placés par erreur en tête. 

Je possède un très bel exemplaire de ce livre rare. Un certaiu nombre de gra- 
vures y sont légèrement coloriées, les autres sont intactes. Il est relié en maroquin 
rouge par Petit. 

ÉDITIONS ALLEMANDES. 

A. — Spiegel menschlicher BehaUnisse. Baie, Bernard Richel, 
1476. Grand in-folio, de deux cent trente-cinq feuillets. 

Cette traduction allemande diffère des manuscrits et des éditions 
précédentes ; elle n'est pas la même non plus que celle qui est due aux 
presses de Gunther Zeiner. Elle est imprimée en caractères gothiques, 
à deux colonnes, sans chiffres, signatures, ni réclames. 

On y trouve : 1** les quarante-cinq chapitres du Spéculum; 2" les 
Quinze Signes qui précéderont le Jugement dernier, selon saint Jérôme ; 
3^ les prédications de l'Antéchrist; 4^ les épîtres et évangiles pour les 
dimanches et fêtes de l'année ; 5' diverses histoires et paraboles de 
l'ancien et du nouveau Testament; le tout en allemand et en prose. Il y 
a deux cent soixante-dix-huit figures sur bois, dont vingt et une 
constituent de doubles emplois ; elles sont inférieures à celles des 
éditions latines et hollandaises et même à celles de Gunther Zeiner, 
Elles sont l'ouvrage d'Un autre graveur. 

Haat. des figures, 125 millim. ; larg.^ 85. 

Les quatre premiers feuillets contiennent le prologue du traducteur 
et trois tables. 

Au verso du dernier feuillet : Deo gratids. 

On lit au-dessous, en lettres capitales : Getrocket dvrch Berrtrlhart 
Richel zv Basel do^an zalt von Cristus Gé^rt. M. CCCC. LXXVIy 
Vf sor^nt gilgen obent • 1 • 

Au bas la marque de l'imprimeur, tirée en rouge, avec les lettres B.R. 

Sotheby (t. Il, p. 187, pi. xciii et xcrv) a donné des fac-similés du 
texte et de trois gravures. 

L'auteuR de cette compilation est inconnu. 

Brunet sgoute que Hain ne compte que trois feuillets préliminaires, 
mais celui-ci a trouvé, dans l'exemplaire par lui décrit, trois autres 



254 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

feuillets à la fin du livre. Deux contiennent : Von eime hichtiger dos 
ewagelium schrilbet sanctus Lucas am yij capiteh et le troisième est 
pour le registre des cahiers. 

L'exemplaire de la Bibliothèque nationale est incomplet des deux 
premiers feuillets. 

Le cardinal de Loménie de Brienne possédait un ouvrage in-folio 
composé de trente-trois feuillets, imprimés des deux côtés et présen- 
tant une série de deux cent cinquante-sept gravures sur bois, dont les 
sujets étaient ceux du Spéculum humanœ salvationis. Les trente-deux 
premiers feuillets contenaient sur chaque page quatre figures, accom- 
pagnées d'un texte manuscrit, tantôt latin, tantôt allemand. Le P. Laire, 
qui a décrit ce volume (n** 4), a déclaré que ces gravures sur bois, 
« quoique plus grossières », étaient semblables à celles des éditions 
françaises du Spéculum données à Lyon par Mathieu [Husz , erreur qui 
a été répétée par Brunet. Sotheby a démontré, en effet (t. H, pp. 78-83 
et 187), que ces gravures sont les mêmes que celles de l'édition alle- 
mande ci-dessus, de Bâle, 1476, à l'exception des deux (dont il donne 
le fac-similé, p. 83), et que ce tirage à part, sans texte, est posté- 
rieur à l'édition originale. 

Dans le même volume se trouvait un manuscrit latin , orné de pein- 
tures, et consacré aux Histoires de la Bible, par Jean d'Udine. Ce 
n'était pas l'original, comme dit Laire, mais une copie de l'original daté 
de 1345. 

Ce volume, réputé unique, vendu 700 livres à la vente de Loménie 
de Brienne, passa en Angleterre où il devint la propriété du marquis 
de Blandford ( White Knight's Library), et plus tard celle de M. Perkins. 

B. — Dast ist der spiegel der menschen behaltnis mit den evange- 
lien und mit episteln nach der Zyt des jars. Grand in-folio. Sans lieu 
ni date. 

On y compte deux cent trente-cinq feuillets, à deux colonnes de 
quarante-neuf lignes. Le premier feuillet n'est pas chiffré, on trouve 
ensuite quatre feuillets de table et un pourrie titre. Il n'y a que deux 
cent vingt-huit feuillets chiffrés. Les caractères sont gothiques. On 
y compte deux cent soixante-dix-sept figures sur bois. «Elles sont, dit 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 255 

Guichard, de la grandeur d'une carte à jouer, et n'ont été employées 
dans aucune des éditions précédentes. » 

Sur le recto du dernier feuillet, colonne 2, on lit : Deo gratias. Au- 
dessous, on voit deux écussons suspendus à une branche; Tun 
représente un dragon ailé et l'autre un arbre accosté de deux étoiles ; 
ce sont les armes parlantes de Pierre Drach (dragon), premier impri- 
meur de Spire, qui exerça de 1477 à 1504. 

C'est la reproduction de l'édition de Bâle. Elle est imprimée avec 
les mêmes caractères que le Leonaf'di de Utino Sermones. . . Spire, 
Pierre Drach, 1479. On la croit publiée vers la même époque. 

Guichard ne donne que deux cent trente feuillets à cette édition. 

Elle est fort rare. La Bibliothèque nationale en possède un bel 
exemplaire. 

C. — Dit ist der spiegel menschlicher hehaltnus mit den Evange- 
lien und Epistelen durch daz ganz jar. Augsbourg, Pierre Berger, 
1489. In-folio. 

On y compte six feuillets préliminaires (Guichard dit huit), deux 
cent vingt-neuf feuillets chiffrés, à deux colonnes de quarante-cinq 
lignes, et deux cent soixante-quatorze figures gravées sur bois. 
Voici le colophon : Gedruckt in d^ heyserlichen stat Augspurg \\von 
Peter Berger Vnnd VoUendt an dem\\freitag nach Liechtmess des 
jares do man \\ zalt nach Cristi gepurt. M.CGGG.LXXXIX jar. 

G'est une reproduction de l'édition de Bâle de 1476. Heinecken ne l'a 
pas connue. 

L'exemplaire de Weigel, avec les planches coloriées et quelques 
piqûres de vers, a été vendu 345 francs. 

D. — Der Spiegel menschlicher behaltenisse. Reutlingen, Michel 
Greifen, 1492. In-folio. 

Deux cent vingt et un feuillets en caractères gothiques. On trouve 
dans ce livre les épîtres et les évangiles. Heinecken dit que les 
figures en bois sont gravées par un artiste différent. On lit à la 
fin : Hie endet sich d' spiegel miéschlicher behaltnv^z mit sampt de 
ewâgelien und episteln durch dz gantz iar, von den heiligen mit 
dem commun, Getrucht zu Reutlinge vo michel greifen vff dz new 
jar In de mxccc Ixxxadj. 



256 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

L'exemplaire de Weigel, piqué, mais avec les figures non coloriées, 
a été vendu 375 francs. 

E. — Der Spiegel menschlicher behaltnisse. Augsbourg, Jean 
Schoensperger, 1492. Petit in-folio. 

Deux cent quatre-vingt-huit feuillets chiffrés, un et six feuillets non 
chiffrés, à deux colonnes de quarante-deux lignes. On y trouve les 
épîtres et les évangiles, mais avec d'autres vignettes gravées sur bois. 
Le colophon est : Oedruckt in der Kaiserlichen Stat Augspurg von 
Hannsen Schonspergem vnd vollendet an den Freytag vor sant 
martelns tage des jares do man zalt nach Cristi gehurt mxccc.xcij 
jare. 

F. — Der Spiegel menschlicher hehaltnuss. Augsbourg, Jean 
Schoensperger, 1500. In-folio. 

C'est une réimpression de l'édition précédente. Elle ne compte 
plus que deux (non chiffrés) et deux cent quatre-vingts feuillets, à 
deux colonnes de quarante lignes. 

G. — Dos ist Spiegel der menschen hehaltnis mit den evangelien 
und episteln nach der zyt des iars. In-folio. Sans lieu ni date. 

Elle contient sept feuillets non chiffrés et deux cent vingt-six 
feuillets chiffrés, avec registres, sans signatures ni réclames. Les 
figures sont sur bois. Voir Panzer, Ebert et Hain pour cette édition 
inconnue à Heinecken. 

H. — Dos ist der Spiegel der menschen hehaltnis mit den ewanr 
gelien v/nd mit epistelen nach der zyt des iares. In-folio. Sans lieu 
ni date. 

Elle compte deux cent vingt-neuf feuillets chiffrés, imprimés à 
deux colonnes, avec figures sur bois. Décrite par Hain. Ebert pense 
que cette édition a été publiée dans les dix dernières années du 
quinzième siècle. 

I. — Hie vahet an ein spiegel menschlicher hehaltnuss in dem 
geoffhet wirt d'val des meschen un die mass des und'pringês. In-folio. 
Sans lieu ni date. 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 257 

Cette édition qu'on croit imprimée à Âugsbourg, par Antoine Sorg 
entre 1475 et 1498, n'a que cent trente feuillets non chiffrés, avec 
figures gravées sur bois; Elle est citée par Panzer et par Ebert. 

Antoine Sorg a donné en 1476 un volume de cent soixante feuillets, 
intitulé : Der menschenspiegely que M. Brunet croit être une traduction 
du Spéculum humanœ salvationis; c'est celle du Spéculum humanœ 
vitœ de Rodriguez de Zamora. Elle a des gravures. 

On connaît de ce livre une édition en bas-saxon. Elle contient 
quatre cent soixante feuillets in-folio, sans chiffres, signatures ni 
réclames, sans année, sans nom de ville ni d'imprimeur. Elle est 
conforme à l'édition de Bâle 1476 et à celles d'Augsbourg 1489 et 
Reutlingen 1492. On y compte cent trente-huit figures sur bois. C'est 
Erasme Nyerup qui a fait connaître ce livre. 

Nous ne croyons pas devoir citer les éditions postérieures à 
l'an 1500. 



ÉDITIONS FRANÇAISES. 

A. — L^ Mirouer de la rédemption de lumain lignage. Lyon, 1478. 
Grand in-folio. 

C'est la traduction de l'édition allemande de Bernard Richel, 
Bâle, 1476. 

Les feuillets sont au nombre de deux cent un, imprimés à deux 
colonnes de quarante-six lignes chacune, avec signatures, mais sans 
chiffres, réclames ni initiales. Les caractères sont semi-gothiques. On 
y compte deux cent cinquante-six figures gravées sur bois. Les trois 
premiers feuillets renferment: V le prologue du traducteur; 2° une 
table des matières par ordre alphabétique et non par chapitrés ; 3' une 
table des épîtres et des évangiles pour tous les dimanches de 
l'année ; 4* une table des épîtres et des évangiles pour les fêtes des 
saints et des saintes. 

I. 17 



258 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Le texte commence sur le recto du quatrième ieuillet coté Aij : 



Cy commence le mirouer de la redemp, 



Il finit à la deuxième colonne du septième feuillet recto, du 
cahier B, seconde signature, par ces mots : 

Cy finist le Hure du mirouer de la re 
demption de lumain lygnage transla 
te de latin en francoys selon lintend 
on de la saincte escripture veu et cor 
rige et trâslate par reuerM docteur 
en théologie Frère Iulyen des au 
gustins de Lyon, selon le sens de la Vre 
comme yl pourra apareystre a ceux 
qui dilygenment mectront paine a le 
lyre et bien entendre. Et a este impri 
me. Lan de lincamacion tire seigneur 
courront, mille, cccc. Ixxviij. le. aoxvi. 
iourdaouet. 



On trouve dans ce livre : 1** les quarante-deux premiers chapitres 
du Specultmi; 2^ les quinze signes qui précéderont le jugement 
dernier, selon saint Jérôme ; 3"* les prédications de l'Antéchrist ; 4** les 
épîtres et les évangiles pour les dimanches et fêtes de Tannée....; 
5"* diverses histoires ou paraboles tirées de l'ancien et du nouveau* 
Testament. Si Ton en croit Guichard, la traduction reproduit le texte 
allemand de 1476, sauf quelques légers changements; Brunet au 
contraire dit que c'est seulement une imitation. Quoi qu'il en soit, 
l'auteur français, qui s'appelait Julien Macho, a omis les huit derniers 
feuillets de l'édition allemande contenant les chapitres XLIII, XUVj 
XLV. 

On a employé les mêmes figures, mais la suppression des huit 
derniers feuillets a amené celle de vingt-deux figures qui se trouvent 
en plus dans l'édition allemande. 

La date de 1478 est la plus ancienne que l'on rencontre sur un 
livre français orné de figures sur bois. 

Van Praët a le premier fait connaître cette rare édition qui ne 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 259 

porte aucun nom d'imprimeur. Brunet, qui avait d'abord pensé qu'elle 
était due aux presses de Guillaume Leroy, est revenu ensuite à 
l'opinion de Guichard qui croit qu'elle peut avoir été publiée par 
Mathias Husz. Ce dernier, comme on le verra plus loin, imprima 
au moins sept fois la traduction française du Spéculum. 

La Bibliothèque nationale possède de cette édition un bel exemplaire 
aux armes de Condé. Un autre, incomplet du premier feuillet, a été 
vendu 130 francs, chez Le Prévost, en 1857. 



B. — Le Mirouer de la rédemption de lumain lignaige. Lyon, 1479. 
Grand in-folio. 

Il contient cent quatre-vingt-quinze feuillets, avec signatures, sans 
chiffres, initiales, ni réclames, et deux cent cinquante-six figures gra- 
vées sur bois; les caractères sont semi-gothiques. Les page s ont deux 
colonnes de quarante-sept à quarante-huit lignes chacune. Il y a trois 
feuillets préUminaires. Le texte commence sur le recto du feuillet 
4, Aj, colonne 1, et finit au verso du neuvième feuillet du cahier A., 
seconde signature, par ces lignes : 



Cy finist le liure du mirouer de la redep 
cion de lumain lignage translate de latin 
en francoys selon lintencion de la saincte 
escripture veu z corige z traslate par re 
uered docteur en theologye Frère iulyen 
des augustins d'Lyon. selon le sens de la 
Vre comme ylporra apareystre a ceux q' 
dUigemmen mectront paine a le lyre et 
bien entendre et a este imprime lan de lin 
camacion nostre seigneur courât. Mille, 
cccc, Ixxix. le xxviii. f'our daoust. 



Cette édition est copiée sur la précédente , et les figures sont les 
mêmes. Il n'y a aucun nom d'imprimeur, mais ce sont les caractères 
que l'on trouve dans les autres publications de Mathias Husz. Cet 
imprimeur s'est donc étabU à Lyon avant 1479 et non en 1483, comme 
on l'avait cru jusqu'alors. 



260 LIVRES XYLOGRAPHfQUES 

La Bibliothèque nationale possède un exemplaire de cette édition. 
Celui de Brienne-Laire n'a été vendu que 40 francs. 

C. — Le Mirousr de la rédemption de lumain lignage. Lyon, 1482. 
In-folio. 

Cette édition n'est pas moins rare que les précédentes ; elle est 
fmprimée à deux colonnes de quarante-six lignes. Il y a trois feuil- 
lets préliminaires non chiflfrés , pour la préface et la table ; ensuite 
deux cent un feuillets chiffrés, avec deux cent cinquante-sept figures 
sur bois. On n'y voit ni signatures^ ni réclames , ni initiales. 

Sur le recto du feuillet 4, colonne 1 : 

Cy commence le mir<mer de la redemp 
iiô. . . 

Au recto du dernier feuillet , colonne 2 , on lit : 

Cy finist le mirouer de laredemptiô 
de lumain lignage traslate de latin en fra 
coys selon lintencion de la saincte escrip 
ture veu corrigé z translate, . • . 
. . .et a este imprime la de grâce mil 
cccc. Ixxxiû le mi tour de may. 

Cette édition est pour le texte et les figures conforme aux pré- 
cédentes ; on y reconnaît toigours les caractères de Mathias Husz. 
Un exemplaire à la Bibliothèque nationale et un autre au British 
Muséum. Vendu 156 francs chez Scherer. 

D. — Le Miroir de la rédemption de lumain lignaige. Lyon, 
Mathias Husz, 1483. In-folio. Le format est un peu plus petit. 

Le livre commence par trois feuillets préliminaires non chiffrés. 
Suivent deux cent un feuillets chiffrés, avec signatures , sans ré- 
clames, imprimés à deux colonnes de quarante-six lignes chacune. 
Il y a deux cent cinquante-huit figures gravées sur bois. Les grandes 
lettres initiales sont exécutées de la même manière. 

Sur le recto du feuillet 3 , colonne 1 : 

Cy commence le mirouer de la redem 
pti^ de lumam lignage 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 261 

Au recto du dernier feuillet, colonne 2 : 

Cy finisi le miroer de la redèption de lu 
main lignaige translate de latin en fran 

coys et 

a este imprime p maistre mathis huz lan 
de grâce mil. cece, laxBXtH, 

Cette édition, conforme aux précédentes pour le texte et les 
figures, est à la Bibliothèque nationale. 

E. — Le Miroiter de la redempcion de lumain lignaige. Lyon, 
Mathias Husz, 1486. Petit in-folio- 
Édition fort rare. Elle compte cent soixante-neuf feuillets, suivis de 

trois ou quatre feuillets de table. Impression en caractères gothiques, 
à deux colonnes, de cinquante et une lignes. Figures sur bois. 

Au verso du cent soixante-neuvième feuillet on lit : Imprime a 
Lyon par maistre Mathieu Husz lan de grâce mil quatre cens 
quatre vingz six le œodj de mars. 

L'exemplaire Le Prévost était incomplet de la fin. 

F. — Le Mirouer de la redempcion de lumain lignaige. Lyon, 
1488. In-folio. 

Elle compte cent soixante-douze feuillets chiffrés à deux colonnes 
de cinquante lignes, avec signatures a-y mt, sans réclames ni ini- 
tiales ; les figures sont au nombre de deux cent cinquante-sept. 

Sur le recto du feuillet 2 , colonne 1 , on lit : 

Cy commence le mirouer de la redëpcion 
de lumain lignaige translate de latin en fran 
coys, .... 

Sur le verso du feuillet 169, colonne 2, cette souscription : 

Cy finist le mirow^r de la redempcion de lu 
main lignaige translate de latin en francoys. . . 

FA puys après corrige et mys 

p us au vray par reueret docteur en théologie 
frère Guillaume kmeniàd détordre des frères 
mineurs de lobservance. Lan mil. cccc. et 
lœxxviii. 



262 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Dans les trois derniers feuillets on trouve : 1* une table des 
matières par ordre alphabétique ; 2* une table des épîtres et des 
évangiles pour tous les dimanches de Tannée ; 3* une table des 

épîtres et évangiles pour les fêtes des saints et des saintes. 

Sur le recto du feuillet cent soixante-douze, colonne 2, cette sous- 
cription : 

Cy finisi la table de ce présent 
liure intitule le Mirouer de la 
redempcion humaine. 

Au bas de la page, se trouve la marque de Mathias Husz. Les 
figures et les caractères sont les mêmes que ceux de la précédente 
édition. 

La Bibliothèque nationale en possède un exemplaire incomplet de 
trois feuillets. 

G. — Le Miroir de la redempcion de lumain lignaige. Lyon, 
Mathieu Husz, 1493. In-folio. 

Cette édition a aussi cent soixante-douze feuillets chiffrés. 

Au bas de la deuxième colonne du feuillet cent soLsante- 
neuf : Cy finist le miroir de la redêpcion de lumain lignaige... 
inipHme a Lyon sur le rosne p maistre Mathieu Husz. Van 
mil cccc et xciij et lexij iour doctobre. Impression en carac- 
tères gothiques, à deux colonnes. Figures sur bois. 

Au verso du dernier feuillet, une des marques de Mathias Husz. 

H. — Miroir de la rédemption humaine^ transi, par F. Julien. 
Paris, 1493. In-folio. 

Les figures sont différentes. Un exemplaire est au British Muséum. 

I. — Le Miroir de la rédemption humaine. Paris, Jehan Petit. 
Sans date. Petit in-folio. 

Elle compte cent quatre-vingt-six feuQlets chiffrés et quatre feuil- 
lets non chiffrés pour la table des chapitres. Au recto du dernier 
feuillet chiffré, première colonne : 

Cy fine le miroir de la rédemption humaine imprima a paris par 
Nicolas desprez demourant deuant le petit huys sainct estienne des 
grès Pour iehan petit marchant libraire 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 263 

Cette édition, citée par Brunet, est de la fin du quinzième siècle ; 
même traduction que les précédentes. 

J. — Le Miroir de la rédemption humaine. Paris, Michel le Noir. 
Sans date. Petit in-folio. 

Brunet dit qu'elle est postérieure à Tannée 1505, elle a cent quatre- 
vingt-un feuillets chiflFrés, suivis de quatre autres non chiffrés qui 
contiennent la table. Impression en caractères gothiques, à deux 
colonnes. Au recto du feuillet cent quatre-vingt-un : Imprime a Paris 
pour Michel le noir, demourant en la rue sainct Jacques 

Les planches sont grossièrement gravées; elles ont servi pour 
rédition suivante. 

K. — Le Miroir de Vhvimaine rédemption . Paris, Philippe le Noir, 
1531. In-folio. 

C'est la traduction de Julien de Macho. Édition citée parDu Verdier. 

L. — Le Miroiter de la rédemption humuine. Sans lieu ni date. 
In-folio. 

Elle compte deux cent onze feuillets, avec chiffres et signatures, 
sans réclames, imprimés à deux colonnes de quarante et une lignes 
chacune. Caractères gothiques. Elle est ornée de deux cent trente et 
une figures sur bois, plus petites que celles des éditions de M. Husz, et 
d'un autre artiste. Sur le recto du premier feuillet, une figure en bois 
occupe toute la page. Sur le verso, colonne 1, on lit : 

(T) Ous cevlx qui enseigneront les 
homes a faire iusUce sertit respl 
dissans ainsi que les estoUles. . . 

L'ouvrage finit au verso du dernier feuillet , colonne 2 : 

Si voient noz crois qui ne voient pas nos 
o^gtures. Et celui q'aura ces choses en soy 
sera temple de dieu . . . Amen. 

Van Praët croit que cette édition a été publiée à Paris, par Verard, 
vers 1500. La Bibliothèque nationale en possède un exemplaire sur 
vélin. 



1 



264 LIVRES XYL0GRÂPH1QUES 

M. — Le Miroir de la rédemption humaine. Paris, Antoine Verard, 
Sans date. In-folio. 

Le livre se compose de deux cent vingt et un feuillets chiffrés et de 
quatre feuillets non chiffrés imprimés sur deux colonnes de quarante 
et une lignes chacuoe, avec signatures. Les caractères sont gothiques; 
on compte deux cent cinquante- deux figures gravées sur bois. Les 
planches qui avaient servi pour la précédente édition ont été employées 
pour la plus grande partie des figures que l'on voit dans celles-ci. 

Sur le recto du feuillet 1 : 

LE mirou* de la rédemption humaine. 
Imprime a paris. 

Au feuillet 221 et dernier, verso, colonne 1, on lit : 

Cy fine le miroir de la rédemption 
htanaine imprime a paris fiour anthoi- 
ne verard marchant et libraire demou- 
rant en la rue Saint Jaques, près petit 
p<mt a lenseigne saint iehan levangeli 
ste ou au pcUays au premier pilHer de 
vont la chapeUe ou len ckàte la messe 
de mes seigneurs les presidens. 

La table des matières se trouve dans les quatre derniers feuillets. 
Un exemplaire est à la Bibliothèque nationale. Van Praët pense que 
l'exemplaire sur vélin que l'on voit au British Muséum appartient à 
cette même édition. 



NOTICE SOMMAIRE 



SUR 



LES AUTRES LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



U ne nous paraît pas indispensable d'entrer dans tous les détails au 
sujet des autres xylographies^ qui sont de moindre importance et dont 
un bon nombre ne sont connues qu'à l'état d'exemplaires uniques. 
Nous nous bornerons donc, dans le catalogue qui va suivre, et où sont 
réunis pour la première fois tous les livres xylographiques connus, 
aux renseignements nécessaires et qui suffiront amplement. 

ÉCOLES DES PAYS-BAS 

HISTOIRE DE LA SAINTE CROIX 

{Geschiedenis van het heylighe cruys.) 

On ne connaît qu'une feuille (signature g) d'une édition xylogra- 
phique de cet ouvrage. Cette feuille, imprimée d'un seul côté, est 
divisée en six compartiments contenant autant de gravures, accom- 
pagnées de légendes en latin. Elle faisait partie de la collection T. 0, 
Weigel, et a été vendue 225 francs. 

« L'impression, dit Passavant (t. !•', p. 501), en encre pâle, 
très peu réussie, ne parait être qu'une épreuve, et la planche a 
glissé, ce qui rend le texte à peine lisible. A en juger par le style de la 
composition, cette gravure sur bois, assez fine, semble appartenir au 
bas Rhin et peut être placée vers l'an 1460. Le filigrane montre une 
Ancre simple terminée par une baguette. » 

Il existe de ce livre une édition avec texte hollandais, imprimée à 
Culembourg, par J. Veldener, en 1483. Elle compte trente-trois feuillets 



266 



LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



opistographiques, comprenant soixante-quatre gravures avec quatre 
lignes de texte rimé sous chacune. Le texte explicatif et la souscription 
sont en caractères mobiles. Cette édition aurait été formée avec les 
planches sciées d'une édition latine originale in-foUo , dont aucun 
exemplaire n'a encore été découvert. Elle est d'une extrême rareté, car 
on n'en a signalé jusqu'à présent que quatre exemplaires : celui de 
lord Spencer (Dibdin en a donné sept fac-similés) ; celui de la biblio- 
thèque de Bruxelles, celui de la bibliothèque royale de La Haye et celui 
de M. A. D. Schinkel, de La Haye, qui a passé en Angleterre. Elle a été 
entièrement reproduite parles soins de M. Ph. Berjeau (Londres, 1863; 
in-4»). 

ALPHABET EN FIGURES DE 1464 

Cette œuvre xylographique offre une importance exceptionneUe en 
raison de sa date et de sa valeur d'art. Elle ne fut connue que dans le 
premier quart de ce siècle par l'exemplaire mutilé qui fut offert au Mu- 
sée britannique par sir Georges Beaumont. Cet exemplaire se présente 
sous forme d'un petit volume où chaque lettre forme un feuillet séparé. 
Les lettres S et r manquent, de sorte que les initiales sont réduites à 
vingt et une. Les lettres A e\U (bu V) sont à l'état de fragments. Le 
dernier feuillet offre un rinceau de fleurs. 

Postérieurement, le professeur Hassler a découvert, à la biblio- 
thèque de Bâle, un second exemplaire de cet alphabet, cette fois-ci 
parfaitement complet et tiré sur deux feuilles où les lettres sont 
ainsi disposées : 



/^B C 


D <3 F 


a h f 


K LJn 


R P 


Q R^ 


Z V /. 


y 5. ^ 



Cet exemplaire a révélé la date de son exécution : mcrcdrittj, qui 
figure à la lettre A, mutilée dans celui de Londres. 

Cet alphabet est exclusivement composé de figures humaines , en 



•• NOTICE SOMMAIKE 267 

costumes variés et en positions grotesques. Chaque lettre est entourée 
d'un triple filet formant cadre. Le tirage est aufrotton, à l'encre brune. 
Voilà la description sommaire des sujets représentés dans les initiales : 

A. Deux vieillards se joignant par-dessus la tête en tendant la main 
sur une baguette et tenant de Tautre un rouleau où est la date, en ca- 
ractères très petits ; 

B. Composée de cinq figures, dont l'une joue de la flûte et du tam- 
bourin ; un autre, le ventre nu et la tête pendante, tient une tête mons- 
trueuse ; 

C. Une figure (Samson?) déchirant la gueule d'un lion, et deux 
têtes cornues ; 

D. Un cavalier, et un homme sur la tête d'un lion ; 

E. Un homme debout derrière un autre qui est courbé ; 

F. Deux ménestrels ; 

(?. Un jouvenceau tenant la tête d'un lion et un ménestrel ; 

H. Un homme déchirant la gueule à un cheval marin ; 

/. Un homme caressant une femme en la prenant à la taille et au 
menton ; . \ 

K. Un jeune homme agenouillé devant une femme qui tient une 
banderole avec ce rébus : mon 9 {cœur) avés; 

L. Un homme debout piétinant un homme couché et le perçant de 
son épée ; 

M. Trois figures montées sur des animaux fantastiques ; 

N. Un vieillard combattant au poignard contre un centaure à tête 
de sanglier ; 

0. Quatre têtes grimaçantes jointes par la barbe ; 

P. Deux figures combattant à la massue ; . 

3. Deux lions et un mascaron barbu ; 

R. Un vieillard debout près d'un lion est attaqué par un jeune homme; 
en bas^ un homme encapuchonné ; 

S, Un dragon vomissant une tête humaine ; 

T. Accolade de deux clercs, dont l'un porte un dragon au-dessus de 
sa tête, et l'autre, blotti derrière un animal, tient un panier; 

V. Deux Auteurs n'ayant chacun qu'une jambe ; 

X. Une femme, deux hommes portant une cloche, et un jouvenceau 
bizarrement accoutré ; 



268 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Y. Un homme assis sur un animal dont il perce la tête de son glaive; 
à gauche, un jeune homme portant un monstre ailé sur ses épaules; 
Z. Un enfant, un second enfant est étendu à ses pieds. 

La paternité de cet alphabet a été diversement jugée. M. Douce, qui 
l'avait vu en 1819, le croyait gravé à Harlem, dans l'atelier de Coster 
Ottley, dans le catalogue manuscrit de la collection d'estampes du Mu- 
sée britannique, lui assigna pour date le milieu du quinzième siècle et 
pour auteur un artiste hollandais ou flamand. Chatto, qui le premier l'a 
décrit avec soin, se range bien à l'opinion d'Ottley quanta la date, mais 
non en ce qui concerne l'opinion de l'œuvre. Le style du dessin et les 
mots français écrits sur la banderole de la lettre K le portent à croire que 
le dessinateur était Français. L. de Laborde^ n'hésite pas à l'attribuer à 
l'auteur de la première édition de la Bible des pauvres. Passavant 
l'admet comme néerlandais, et Renouvier y reconnaît l'ouvrage le plus 
original du majftre le plus avancé parmi les printers des Pays-Bas. La 
question peut encore être circonscrite davantage, attendu que le style 
du dessin, les costumes et surtout les mois français de la lettre X attes- 
testent suffisamment l'origine bourguignonne. Quant à la date, depuis 
la découverte de l'exemplaire de Bâle, il n'y a plus matière à discus- 
sion. 

C'est une œuvre d'art d'une grande originalité et d'une parfaite dis- 
tinction de style. « Avec ses traits menés carrément, dit Renouvier, et 
quelques hachures courtes et parallèles, le dessinateur montre, dans 
les attitudes singulières auxquelles Toblige la forme des lettres, une 
grande hardiesse de main, des extrémités correctes, des draperies bien 
jetées et des têtes spirituelles. Ses expressions, bien que comiques, ne 
dégénèrent point en charge; la disproportion forcée de plusieurs 
figures est encore sauvée par l'adresse des agencements. Dans les 
données de la taille de bois rudimentaire et de l'impression en détrempe 
où se tiennent les graveurs de la Bible des pauvres^ du Miroir [Specu- 
hirn) et du Cantique des cantiques, le graveur de V Alphabet atteint leur 
plus grande force et appartient à leur meilleur temps ou à leur école la 
plus distinguée. » 

1. Débuts de timprimerie à Mayence et à Bûmberg^ p. 19, note 94. 



NOTICE SOMMAIRE 269 

Jackson a gravé, pour l'ouvrage de Chatto*, trois lettres de cet 
alphabet : K^ L, Z, et rornement final. Ces planches ont été repro- 
duites par L. de Laborde. Sotheby (t. I", p. 122-124) a donné en 
fac-similés les initiales Kq\L. 

L'alphabet entier a été copié au burin par le graveur allemand qu'on 
désigne sous le nom de Maître de 1464ou aux banderoles, mais dans 
des dimensions un peu plus grandes. On ne connaît de cette copie 
qu'un seul exemplaire^ imprimé sur trois feuilles, dont les deux pre- 
mières sont au Cabinet de Dresde, et la troisième, incomplète, dans la 
Bibliothèque de Vienne. Les sept dernières lettres sont aussi à la Bi- 
bliothèque de Munich. Passavant, qui a décrit cette suite (t. II, 
p. 28-30), s'exprime ainsi : « Il serait très difficile de décider 
quel est l'original, c'est-à-dire la plus ancienne de ces deux 
séries, mais il serait naturel de croire, si l'on réfléchit au talent plein 
de fantaisie du Maître de 1464, qu'il ait été l'inventeur de ces compo- 
sitions qui ont été ensuite reproduites par le graveur sur bois. » Renou- 
vier, qui n'hésite à voir dans l'œuvre allemande qu'une copie, déclare 
que « le dessin en est tout grimaçant, l'exécution plus barbare ». Pour 
réfuter, d'ailleurs , Fopinion de Passavant, il suffit de réfléchir qu'un 
maître allemand n'aurait pas mis, sur une œuvre originale, une inscrip- 
tion en français, comme celle de la lettre K. 



LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX 

[Korte meditatien over de zeven hoofzonden.) 

Petit in-octavo, de huit feuillets imprimés des deux côtés, sans titre 
ni aucune indication de lieu, d'année, d'imprimeur ni d'auteur. La pre- 
mière page offre une gravure représentant un prêtre exhortant un 
laïque ; ce sujet est entouré d'une bordure à sept compartiments repro- 
duisant des scènes de la Passion. Au verso du même feuillet, ainsi 
qu'aux six feuillets suivants, on voit une figure allégorique tirée de la 
Passion, et occupant les deux tiers de la page. Au-dessous, deux vers 
hollandais, renfermant une courte prière pour être mis à l'abri d'un des 
péchés mortels. Plus bas, une femme priant à genoux. En regard de 

1 . A TreaHse en wood engraving, p. 131. 



270 LIVRES XYLOGRAPHIQOES 

chacune de ces pages, et par conséquent, aux rectos des feuillets 2 à 8, 
on lit une méditation adressée à la sainte Vierge, en rapport avec 
le sujet. 

La gravure qui couvre la dernière page représente le pape célébrant 
la messe et donnant l'absolution de tous les péchés. 

Le seul exemplaire connu de ce volume a appartenu au célèbre 
bibhographe J. Koning, et il est aigourd'hui à la Bibliothèque de la 
ville de Harlem. 

Koning, qui met ce livre à l'actif de Laurent Coster, dit que la pre- 
mière estampe est dans le goût de ceUes de la Bible des pauvres , les 
autres dans le goût de celles du Spéculum humanœ salvattonis, et que 
les figures des femmes agenouillées offrent beaucoup d'analogie avec 
les planches du Cantique des cantiques. 

Les caractères du texte sont gothiques, et le volume paraît avoir été 
exécuté dans la seconde moitié du quinzième siècle. 

Nous n'en connaissons aucun fac-similé. 

M. T. 0. Weigel possédait un manuscrit allemand, orné de quatorze 
dessins coloriés attribués à un artiste d^Ulm, et offrant des sujets sem- 
blables. Il datait de 1470 environ. 

VIE ET PASSION DE JÉSUS-GHRIST 

Petit in-quarto, de trente-deux feuillets, imprimés au frotton, d'un 
seul côté, et offrant une image accompagnée de quinze vers en bas- 
allemand ou en hollandais, en caractères gothiques. 

Heinecken fut le premier à décrire ce livre (p. 429-430) d'après 
un exemplaire appartenant alors à la bibliothèque de l'Université d'Alt- 
dorff. Il a donné le fac-similé de la première page, en ajoutant que 
« ces images sont faites dans le même goût que les sigets qu'on voit 
au milieu des planches dans la Bible des pauvres » » 

Voici les sujets des gravures : 1. Adam et Eve dans le Paradis ter- 
restre ; — 2. Adam et Eve chassés du Paradis ; — 3. L'Annonciation à 
la Vierge ; — 4. La Circoncision ; — 5. L'Adoration des Mages ; — 
6. La Purification; —7. La Fuite en Egypte ; — 8. L'Entrée à Jérusalem ; 
— 9. La Gène ; — 10. Le Lavement des pieds ; — 11. Le Christ au jardin 



NOTICE SOMMAmE 271 

des Oliviers ; —12. Le Christ insulté au prétoire ; — 13. La Flagellation; 

— 14. Le Couronnement d'épines; — 15. L'Ecce homo ; — 16. Le Christ 
devant Pilate ; — 17. Le Portement de croix; — 18. Le Crucifiement ; 

— 19. La Descente de croix; — 20. La Mise au tombeau ; — 21. Jésus 
aux limbes ; — 22. La Résurrection ; — 23. Les Trois Marie au sé- 
pulcre ; — 24. Jésus en jardinier ; — 25. L'Incrédulité de saint Thomas; 

— 26. Les Disciples d'Emmaiis ; — 27. L'Ascension ; — 28. La Des- 
cente du saint Esprit ; — 29. La Mort, avec un rouleau portant : Me- 
mini fco qui vivit in diV ; — 30. Le Jugement dernier ; — 31. L'Enfer; 

— 32. La Demeure des élus. 

Sotheby a découvert (t. P', p. 120 f à 120 g, et 193 et suiv. 
que tous ses bois (sauf les numéros 29, 31 et 32) ont passé en- 
suite dans une édition hollandaise de la vie de Jésus {Thœck vanden 
leven ons heeren Jhesu Chri$ti\ imprimée à Anvers, par G. Leeu, en 
1487. Il en a donné plusieurs fac-similés. 

Cette xylographie ne paraît avoir aucun rapport avec une autre Pas- 
sion xylographique en seize si\jets, dont il sera question plus loin, à 
l'École allemande. 



ECOLE ALLEMANDE 



ARS MEMORANDI 



Ce livre de mnémonique pour apprendre le texte de quatre évangiles 
a été considéré par Schelhorn, Dibdin et Chatto comme Pune des plus 
anciennes productions de la xylographie. Il est composé de quinze 
feuilles, ou trente feuillets, dont quinze pages d'images et quinze de 
texte, imprimés d^un seul côté, au frotton, à la détrempe. Chaque page 
de texte porte une signature au bas {a-p). Les gravures représentent 
exclusivement les quatre figures symboliques des évangélistes, cou- 
verts de sujets emblématiques distingués par des numéros et destinés 
à rappeler les principaux passages de chaque évangile. 

On en connaît deux éditions, faciles à distinguer. 

PREMIÈRE ÉDITION. — La première page a vingt et une lignes de 
texte. Le début est ainsi disposé :{A)rs memorandi notabUis y II figur 
ras ewangelistaru hic II ex post desc'ptam quam dili II gens lector 



n 



272 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

diligenter légat W A la ligne 17, on lit : toile grabatum tuum. 

et ambuta. 

Les exemplaires de cette édition sont assez nombreux. Celui de 
Renouard, colorié en partie, a été payé 2,750 francs. La Bibliothèque 
nationale en possède un, colorié. 

Sotheby (t. II, p. 1-9) a donné en fac-similé la première page 
de texte et la première gravure, d'après l'exemplaire de lord Spencer. 
M. Pilinski a reproduit intégralement cette édition. 

SECONDE ÉDITION. — Lc tcxtc cst partout en caractères plus gros et 
disposé diflféremment. La première page en offre vingt-deux lignes. Le 
début est : {A)rs memorandi notabilis p II figuras ewangelistaTf hic 

ex II post descriptam g? diligens II lector diligenter légat A la 

ligne 18^ on lit : toile grabatû tuum tuum (sic, pour ^^ce^m) et vade. 

Les dessins de cette édition sont copiés sur ceux de la précédente. 

L'encre est plus foncée. 

On en connaît un certain nombre d'exemplaires, dont un, colorié, 
est à la Bibliothèque nationale. Sotheby a donné en fac-similé la 
première et la dernière page de texte, ainsi que la première et 
la dernière gravure. 

« La gravure sur bois, assez rude, dit Passavant (t. I*% 
p. 48), a déjà quelques indications d'ombre, et les plis des draperies 
sont à cassures angulaires, ce qui semblerait ne lui pouvoir faire 
assigner une plus grande ancienneté que celle de la moitié du 
quinzième siècle. » 

« En n'examinant que quelques figures humaines, dit Renouvier, on 
y trouve une certaine adresse à rendre la tête, le geste, et même l'ex- 
pression, en peu de traits, qui sont le fait d'un artiste. La gravure est 
d'ailleurs élémentaire, en contours gros, hachures rares et terrains 
nuls. » 

Il a été publié de ce livre, sous des titres dilfférents, plusieurs éditions 
typographiques sous forme de copies. La première est désignée sous 
le titre de : Memorabiles Evangelistarum figurœ. Elle a été publiée à 
Pforzheim, en 1502, par Thomas, surnommé Anselme, quise nomme à 
la fin, dans une Peroracto, de cette manière : Istatibi Tohmas {sic) 
Phorcêsis, cognomèto Anshelmi tradidit. C'est un petit in-quarto, de 



NOTICE SOMMAIRE' 273 

dix-huit feuillets, dont le premier commence par un hexastichon de 
Séb. Brandt. 

Les planches de ce volume sont bien dessinées et habilement 
gravées. R.enouvier, cependant, s'exprime ainsi à leur égard : « Tout 
en témoignant quelques progrès dans le métier de la taille, ces copies, 
même alors qu'elles n'exagèrent pas les travers du dessin allemand à 
la fin du quinzième siècle, montrent une altération déplorable des 
qualités natives qui relèvent les planches primitives. » 

Cette édition typographique a joui d'un succès immense, attendu 
qu'elle a été réimprimée en 1503, en 1504, et ensuite, sous le titre de : 
Rationarium evangelistarum, en 1505, en 1507 et en 1510, toujours 
par les soins du même éditeur, qui en a même donné une édition 
en 1522, à Haguenau. 

U paraît que ces gravures ont ensuite été copiées pour une édition 
pubUée à Anvers, en 1533, sous le titre d^Argumerita singulorum capi- 
tiim quatViOr evangelistarum. 



LE LIVRE DES ROIS OU LA VIE DE DAVID 

{Liber Regum, seu Vita Davidis.) 

In-folio, de vingt feuillets imprimés d'un seul côté, comprenant 
quarante sujets, à raison de deux figures par page, gravées sur le 
même bloc de bois, avec texte latin au-dessous. Tirage au frotton, à 
l'encre brune, par feuille entière à la fois, dont chacune porte une 
signature ( A -JST). 

Le volume retrace les principaux événements de la vie de Samuel, 
de Saûl et de David. 

L'exemplaire colorié de la Bibliothèque impériale de Vienne, cité 
par Dibdin, était considéré comme unique jusqu'en 1857 où M. Boone, 
libraire de Londres, en a trouvé un autre, non colorié et en parfait 
état de conservation, qui devint la propriété de Mgr le duc d'Aumale. 
Sotheby en a fait reproduire la première ef la sixième page en fac-si- 
milés (t. !•', p. 120 a- 120 d). M. Berjeau * a pu donner, pour la 



1. Catalogue illustré des livres xylographiques , pp. 110-114. 

T. 18 



274 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

première fois, la liste des sujets des images et les deux premières 
lignes du texte y afférent. 

Le Cabinet des estampes de Berlin possède un troisième exem- 
plaire de ce livre précieux, mais incomplet du dernier feuillet. 

Falkenstein le déclare sûrement d'origine allemande. Sotheby le 
croit gravé par la même main que sa quatrième édition àeV Apocalypse 
(voir plus haut), de provenance allemande. 

« La forme des armures que Ton y rencontre, dit Passavant 
(t. I, p. 55), le mouvement animé des figures, l'emploi des ombres, 
bien que d'une façon très légère, semblent concourir à faire placer cet 
ouvrage vers le milieu du quinzième siècle. » 



LES DIX COMMANDEMENTS POUR LES GENTS IGNORANTS 

(Texte latin et allemand.) 

Petit in-quarto, de dix feuillets imprimés d'un seul côté. Chaque 
gravure, entourée d'une double bordure, porte trois inscriptions : la 
première, à la partie supérieure, répète un des commandements du 
Décalogue en latin; la seconde, inscrite sur une banderole portée ordi- 
nairement par un ange, donne ce commandement en vers allemands ; 
la troisième, gravée sur une banderole sortant de la bouche du démon, 
offre un conseil contraire au commandement, aussi en vers allemands. 

Des fac-sinûlés exacts de ces dix gravures, d'après l'exemplaire 
unique conservé à la bibliothèque d'Heidelberg, se trouvent dans 
l'ouvrage du D' J. Geffcken : Der Bildercatechismus des 15. Jahr- 
hunderts (Le Catéchisme figuré du quinzième siècle); Leipzig, 1855; 
in-4. Sotheby (t. H, p. 160) a reproduit la première et la dernière 
planche. 

« Elles sont gravées, dit Passavant (t. I, p. 51), au simple contour 
sans aucune indication d'ombres et, bien qu'elles ne viennent pas d'un 
grand maître, elles sont tr^s caractéristiques en ce qui a trait au des- 
sin. Le style de la draperie sans cassures angulaires et le costume en 
reportent l'origine vers la moitié du quinzième siècle. » 

Cette œuvre porte l'empreinte de l'école du bas Rhin. 



NOTICE SOMMAIRE 275 

Arelin avait découvert au couvent de Tegernsèe une autre édition de 
ce livre, en six feuillets opistographiques, mais on ne Ta pas retrouvée 
de nos jours. 



LE LIVRE DE l'aNTECHRIST 



{Der Enndkrist.) 



Il y a de cette xylographie plusieurs éditions, encore insuffisamment 
étudiées. Celle qui est considérée comme première est un petit in-folio, 
de vingt-six feuillets imprimés d'un seul côté, au frotton, à l'encre 
grise. Le volume commence par une sorte de préface : Hie hebt sich 

ann von dem enthrist Viennent ensuite vingt-cinq pages à images, 

dont la première et les cinq suivantes sont à un sujet, et les dix- 
neuf autres à deux sujets. 

On trouve dans l'ouvrage de Falkenstein un fac-similé de la sixième 
page de dessin, et dans celui de Sotheby (t. II, p. 38-46) un fac- 
similé de la deuxième page de dessin, d'après l'exemplaire de lord 
Spencer, incomplet du premier feuillet. 

Heinecken cite de cette édition l'exemplaire du comte Pertusati, 
actuellement dans la bibliothèque Brera, à Milan, et celui de la biblio- 
thèque de révêché de Passau, l'un et l'autre incomplets. Il donne aussi 
la liste de tous les sujets. 

Le jugement porté sur cette œuvre par l'iconophile saxon ne mérite 
d'être rappelé qu'au point de vue de la critique d'art rétrospective. 
« Les figures, dit-il, quoique toigours d'un goût gothique, sont cepen- 
dant dessinées avec plus d'intelligence ; aussi la gravure n'est-elle 
pas si grossière que celle des Cantiques. » 

Il y a tout un abîme entre cette appréciation et celle de Renouvier*. 
« Les sujets, dit-il, ne sont point encadrés de portiques ogivaux; 
l'ordonnance en est sans art; les plans mal entendus; les édifices 
rares, très pointus et maladroitement faits; les costumes peu soignés; 
la plupart des personnages, parallèlement alignés, visent au laid dans 
leur expression ; l'esprit n'y vient point corriger la rudesse de la taille, 
et pourtant un ami déterminé du gothique ne le ti'ouverait pas sans ori- 
ginalité. » 

U Hisloire de Vorigine ei des progrès de la gravure^ p. 94. 



276 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

L'Histoire de TAntéchrist est suivie de douze feuillets, imprimés 
également d'un seul côté, et consacrés au traité ascétique de Quinze 
Signes du Jugement dernier. La première page et les deux dernières 
n'ont que du texte, en haut allemand, en dialecte saxon ; les pages inter- 
médiaires offrent une série d'images, au nombre de seize, dont les 
quatorze premières sont placées à raison de deux par page, Sotheby a 
donné un fac-similé de la neuvième page, déjà connue par la reproduc- 
tion insérée dans l'ouvrage de Falkenstein. 

Ces deux ouvrages sont gravés par le même artiste, imprimés de la 
même manière, sur un même papier, et n'ont pas été publiés sépa- 
rément, contrairement à l'opinion de Dibdin. C'est certainement Pœuvre 
d'un cartier, et elle est loin d'être aussi ancienne que le croyait Dibdin, 
qui en reculait la date jusqu'en 1430. 

La Bibliothèque nationale possède un très bel exemplaire de cette 
édition, mais incomplet de deux feuillets (6 et 18) dans l'histoire de 
V Antéchrist et de deux autres feuillets (6 et 9) dans les Quinze Signes ^ 
mais, particularité curieuse, à la place de la neuvième page, il s'y 
trouve un sujet tout différent. 

Heinecken a signalé ensuite, d'après Texemplaire de la bibliothèque 
ducale de Gotha, une autre édition de ce livre, d'une main différente. 
Elle ne compte que trente-huit feuillets, la première gravure n'ayant 
pas été reproduite par le copiste. Le tout ne forme qu'un cahier; l'im- 
pression est faite au frotton, d'un seul côté du papier. Le texte débute 
dànsi : Hie hebt sich an von dem enthHst. Au. bas de cette page on 
lit : Derjunghanns priff maler jj hat dos puch zu Numberg 1472, ce 
qui veut dire : le JunghannSy peintre de cartes, a ce livre, à Nurem- 
berg, en 1472, sans que nous sachions s'il l'a gravé ou s'il n'en a été 
que l'imprimeur. 

La bibliothèque royale de Munich possède de cette édition un exem- 
plaire composé de vingt feuillets seulement, dont le premier et le 
dernier sont anopistographiques et les autres opistographiques. Les 
feuillets 1 ^", 14 r^, 29 v"" et 20 r° n'ont que du texte, et les feuillets 
14 v^ à 20 sont consacrés aux Quinze Signes. 

Le D' Massmann (S^rap(?m?i, 1841,p. 304) estime que cette édition 
n'est qu'une mauvaise copie d'un second exemplaire de ce livre con- 



NOTICE SOMMAIRE 277 

serve à la même bibliothèque de Munich, composé de vingt-quatre 
feuillets anopistographiques, et où les feuillets 21, 22, 23 et 25 n'ont 
qu'une seule gravure. 

Il existe de ce livre plusieurs éditions typographiques allemandes 

La première est un petit in-folio, sans lieu ni date, composé de 
vingt-deux feuillets, dont le premier et le dernier sont blancs, sans 
chiffres, réclames ni signatures; le volume commence par une page de 
texte de trente-deux lignes; en voici le début : Hye hebt sich an 
von dem Entcriste \\ genomen vnd getzogen vssz vil hu-^chern der 

Jieilige geschHfft Les Quinze Signes commencent au verso du 

quinzième feuillet. Le volume est terminé par ces mots : mei detis Got 
erbarm dichûber mich Amen. C est l'édition décrite par Hain (n^* H49). 
M. T. 0. Weigel estime qu'elle est sortie des presses de Nuremberg 
ou d'Ulm vers 1474. Les gravures sont des copies, en sens contraire, 
de celles de l'une des éditions xylographiques. L'exemplaire de Weigel, 
colorié, a été vendu 881 fr. 25 c. 

La seconde édition, imprimée à Strasbourg^ par Mathias Hûpfuff, 
sans date, est un petit in-quarto, de vingt-deux feuillets, signature s 4-2). 
Elle porte ce titre : Dis bùchlin sagt vo II des Endtkrists leben vn 

regierung durchverhengnisz \\ gottes Au recto du dernier feuillet 

on lit, à la fin : Oetruckt zù Straszburg von Mathis hii/pfuff. D'après 
Weigel, les gravures offrent beaucoup de ressemblance avec celles de 
la première édition xylographique. Elles sont de l'école strasbour- 
geoise, dans le style de celles^des éditions de Griininger. Leur exé- 
cution doit remonter à la première dizaine du seizième siècle. L'exem- 
plaire Weigel a été vendu 375 francs. 

La troisième édition, imprimée à Erfurt^ par Mathias Maler, 
en 1516, est composée de même que la précédente. En voici le titre : 
Dys buchlein sagt || von des Entkrists leben vnd regierung durch ver- 

hengnusz \\ gottes Le colophon porte : Zu Erffordt hat 

ged}*uckt michwMatthes Maler fleyssighlichWZu dem schwartzen 
h'àt'n bey der Kremer brucken \\ Do wil ich der keuffer warten 
M.CCCCC. ocvi, Jar. Le texte et l'ordre des planches sont les mêmes 
que dans l'édition précédente, à la différence du dialecte et de l'ortho- 
graphe. Les gravures sont des copies libres de celles de la même 



278 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

édition, avec changements dans les costumes, en raison de la diffé- 
rence du pays d'origine. L'exemplaire Weigel a été vendu 226 fr. 25 c. 

H a paru de ce livre à Paris, citez MicJiel le Noir, une édition sans 
date, en un petit in-quarto, de vingt-deux feuillets. Chaque feuillet, à 
l'exception du dernier, porte une gravure sur bois au recto, et au verso 
un texte latin avec un résumé en vers français. Il doit remonter aux 
dernières années du quinzième siècle. 

Une autre édition, probablement antérieure, ayant au colophon : 
Le Traicte de lactuenementDeantechrist. Des quinze signes precedens 
le iugemet gênerai de dieu et les ioyes De paradis. Imprime a paris 
le œcoviij iour Doctobre Lan mil CCCC nonàte /ç Deiujo (1492). Pour 
Anthoine verard marchant libraire, forme la troisième partie du 
volume : UArt de bien vivre et de bien mourir (voir plus haut, p. 61). 



PASSION DE JÉSUS-CHRIST 

{Texte allemand.) 

Petit in-octavo, de trente-deux feuillets imprimés d'un seul côté, 
dont seize de gravures et seize de texte allemand. Les sujets des 
planches sont : 1. Jésus-Christ lavant les pieds à saint Pierre ; — 2. Jésus 
sur le mont des Oliviers ; — 3. L'Arrestation de Jésus ; — 4. Jésus renié 
par saint Pierre ; — 5. Jésus devant le grand prêtre ; — 6. Jésus devant 
Pilate ; — 7. Jésus devant Hérode ; —^8. La Flagellation ; — 9. Le 
Couronnement d'épines ; — 10. Pilate se lavant les mains ;— 11. Le Por- 
tement de croix; — 12. Jésus dépouillé de ses vêtements; — 13. Jésus 
mis sur la croix; — 14. Le Christ en croix, ayant la Vierge et saint 
Jean à ses côtés; — 15. La Descente de croix; — 16. Le Christ pleuré 
par les siens. 

« La taille est très grossière, dit Passavant (t. I, p. 53), les drape- 
ries à plis angulaires dans le style du milieu du quinzième siècle. » 

Il déclare qu'un exemplaire de ce Uvre se trouvait dans la collec- 
tion Weigel, mais il ne figure pas dans le catalogue de sa vente. 



NOTICE SOMMAIRE 279 

LE SYMBOLE DES APOTRES 

{Texte allemand.) 

Petit in-quarto, de sept feuillets imprimés d'un seul côté, aufrotton, 
et contenant douze gravures sur bois avec des inscriptions en allemand, 
au bas. On n'en connaît que l'exemplaire conservé à la bibliothèque de 
Munich et provenant du couvent de Tegernsee. 

Voici les sujets des gravures : 1. La Création ; — 2. Le Baptême du 
Christ ; — 3. La Nativité et l'Annonciation ; — 4. La Crucifixion et l'En- 
sevelissement ; — 5. La Résurrection et la Descente aux limbes ; — 6. 
L'Ascension; — 7. Le Jugement dernier; — 8. La Descente du Saint- 
Esprit; — 9. Le Pape ; au-dessus, le Christ; — 10. L'Eglise; — 11. La 
Résurrection des morts ; — 12. Le Ciel dans un cercle. 

Le texte de la première gravure commence ainsi : (7) r wert ail an 
irvffende \\ vater der himel vnd \\ erd gemacht hat. 

Dibdin * a donné le fac-similé de la gravure représentant la Résur- 
rection des morts, reproduit par Falkenstein et par Sotheby (t. II, 
p. 149). 

« Le dessin, dit Passavant (t. I" , p. 54), annonce un artiste de 
talent et qui a cherché, ce qui est rare pour ce temps, à produire des 
raccourcis difficiles. Nous ne pouvons, pour cette raison, placer ce 
travail avant la moitié du quinzième siècle. » 

La Bibliothèque impériale de Vienne possède une autre édition 
xylographique de cette suite, composée de douze feuillets in-quarto, 
imprimés d'un seul côté, sur parchemin, et contenant douze gravures 
accompagnées d'un texte manuscrit, en latin et en allemand. M. F. 
von Bartsch {Die Kwpferstichsammlung der K. K. Hofbibliothek in 
TTîen/Wien, 1854, in-8) constate que l'édition précédente n'a de 
commun avec celle-ci que le choix des sujets et leur ordre. 

1. Bibltographical Àntiquiiies, t. IH^ p. 284. 



280 LIVRES XYLOCRAPHIQUES 

LA DANSE DES MORTS 

«. 

{De7^ Doten Dantz.) 

On en connaît deux éditions xylographiques, avec texte allemand. 
Leur exécution remonte vers le milieu du quinzième siècle. Nous en 
reparlerons plus amplement dans notre chapitre consacré aux Danses 
des morts. 

LA FABLE DU LION MALADE 

{Die Fabel nom kranken Lœwen. ) 

In-foUo, de douze feuillets, sans titre, avec neuf gravures sur bois 
de la grandeur des pages, et dont les sujets sont tirés du fameux roman 
du Renard. Le texte est en partie gravé sur le côté blanc des feuillets, 
et en partie écrit sur feuillets intercalés. Les banderoles contiennent 
des inscriptions en allemand. 

Passavant en fait remonter l'exécution à une époque voisine du mi- 
lieu du quinzième siècle. 

On ne connaissait jusqu'à ce moment, de cette xylographie, que 
l'exemplaire conservé à la bibliothèque de Heidelberg. Le Musée de 
Berlin en possède un autre, si toutefois ce n'est pas le même. 

Falkenstein a donné un fac-similé de la première page, reproduit 
dans l'ouvrage de Sotheby (t. II). 

CALENDRIER DE JEAN DE GMUNDEN 

( Kalender von Johann von Gmûnden. ) 

C'est le plus ancien calendrier connu qui ait été imprimé. Il a été 
rédigé en latin en 1439, par le mathématicien Jean de Gmûnden {de 
Gamundia)^ de son vrai nom Nyder, chancelier de l'Université de 
Vienne, où il mourut en 1442, laissant à l'établissement qu'il dirigeait 
sa bibliothèque qui servit de noyau à celle de l'université actuelle. 

L'exemplaire manuscrit de ce calendrier a été trouvé dans la biblio- 
thèque des comtes de Windhag, à Vienne. Le capitaine von Derschau 
a retrouvé à Nuremberg un bois original, gravé sur les deux côtés, et 



NOTICE SOMMAIRE 28i 

qui est aujourd'hui conservé à Gotha. Becker en a fait tirer des 
épreuves pour son recueil de Gravures sur bois des anciens maîtres 
allemands (Gotha, 1808-1816, gr. in-folio) ; et un nouveau tirage en a 
été fait pour l'ouvrage de Falkenstein (p. 54). 

Chacune des deux pages est divisée en six colonnes, consacrées 
à autant de mois dont chacun est surmonté d'une vignette en médaillon, 
représentant en général les travaux respectifs de la vie agricole. L'un 
des signes du zodiaque est gravé au milieu de chaque colonne. Au bas 
de celle du mois de février, on lit : Hec Magister Johannes de 
Gamundia [sous entendu : fecit]. 

Ces vignettes, presque au trait, sont d'un dessin fort remarquable 
et habilement gravées. Leur exécution doit remonter vers 1460 
environ. Weigel en possédait un ancien tirage qu'il faisait dater de 
1470 à 1480, et une seconde planche du même calendrier. Le Cabinet 
des estampes du musée de Berlin en posséderait quatre planches. 

Il en existe une autre édition, un peu différente, composée de 
vingt-six feuillets imprimés d'un seul côté. A la quatrième page, 
on lit la date de 1468. Au bas, de la colonne du mois de février, le 
nom de l'auteur comme ci-dessus. 



CALENDRIER DE JEAN MULLER DE KONiaSBERO 

Ce second calendrier allemand a été rédigé par le célèbre astro- 
nome Jean de Kunsperk ou Kônigsberg (en latin Regiomontanus)^ de 
son vrai nom MuUer, mort à Rome en 1476. 

L'édition xylographique qu'on en connaît, imprimée à Nuremberg, 
vers 1473, est un in-quarto, composé de trente et un feuillets opisto- 
graphiques, imprimé à l'encre couleur de rouille. Au bas du feuil- 
let 27 verso, on lit : Magister Johann van Kunsperck, Les quel- 
ques gravui'es qui le décorent ne consistent qu'en reproductions d'ins- 
truments astronomiques. 

Cette édition est foi t rare. Il en existe un exemplaire à la Biblio- 
thèque nationale, un dans celle de Dresde, deux dans celle de Munich 
et un au British Muséum. A l'exemplaire de Weigel manquaient les 
feuillets 1, 2, 28, 29. Dans l'ouvrage de Falkenstein se trouve un fac- 
similé de la page du mois de janvier. 



1 



282 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



PLANETAIRE ALLEMAND 



C'est un in-folio, composé de huit feuillets imprimés des deux 
côtés. Chaque page porte une gravure, accompagnée de douze vers 
allemands. La figure emblématique de la planète occupe le verso de 
chaque feuillet, tandis que la page suivante nous montre la figure 
emblématique des influences de cette planète sur la destinée des 
hommes. Ces figures sont extrêmement curieuses, et on y rencontre 
la représentation de nombreux métiers, 

n a été imprimé vers 1470. 

Dans le Catalogue illustré des livres xylographiques de M. Ber- 
jeau, on trouvera, à la page 49, la reproduction de la gravure repré- 
sentant les influences de Mercure. 

Le Musée britannique possède de cette xylographie un exemplaire 
incomplet. 

Âa Cabinet des estampes de Vienne et à Berlin il y a deux autres 
éditions d'un livre semblable. 

LE SALVE REGINA- 

{Bas Salve Reginu.) 

In-folio, de seize feuillets imprimés d'un seul côté. Chaque gravure 
est accompagné au-dessus d'un texte allemand. 

Ce livre à images a d'abord été décrit par R. Weigel {Kunst- 
lager-Catalog ; n** 19081). Son exemplaire a passé dans la collection 
T. 0. Weigel, et c'est le seul connu jusqu'à présent. Il est incomplet 
des premiers feuillets. Les quatorze gravures qui restent ont trait à la 
puissance du Salve Regina comme intercession de la part de Marie 
auprès de Jésus-Christ. Passavant (t. I", pp. 48-49) donne la liste 
de ces planches. 

Un des côtés intéressants de ce volume, c'est qu'il porte, à Tavant- 
dernière planche, la signature du graveur : : lienl^att tp. rrflen^pnrck : : 
Nous n'avons pas d'autres renseignements sur ce Lienhart, de Ratis- 
bohne. On croit que c'est le même qu'un homonyme, qui est mentionné, 
avec la qualité de graveur sur bois, dans les livres d'impôts de la ville 
d'Ulm en 1442. 



NOTICE SOMMAIRE 283 

« Les contours, dit Passavant, sont accompagnés de très peu de ha- 
chures d'ombres, le dessin est assez bien compris et souvent caractéris- 
tique, sans pourtant révéler un artiste distingué. Le style de l'ouvrage 
paraît indiquer qu'il appartient à la moitié du quinzième siècle, » 

Weigel en place l'exécution entre 1460 et 1470. «La gravure, dit-il, 
porte toutes les marques de l'école de la haute Allemagne, le coloriage 
a le caractère de la manière pratiquée à Ulm, le texte est en pur dialecte 
souabe. » 

Son exemplaire a été vendu 1605 thalers (6018 fr. 75). 



LA LÉGENDE DE SAINT MEINRAD 

( Texte allemand. ) 

Volume in-octavo, de quarante-huit feuillets opistographiques, ornés 
de gravures sur bois. Le texte commence ainsi : Dis ist der erst anefang 
als uns^ lie\\bë frowê co/ppell zu de einsidlè von II Sant Meinrat 
selbs buwe wart. . . 

On ne connaît de ce livre que l'exemplaire de la bibliothèque de 
Munich. 

Saint Meinrad ayant été le fondateur de la chapelle de la Vierge aux 
anachorètes à Einsiedeln, en Suisse, lieu de pèlerinage très fréquenté, 
il y a beaucoup de probabilité que ce livre ait été exécuté dans la con- 
trée même. 

Falkenstein et Passavant déclarent qu'on y trouve les mêmes cos- 
tumes que dans un jeu de cartes d'un des contemporains ou élèves du 
Maître de 1466 au monogramme E. S., et en concluent que notre volume 
a dû paraître vers le même temps. 

Dibdin [Bibliogra/phical Tour, t. III, p. 286) a donné des fac-similés 
des deux pages, dont Falkenstein a reproduit une. 

Il doit y avoir un rapport étroit entre les gravures de ce volume et 
les vingt et une illustrations très archaïques d'une édition typographi- 
que de la Passio sancti Meynrhadi martyris et hœremitœ (Bâle, Michel 
Furter, 1496 ; in-quarto, de 14 feuillets). 



284 LIVRES X YLOGUAPHIQUES 



LA MORT Et LA VIE FUTURE 

{Texte allemand.) 

Petit in-folio, de quatre feuillets imprimés d'un seul côté, à la 
presse, à l'encre noire. 

Sotheby fut le premier, croyons-nous, à signaler cette xylographie 
(t. II, p. 165), dont la Bibliothèque nationale possède le seul exemplaire 
connu, mais il Ta présentée comme formant deux suites d'alphabets 
illustrés à l'usage des enfants. Bien qu'il se soit amendé dans son 
Mémorandum^ où il désigne cette œuvre sous le titre de « Vie de 
l'homme » {Das Leben des Menschen), et malgré l'avertissement de 
Renouvier, M. Déschamps, dans le Supplément au Manuel du libraire^ 
la désigne encore sous la dénomination de deux alphabets historiés, 
parce que les nombreux personnages qu'elle nous montre sont mar- 
qués successivement de l'une des lettres de l'alphabet. Dans la des- 
cription qu'il en a donnée, la partie exégétique est souvent à côté de 
la question, l'auteur ayant négligé de se faire expliquer les légendes 
allemandes dont la connaissance est indispensable pour comprendre 
le véritable sujet de cette œuvre iconographique, où les initiales ne 
servent qu'à désigner les personnages. 

Chaque feuiUet est divisé horizontalement en trois compartiments. 
Celui du milieu du premier feuillet représente au centre la mort d'un 
juste (désigné par la lettre C). Au chevet du lit est une religieuse (A) 
tenant un bénitier et un goupillon ; au pied, est un prêtre {B) avec la 
croix. Au-dessus, on voit cinq anges représentant autant de vertus 
dont les noms sont inscrits tout en haut; au-dessous, cinq diables sym- 
bolisant les vices ou les défauts correspondants, dénommés dans la 
partie inférieure. Les uns et les autres sont marqués par des initiales 
qui s'alternent, de manière qu'au vice désigné par la lettre D corres- 
pond une vertu indiquée par la lettre E^ et ainsi de suite jusqu'à YN. 
Ces vertus mystiques sont : l'Esprit de consolation {Trostlichkait), la 
Sagesse [Weishait), la Vérité [Warhait), la Charité [Parmherzighait\ 
l'Esprit de concorde {Onmûttigkait). 

Les vices correspondants s'appellent : là Corruptibilité ( Verwesli- 
chhait), la Sottise {Dorhait\ l'Incrédulité [Onglauben), la Vanité 



NOTICE SOMMAIRE 285 

{Wanhoffen?)^ la Témérité IVerwegenhait). Chaque ange et chaque 
démon tiennent un rouleau renfermant une inscription en deux vers 
allemands. Voici celle du premier ange : 

Kurtz pein ist Me gui zu leyden 
barnach volgt ewigs pleyben. 

(Il est bon d'endurer ici une couKe peine , 
Car ensuite vient la vie éternelle.) 

Le premier démon s'exprime ainsi : 

l)u magst wol verzagen in den dot 
Denn pein die ist pitter und gross. 

(Tu peux bien désespérer dans la mort, 
Car la peine est ici amère et grande.) 

Dans le premier compartiment du second feuillet, on voit Dieu dans 
sa gloire, ayant à ses côtés deux anges, qui le sollicitent de secourir 
le mourant. Au-dessous, on voit trois pécheurs, n'ayant pour tout 
vêtement qu'une étole (sans doute symbole de la mort); entre les deux 
premiers, se tient une sainte femme, munie d'un livre et qui paraît 
représenter la Religion . Au centre du compartimefft inférieur, l'archange 
Michel pèse une âme ; à ses côtés, on voit le bon ange et le diable. Les 
dix personnages représentés sont désignés par les lettres kZ. 

Le troisième feuillet nous offre une sorte de Danse des morts. Dans 
la première partie la Mort présente à un homme nu une étole, tandis 
qu'un ange assiste à cette scène. Au-dessous, on voit la Mort et le 
pécheur revêtu d'une étole. Plus bas, la Mort entraîne violemment un 
homme au moyen de l'étole, malgré les protestations de la victime qui 
déclare ne s'être pas préparée au trépas, tandis que le diable la 
guette. Tous ces personnages sont désignés par les initiales A kH. 

Le quatrième feuillet nous fait assister au jugement des âmes. 
Dans le haut. Dieu couronne l'âme d'un juste à l'entrée du paradis, en 
présence d'un ange. Dans le compartiment du milieu, l'ange et le diable 
se disputent une âme ; à droite, est placé le purgatoire. Au-dessous, 
deux diables conduisent une jeune fille (Jungfraw) en enfer. Les per- 
sonnages de ces feuillets sont désignés par les initiales IkT, 

Sotheby croit, à tort selon nous, que ces quatre feuillets ne sont 
qu'un fragment d'un livre plus considérable. Nous y reviendrons dans 
notre chapitre consacré aux Danses des morts. 



286 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

L'impression est très nette et très soignée, et elle nous paraît 
remonter aux années 1470 à 1480. Le filigrane du papier est une Tour 
donjonnée. La langue et Tart sont ceux de la haute Allemagne. Weigel en 
possédait les deux premiers feuillets, qu'il a présentés dans son cata- 
talogue (n''237, vendu 754 fr.) comme un Ars moriendi. Ils avaient été 
décrits par Passavant*(t. P', pp. 43-44). 

A la suite de cette xylographie, se trouve, dans l'exemplaire 
de la Bibliothèque nationale, un feuillet divisé, dans le sens de la lar- 
geur, en deux compartiments, subdivisés, à leur tour, chacun en cinq 
cadres, ce qui ottre dix sujets, représentant les Dix commandements 
de Dieu. Chaque sujet est accompagné de deux vers allemands. Ce 
feuillet xylographique, imprimé d'un seul côté, date à peu près de la 
même époque que la suite précédente. Le filigrane du papier nous 
montre deux mamelons dans un écusson. 



LES HUIT FRIPONNERIES 



{Die acht Schalkheiten.) 

Volume petit in-octavo, de huit feuillets imprimés d'un seul côté, à 
la détrempe, avec de l'encre couleur de rouille. Chaque gravure est 
surmontée d'une explication en vers allemands, à longues Ugnes. 

Les gravures représentent : 1 . L'Entremetteur ; — 2. Le Menteur ; 

— 3. Le Trompeur; — 4. L'Orfèvre en faux; — 5. Le Marchand fripon; 

— 6. Le Voleur d'égUse; — 7. Le Cordier ti'ompeur ; — 8. Le Quincail- 
lier qui vend du fer pour de l'acier. 

« Le dessin des figures dit Passavant (t. P', p. 54), est très faible, 
les têtes grosses hors de proportion, les jambes très courtes, comme on 
peut le voir dans le fac-similé donné par Falkenstein (qui le premier a 
décrit ce livre). Le costume se rapporte à celui en usage peu après le 
commencement de la seconde moitié du quinzième siècle. » Weigel 
en place l'exécution au troisième quart de ce siècle. 

Le texte est en dialecte d'Ulm ; en voici la première ligne : Ich kan 
die hlàssbàlg tretten vndred. . . Sotheby (t. II, p. 155) a donné le fac- 
similé de la première page, d'après Falkenstein. 

L'exemple unique de M. Weigel a été vendu 728 francs. 



NOTICE SOMMAIRE !^ 



ROME SACRÉE ET PROFANE 



(Dos geistUche und weltliche Rom.) 

Ce titre factice désigne un curieux livre xylographique, plus com- 
munément connu sous le nom de Mirabilia Romœ^ dont il n'est tou- 
tefois que la traduction. L'original latin paraît remonter au treizième 
siècle. L'auteur en est inconnu. C'est une sorte de guide de voyageurs 
à Tusage des chrétiens qui allaient à Rome. On y trouve un précis de 
l'histoire de Rome jusqu'à l'empereur Constantin, et une description 
de ses églises, avec l'indication des stations, ou processions pontifi- 
cales. U en a été publié nombre d'éditions en latin et en allemand, sans 
que l'on sache quelle est la première. 

L'édition xylographique allemande dont nous nous occupons est un 
petit in-quarto, de quatre-vingt-douze feuillets imprimés des deux côtés, 
sans chiflTres, signatures, réclames, lieu ni année d'impression. D n'y 
a que cinq pages avec gravures sur bois, dont plusieurs écussons 
d'armoiries, parmi lesquels celui du pape Sixte IV, ce qui place l'exé- 
cution du volume entre 1471 et 1484. 

On en connaît peu d'exemplaires : chez lord Spencer, au Musée bri- 
tannique, à la Bibliothèque nationale, à la bibUothèque de Gotha 
(incomplet), à la bibliothèque de Munich. 

Sotheby a donné (t. Il, pp. 76-77) des fac-similés de quatre pages, 
et M. Berjeau l'a reproduit en entier, à douze exemplaires numé- 
rotés (Londres, 1865). 

VIE DE JÉSUS 
ou MEDITATIONS SUR LE NOUVEAU TESTAMENT 

( Texte allemand. ) 

C'est Guichard* qui le [premier a décrit ce tout petit volume sans 
titre ni nom d'auteur, composé de trente-deux feuillets imprimés d^un 

1. BulleHn du bibliophile, 1840, pp. 128-132. 



288 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

seul côté. La première et la dernière page sont blanches. Sur le verso 
des feuillets impairs est une gravure sur bois représentant un sujet 
tiré du Nouveau Testament; sur le recto des ieuillets pairs est une es- 
pèce de méditation en langue allemande, relative à la figure qui la pré- 
cède. Voici l'indication des sujets des gravures: 1. L'Annonciation; 
— 2. La Visitation ; — 3. La Nativité ; — 4. L'Adoration des Mages ; — 
5. La Présentation au Temple ; — 6. La Circoncision ; — 7. L'Entrée à 
Jérusalem; — 8. La Cène; — 9. Jésus mis au tombeau; — 10. Jésus 
aux limbes; — H. La Résurrection ; — 12. Jésus apparaissant à Marie- 
Madeleine; — 13. Jésus apparaissant à saint Thomas ; — 14. L'Ascen- 
sion ; — 15. La Pentecôte; — 16. Le Jugement dernier. 

Le texte commence ainsi: Gegrusset pis tu kunigyn der himel 
ein mutter der pamihertzihait .... 

Chaque feuillet est encadré d'un filet. Les figures sont au trait, et 
offrent quelque analogie avec celles de la Bible des Pauvres, dans la 
disposition et les attitudes des personnages. L'impression est à l'encre 
noire et très nette. 

L^exécution de ce volume doit remonter à la fin du quinzième siècle. 

On n'en connaît jusqu'à présent que les deux exemplaires con- 
servés à la Bibliothèque nationale, dont l'un complet, et l'autre sans les 
figures. 

Sotheby (t. H, pp. 143-144) en a donné deux pages en fac-similé. 



LE MIROIR DE LA CONFESSION 

{Der BeichtspiegeL) 

Volume in-quarto, composé de huit feuillets opistographiques, im- 
primés à la presse, et formant deux cahiers, l'un de six feuillets, l'autre 
de deux. Trois pages seulement offrent des gravures sur bois ; les au- 
tres ne contiennent qu'un texte allemand, qui commence ainsi : Ich 
armer sûndiger Mensch bekenne rnich gotte myne hen^e. . . 

« L'espèce de tapisserie qui sert de fond, dit Passavant (t. P', p. 57), 
appartient aux dernières vingt-cinq années du quinzième siècle, aux- 
quelles il faut rapporter cet ouvrage xylographique. » 



NOTICE SOMMAIRE 289 

Il n'est connu que par rexemplaire de la bibliothèque de La Haye, 
provenant du D' Kloss de Francfort (1835). M. Holtrop l'a fait repro- 
duire à un petit nombre d'exemplaires, accompagné d'une introduction 
(La Haye, 1861). Sotheby (t. H, p. 144-147) en donne deux pages en 
fac-similé, d'après ceux de Dibdin (Réminiscences). 

HORLOGE DE DÉVOTION 
OU LA GLOGHBTTB DU TEMPS 

{Dos ZeUglœcUein.) 

Volume petit in-octavo, de seize feuillets imprimés des deux côtés, 
sans titre ni aucune indication d'année, de ville ni d'imprimeur. Les 
vingt-huit premières pages oflESrent chacune une gravure sur bois, avec 
quelques lignes de texte allemand au-dessous, le tout renfermé dans 
un cadre commun; les quatre autres n'ont que du texte. Vingt-quatre 
de ces gravures représentent des scènes de la Passion, rappelées à 
propos de chaque heure du jour et de la nuit, d'où le titre ^'Horloge de 
dévotion. 

D a d'abord été décrit par Heller*, d'après le seul exemplaire connu 
conservé à la bibliothèque de Bamberg. Sa notice est accompagnée de 
la reproduction de la première page, qui a également été donnée par 
Falkenstein et dans le Catalogue illustré de M. Berjeau. 

Voici la liste des sujets des gravures: l.La Messe de Saint-Grégoire; 
— 2. L'Enfant Jésus tenant un marteau pour frapper les heures sur une 
cloche; au-dessous, les huit heures de la nuit, avec une inscription ; — 
3. Jésus à table avec sept disciples ; — 4. Jésus lavant les pieds à ses 
disciples ; — 5. La Cène ; — 6. Jésus au Jardin des Oliviers ; — 7. Ar- 
restation de Jésus ; — 8. Jésus devant Anne ; — 9. Saint Pierre reniant 
Jésus; — 10. Jésus devant Caïphe ; — 11. Jésus insulté au prétoire ; — 
12. Jésus devant Pilate ; — 13. Jésus devant Hérode ; — 14. Jésus salué 
roi des juifs; — 15. L'Enfant Jésus agitant une cloche; au^essous, les 
heures du jour disposées circulairement ; ^ 16. La Flagellation ; — 
17. Le Couronnement d^épines; — 18. L'Ecce homo; — 19* Pilate se 

1. Geschichte der Holischneidekumt ; Bamberg, 18â3; iii-8| p. 379-384é 

I. iO 



290 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

lavant les mains ; ~ 20. Le Portement de croix; — 21. La Crucifixion ; 
— 22. Jésus insulté sur la croix; — 23. La Vierge çt saint Jean au pied 
de la Croix; — 24. Longin perçant le côté de Jésus ; — 25. Descente de 
la croix ; — 26. Les saiates femmes pleurant la mort de Jésus ; — 
27, Jésus mis au tombeau ; — 28. Vision de saint François. 

Le texte de la première page est ainsi conçu : De xociiii. Stund dies 
werchs. Il U7iser erl'ôsung vh des leydes xpî II mit xxiiii figurlin ge- 
tailt i die II Siben tagtzeyt vh was man II betten sol oder betrachtè 
zu ein II er yegklichen tagtzeyt. 

Les gravures sont ombrées. Au recto du deuxième feuillet se trouve 
un monogramme d'un graveur inconnu. 

Quichard estime que l'exécution de ce volume doit appartenir aux 
premières années du seizième siècle, mais nous le croyons antérieur. 

CALENDRIER ALLEMAND DE MAYENGE 

In-quarto, de huit feuillets imprimés des deux côtés, à la presse, à 
l'encre noire. 

A la première page, on lit: Oetrucht zu Mentz. Au-dessous, une 
rosace avec figure du soleU, accompagnée de deux écussons, dont 
l'un est blanc. Au bas de la rosace, les initiales NC renversées, qui 
forment probablement le monogramme du graveur. 

A chacune des douze pages qui suivent, il y a deux vignettes : Tune 
représentant un des signes du zodiaque ; l'autre, un sujet approprié à 
chaque mois. La quatorzième page expose les influences du zodiaque 
sur le corps de l'homme, et les deux dernières, les tables des lettres 
dominicales et des épactes. 

Imprimé vers 1490. 

Le Musée britannique possède un exemplaire de ce calendrier. 

CALENDRIER ALLEMAND Dâ CONRAD KAGHELOVBN 

In-quarto, de dix feuillets imprimés des deux côtés, à la presse et 
à l'encre ordinaire. 

La première et la dernière page sont blanches. A la seconde 
page, au-dessous d'une rosace à deux cercles concentriques, avec 
lettres dominicales, on lit : Cunradt Kachelouen. Cet imprimeur exer- 



NOTICE SOMMAIRE SOI 

çait, de 1489 à 1495, à Leipzig, où il publia plusieurs éditions de VA7'S 
moriendi. (Voir plus haut, p. 54.) 

Chaque mois est orné de deux gravures, comme au calendrier 

précédent. 

•^ ' f 

LA CHIROMANCIE 

{J)ie Kumt Cirornantio,. ) 

Le préambule nous apprend que ce livre a été écrit en allemand 
en 1448 par le docteur Jean Hartlieb, à la prière de la princesse Anne 
de Brunswick, épouse d'Albert, duc de Bavière. 

Il en existe plusieurs éditions xylographiques, mal connues encore. 
Jusqu'à Guichard* on avait cru qu'il n'y en avait qu'une. 

Le volume se compose de vingt-quatre feuillets petit in-folio, divisés 
en trois cahiers, avec les signatures A-C, et de deux feuillets de cou- 
verture, en tout vingt-six feuillets, imprimés des deux côtés, à la 
presse. 

La première et la dernière page portent le titre, l'une : Die Kunsl 
Ciromantia; l'autre : Die Kunst Cyromantia; au-dessous, un grand 
orment xylographique. La seconde et la troisième page, de même que 
les deux qui précèdent le titre final, sont blanches. Au-dessous du 
préambule (p. 4) est une gravure ayant pour sujet la présentation 
du livre à la princesse Anne. Cette page a été reproduite dans l'ouvrage 
de Sotheby (voir t. II, p. 84-95). A la page suivantej au-dessous de 
vingt-quatre lignes de texte,, on voit une autre gravure représentant 
divers personnages qui accomplissent leurs destinées selon les pré- 
dictions de l'auteur. Elle a été reproduite par Heinecken . 

Chacune des pages qui suivent offre une gravure représentant l'in- 
térieur d'une main ouverte, plus grande que nature, tantôt la droite 
d'homme, tantôt la gauche de femme, remplie de figures bizarres et 
de signes cabalistiques, qui sont accompagnés d'un petit texte expli- 
catif où l'on apprend le sort réservé à la personne qui a sur la main un 
signe analogue. 

Voici quelques échantillons de ces prédictions. 

Une main droite d'homme, portant un triangle sur une ligne allant 

1. Buiietin du bibliophile, iSiO, pp. 189-196. 



292 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

obliquement de la base de la première phalange du pouce à la première 
phalange du doigt auriculaire, indique une grande sagesse. « Salomon 
l'avait, » ajoute le docteur Harlieb. 

Une main gauche de demoiselle, portant deux lignes qui partent de 
chaque côté du carpe et vont se rejoindre vers le milieu de la paume 
de la main, pronostique que cette personne sera séduite par un étu- 
diant. 

Une croix, sur une ligne qui traverse la main gauche d'une femme 
en partant de la base du pouce jusqu'à la face interne du carpe, indique 
que cette femme sera enterrée vivante. 

Un triangle sur Téminence thénar d'une main droite d'homme 
annonce que cet homme sera assassiné par sa femme. 

Chaque page est encadrée. Au bas delà dernuière (feuille 25 r*), sous 
le filet, on lit le nom du graveur ou de l'éditeur : ioxQ ^dfopfj» angfyttrg, 
sur lequel on ne possède aucun renseignement. 

Il y a des exemplaires où ce nom est estropié et ainsi écrit : truj 
0rapf ya aug^ptttg, ce qui indique forcément une édition différente, sans 
doute une copie de la première, bien que Guichard déclare que tous 
les exemplaires sont semblables, quoiqu'il ne les ait pas vus, et qu^ils 
ont été <( évidemment imprimés avec les mêmes planches » . Sotheby 
a exprimé la même opinion dans son Mémorandum sur les xylographies 
de la Bibliothèque Nationale, en ajoutant que le nom de Schapff est im- 
primé en caractères mobiles. Au contraire, on a trouvé d'autres diffé- 
rences tranchées entre certains exemplaires de ce livre, ce qui démon- 
trerait l'existence de plus de deux éditions. 

On connaît de ce livre un certain nombre d'exemplaires, dont trois 
seulement sont complets. En voici l'indication : 1. Bibliothèque de la 
famille Spencer, exemplaire complet, indiqué à tort par Dibdin 
comme provenant de la bibliothèque impériale de Vienne ; — 2. Biblio- 
thèque nationale, exemplaire complet; — 3. Même bibliothèque, un 
exemplaire incomplet du premier feuillet, et provenant, croit-on, de la 
bibliothèque de Munich ; — 4 et 5. Bibliothèque de Wolfenbuttel, deux 
exemplaires incomplets ; l'un d'eux avec le nom : irog seapff; — 
6. Bibliothèque impériale à Vienne, exemplaire incomplet des titres ^ 
provenant de celle du Séminaire de Windhag ; — 7. Bibliothèque de 
Ratisbonne, exemplaire complet; — 8* Bibliothèque de'Memmingen, 



'* 



NOTICE SOMMAIRE 293 

exemplaire sans le nom de Schapff, titres ni signatures, paraissant, 
selon Heinecken, être « une nouvelle impression ». Il y a certainement 
en Allemagne d'autres exemplaires de ce livre. 

Plusieurs bibliographes ont pris la date de 1448, inscrite dans le 
préambule, et qui est celle de la composition du livre, pour celle de 
l'impression. L'illustre Leibnitz lui-même a défendu cette opinion avec 
vivacité, dans un article publié sous le nom de son ami Georges Eckard^ 
La question est cependant assez simple : l'impression opistographique 
à la presse et la présence de signatures obligent à placer l'exécution 
du volume à une date très voisine de la fin du quinzième siècle. 



ÉCOLE FRANÇAISE 

CALENDRIERS FRANÇAIS BAS-BRETONS 

Avec VArt au morier que nous avons décrit plus haut, pages 50 à 52, 
les calendriers dont nous allons nous occuper constituent les seuls 
ouvrages xylographiques publiés en français que l'on connaisse, et 
ces derniers sont les seuls qui aient vu jour en France. 

On en connaît, aujourd'hui, trois éditions différentes. L'une d'elles 
est représentée par l'exemplaire conservé au Musée Britannique, au 
département des manuscrits (Sloane, 966). Elle ne consiste qu'en un 
feuillet in-folio, imprimé des deux côtés, à la presse, sur parchemin, 
et replié de manière à présenter sept pages au recto. La première 
offre un calendrier eu forme de rosace, avec le nom latin d'un des 
évangélistes à chaque coin. Au centre est la devise : Voter et oter. 
L'envers de cette page est blanc, et, à la suivante, commence la suite 
des mois, ornés de têtes de saints assez bien gravées. Dans la partie 
supérieure, se trouve un emblème accompagnant l'initiale de chaque 
mois, delà manière suivante : I (janvier), une table; F (février), une 
pelle; M (mars), une houe; A (avril), des fleurs; M (mai), un arbre; 
l(juin), des cisailles; I (juillet), une faux; A (août), une faucille; 
S (septembre), un fléau ; (octobre), une houe petite ; N (novembre), 
un couteau; D (décembre), un tonneau. 

t. Hannoverische Monatliche Àufzùge, 1100, p. 122. 



294 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

A la .troisième page, deuxième ligne, est un étendard blanc à la 
croix rouge; à \^ sixième page, deuxième ligne, on voit une fleur de 
lis au-dessus de la tête de saint Denis {Dyonisii), et, plus bas,- un 
étendard blanc à la croix noire, qui est celui de saint Yves, le saint 
bas-breton, canonisé en 1347. Le calendrier finit à la septième page, et 
on y lit : il 6 origine mundi vij. 

Au dos de chacune des pages de la moitié des calendriers sont des 
rosaces ; dans la première partie, on lit : Fait de par ; dans chacune 
de neuf suivantes, est Tune des lettres capitales dont la réunion forme : 
G. BROVSCON. Dans les deux dernières, on lit : du^ conquet. 

Ce G. Brouscon, du Conquet (port près de Brest), est le graveur 
de ce calendrier. 

Une autre édition d'un calendrier analogue est connue par l'exem- 
plaire appartenant à Mgr le duc d'Aumale. C'est un petit volume im- 
primé sur vélin, des deux côtés, et composé de douze feuillets, dont le 
dernier, qui manque, était probablement blanc; il est divisé en trois 
cahiers de quatre feuillets chacun. Les dimensions des planches sont 
les mêmes que celles de l'édition précédente, mais leur dessin est 
différent. Les huit premières pages, consacrées aux phases de la lune 
et aux subdivisions de la rose des vents, portent des inscriptions en 
français et en bas -breton (exemples : Suest^ geuret; Susuest^ me- 
rieuret; Oest^ gornovec, etc.). Au centre des rosaces il y a des ini- 
tiales dont nous parlerons plus loin. 

Le cinquième feuillet offre au recto un tableau en chiffres runiques 
et arabes, avec des explications en français, et, au verso, est une 
carte de la côte française et espagnole, depuis Conquet^ en Bretagne, 
jusqu'à Or%w^ra, en Espagne. Le phylactère inférieur porte : Gas^ 
coine. La page suivante donne la carte de la côte française depuis la 
Flandre jusqu'à la Bretagne, avec la vue de Rouen^ etc. Les deux 
pages suivantes sont occupées par les cartes d'Angleterre et d'Irlande 
(avec les noms en irlandais). Les deux autres pages sont consacrées 
à un almanach avec têtes de saints, et la troisième présente une rose 
des vents. 

Aux six dernières pages se trouve le calendrier, accompagné de 
têtes des principaux saints, d'initiales des mois et de leurs emblèmes. 



NOTICE SOMMAIRE 295 

Les rosaces des huit premières pages portaient, à leur centre, des 
initiales, dont quelques-unes, brisées sans doute sur les planches, 
n'ont pas marqué à l'impression . Celles qui restent sont : B (f. 1 v"), 
OV (f. 2 V*), S (f. 3 r"*), (f. 4 r**). En y intercalant dans l'ordre régu- 
lier celles qui manquent, on obtient le nom de (G.) B(R)OUS(C)0(N), 
celui du graveur du calendrier du Musée Britannique décrit ci-dessus. 
Ce qui le confirme , c'est que dans le phylactère inférieur de la pre- 
mière carte (f. 5 v*), ainsi qu'au centre de la rose des vents, au hui- 
tième feuillet verso, on voit le monogramme de ce G. Brouscon, com- 
posé des lettres G. B. entrelacées. 

Ce précieux petit volume n'a été signalé que dans le Catalogue des 
livres (cylographiques de M. Berjeau. Il a donné en fac-similés les 
cartes de l'Angleterre et de l'Irlande, d'après les deux feuillets isolés 
de cette édition, qu'il a trouvés au Musée Britannique. 

Une troisième édition est représentée par l'exemplaire de la biblio- 
thèque de lord Spencer, à Althorp. C'est un tout petit volume, composé 
de dix-huit feuillets imprimés sur parchemin avec des planches de bois, 
tantôt des deux côtés (feuillets 1 à 4), tantôt d'un seul. Il forme trois 
cahiers ; le premier est de quatre feuillets, le second de huit et le der- 
nier de six. Les dimensions des planches gravées varient légèrement. 
(Haut., 95 à 99 miUim.; larg., 68 à 71 miUim.) 

Les principales inscriptions des huit premières pages, donnant les 
subdivisions de la rose des vents, sont en français, en anglais et en 
bas-breton. 

Voici, en guise de spécimen, la disposition de la première page : 

Phylactère swpêrieur : 

E. N. EST. 

E. N. EAST. R. RETTER. 

Rosace contenant les phases de la lune, et dont le compartiment 
extérieur est numéroté de 1 à 30; au centre, les lettres (PA). 

Phylactère inférieur : 

0. S. OEST. 
W. SOVTHEST. M. CORNOEC. 



296 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

Au vorso du cinquième feuillet, l'un des cercles de la rosace con- 
tient les initiales des douze mois, suivis de leurs emblèmes, analogues 
à ceux des calendriers précédents. 

Au verso du feuillet suivant se trouve la carte de la Gascogne et de 
la baie de Biscaye, comprenant toute la côte du cap Finesterre^ en 
Espagne, jusqu'à Tile d'Oessant. Elle donne des vues de Toulome et 
de Nantes. Le phylactère inférieur porte : bourdeaux-Gascoigne - 



libome. On y trouve aussi le monogramme suivant : i TT J dont Tex- 




plication n'a pas encore été donnée. Au recto du septième feuillet, se 
trouve la carte de la Bretagne, comprenant une partie de l'Angleterre 
avec le nom de Londre, une vue de Rouen et de sa cathédrale, et la 
côte française de Vannes à Bruges, avec les noms de tous les ports, 
entre autres ceux de Saint-Malo, Caen, Honfleur, Fécamp, Dieppe, 
Calais, Gravelines, Ostende et Bruges. 

Les feuillets huitième verso et neuvième recto, qui forment le 
milieu du cahier, offrent une carte d'Angleterre et d'Irlande, avec une 
partie de la côte française. On lit, en haut : Ger^nanie lamineve^ hra- 
ban, flâdre^ picardie, France^ Abeville^ Reims^ Paris, Roche fort, 
Paimbeuf^ etc. La côte de France ne va qu'au-dessous de Cherbourg. 
Au milieu de la carte de l'Angleterre est un écusson blanc à la croix 
rouge. 

Au verso du dixième feuilUet, commence un almanach imprimé en 
rouge et noir, où, entre autres dates, on lit <;elles des années 1459, 
1461, 1460, 1466, 1467. Il continue à la page suivante et se termine 
par la date 1458, imprimée en rouge. 

Le douzième feuillet et les six derniers contiennent aux rectos le 
calendrier, à raison de deux mois par page, avec rimes, sphères armil- 
laires^ têtes et symboles des saints. Dans celle des mois de mai et juin, 
on retrouve la bannière de saint Yves : la croix noire sur champ 
d'argent. 

Le recto du treizième feuillet présente, dans sa moitié supérieure, 
une espèce de rapporteur géométrique formant demi-cercle, avec 
nombreuses inscriptions. 

Ce précieux volume a d'abord été décrit, mais très incomplètement, 



NOTICE SOMMAIRE 297 

par Dibdin, dans les JSdes Althorpianœ (t. II, p. 303), et ensuite par 
M. Berjeau, dans son Bibliophile illmtré (Londres, 1863, pp. 79 à 85), 
puis, en abrégé, dans son Catalogue illustré de livres xylographiqaes. 
Il considère la date de 1458 qu'on y lit, comme celle de l'exécution du 
calendrier, ce qui nous paraît fort douteux, attendu qu'à cette date on 
n'imprimait pas encore en rouge et noir. Nous le croyons postérieur 
d'une dizaine d'années. Passavant (t. P% p. 170) le déclare gravé dans 
les Pays-Bas, mais tout démontre qu'il a été fait en Bretagne. 

Il est à souhaiter que ces trois éditions, dont il n'existe que des 
exemplaires uniques, soient mises à l'abri de toute éventualité par 
de bonnes reproductions. 

LES NEUF PREUX 

Suite de trois estampes imprimées au frotton, à l'encre grise, sur 
trois feuilles in-folio. Les Neuf Preux^ à cheval, rangés trois par 
trois, sont : Hector, Alexandre, Jules-César (trois héros païens); 
Josué, David, Judas -Macchabée (trois héros juifs); Artus, Charle- 
magne, Godefroy de Bouillon (trois héros chrétiens). Au-dessous 
de chaque image, on lit six vers français, consacrés à l'éloge du 
personnage représenté. 

Ces trois planches, coloriées à la main, font partie intégrante de 
l'Armoriai manuscrit de Gilles le Bouvier, ditBerry, conservé au dépar- 
tement des manuscrits de la Bibliothèque nationale. L'Armoriai de Bou- 
vier ayant été composé vers 1458, les planches des Neuf Preux ont 
très vraisemblablement été exécutées avant cette date, dans les États 
du roi Charles VII, peut-être même à Paris. 

M. A. Pilinski a reproduit en fac-similé, à quelques exemplaires 
seulement, ce précieux monument de l'impression tabellaire dont on 
ne connaît pas d'autre exemplaire. 

En 1861, on a découvert, aux archives de l'hôtel de ville de Metz, 
un fragment d'une autre estampe gravée sur bois et représentant 
également les Neuf Preux. Les personnages conservés sont : Josué, 
David et Godefroy de Bouillon. Chaque sujet est également accom- 
pagné d'un sizain français ; ils offrent cependant des variantes avec 



298 LIVRES XYLOGRAPHIQUES 

les précédents. On a voulu faire remonter l'exécution de cette gra- 
vure jusqu'au commencement du quinzième siècle , ce qui n'est 
guère justifié, et tout ce qu'on peut dire c'est qu'elle est antérieure 
à 1460. M. Vallet de Viriville a fait reproduire ce fragment par 
le procédé de M. Pilinski. Voir sur cette découverte une brochure 
intitulée : Les Neuf PreuXy etc. [Pau, impr. Vignancour, 1864; in-8, 
58 pp.), dont la préface est signée : Comte F, Van der Straten- 
Ponthoz. 

Au Musée Britannique se trouve une suite de Neuf Preux, 
gravée au burin par un anonyme de l'école du maître dit de 1464 
et accompagnée de vers latins. Nous en parlerons à l'École alle- 
mande. 

La Bibliothèque royale de Bruxelles possède des fragments d'une 
autre série, avec inscriptions en flamand, gravée sur bois au com- 
cement du seizième siècle. C'est une œuvre d'art véritable, qui a 
été reproduite en fac-similé dans les Documents iconographiques 
et typographiques de la Bibliothèque royale de Bruxelles (1877). 

Le même sujet a été gravé sur bois par Lucas de Leyde (voir 
notre tome V, p. 96) et par Hans Burgmair, Virgile Solis, etc. 
(voir à l'École allemande). 



BALLADE SUR LA MODE DES HAUTS BONNETS 



Bien que nous ayons écarté de notre travail les placards xylogra- 
phiques, nous croyons devoir consacrer quelques lignes à celui-ci et 
au suivant, en raison de leur origine française. 

Ce placard, imprimé au frotton, à l'encre grise, a été trouvé à la 
bibliothèque de la rue Richelieu en 1856, dans la reliure d'un manu- 
scrit. Malheureusement, la partie du milieu s'est trouvée détruite sur 
une hauteur de trois lignes. La pièce complète devait avoir environ 
27 centimètres de hauteur; sa largeur est d'environ 182 millimètres. 

Il est divisé en deux colonnes. En tête de la première est une gra- 
vure représentant le triomphe des hauts bonnets. On y voit un valet 



NOTICE SOMMAIRE S99 

en chausses collantes, avec des souliers longs et pointus, et coiffé 
d'un bonnet rond. Il tient de la main gauche un bâton garni de piquets 
de bois supportant des bonnets. Cette gravure est suivie de sept 
strophes dont la première commence ainsi : 

Que coTTiettes ont le* bruit 
On a depiesa chanté, 

La pièce est terminée par ce refrain : 

Maintenant en tous qtiartiers 
Les haulx bonnes ont le cours. 

Au-dessous est une petite gravure ayant pour sujet la défaite des 
chaperons et des bonnets plats. 

Cette pièce a été réimprimée et accompagnée d'une notice par 
M. A. de Montaiglon dans le Recueil de poésies françoises (de la col- 
lection elzévirienne de Jannet), tomes IV, pages 326-332. 

On ne croit pas pouvoir faire remonter l'exécution de l'original plus 
haut que le règne de Louis XL 

SATIRE CONTRE LES BOURDEURS ET LES BOURDERESSES 

Placard xylographique in-folio, en caractères gothiques, imprimé 
au frotton, à Tencre grise. En tête est une gravure. La pièce compte 
sept couplets, dont voici le premier : 

En une compagnie 
L'autre jour me trouvât/ 
Mais je fis grand follic 
Quand onquesj'y entroy 
Ung sot par son outrage 
Tant de bordes sema 
Qu'i fist honfe et damage 
A ceulx qui furent là. 

Il paraît dater de la fin du quinzième siècle. 
Ce placard, trouvé dans une reliure, a été offert à la Bibliothèque 
nationale par les héritiers de M. Didot. 



I 



TABLE 



DES 



LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



Quelques mois sor les liyres xylograpbiques p. 



ge». 



28-29 



ARS MORIENDI 



Description gin^e du texte et des plan- 
ches.. .•...., 29-3) 

Adoption de l'ordre suivi par Hebecken^ 
sauf quelques améliorations de détail. . 31-32 

Premier groupe* Éditions A^ B d'Heineoken. 
Exemplaire de M. Didot.. ....... 32 

Ce groupe est regardé comme appartenant 
aux Pays-Bas 32 

Deuxième groupe (École de Cologne) • Edi- 
tion dite prineeps de Welgel ; exemplaire 
gâté et incomplet à la Bibliothèque natio- 
nale; et l'édition décrite comme troisième 
par Heineclcen. . • . • 32 

Troinème groupe (Boolé d'Uhn). Editions t) 
jusqu'à G inclusirement^ auxquelles enjoint 
les éditions en allemand A, B^ G 32 

Exemplaire décrit et vendu par le libraire 
Tross; celui du prince Galitxin tiVArt au 
morier • 32 

I. - ÉDITIONS XYLOGRAPUIQUBS 

ÉDITIONS LATINES 

Premier groupe. 

Édition A. ~ Quatre exemplaires connus^ 

tous incomplets 33 

Description de l'exemplaire Didot. • . , 34-36 
Edition B. — Quatre exemplaires^ dont deux 
incomplets. . 37.40 



Deuxième groupe. 

Exemplaire de M. Weigel, unique complet. . 40. 

II est presque identique avec la première édi- 
tion typographique imprimée à Cologne. . 41 

Exemplaire gâté de Paris 41-42 

Edition C d'Heinecken. — Trois exemplaires, 
tous incomplets 42-43 

Troisième groupe, 

EditionD. — Deux exemplaires connus. . • 43 

Édition E. — Seul exemplaire connu, biblio- 
thèque de Hanovre 44 

Édition F« — Seul exemplaire connu^ biblio- 
thèque WolfenbUttel 44 

Edition G. Probablement imprimée par Lnd- 
wig ztt Ulm 4546 

Exemplaire ayant appartenu à Tross^ librairei 
en 1869; description de ce livre » . • 46-47 

ÉDITIONS ÂLLEHANDES 

Édition A. — DieKunstzusterben, HansSpo- 
rer, 1473.— Un exemplaire, bibliothèque de 
Zwickau. . 47.48 

Édition B. — Die Kunsi xu sterben, Ludwig 
ze C//m. — Trois exemplaires 48 

Edition C. — Die Kunst zu sterben, — Un 
exemplaire, bibliothèque de Munich. . 48-49 
lire du prince Galitzin 49 



302 



LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



KOITION FRANÇAISE 

VÂri au morier renferme, comme nous 
l'avons découvert, les mêmes flgures que 
l'édition prÎDceps de Weigel ; elle a été im- 
primée avec les mêmes planches, probable- 
ment & Cologne. — Exemplaire complet 
unique « 50-52 

II. — ÉDITIONS TYPOGRAPHIQUES 

ÉDITIONS LATINES ET ALLEMANDES 

A. — Ars moriendi, . . In-folio gothique, de 
douze feuillets, avec onze gravures. Edition 
imprimée à longues lignes parNîcolasGoètz, 
de Slettstadt, imprimeur à Cologne, de 
1474 à 1478 52-53 

B. — Ars moriendi,.. Douze feuillets avec 
onze gravures. Edition sans lieu ni date 
citée par Hain (1831), attribuée aux presses 

de Henri Quentell, de Cologne 53 

C-^-Ars moriendû Edition à longues 1 ignés. 
Quatorze feuillets avec douze gravures. A la 
Bibliothèque nationale, exemplaire qui a 
appartenu à Mariette 53 

D. — Ars moriendi, sans date (vers 1480), à 
longues lignes : treize pages de texte, douze 
Ggures. . . ; 53 

E. — Ars moriendi, édition sans date (vers 
1480), annoncée dans Y Index librontm. 
du père Laire sous ce titre : Ars moriendi 

ex variis scripiurarum senteniiis collecta . 54 

F. — Ars'mothendï ex variis scripiurarum 
senteniits collecta... In-quarto, quatorze 
feuillets,' quatorze gravures 54 

G. — Autre édition, mêmes caractères; à la 
dernière ligne du deuxième feuillet : consi- 
denet est écrit cOsideret f 4 

H. -^ Edition sans lieu ni date (à Leipzig, 
chez Conrad Kachelefen){ quatorze feuillets. 54 

I. — Ars martendi ex variis scripiurarum 
senieniUs .collecte.' Edition inconnue, par 
le même imprimeur, mais moins ancienne. 
Quatorze feuillets < • « « ^ : . . . . 54-55 

J.— Autre édition inconnue deVArs moriendi, 
quatorze feuillets. Vraisemblablement de 
Conrad Kachelofen qui imprimait à Leipzig 
de 1489 à 1495 55 

K. — Edition allemande imprimée à Leipzig 
en 1494 : Ein loblich vnd nuizbarlich , . , 
Jm xciiii. lar 55 

L. — Edition allemande imprimée à Leipzig, - 
en 1496; mêmes gravures que dans la pré- 
cédente . * 55 

M. — Édition allemande imprimée par Mel- 
chior iJotter, Leipzig, 1507 : Eyn loblich 
vnrid nuizbarlich . . . 'M.CCCCC.Vij Jor. 56 



56 



N. — Edition imprimée par Jean Weyssen- 
burger, sans date : Ars moriendi,,. Im- 
pressum Nûrmberge p Yen dhm Jo. W. 
Presbrm^ Vraisemblablement vers 1504 . . 

0. ^- Autre édition imprimée par Weyssen- 
burger, à Nuremberg, 1512 56 

P. — Edition imprimée par Weyssenburger, 
à'Landshut, en 1514 56 

Q. — Edition allemande donnée à Nuremberg 
par le même imprimeur en 1509 : Eyn 
lobUch vnd nutzbariich.., Gedrûckt zû 
Nuremberg durch Her Hanssen Weys- 
senburgen 57 

R. — Edition allemande imprimée par le 
même à Landshut en 1520 57 

Editions latines du Spéculum ariis bene 
moriendi, sans date (entre 1480 et 1490). 57 

Edition allemande du même livre, imprimée 
en 1497 57 

Autre édition allemande, de 1572, ouvrage 
rédigé par Adam Walasser; Dilingen, J. 
Mayer, 1572, avec figures. Dédicace datée 
de 1569. La dernière édition a paru en 

. 1688 

Le texte latin de toutes ces éditions typogra- 
phiques est identique avec celui des édi- 
tions xylographiqnes. U diffère complète- 
ment du. traité ù^XArs moriendi, rédigé 
au oommeooement du quinzième siècle, 
par Mathieu de KrokoY 58 

Troisième texte de VArs moriendi, composé 
par Jacques de 01ii3a» mort en 1465. Hain 
en signale deux éditiom* 58 



58 



1 

( 



EDITIONS HOLLANDAISES 

Trois éditions: 1» de Beia, 1488; 2« de 
Zwolle, par Pierre van Os, 1488; 3* par le 
même, 1491 £8 

ÉDITIONS IMPRIMÉES EN FBANCB 

Ouvrages reproduisant le type des figures 

de Y Ars moriendû 
Edition dont les planches sont marquées I. D. 

Texte latin 59-60 

A. — VArt de bien viure et de bien mou- 
rir. Imprimé à Paris par Gillet Cous- 
teau et Jehan Menard (pour A. Vérard), 
1492 60 

B. — L*Ari de bien mourir. Patois, Pierre Le 
Bouge (pour A. Verard). Sans date (1492). 61 

G. — Édition imprimée à Paris le 12 féyrier 
1493 (1494, nouv. style) 61 

D.— > Le Liure de bien viure et PArt de bien 
mourir. Paris, A. Vérard, 1496 . • . • 61 

E. — Édition de Vérard, sans nom dlmpri- 
meur, 25 octobre 1498 62 



TABLE 



303 



F. — Ars moriendû Tractatus succinctus, 
etc. Impressum Lugduni a Petro MareS' 
chai (fin du quinzième sièc'e) 62 

G. — LArt et science de bien uivre et de 
bien mourir. Imprimé à Paris par la 
veufue de feu lehan Trepperel et lehan 
Jehannot. S. D. (après 1502) 62 

Il . — L« Liure nommé Cart et science de bien 
viure et de bien mourir. Imprimé à Lyon 
cheulx Jacques Moderne dit grand Jac- 
ques ••..••. 62 

1. — Le Liure intitulé Cart de bien viure 
et de bien mourir. Imprimé à Paris pour 
Henry Pacquot, libraire... (après 1535). 63 

J. — Art et science de bien vivre et bien 
mourir. Imprimé à Rouen pour Jean 
Crevel 63 

Edition de Paris, par le Petit Laurent pour 
Francoy Regnault, s. d. (avant 1532), et 
une autre de Paris, Nicolas Bonfons, s. d. 
(après 1575). Citées par Brunet^ sans dire 
si elles contiennent des gravures 63 

ÉDITIONS ITALIENNES 

A. — Questa Operetta Tracta Dell arte Del 
Ben Morire Cioe bigratia di Dio... Im- 



pressum Venetiis per lo. Baptistam Sessa - 
(vers 1478) 63 

B. — Questa operetta tracta detC arte del 
ben morire... Stampado... perlohannem 
Clein e Piero Himel de Almania, 1490. C4 

C. — Incomincia el prohemio délia arte 
del ben morire. S. 1. n. d. (Florence, fin 

du quinzième siècle) 6i 

0.— Autre édition qui reproduit la précédente, 
avec la date de 1513 65 

ÉDITION IMPRIMÉS EN ESPAGNE 

Art de bien morir (suivi d'un Brève con- 
fesionario) 65 

SUITE d'estampes SANS TEXTE 

Ars moriendi, douze feuilles : onze emprun- 
tées aux pièces connues; douzième^ titre : 
Sainte Vierge. Copies de cette série^ signées 
M. Z 65-67 

Tentation sur la foi, pièce inconnue. Collec- 
tion Didot 67 

appendice 

Bibliographie des éditions de VArs moriendi 
sans la suite de figures «ur bois. . . • 67-69 



BIBLE DES PAUVRES 



La gravure des planches appartient^elle à 
l'Allemagne ou aux Pays-Bas? 70 

Heinecken^ Lessing, Guichard placent l'ori- 
gine de ce livre en Allemagne. Meermao, 
Ottley et Paeile sont d'un avis contraire. 70-71 

MM. L. de Laborde et Renouvier reconnais- 
sent l'origine hollandaise. Passavant et 
Weigel se rallient à cette opinion. M. Ber- 
jeau essaye de prouver que les dessins 
originaux de la Bible des Pauvres sont de 
Jean van Eyck et que la gravure de ces 
dessins est due à Laurent Coster ... 71-72 

H. Tb. Grœsse avance sans preuves à l'appui 
que les dessins des planches appartiennent 
à Roger de Bruges (Roger van der Wey- 
den), disciple, de Jean van Eyck • • . . 72 

Description de la Bible des pauvres, . . 73-82 

L — ÉDITIONS XYLOGRAPHJQUES 

ÉDITIONS EifcÔTÉES DANS LES PAYS-BAS 

a. Classification d*ffeinecken. 
Editiom A à D^ en quarante planches. . 82-84 



Edition E, en cinquante planches .... 84 

6« Classification de Sotheby. . 

Editions A à G^ en quarante planches. . 85-87 
Edition H^ en cinquante planches 87 

c. Classification de M. Berjeau. 

M. Berjeau n'établit point de classement 
méthodique^ mais se borne à signaler les 
différences qui distinguent les copies de 
l'original. 11 signale ainsi dix éditions. 88-91 

ÉDITIONS EXÉCUTÉES EN ALLEMAGNE 

A. — La seule édition avec texte' latin est 
la cinquième d'Heinecken qui compte cin- 
quante planches « 92 

B. — La première des deux éditions avec 
texte allemand a eu trois tirages différents. 
A la dernière page du premier tirage^ au 
bas du texte de la colonne droite, on 
trouve deux écussons suivis de la date de 
1470; dans la deuliètne et la troisième^ 
on a ajouté au texte de la colonne de 
gauche une inscription portant le nom des 
artistes qui ont exécuté ce livre. Les 



304 



LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



autres tirages sont à la presse, avec une 

encre noire 92-93 

G. — La deuxième édition avec le texte al- 
lemand n*est qu'une copie très tidèle de la 
précédente, attribuée à Hans Sporer qui 
Taurait publiée en 1475, à Nuremberg. 
On en connaît trois tirages différents. . . 



ÉDITION nALIENNE 



94 



Opéra noua contemplatiua. . . Nouamente 
" stampata. A la fin : Opéra di Giovanni 
Andréa Vavassore...nella incHta citta di 
Vinegia. Sans date (après 1610) . . . 95-96 
Signes auxquels on reconnaît les trois ti- 
rages de ce livre 96 



il. — ÉDITIONS TYPOGRAPHIQUES 

ÉDITIONS IMPRIVÉES EN ALLEMAGNE 

Trois éditions sans lieu ni date, mais impri- 
mées à Bamberg par A. Pfister, vers 1461, 
Tune avec texte latin et les deux autres 
avec texte allemand . .97-98 

ÉDITIONS IMPRIMÉES EN FRANCE 

k.^Les Figures du vieU Testament et du 
nouvel. PariSf pour A.Vérard, Sans date 
(▼ers 1503) 98 

B. » Edition de Paris, Gillet Couteau. 
Sans date (vers 1520) 99 

Manuscrits 100 



APOCALYPSE 



L*origine de cet ouTrage est controyersée. 
L*auteur est-il d'Allemagne ou des Pays- 
Bas? 101 

Heinecken et Passarant le regardent comme 
appartenant à la baute Allemagne. Sotheby 
est d*nn avis différent, au moins pour 
quatre éditious. Il place comme première 
la quatrième d'Heinecken, et selon lui la 
cinquième seule est allemande. . . . 101-102 

Notre atis est différent; raisons de notre 
opinion. Discussion de celle de Sothe- 
by 102-104 

Opinion de M* Chatto qui pense que VApo- 
calypse est TsuTre d'un artiste grec 
chassé de son pays , après la prise de 
Gonstantinople, en 1453. Mais ce cri- 
tique ignorait alors l'existence de ma- 
nuscrits plus anciens contenant les 
mévMS composititms que les figures de 
V Apocalypse f manuscrits que feu M. Am- 
broise Firmin-Didot a le premier signalés 
et étudiés 104-107 

Opinion de M. Didot sur la plus ancienne 
édition xylographique de VApocalypse 
(première de Sotheby et quatrième d'Hei* 
necken) 107-109 

Dans quelle contrée cette édition originale 
a-t-elle paru? Sotheby cite les Pays- 
Bas; M. Didot lui trouve un caractère 
français italianisé 109 

Notre division en deux groupes diffère des 
classements antérieurs. 11 n*est pas pos- 
sible, comme nos devanciers l'ont tenté. 



d'établir un ordre chronologique rigoureux 
pour toutes les éditions de VApocalypse. 110 
Dwcription de cette œuvre et du manuscrit 
Van Hulthem 110 

GROUPE NÉERLANDAIS 

Trois éditions : l'«, 2% 3« de Sotheby, cor- 
respondant aux 4«, 3* et 5« d'Heinec- 
ken 111 

l** édition de Sotheby (4« (THeinecken). 
48 feuillets, sans signatures. Description 
sommaire de chaque planche. — Deux 
exemplaires connus 111-125 

2* édition de Sotheby (3« d'Hemecken). 
50 feuillets, avec signatures. — Plusieurs 
exemplaires, dont un seul complet. • 125-128 

3* édition de Sotheby (5« <f Heinecken). 
50 feuillets, avec sîgnatares. — Plasieors 
exemplaires 129-131 

GROUPE ALLEMAND 

Trois éditions : 4* et 5« de Sotheby, cor- 
respondant aux 2* et 1^ d'Heineckea, et 
édition dite ft de Gottwic » 131 

4« édition de Sotheby (2* d'Beinecken). 
48 feuillets, avec signatures .... 131-139 

5* édition de Sotheby (irt d'Beinecken) 
48 feuillets, avec signatures. Particulari- 
tés démontrant que cette édition a été 
copiée sur la précédente 140-149 

Sixième édiiion {dite m de Gottwict), Hei- 
necken estime que cette édition surpasse 
toutes les autres pour son antiquité, à 



TABLE 



30o 



cause du dessin « plus gothique » et des 
BÎgnatures « fort rudes ». Pour nous, ces 
particularités constituent des arguments 
négatifs. 48 feuillets, avec signature à 
chaque planche 149-153 



Édition douteuse» — Bois original de la se- 
conde planche des apocalypses zylogra- 
phiques, dans la célèbre bibliothèque 
Spencer. Celte planche est une copie très 
fidèle de celle de notre 4* édition. . . • 



153 



CANTIQUE DES CANTIQUES 



Opinions des iconographes sur sa valeur 
d'art et sur son origine ...... 155-156 

Nombre d'éditions et leur classement à ce 
jour: toutes du même format; 16 feuillets 
imprimés d'un seul c6té 156-160 

Notre classement particidier et démonstra- 
tion qu'il existe quatre éditions du Can- 
tique des cantiques, deux avec le mot 
i;i>io, et deux avec la faute viro, ... 161 

{^* édition. Description des planches.^ Deux 
exemplaires connus : celui de la Biblio- 
thèque de lord Spencer et celui de notre 
Bibliothèque nationale 161-165 

2« édition {avec titre). Sotheby prétend 
que le tirage est fait sur les planches de 
l'édition précédente, à tort selon nous. — 
Deux exemplaires connus : l'un à la biblio- 



thèque de l'hôtel de Tille de Harlem, l'au- 
tre au British Muséum 165-166 

3* édition. Différences qui distinguent eette 
édition de la première 167-170 

Description des deux exemplaires de notre 
Bibliothèque nationale et de celui de la 
Bodléienne d'Oxford 170-171 

4« édition. Peu différente de la précédente, 
dont elle est une copie. La planche XV 
donne des arguments pour le classe- 
ment 171 

Exemplaire du Musée britannique, le seul 
connu 172 

Dissertation sur l'allégorie du Cantique des 
cantiques; hypothèses diverses; opinion 
de MM. Chatto, Sotheby, Sotzmann^ et la 
nôtre 173-177 



ORAISON DOMINICALE 



Dix feuillets petit in-folio. Trois éditions : 

V édition. C'est l'une des plus anciennes 
xylographies connues. Exemplaire de la 
Bibliothèque nationale, le seul connu; sa 
description 178-181 

Opinion de Guichard et Rcnouvler sur son 
origine 18M8l> 

2* édition. Copie delà précédente. Exem- 



plaire de la Bibliothèque nationale» le seul 
connu 183-185 

Bapprochement entre cette édition et les 
gravures ornant un manuscrit de, 1440. 185-189 

3« édition. Tirée sur les mêmes planches 
que la deuxième^ avec addition au bas de 
chaque page de trois lignes de texte fla- 
mand gravé. Seul exemplaire connu à la 
bibliothèque de Mons 189 



CONCEPTION DE JÉSUS-CHRIST 



Ce livre est désigné sous plusieurs dénomi- 
naUons 190-191 

Deux éditions xylographiques ; cinq éditions 
typographiques : 

IM édition xyhgrapkique. 16 feuillets 
petit in-folio, imprimés d'un seul côté; 
16 planches; 59 sujets. Texte en yoMi^tMf 
cumvtf avec la date de 1470 191-192 

Exemplaire de notre Bibliothèque nationale; 
un autre à Munich ; un troisième à la bi- 
bliothèque impériale de Saint-Péters- 
bourg 192-193 

I 



2^ édition xylographique. 28 feuillets pe- 
tit in-folio. Signatures A à Z (A KZ répétées 
deux fois), 45 sujets. Différence avec la 
première édition. Johannes Ëysenbut, im- 
primeur inconnu 193-194 

Trois exemplaires connus : celui de Gotha, 
celui du British Muséum et celui du Musée 
de Berlin 194 

Editions typogf*aphiques K, Bj C, D> E, 
F, leurs descriptions et leurs particulari- 
tés 195-197 



20 



306 



LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



MIROIR DU SALUT HUMAIN 



Ce livre est le plus important des ouvrages 
xylographiqoes. ContrairemeDt à la Bible 
des Pauvres, le texte n'est plus Tacces- 
soîre, mais bien le principal de l'œuvre. . 198 
Les manuscrits comprennent 45 chapitres et 
192 fig.; prologue et table des matières. 
Les 42 premiers chapitres sont composés de 
quatre sujets.. Supplément ou appendice, 
forméparle's chap. XLIII, XLIV et XLV, 
supprimé dans la plupart des éditions. . 198 
D'après Heinecken, le plus ancien manuscrit 
qu'il a vu est du douzième siècle ; mais il 
est établi que le volume est du quator- 
zième siècle ^^^ 

Manuscrit de notre Bibliothèque nationale 
qui fournit la date de la rédaction, 1324. 
Celui de l'Arsenal, avec même indication 

dédale. .199-200 

Quatre manuscrits du Spéculum au British 
Muséum. L'un porte au colophon le mil- 
lésimede 1379, auteur Conrad d'Alzheim. 200 
Ce livre a été imité en langue française, 
en 1449; on en connaît plusieurs manus- 
crits. Le plus important est à la Biblio- 
thèque nationale; sa description . . 200-201 
Autre manuscrit chez le duc d'Aumalc. • . 201 
Un autre, vente Crozet, en 1841 . • . 201-202 
Deux sortes de manuscrits de- la traduction 
française : l'un avec 192 figures, l'autre 

avec 168 202 

Grand nombre d'éditions imprimées en 
hollandais, en allemand, en français. 
Les plus anciennes sont au nombre 
de quatre : deux latines, deux hollan- 
daises, autour desquelles se perpétue la 
discussion sur l'origine de l'art typogra- 
phique 202 

Économie générale de ces quatre éditions . 202 
Table des gravures par chapitre. — Avec 

leurs légendes respectives 203-208 

Quatre premières édilions, objets de 
toutes les controverses bibliographiques et 

iconographiques 208 

Meerman, Fournier,. L. de Laborde et 
d'autres soutiennent que le tirage a été 
fait avec caractères mobiles en bois. Aug. 
Beriiar.d a démontré la chose impossible à 
cause de la régularité du tirage . . 208-209 
Opinion de ce dernier sur la nature de la 

fonte jemployée 209 

Les gravures ont été imprimées au frotton 
et le texte à la presse. 209 



Opinions diverses sur l'ordre de dates aux- 
quelles ont paru cet* premières éditions . 209 

ÉDITIONS LATINES 

Édition A, avec 20 pages xylographiques; 
sa description. Opinions de Paeile, Brunet, 
Solheby, Otlley 210-2H 

Mention des exemplaires connus 211 

Édition B^ entièrement en caractères mo- 
biles; sa description. Différences avec la 
précédente 211-212 

Mention des exemplaires connus 212 

« ÉDITIONS HOLLANDAISES 

Édition J, dite à deux fontes. Sa descrip- 
tion. ........ 213 

Mention des exemplaires connus 214 

Édition B, dite à une seule fonte; sa des- 
cription. Comparaison avec les éditions ci- 
dessu;jt 211 

Exemplaires connus. Description de celui de 
la bibliothèque de Lille 215-216 

Dans quel ordre ont paru ces quatre édi- 
tions? Meerman, Koning, deVrieset Pa- 
eile donnent la priorité à l'édition hollan- 
daise B. Leurs raisons ne paraissent pas 
concluantes. Dissertation sur ce point. 217-218 

Opinions de Heinecken^La Sema ^antander, 
Bernard, Berjeau, Ottley, Guichard, Ko- 
niog, Fournier 218-219 

Le classement proposé par Bernard nous 
paraît le plus rationnel 219 

Tableau comparatif résumant touè Tes sys- 
tèmes proposés 220 

Adrien de Jonghe, premier écrivain qui 
parle du Spéculum, Traduction de son 
récit 220-222 

Témoignage d'Ulrich Zell, premier impri- 
meur de Cologne, sur l'invention de Tim- 
primerie, tiré d'une chronique anonyme 
imprimée à Cologne en 1499, chez Jean 
Koelhoff 222-223 

m 

Divers autres témoignages de : Dierrich 
Coornhert (1563), Jean van Zuyren, 
mort en 1591; Guicciardini (1567); 
6. Bruyn (1573); Abr. Ortelius (1574); 
M. Von Eïtzing (1584) 223-225 

Mathias Quad, graveur, mort en 1575, dé- 
signe Harlem comme berceau delà typo- 
graphie 225 

Le Petit, grelTier de Bélhune (1601), con- 



i 



TABLE 



307 



dut .que Tart d*imprimer eit parvenu 

de& Chinois jusqu'à nous 225 

La cause de Harlem parait avoir le dessus 
jusqu'à la seconde moitié du siècle der- 
nier '..•••• 22o 

Meerman conclut que Coster n'inventa que 

les caractères mobiles en bois ..... 226 
Heinecken revendique pour l'Allemagne tous 
les livres xylographiques^ et même les 
incunables anonymes, mais sans preuves. 
La Serna Santander se range de son côté. 226 
J. Koping se déclare pour la Hollande. . . 226 
Défenseurs de Gutenberg; défenseurs de 

Coster 227 

Ouvrages de Ottley, Bernard, Paeile ... 227 
M. Van der Linde, Hollandais, est le plus 
fougueux des adversaires de la Hollande. 

Ses diverses publications 227-228 

État actuel de la question des origines de 

la typographie 228 

Aucune impression ne porte le nom de Gu- 

tenberg, aucune non plus de Coster. Un 

seul témoignage, celui de Junius, au 

proGt de ce dernier. •..,.,••« 228 

Objections faites à la déclaration de Ju- 

Dius 228-230 

Le témoignage d'Ulrich Zell paraîtrait con- 
tenir la clef de la question 230-231 

Dissertation sur les Donats xylographiques 
imprimés avant l'invention de la typogra- 
phie. Au g. Bernard démontre que ces 
Do/ia/« ont été impriméi après. . • 231-23o 
Mémoriaux de Jean Le Robert, abbé de 
Cambrai, relatifs à un Doctrinal jette en 
molle, en 1445 et en 1451. M. A. Ber- 
nard soutient que les caractères jettes en 
molle veulent dire coulés dans un moule 
et ne peuvent désigner que les lettres mo- 
biles de fonte 233-234 

Somme toute^ les droits de Coster sont donc 

établis sur une base fragile 234 

Examen des droits de Gutenber^, son pro- 
cès, en 1439, à Strasbourg 234-235 

Son autre. procès qu'il a soutenu en. 1453 

contre son bailleur de fonds J. Fust. . . 235 
Édition des Jnstitules de JustiLien, donnée 
par Pierre SchoefTer, associé de Fust, après 
le procès de 1455. Pièce de verj insérée 

à la fin de l'ouvrage 235 

Première mention du nom de Gutenberg 
comme typographe en 1474 (note) . . . 
Ai. Palmerius, secrétaire du pape, dans la 
Chronique à'Enièiht (1474), attribue l'in- 
vention de Timprimerie à Guteoberg . . 
Polydore Yergilio (1499) dit tenir d'un Alle- 
mand que cette invention est due à un 
autre Allemand du nom de Pierre ... 236 



236 



236 



Jean Schœffer, petit-fils de J. Fust, dans 
une traduction 4e Tite-Live (1505), dit 
que l'imprimerie ftit inventée par l'ingé- 
nieux J, Çutenberg, ei\ U5.0,.eVperCec- 
tionuée par J. Fust et P. Schœffer. . . 236 
Notre opinion au sujet des droits légitimes 
de l'inventeur, et raisons qui, selon nous, 
expliquent le voile qui couvre l'origine 

de l'art typographique 236-237 

Conclusions à tirer de toutes ces contradic- 
tions; notre hypptbèse ji l'égard de cette 

découverte 238-239 

Marche et progrès probables de l'invention. 

Embryon de l'imprimerie 239-240 

La Hollande a vu naître les premiers livres 

à figures 240 

Gutenberg a vulgarisé le procédé et l'a élevé 

jusqu'à la perfection . 241 

A qui attribuer Texécution typographique 
du Spéculum? Heinecken met les édi- 
tions latines à l'actif de l'Allemagne. . . 2il 
M. A. Claudin, savant bibliographe, a pu- 
blié un curieux document; c'est une lettre 
de G. Fichet, prieur de Sorbonne, à son 
ami B. Gaguin; c'est le plus ancien titre 
en faveur de Gutenberg; mais cette pièce . 
n'apporte aucune preuve décisive (note). 241 
Epoque approximative de la publication de 
nos éditions anonymes. Opinion d'Hei- 
necken, Fournier, Daunou, Guichard, Re- 
nouvier, Ruelens, Ottley, etc. . • 24^-244 
Hypothèse d'Harzen, qui attribue l'exécu- 
tion de la partie typographique aux Frères 
de la vie commune du prieuré de Saint- 
Martin, à Louvaio, qui possédaient une 

imprimerie 2«4 

M. Ruelens relève dans cette démonstration 
une différence de date de 30 années, qui 
ébranle ce système. Passavant, néan- 
moins, y adhère entièrement. Renouvier 

le combat 244-245 

Paternité des dessins des planches du Spé- 
culum. Ilarzen cite Thierry Stuerbout, 
de Louvaio. Passavant se range à cet avii^. 
Renouvier ne voit là qu'un rapproche- 
ment d'école 246 

Valeur d'art de ces estampes, d'après Hei- 
necken, Zani, Ottley, Passavant, Waa- 
gen et Renouvier . < 246-247 

Autres éditions. 

Édition C. hollandaise, Culembourg, 1483. 
Sa description 247-248 

On connaît deux sortes d'exemplaires, l'une 
de 29 chapitres (122 if.); l'autre de 32 
chapitres (134 ff.) 248-249 

Édition latino allemande; 69 feuillets im- 



308 



LIVRES XYLOGRAPHIQUES 



primés 8ur caractères de foute. Descrip- 
tion de cette édition • 249-251 

Dissertation sur le lieu d'origine et l'impri- 
meur 251-252 

Éditions allemandes.— A. ^ Bàle^B. Riche!, 
1476. Grand in-folio de 224 feuillets. 253-254 

B. — Grand in-folio^ sans lieu ni date. 
235 feuilleU 254-255 

G. — Aogsbourg^ Pierre Berger^ 1489. In- 
folio. Reproduction de l'édition de Bàle, 
de 1476 i55 

D. — Reutlingen, Michel Greifen, 1491. 
In-folio. 221 feuillels 255 

E. — Augsbourg, J. Schoensperger, 1492. 
In-folto, 295 feuillets 256 

F. — Réimpression de la précédente, par le 
même imprimeur. 282 feuillets seule- 
ment 256 

G. — In-folio, sans lieu ni date. 233 feuil- 
lets 256 

H.— In-fol. Sans lieu ni date, 229 feuilleU. 256 
1. — In-folio. Sans lieu ni date. 130 feuil- 
lets. (Augsbourg^ Ant. Sorg, entre 1475 
et 1498?) 257 



Éditions françaises. — A. — Lyon, 1478, 
grand in-folio. 201 feuillet'. C'est la tra- 
duction de l'édition allemande A. Des- 
cription de cette édition, et ses rapports 
avec l'édition allemande 258 

B. — Lyon. 1479. Grand in-folio. Copie de 

la précédente, mêmes figures 259 

C. — Lyon, 148^0-folio 260 

D.— Lyon, Mathias'Husz,1483. In-folio. 260-261 
E. — Lyon, M. Husz, 1486. Petit in-folio. 261 

F.— Lyon, 1488. In-folio 261-262 

G. — Lyon, M. Husz, 1493. In-folio. ... 262 
IL — Paris, 1493. Transi, par F. Julien. 262 
I. — Paris, Jehan Petit, sans date. Petit in- 
folio . Édition de la fin du qu inzième siècle. 262 

J. — 4^aris, Michel le Noir, sans date. Petit 
i a-folio. Les planches ont servi pour l'édi- 
tion suivante 263 

K. — Paris, le même, 1531. In-folio . « . 263 

L. — Sans lieu ni date. In-iolio. Un exem- 
plaire sur vélin à la Bibliothèque natio- 
nale 263 

M. — Paris, Ant. Verard, sans date ^in- 
folio 163-264 



NOTICE SOMMAIRE 

SUR LES AUTRES LlVîlES XYLOGRAPHIQUES 



ECOLE DBS PAYS-BAS 

Histoire de la Sainte-Croix 265-266 

Alphabet en figures de 1464 266-269 

Les Sept Péchés capitaux 269-210 

Vie et Passion de Jésus-Christ. . . . 270-271 

ÉCOLE ALLEMANDE 

Ah memorandi. « 271-213 

Le Livre des Rois ou la ^le de David. . 273-274 
Les Dix Commandements pour les gens igno- 
rants .... 274-275 

Le Livre de l'Antéchrist 275-278 

La Passion de Jésus-Christ 278 

Le Symbole des Apôlres 279 

La Danse des morts 280 

La Fable du lion malade 280 

Calendrier de Jean de Gmiinden . . . 280-281 
Calendrier de Jean MuUer de Kœ: igsberg. 281 

Planétaire allemand 282 

Le Salve regina 282-283 



La Légende de saint Meinrad 283 

La Mort et la vie future 284-286 

Les Huit Friponneries 286 

Rome sacrée et profane S87 

Vie de Jésus, ou Méditations sur le nouveau 

Testament 287-288 

Le Miroir de la confession 288-289 

Horloge de dévotion, ou la Clochette du 

temps 289 

Calendrier allemand de Mayence 290 

Calendrier allemand de Conrad Kachelo- 

ven 290-291 

La Chiromancie 291-293 

ÉCOLE FRANÇAISE 

Calendriers français bas-bretons . . . 293-207 

Les Neuf Preux 297-208 

Ballade sur la mode des hauts bonnets. 298-299 
Satire conlre les bourdeurs et les bourde* 
resses 299 



Paris, ^imprimerie Pillet et Domoulin, 5, rue des Grands-Augustins. 



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